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CHAPITRE XVIII

Les ouvrag'es de la Compagnie pendant les années 1655 et 1656.

On proposa au commencement de cette année i655, de recevoir dans une Compagnie de Province un Commandeur de Malte d'une piété exemplaire, qui pourroit faire de grands biens. Mais, sur l'avis qu'on en demanda à la Compagnie de Paris, elle lui donna l'exclusion;, le fondement de sa résolution fut l'article 1 4 des Résolutions qui en exclut absolument les religieux et toute personne de communauté soumise à un général.

On arrêta en ce même temps de faire instance à la Coiu* pour avoir une déclaration contre les bohémiens, mais on y travailla sans succès, parce que ces sortes de gens trouvèrent des protections qu'il fut impossible de surmonter parmi le grand monde.

Sur l'avis qui fut donné à la Compagnie par le moyen des missionnaires qui avoient remarqué dans la campagne les grands besoins que les pauvres villageois affligés de la pierre avoient de quelque habile chinu-gien capable de les tailler, l'Assemblée résolut le 4" de mars de donner une somme d'argent à un chirurgien fort expérimenté nommé Haran pour aller tailler gratuitement les pauvres par les villages de France, et leur procurer par ce moyen un soulagement inespéré, ce qui fut exécuté.

Et pour suppléer aux besoins de la maison des Nouveaux-Convertis (i) auxquels la Compagnie ne pouvoit pas pourvoir aussi exactement qu'elle l'eut désiré, il fut arrêté ce même jour que l'on formeroit une Assemblée de Dames qui travailleroit à soutenir cette maison, et qui

(i) La maison des Nouveaux-Convertis fut instituée par Jean- François de Gondi, archevêque de Paris, le 6 mai 1634, approuvée par Urbain VIII et autorisée par le roi. Louis XIV la favorisa ; c'était une communauté séculière qui travaillait à la propagation de l'Eglise catholique parmi les protestants.

contribueroit à l'entretenir dans un bon ordre; cette résolution eut son effet, et Dieu y a donné beaucoup de bénédiction.

Le 8' d'avril, en suite de l'examen général et du résultat de l'Assemblée des officiers, il fut résolu de retrancher plusieurs petites pratiques inutiles, et divers abus qui s'étoient peu à peu introduits sous apparence de piété. On étoit exact à tenir ces Assemblées d'officiers qui étoient fort utiles pour empêcher la déchéance de la Compagnie et pour la maintenir dans une discipline bien réglée.

Le 22^ d'avril, la Compagnie témoigna beaucoup de joie de l'élection du Pape Alexandre VII (i); elle en rendit grâce à Dieu par des prières et par des communions, et elle fit écrire à toutes les Compagnies pour les convier à faire la même chose.

Comme la Compagnie donnoit libre entrée aux confrères des Provinces, elle trouva à propos d'être assurée de leur bonne conduite par de nouvelles lettres, toutes les fois qu'ils revenoient à Paris ; elle en fit un arrêté pour de bonnes raisons qu'elle avoit tirées de son expérience; et le 3p de mai elle accorda le droit de correspondance à la Compagnie de Limoges avec celle de Bordeaux poiu- la nécessité des affaires dans le même Parlement.

IM. de Lamoignon, maître des Requêtes et depuis premier Président du Parlement de Paris, s'en allant tenir les états en Bretagne, eut des lettres poiu* entrer dans toutes les Compagnies des villes de cette Province où il feroit quelque séjour, et il fut prié de travailler à l'étabhssement de celle de Vitré (2). C'a été un parfait magistrat, dans toutes les charges qu'il a soutenues ; c'a été un grand Protecteiu- de la Compagnie pendant sa plus grande persécution, et par son autorité il a toujours appuyé fortement les bonnes œuvres qu'elle a entreprises.

Ce fut en ce même mois que le magasin charitable fut commencé par ordre de la Compagnie; et M. Pépin (3), qui a toujours été zélé

(i) Fabio Chigi, fils de Flavio et de Laure Marsigli, né à Sienne le 13 février 1599, sacré en 1635 évêque de Nardo, nonce à Cologne, nonce extraordinaire à Munster pour la paix de Westphalie, cardinal le 19 février 1652, élu pape le 7 avril 1655, prit le nom d'Alexandre VII et mourut le 22 mai 1667.

(2) Vitré était la seconde ville de diocèse de Rennes pour son importance ; elle appartenait aux ducs de la Trémoillc.

(3) Jean Pépin, conseiller au Châtelet, correcteur des comptes en 1659, maître des comptes le 19 février 1671, en exercice jusqu'au 3 avril 1692 où il mourut ; épousa !Marguelitc le Lièvre, fille de Philippe, conseiller au Châtelet, et de Margucrite-Connaye.

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^Bour cette bonne œuvre, prêta sa maison qui, pendant toute sa vie, a ^^ervi de retraite à tout ce qu'on a voulu y envoyer pour contribuer au magasin.

Quelques personnes donnèrent avis à la Compagnie que si l'on pouvoit procurer quelque remède aux abus et aux longueurs des procédiu-es, ce seroit faire une grande charité à tout le public. Cette proposition fut approuvