CHAPITRE XIV
Les occupations de la Compagnie pendant les années 1643, 1644, 1645, 1646, 1647 et 1648.
Le très chrétien et très pieux roi Louis XIII mourut le 1 4e de mai de cette année 1643, et comme la Compagnie lui avoit d'extrêmes obligations, elle voulut lui en marquer une extraordinaire reconnoissance. Nous avons vu que ce grand prince avoit approuvé l'établissement de cette Compagnie, et l'on savoit qu'il avoit témoigné en plusieurs occasions qu'il l'aimoit et 'qu'il vouloit la protéger. Ainsi elle résolut le 1 5^ de mai, lendemain du décès de ce pieux roi, que le dimanche suivant tous les prêtres diroient la sainte IMesse et tous les laïques communieroient pour le salut de son Cime, que l'on donneroit avis de sa mort à toutes les Compagnies du royaume, afin qu'elles fissent la même chose, et avant de sortir de l'Assemblée, on fit des prières en commun pour la même intention.
Le pape Urbain VIII (i) mourut quelque temps après, et la Compagnie ne manqua pas de rendre aussi ce qu'elle devoit à l'âme de ce Souverain Pontife si grand ami de la France et à qui la Compagnie avoit même des obligations particulières ; et, pour obtenir un digne successeur à ce grand pape, la Compagnie ordonna que deux des confrères communieroient chaque jour, et jusqu'à l'élection d'un nouveau pontife ils furent nommés tous les jeudis de chaque semaine, tandis que le conclave dura .
Comme le véritable esprit de la Compagnie du St-Sacrement c'est d'embrasser avec zèle toutes sortes de biens, et de procurer de la gloire à Dieu par toutes sortes de voies, on trouva qu'il étoit important d'inspirer aux maisons de religieuses de reprendre un peu la pre
(i) Maffeo Barberini, fils d'Antoine et de Camille Barbadori, ne à Florence en 156S, envoyé en 1601 par Clément VIII en qualité de nonce extraordinaire en France, y fut ensuite nonce ordinaire avec le titre d'archevêque de Nazareth. Créé cardinal par Paul V, le II septembre 1606 et transféré le 10 octobre 1610 à Spolète, il fut élu pour succéder au pape Grégoire XV, le 6 août 1623. Il moumt le 29 juillet 1644. Innocent X lui succéda.
mière ferveur de leurs saintes fondatrices. On savoit qu'elles regardoient bien plus la piété et la solide vocation des filles qu'elles recevoient dans leurs monastères, que les grandes dots qu'elles pouvoient y apporter, et le contraire n'étoit que trop visible dans la plupart des couvents .
La Compagnie chercha donc les moyens de réformer cet abus si contraire au Canon 64" du Concile de Latran (i) ; il défend de demander aux postulantes bien appelées à la religion aucunes rentes ni deniers, quand le nombre des iillcs porté parla fondation n'est pas rempli, et, s'il l'est, de n'exiger d'elles que la pension nécessaire pour leur vie et pour leurs vêtements, qui doit s'éteindre à mesure que les nouvelles reçues entreront dans l'ancien nombre. Mais comme une si grande réforme étoit difficile à établir,et qu'il falloit que toutes les puissances spirituelles et temporelles y concourussent pour la rendre universelle dans l'Eglise, la Compagnie en fit parler à la reine régente par MM. les évêques de Beauvais(') et de Lisieux (3), pour supplier Sa Majesté d'obliger les abbesses qu'elle nommcroit dans la suite de recevoir sans dot des filles d'une excellente vocation, quand il y auroit des places vacantes dans leurs abbayes. Cette instance auprès de la reine opéra quelques bons effets, mais en petit nombre, et il seroit à désirer que dans la suite le Canon de ce saint Concile de Latran s'observât plus régulièrement qu'on ne fait. La proposition en avoit été faite par la Compagnie dès le 17 février 1634, en faveur des pauvres demoiselles de naissance. Mais elle fut renouvelée pour toutes les filles bien appelées à la religion, le 12'' de juin de cette année 1643, et dans le dernier temps Louis-le-Grand (4), qui règne heureusement, a fait de nou-
(i) Ce fut le IV^ Concile de Latran tenu sous Innocent III en 1215.
(2) Augustin Potier, fils de Xicolas et d'Isabeau Baillet, sacre à Rome cvêquc de Beauvais le 17 septembre 161 7 pour succéder à René Potier, grand-aumônier de la reine Anne d'Autriche ; il donna sa démission en 1650 et mourut le 20 juin de la même année ; Nicolas Choart de Buzenval lui succéda. Cet évoque avait été ami de St-Vincent de Paul ; à la fin de sa vie il fut dominé par les Jansénistes.
(3) Philippe Cospéan, né à Mons et confesseur d'Anne d'Autriche, sacré le 18 février 1607 évoque d'Aire, fut transféré à Nantes en 1621, puis à Lisieux en mars 1635 P^"'' ^^^' cédera Guillaume Aleaume ; il mourut le 8 mai 1646, âgé de 76 ans, et Léonor de Goyon-Matignon lui succéda.
(4) Louis XIV le Grand, fils de Louis XIII et d'^fVnne d'Autriche, naquit à St-Germain-en-Laye le 5 septembre 1638, épousa en 1660 Marie-Thérèse d'Autriche, fille de Philippe IV, roi d'Espagne, et d'Elisabeth de France ; il mourut à Versailles le i*^"" seplemt bre 1715.
velles ordonnances sur ce sujet, mais elles ne sont encore guère exécutées .
L'oppression dont les riches et les puissants accablent souvent les pauvres et les faibles par des procès, et faute de conseil charitable et d'appui désintéressé en faveur des misérables, fit résoudre la Compagnie à procurer ce secours aux pauvres. Pour cet effet, il fut arrêté le 3*^ de décembre de cette année que le Supérieur nommeroit tous les trois mois quelques personnes de la Compagnie capables de travailler à ce bon œuvre, et presque en même temps, la Compagnie de Poitiers, sans savoir cet arrêté, écrivit à celle de Paris de protéger les pauvres contre les mauvais riches qui les opprimoient en justice. Ce concours de mêmes pensées fit croire que c'étoit un dessein fort approuvé de Dieu ; ainsi le même avis fut donné à toutes les Compagnies pour les exciter à suivre ce bon exemple, et plusieurs le pratiquèrent avec grand fruit.
La Compagnie de Dijon (i) fut établie en cette année 1643 avec les précautions et les circonstances accoutumées.
On obtint en ce même temps des arrêts en faveur de M. l'évêque de Grenoble (2) contre les Huguenots d'Antibes (3) et de Grasse, dont ce prélat fit de grands remerciements à la Compagnie.
Celle de Marseille lui donna avis de quelques moyens qu'elle avoit trouvés avec son pieux évêque Jean-Baptiste Gault (4), pour faciliter la liberté de plusieurs chrétiens captifs en Barbarie, et de la justice qu'il faudroit procurer aux forçats qui avoient achevé leur temps, dont il se trouvoit un grand nombre ; qu'on avoit eu soin de leur consolation spirituelle, et qu'elle avoit en vue l'établissement d'un hôpital pour y
(i) Dijon ne fut érigé en évêché qu'au siècle suivant ; cette ville dépendait du diocèse de Langres.
(2) Pierre Scarron, reçu conseiller au Parlement de Paris le 22 août 1603, avait été sacré évêque de Grenoble le 7 mars 1621 pour succéder à Alphonse de la Croix-Chevrière ; il mourut en 1668 et fut remplacé par Etienne le Camus qui devint cardinal.
(3) Antibes fut d'abord ville épiscopale; le siège fut transféré à Grasse par Innocent IV par une bulle du 19 juillet 1244.
(4) Jean- Baptiste Gault, tîls de Jacques et de Marguerite Poitevin, né à Tours le 29 décembre 1595, fit ses études à Lyon, à la Flèche et à Paris. Il entra à l'Oratoire et y prit l'habit le 23 juin 1618, puis il fut ordonné prêtre à Troyes. Il fut ensuite curé de Ste-EulaUe de Bordeaux, puis nommé évêque de Marseille à la mort de son frère Eustachc. Il fut sacré à St-Magloire par Victor le Bouthillier, archevêque de Tours, le 5 octobre 1642. Il mourut victime de sa charité et en odeur de sainteté le 23 mai 1643. Etienne de Puget lui succéda .
retirer ces misérables, lorsqu'ils étoient malades. Chose qui seroit fort utile à leurs âmes par l'instruction qu'ils recevroient, et au service du roi par la conservation de ces forçats si nécessaires à ses galères.
Ce dessein fut heureusement conduit et avec tant de zèle que l'avis qui en fut donné le 28^ d'avril de cette année 1643 fut suivi de celui de l'entière exécution et du parfait établissement de cet hôpital que l'on en reçut le 24" d'avril 1645, de sorte qu'en deux ans cet important ouvrage fut achevé. Madame la duchesse d'Aiguillon et M. Vincent eurent grande part à ce bon œuvre. Les fruits en ont été merveilleux, et Dieu y verse encore aujourd'hui beaucoup de bénédiction.
Le zèle de cette Compagnie de Marseille s'appliqua fort à secourir les pauvres galériens. Son saint et fervent évêque J.-B. Gault, assisté de plusieurs ecclésiastiques et laïques de la même Compagnie, fit une mission de grand éclat dans toutes les galères, et Dieu versa d'abondantes bénédictions sur ses soins. Bien de mauvais catholiques, des hérétiques et des Turcs se convertirent par les prédications de ce prélat qui tomba malade par l'excès du travail qu'il prit en cette occasion, et mourut quatorze jours après en opinion de sainteté. La Compagnie de Marseille donna avis de la mission des galères le 12^ de mai de cette année, et le 26*^ du même mois, de la mort de son saint évêque, dont elle fit l'éloge avec le récit des miracles qui s'opéroient en même temps, et en grand nombre sur son tombeau. Il est vrai qu'on ne peut dire à quel point cet illustre prélat fut regretté. Je me souviens qu'en revenant de Catalogne je me détournoi du grand chemin pour visiter la Ste-Baume (i). J'arrivoi à Marseille quelques mois après la mort de ce saint évêque. Tout y retentissoit du bruit de ses qualités admirables, de ses vertus, de ses actions et de ses miracles. Un nombre infini de personnes prioient sans cesse sur son tombeau. J'y fis aussi ma prière, et je baisoi son cœur que l'on exposa à la dévotion du public. Plusieurs années depuis cette mort, je repassoi à IMarseille où je trouvoi que l'opinion de la sainteté de ce prélat duroit toujours, et, selon les apparences, il sera quelque jour jugé digne d'être mis au nombre des saints. La Compagnie de Marseille avoit tiré de lui de grands exemples de vertu, et beaucoup de
(i) Sainte ^laric-Madeleine se retira dans cette {grotte ou baume et y vécut dans unç I austère pénitence jusqu'à sa bienheureuse mort ; son coips repose à St-Maximin .
zèle pour travailler aux bonnes œuvres. Elle procura l'établissement d'une maison de Refuge (i) pour les débauchées dans Marseille même et une dans Aix (2). Elle s'est toujours appliquée à maintenir tous les biens que son prélat avoit faits de concert avec elle, particulièrement l'hôpital des galères dont quatre de ses confrères (3) furent nommés directeurs, et Dieu dans la suite a donné beaucoup de bénédictions à tous ses soins.
La Compagnie de Paris fut consultée en ce temps-là sur quelque fondation qu'un particulier vouloit faire et commettre à la conduite de la Compagnie de Tours. Sur ce point elle répondit que le secret ne pouvoit permettre que cet article fût mis dans la fondation, mais que le particulier qui la faisoit pouvoit nommer trois de ses confrères qui seroient approuvés de la Compagnie et qui feroient par son ordre tout ce que le fondateur désiroit, que deux de ces particuliers pourroient par l'avis de la Compagnie, nommer un successeur au troisième s'il venoit à quitter ou à décéder, et, qu'ainsi les choses se perpétueroient, sous la direction de la Compagnie, dans le fond, sans qu'elle parût à l'extérieur. Cependant ]M. le Gauffre (4) prêtre et Me des Comptes à Paris, ne fut pas bien informé de ce résultat; il nomma la Compagnie pour exécuter dans la suite son testament, aussi n'en voulut-elle prendre aucune connoissancc, et faute d'avoir suivi sa conduite en cette occasion, le testament de M. le Gauffre, quoique membre de la Compagnie et très saint homme, fut laissé dans le train commun des choses qui n'ont point de protecteurs.
(i) Cette maison de refuge, nommée aussi maison de St- Joseph et la galère, fut établie au quartier Saint- Jean par arrêt des consuls du 4 décembre 1640.
(2) Le refuge d'Aix fondé en 1640, rue des Champs, subsista jusqu'à la Révolution.
(3) Les premiers recteurs de l'hôpital royal des forçats malades furent Henri Arnaud, trésorier-général de France, Pien-e de Bausset, seigneur de Roquefort, Charles Molat, écuyer, et Gaspard de Simiane, chevalier de la Coste.
(4) Thomas-le-Gauffre, né au Grand-Lucé, diocèse du Mans, en 1604, fut en 1628 auditeur à la chambre des comptes et conseiller-maître en 1636. Il devint prêtre et succéda en 1641 aux œuvres de charité de Claude Bernard, le pauvre prêtre, qu'il avait rencontré en 1638. Tout dévoué à M. Olier, il s'occupa avec lui de la colonisation du Canada. Dans une assemblée tenue dans l'église des Carmélites le 16 juillet 1642, il sollicita pour l'érection d'un siège épiscopal dans ce pays, il était même désigné pour le remplir lorsqu'il mourut en 1645 laissant 20.000 livres pour le doter ainsi que le chapitre ; il avait déjà donné dix mille écus à cette fin ; son testament par lequel il laissait aussi des legs pour des missions en France fut contesté par ses héritiers, et le 25 mai 1646 l'assemblée du clergé s'en occupa.
Ce fut en cette année 1644 que les Compagnies de Grenoble, de La Rochelle, (i) du Puy, (2) et de Metz (3) furent établies.
Dans la suivante la Compagnie reçut une grande consolation : le 28'' de mai, M. de Bagni (4), archev^êque d'Athènes et nonce du Pape, y fit sa première entrée et y fut reçu avec une extrême joie de tous les confrères. Il n'y vint qu'avec un missionnaire esclavon de sa suite, et MM. de Ventadour et de la Bénhardière (5), qui lui servoient d'introducteurs, furent à sa descente de carosse, et lui firent cortège jusqu'à la porte de la salle, où il fut reçu par M. l'évêque de Grasse (6) et le Supérieur qui lui fit compliment de la part de la Compagnie et le conduisit dans son fauteuil. On l'avoit un peu plus avancé que les chaises des évêques et des premiers oificiers pour marquer le rang qu'il devoit tenir par dessus tous. Il y demeura jusqu'il la fin de l'assemblée qu'il termina en faisant lui-même les prières accoutumées . Il fut reconduit à son carosse par tous ceux qui l'avoient reçu d'abord, avec MINI, de Ventadour et de la Bénhardière, et ils le virent tous partir
(1) La Rochelle dépendait encore du diocèse de Maillezais ; Henri de Béthune y avait succédé le 6 janvier 1630 à Henri d'Escoubleau de Sourdis ; il fut transféié à Bordeaux le 20 novembre 1646 ; puis le siège épiscopal fut fixé à La Rochelle en faveur de Jacques Raoul.
(2) L'évêque de Puy était alors Henri de Cauchon de Maupas du Tour. Ce prélat, fils de Charles et d'Anne de Gondi, succéda en 1641 à Juste de Serres et il fut sacré le 4 octobre 1643 ; il écrivit les vies de saint François de Sales et de sainte Jeanne Françoise de Chantai et fut transféré à Evreux en 1661 ; Armand de Béthune lui succéda sur le refus de Jacques de Montrouge, évêque de St-Flour.
(3) Henri de Bourbon-Verneuil était encore évêque de ^fetz ; il avait succédé en 16 12 au cardinal Anne de Pénjsse des Cars ; en 1652, ayant donné sa démission, le cardinal ^Mazarin se fit donner cet évêché.
{4) Nicolas Guido Bagni, fils de Fabrice, marquis de Montebcllo, et de Laure Colonna, né en 1584 près de Rimini, marié à Théodora de Gonzague; à la mort de sa femme, il embrassa l'état ecclésiastique, devint archevêque d'Athènes et nonce en France le 7 mai 1644 jusqu'en 1656; fut créé cardinal le 9 avril 165;, et mourut à Rome le 23 août.
(5) Très probablement Guillaume Caillot, sieur de la Bénhardière, qui fut un des chapelains de Monsieur, duc d'Orléans, frère de Louis XIV.
(6) Antoine Godeau, fils d'Antoine et de Marie Terge, né à Dreux le 24 septembre 1605, un des quarante de l'Académie française, fut sacré évêque de Grasse le 24 décembre 1636. Il obtint l'union de Vence avec Grasse en 1644. En 1650 il fut contraint de céder Grasse et garda Vence. Il mounit d'apoplexie le 17 avril 1672 ; il a composé plusieurs onvrages ; il avait remplacé Scipion de Villeneuve ; Antoine de Bernage lui succéda.
en lui faisant une profonde révérence. Le nonce, qui depuis a été cardinal et qui étoit homme de grande vertu, témoigna une grande satisfaction de l'ordre qu'il avoit vu dans l'Assemblée et de la conduite qu'on y gardoit, et quand quelqu'un des confrères l'alloit visiter, il se recommandoit toujours aux prières de la Compagnie. Entre autres le 2 2m*^ de septembre de la même année, il chargea le Directeur de lui recommander et à toutes celles des provinces de prier Dieu pour les nécessités de l'Eglise persécutée (i) par le Turc, et la Compagnie l'assura de ses respects et de ses obéissances par le même Directeur. Mais parce qu'elle étoit fort circonspecte à s'engager pour les choses qui regardoient le public et dans les affaires générales, elle remit à l'Assemblée des officiers l'examen de cette proposition pour régler de quelle sorte elle devroit se conduire. Les officiers en délibérèrent et le 2'«e de novembre il fut résolu que chacun des ecclésiastiques diroit la Messe et que tous les laïques communieroient pour le bien général de l'Eglise ; que l'on feroit un jeûne pour rendre cette dévotion plus méritoire; qu'en cette vue on délivreroit un prisonnier et que l'on feroit quelques autres bonnes otaivres ; et que pendant que les besoins de l'Eglise dureroient, on ajouteroit aux prières ordinaires une oraison particulière pour ce sujet, dont on avertit toutes les Compagnies afin de se conformer à cette résolution .
Une des Compagnies de Provence s'avisa lors d'écrire à plusieurs Compagnies et d'envoyer toutes ses lettres à celle de Paris pour les faire tenir suivant leurs adresses. Mais l'Assemblée résolut, le ô^^e de février, de supprimer toutes ces lettres et jugea que pour le bon ordre et pour maintenir toutes les Compagnies dans la règle du pur service de Dieu, elle devoit conserver elle seule leur correspondance, afin de les avertir des choses nécessaires quand elle le trouveroit à propos. Et sur ce qu'une des Compagnies de la même province lui proposa d'en établir une dans la ville d'Avignon (2), elle n'approuva pas ce dessein et jugea que de pareilles Assemblées, sous quelque prétexte que ce fût, ne dévoient avoir aucun commerce avec les étrangers.
(i) En ce temps-là les Turcs, pour se venger de la prise de l'un de leurs principaux navires par les galères des chevaliers de Malte, arrivée le 28 septembre 1644, déclarèrent la guerre au Grand-Maître et firent des armements formidables pour la soutenir- ; mais au lieu d'attaquer Malte ils se jetèrent sur l'île de Candie et commencèrent ce siège qui émut toute l'Europe.
(2) .Avignon appartenait alors au Souverain Pontife.
Ce fut en cette année 1645 que l'on établit des Compagnies dans les villes de Bordeaux (i), de Senlis (2) et de Laval (3).
Celle de La Rochelle se signala contre les entreprises du ministre Vincent (4), et des faux zélés de sa secte. Ils avoient surpris quelques ordres du Roi, pendant leur synode national qui se tint cette année, touchant les tentures pour la procession du Saint-Sacrement, et pour l'entrée aux arts et métiers en faveur des originaires de la ville. Ils s'avancèrent même à commencer un collège pour la langue latine . Mais M. d'Argenson, lors Intendant en Poitou et en Aunis, averti et sollicité par la Compagnie de Paris de tout ce qui se passoit, en écrivit fortement à la Cour, et en reçut des ordres tout contraires . De sorte qu'il fit de sévères défenses aux hérétiques de continuer leur collège, et il empêcha que l'on ne reçût dans les arts et métiers un apprenti de R. P. R. La Compagnie fut tellement consolée du bon succès de la sollicitation qu'elle en remercia AI. d'Argenson par une lettre du 2 5 me de juillet.
En cette même année, la Compagnie de Dijon écrivit à celle de Paris que par ses soins on avoit empêché la plupart des désordres du carnaval et qu'il étoit important de supprimer les abus et les débauches qui se font dans les villages aux fêtes des patrons de paroisse. Mais c'est un mal où il n'y a que les évêques qui puissent remédier par leurs visites et par la sévérité de leurs ordonnances bien exécutées.
Toutes les Compagnies des provinces avoient une telle confiance à celle de Paris, qu'elles lui écrivoient sans cesse, et cette conduite
(1) L'archevêque de Bordeaux était alors, depuis le i6 juillet 1629, Henri d'Escoubleau de Soiirdis qui mounit le 18 juin 1645 et eut pour successeur, l'année suivante, Henri de Béthune, évêque de Maillezais ; il avait succédé à son frère le cardinal François d'Escoubleau de Sourdis en 1629 et pris possession en 1630.
(2) Nicolas Sanguin de Liviy devint, le 19 septembre 1622, évêque de Senlis, en remplacement de François de la Rochefoucauld, cardinal ; il abdiqua en 1652 et eut pour successeur Denis Sanguin, son neveu ; il mouinit le 15 juillet 1653.
(3) Laval appartenait au diocèse du Mans ; Eméric-Marc de la Ferté éLiit é\êque de ce diocèse depuis novembre 1637, où il avait succédé à Philibert de Beaumanoir de Lavardin ; il mourut le 30 avril 1648 et eut pour successeur Philibert Emmanuel de Beaumanoir de Lavardin, neveu de son prédécesseur,
(4) Philippe Vincent mourut en 165 1 ; il publia un livre intitulé : Recherches sur les commencements et premiers progrès de la reformation de la ville de La Rochelle depuis l'an 1534 j'îisqu'en 1387,
faisoit un commerce perpétuel de bonnes œuvres. Il est^vrai que la Compagnie agissoit avec grande prudence pour se mêler des affaires qiii lui étoient recommandées par celles des provinces et pour répondre à leurs dépêches. D'abord qu'elle }- trouvoit quelque chose qui regardoit les finances, le Ministère ou l'Etat, elle répondoit que toutes ces matières n'étoient point de son objet, qu'elle n'avoit en vue que le spirituel et le soulagement des pauvres en particulier, sans se mêler du gouvernement public, qu'elle devoit toujours respecter. Cela tenoit tout en règle, et, par cet exemple, les Compagnies apprenoient ce qu'elles dévoient entreprendre ou abandonner. La Compagnie de Marseille demanda les règlements des Dames de la Charité de Paris (i) pour l'établir dans leur ville, et ils lui furent envoyés. Elle demanda en même temps le moyen d'établir une maison de nouvelles catholiques pour retirer les jeunes demoiselles de Languedoc qui vouloient se convertir et qui n'osoient le faire par la crainte de leurs parents. Enfin la même Compagnie donna avis de l'établissement qu'elle avoit fait ou procuré d'une Confrérie sous le titre de Jésus agonisant (2).
Celle de Lyon, qui s'étoit fort affoiblie, donna avis le 2 5" de mars de son rétablissement et de l'espérance qu'elle avoit de travailler et de se conduire désormais avec bien plus de ferveur que dans son commencement.
Celle de Poitiers donna avis d'une nouvelle coutume que les hérétiques prenoient, de porter la Cène à leurs malades, et demandoit des moyens d'empêcher cette nouvelle pratique. On y a pourvu depuis par le soin des magistrats, et s'ils la donnent à leurs malades, c'est si secrètement qu'on ne s'en aperçoit pas. Cette Compagnie pria aussi celle de Paris de lui envoyer tous les arrêts donnés contre les héréti.|ues, pour fortifier l'ouvrage que M. Filleau composoit sur la conservation des droits de l'Eglise. Il y a apparence qu'on ne manqua pas de les envoyer.
Celle de Metz se plaignit de la protection trop grande qu'y recevoient les hérétiques par les personnes d'autorité ; et ]\I . le Comte de Brienne (3) secrétaire d'état, sur la sollicitation que lui fit faire la
(i) Les Dames de Charité avaient été établies par saint Vincent de Paul.
(2) Cette confrérie existe encore à Marseille.
(3) Heari Auguste de Loménie, comte de Brienne, seigneur de la Ville aux Clercs, secrétaire d'Etat, était fils d'Antoine et d'Anne d'Aubourg ; il épousa en 1623 Louise de Béon, fille de Bernard, seigneur du Masses, et de Louise de Luxembourg-Brienne ; il mourut le 5 novembre 1666, et sa femme le 2 septembre t66-.
Compagnie de Paris, promit d'écrire de la part du Roi au Gouverneur de Metz (i) pour appuyer les catholiques, ainsi qu'on avoit fait à Sedan.
L'Hôpital de j\Iotz étoit réduit en si misérable état par l'administration d'un hérétique qu'on y avoit proposé que la Compagnie s'en plaignît à celle de Paris. L'avis n'en fut pas inutilement donné, car la lettre de cachet qu'on envoya au Gouverneur, et les soins qu'on prit dans la suite de la faire agir api^ortèrent du remède à tout ce désordre.
La Compagnie de Rouen s'employa pour tirer quatre personnes des prisons de la ville ; elle en écrivit à celle de Paris, mais comme il se trouva dans leurs affaires des intérêts de finance, la Compagnie ne voulut pas y entrer, parce qu'en cette matière elle agissoit toujours avec circonspection.
Celle de Périgueux (2) manda qu'elle avoit fait approuver par son évêque les statuts d'une Confrérie du St-Sacrement pour servir de manteau à la Compagnie.
Enfin celle de Laval pria celle de Paris de rendre les bons offices qu'elle pourroit à celui qu'elle députoit exprès pour tâcher d'obtenir des défenses contre des cabarets dissolus, et contre des académies des jeux défendus dans leur ville, ce qui les obligeoit d'y chercher du remède par toutes les bonnes voies qu'ils pouvoient s'imaginer.
Tout ce qu'a fait la Compagnie pendant le cours de cette année 1646 a été rapporté en divers endroits sous des articles qui ont rapport aux affaires où elle s'est appliquée. Mais comme un de ses soins principaux c'étoit de procurer et de soutenir toutes sortes de bonnes œuvres par toute la France, les Compagnies des Provinces lui donnoient avis de tout ce qui se passoit dans leur détroit pour la gloire de Dieu, et voici ce qu'elles ont écrit de plus important durant cette année.
Celle de Marseille souhaita fort d'empêcher l'usage du tabac en fumée dans des lieux publics, à cause des grands désordres qui arrivoient tous les jours dans ces lieux-là.
(i) C'était le l\raiéch.il de Schonibcrg, duc d'Halhvin.
(2) L'cvûque de Périgueux était encore en ce momrDt Fiauçois de la Béraudière ; il avait succédé en 1612 à Jean Martin, et il mourut tn 1646. Philibert Brandon lui succéda en 1648. François de la Béraudière, fds de François et de Jeanne de Lévis, avait épousé Elisabeth des Dormans, lille de Charles et de Marie de I^farsillac ; devenu veuf, il entra dans l'Eglise, devint abbé de Noailles, puis évCujuc de Périgueux où il fonda un séminaire ; ce fut Philibert Brandon qui approuva les statuts dont il est ici parlé.
Elle proposa une autre fois le grand besoin que l'île de Malte avait d'une mission.
Et elle demanda les moyens de bannir entièrement de France les Bohémiens vagabonds. Marseille en étoit lors fort infesté et grand nombre de ces sortes de femmes alloient visiter leurs maris dans- les galères où ils étoient condamnés. La Compagnie de ce lieu cherchoit les moyens de les convertir, lorsqu'un particulier s'avisa de les faire catéchiser par un Prêtre de la Mission. Ce moyen réussit; elles se laissèrent persuader de quitter leurs habits extravagants, et d'en prendre de modestes, qui leur furent achetés par la charité des Dames de Marseille, et de se laisser renfermer dans une maison, où l'on a depuis continué de les instruire jusqu'à leur confession générale. On les y a même depuis fait travailler et gagner leur vie, et, par les soins de la Compagnie, les Consuls ont obligé toutes les femmes de cette qualité de se renfermer avec leurs compagnes, ou de s'éloigner de Marseille (i).
La Compagnie de Bordeaux écrivit à celle de Paris le 21 janvier pour lui demander ses bons offices dans l'entreprise de la démolition du Prêche d' Archiac, en Saintonge (2) bâti depuis l'édit, et pour l'établissement d'un Refuge (3) à Bordeaux même.
Elle écrivit ensuite touchant plusieurs procès entrepris contre les hérétiques de Pujols (4), de Bergerac (5) et de Castillon (6) sur Dordogne, où le Parlement de Guyenne avoit été fort favorable aux catholiques et sur ce qu'il y eut procès au Conseil pour les mêmes affaires. La Compagnie de Bordeaux demanda que celle de Paris sollicitât pour la bonne cause.
Ce qui fut fait.
(l) Les Bohémiens s'établirent dans une rue, dcti-uitc depuis, qui, à cause d'eux, fut nommée :Rue Fontaine des Bohémiens.-
{2) Archiac est une petite ville de la Saintonge, située non loin de Jonzac.
(3) Ce fut à cause de l'internement d'une personne de mauvaise vie dans cette maison par ordre du prince de Conti, que le Parlement de Bordeaux commença à poursuivre h Compagnie de cette ville. On nommait cet établissement la Madeleine oii les Repenties.
(4) Pujols, dont il est ici question, est situé dans le Bordelais.
(5) Bergerac avait deux paroisses : St-Martiu, du diocèse de Pcrigucux, et Ste-Madeleine, de celui de Sarlat ; elles étaient séparées par la Dordogne. Cette ^ilIc jnolcstantc fut prise par Louis XIII en 162 1 ; il en fit raser les fortifications.
(6) Castillon sur Dordogne est célèbre par la victoire remportée sur les Anglais par les Français eu 145 1, et qui chassa les premiers de la Guycuue.
Celle de Rouen écrivit qu'elle travailloit à empêcher que les hérétiques ne tinssent de petites écoles dans leur ville, et proposa quelques bonnes œuvres particulières auxquelles on s'employa avec grande correspondance.
Mais celle de Poitiers fit de si grandes plaintes des duels qui arrivoient tous les jours dans la province, que la Compagnie de Paris se remplit d'un zèle particulier pour bannir du Royaume cette détestable manie. Elle nomma plusieurs gentilshommes pour dresser les mémoires d'une nouvelle déclaration qu'il falloit demander au roi sur ce sujet, et pour attirer sur eux les bénédictions du succès de cette entreprise, il firent entre eux un écrit par lequel ils protestoient de ne jamais se battre en duel, c'est-à-dire de n'appeler jamais personne et de ne répondre à aucun appel, mais seulement de se défendre s'ils étoient attaqués. Cette protestation fut approuvée et signée de MM. les Maréchaux de France (i), et cette approbation donna sujet à beaucoup d'autres gentilshommes qui n'étoient pas de la Compagnie d'en signer l'acte . Elle ne s'effectua pleinement qu'en 1 65 1 , mais la ehose fut entreprise avec chaleur en 1646, et ce fut sur les plaintes de ce désordre qu'en fit la Compagnie de Poitiers à celle de Paris.
Enfin, toutes les Compagnies du Royaume l'informèrent des petites et des grandes affaires où elles avoient besoin de son secours, pour le service de Dieu, ou pour le soulagement du prochain. On y travailloit avec soin et avec grande prudence, on ne s'embarrassoit dans aucune intrigue, et on faisoit toujours un grand discernement de ce qui pouvoit être désagréable à la Cour, afin de rendre plus solidement gloire à Dieu et plus efficacement service au prochain .
Les ouvrages où la Compagnie de Paris s'est appliquée pendant cette année 1647 ont été encore rapportés en différents endroits où les matières les ont rassemblés . Mais comme la correspondance duroit toujours avec les Compagnies du Royaume, il est à propos de
(ij En cette année, les marécliaux de France étaient : Honoré d'Albert, duc de Chaulnes ; Gaspard de Coligny ; François de BassompieiTC ; Jacques Norapar de Caumont, duc de la Force ; François-Annibal , duc d'Estrécs ; Urbain do Maillé, marquis de Brczé ; Charles de Schombcrg, duc d'Hallwin ; Charles de la Porte, duc de la Meillcrayc, Antoine, duc de Grammont, Jean-Baptiste Budes, comte de. Gucbriant ; Philippe de la Molhc-Houdancoiirt. duc de Cardonne ; François de l'IIôpital ; Henri de la Tour, vicomte de Turcnne ; Jean de Gassion ; César de Choiseul, duc du Plcssis-Praslin ; Josias, comte de Rantzau j Nicolas de Neuville, duc de Villeroy ; les maréchaux d'Estrées, de Schombcrg, du Plcssis-Praslin et de Villeroy notamment signèrent cette protestation en 1G51.
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rapporter ce qu'elles ont fait d'elles-mêmes, dont elles donnoient avis pour l'édification des Confrères ,
La Compagnie de Bordeaux écrivit le lO'^ de janvier de cette année qu'elle avoit fait donner un grand arrêt au Parlement pour ré ^ primer les entreprises et les insolences des hérétiques et qu'elle prioit l'Assemblée de soutenir cet arrêt par ses sollicitations en cas que les P. R. se pourvussent au Conseil pour le faire casser.
Celle de Rouen donna avis d'un célèbre arrêt qu'elle avoit fait donner au Parlement de Normandie contre la non résidence des chanoines, dans les cures dont ils étoient titulaires. Cet arrêt a eu de grandes suites en conséquence de celui du Conseil que J\I. l'évêque de Limoges, de la Fayette (i), obtint sur le même sujet. Mais comme plusieurs chanoines réclamèrent en Normandie contre cet arrêt, et qu'avec l'appui de quelques personnes de grande autorité, il prétendoient faire casser l'arrêt de ce Parlement qui avoit été donné toutes les chambres assemblées, la Compagnie de Rouen pria celle de Paris de faire solliciter la Reine régente pour maintenir la bonne cause. Ce qui fut exécuté, et dans la suite toute la France a profité du zèle de la Compagnie de Rouen pour la résidence dans les cures .
Les principales entreprises de la Compagnie de Paris et ce qu'elle a fait pour la gloire de Dieu pendant cette année 1648 ont été rapportées en divers articles précédents par la conformité des matières qui en ont donné sujet, de sorte que je ne remplirai encore celle-ci que de ce qu'ont fait les Compagnies des Provinces, dont elles ont donné avis à celle de Paris par leurs lettres.
Une des plus importantes affaires de ce temps-là, ce fut celle que la Compagnie de Bordeaux entreprit à la sollicitation de celle de Paris, contre les filles du comte de Marennes (2), huguenot. Elles avoient
(i) François de la Fayette, fils de Claude, seigneur de Hautcfeuil le et de Marie d'Alcgre, fut sacré cvêque de Limoges le 19 mars 1628, en présence d'Anne d'Autriche, de Gaston d'Orléans, du Nonce, pour succéder à Raymond de la Marthonie mort en 162;. Il introduisit dans son séminaire les règlements de St-Sulpice et fut aumônier de la reine Anne d'Autriche ; il mourut le 3 mai 1678, âgé de 86 ans. Louis de Lascaris d'Urfé lui succéda. Le conseil privé rendit le 16 mars 1844, l'arrêt dont il est ici question. Les chanoines pourvus de cures ou autres bénéfices à charge d\imes, devaient opter dans les trois mois, faute de quoi les dits bénéfices étaient déclarés vacants et impétrables.
(2) Le comte de ^^larcnnes était Henri d'Albrct, baron de INIiossans et de Pons, fils de Henri, et d'Antoinette de Pons et de ]\rarcnncs ; il avait épousé (contrat du 3 janvier 161 1) Anne de Gondrin, fille d'Antoine Arnaud, seigneur de Gondrin et de Pardaillan,
commis de grandes irrov/érenccs dans l'église du Roncy de Marennes, le jeudi-saint, contre l'honneur dû au St-Sacrement. Le cure s'en plaignit au Barlement de Bordeaux et la Compagnie de la même ville fit toutes les diligences nécessaires pour tirer raison de cet attentat. Il y eut arrêt portant qu'il en seroit informé. ]\Iais ISI. de Liancourt (i) écrivit au comte de Marennes, et lui conseilla de désavouer ce sacrilège dans la meilleure forme que l'on pourroit désirer d'un homhic de sa qualité et de sa religion. Ce qui fut exécuté avec la participation du Parlement de Bordeaux, qui fit faire une satisfaction convenable pour réparer le scandale que ces demoiselles avoient causé.
La même Compagnie donna avis au mois de décembre que le Parlement de Bordeaux avoit donné deux arrêts contre l'élection d'un échevin huguenot dans la ville de Saintes .
Au mois d'avril la Compagnie de Toulon fit de grandes instances pour obtenir le changement du lieu de l'hôpital des vaisseaux et des galères, sur ce qu'il étoit en si mauvais air que les malades ni les blessés ne s'y pouvoient guérir. Mais par des intérêts particuliers, elle ne put réussir dans son dessein. Ce qui contraignit ceux qui avoient charité pour ces pauvres, de les faire porter dans l'hôpital de la ville .
Celle de Rouen, au mois de mai, pria la Compagnie de Paris d'assister une mère qui vouloit empScher que sa fille ne fût mariée à un hérétique par l'autorité d'un seigneur de cette religion ; l'affaire fut embrassée par l'Assemblée et la mère obtint arrêt en faveur de sa fille, qui depuis fut amenée à Paris pour l'ôter des mains et du pouvoir des hérétiques.
La même Compagnie pria celle de Paris de faire prévenir jSL et ^NI"^*^ de Longueville (2) pour les obliger de ne point recevoir les
marquis de Montespan, et de Marie du !Maine, dont plusieurs enfants et en particulier Jeanne et Françoise dont il est ici question. Jeanne épousa Claude, marquis de Rebc, baron d'Arqués et de Cornnussan ; Françoise, Ilcuri Bernard de Miossans, baron de Saussous et de Sadirac .
(i) Roger du Plessis, marquis de Liancourt, duc delà Roclicguyon et pair de P'rance, fils de Charles et d'Antoinette de Pons, né en 1598, mourut le i*^"" août 1674 ; il avait épousé Jeanne de Scliomberg, fille de Henri, ^laréchal de France et de Françoise d'Espim'y, le 24 février 1620 ; elle était née en 1601 et mourut le 14 juin 1674.
(2) Henri d'Orléans, duc de Longueville et d'Estouteville, fils de Henri et de Catherine de Gonzague-Clèvcs, né le 25 avril 1564, marié le 30 avril 16 17 à Louise de Bourbon-Soissons, décédée le 9 septembre 1637 ; et le 2 juin 1642 à Anne Geneviève de Bourbon-Condé ; il mourut à Rouen en 1663.
députations que leur faisoient les P. Réformés lorsque LL. AA. arri voient à Rouen, parce que ces hérétiques ne font point de corps dans l'Etat, et qu'ainsi ils n'ont pas droit de députer.
La Compagnie de Limoges écrivit au mois de juillet qu'il n'y avoit que quatre familles d'hérétiques dans leur ville, et qu'étant un si petit nombre, le Sénéchal (i) et ensuite le Parlement de Bordeaux leur avoient fait défense de s'assembler ; ce qui avoit donné lieu aux enfants de démolir le Temple qu'ils avoient détrait jusqu'aux fondements ; mais que les huguenots avoient obtenu un arrêt du Conseil et une lettre de cachet à l'Intendant (2) pour le faire rétablir.
Je vois qu'en ce même temps, plusieurs Compagnies en diverses villes du Royaume réchauffèrent leur zèle pour empêcher les entreprises des huguenots contre les édits qui leur ont donné la liberté de professer leur P . religion. Celle d'Arles pour détruire un temple usurpé ; celle de Metz pour en détruire plusieurs, et n'en laisser que trois permis par le roi; comme aussi pour empêcher qu'il n'y eût tant d'officiers hérétiques dans les Compagnies des Bourgeois de la ville, et que les Juifs ne s'étabHssent parmi la campagne ; et celle de Blois pour appuyer une sentence rendue contre une personne de qualité, mais hérétique, qui avoit commis des irrévérences contre le Saint-Sacrement .
La Compagnie de Puy écrivit, au mois de décembre, contre un officier du Régiment de Languedoc qui avoit souffert que ses soldats commissent les plus horribles sacrilèges du monde sans les châtier, et pria la Compagnie de Paris d'appuyer les sollicitations que le clergé et leur ville feroient contre cette impiété.
Enfin le dernier de décembre, pour conclure cette année, la Compagnie de Paris écrivit une lettre circulaire à toutes les Compagnies du
Anne-Geneviève de Bourbon, fille de Henri, prince de Condé, et de Charlotte- Marguerite de Montmorency, née le 27 août 1619, mariée le 2 juin 1642 à Henri d'Orléans, duc de Longueville, mourut le 15 Avril 1679.
(i) Le Sénéchal de Bordeaux (1648) était Jacques de Stuer de Caussade, prince de Carency, comte de la Vauguyon, marquis de St-Mégrin, vicomte de Calvignac, baron de Tonneins, Gatteloup, la Gruère, etc., il prenait les titres suivants: grand Sénéchal et lieutenant général pour le roi en Guienne, chevalier du Saint-Esprit, capitaine des chevauxlégers de la garde du roi, etc., il était fils de Louis de Stuer de Caussade, comte de St-Mcgrin et de Diane des Cars, princesse de Carency, comtesse de la Vauguyon. Jacques épousa Marie, fille d'Antoine, maréchal de Roquelaure et de Catherine d'Ornesan.
(2) Nicolas de Corberon ou Jacques de Chuulnes, sieur de Guyervillc.
Royaume, pour les convier d'appuyer l'exécution de trois arrêts du Conseil donnés sur le rapport de M. de Bernières (i), M^ des Requêtes, contre divers abus et dérèglements qui choquoient la religion et l'honneur dû au Saint-Sacrement ; et elle leur envoya la manière et les pratiques de le faire honorer partout .
(I) Charles Maignait de Bernières, fils de Charles et de Françoise Puchot de la Vaupallière, né à Rouen, conseiller au Parlement le 3 avril 1637, maître des requêtes le 30 mars 1643, résigna sa charge en 1649. Il épousa en 1638 Anne Amclot de Carnetin, dont il eut trois enfants ; il prit part à la Fronde et se fit Janséniste ; il recueillit dans sa terre du Chenai une partie des élèves de Port-Royal, fi.it exilé à Issoudun en 1661 et y mourut le 31 juillet 1662.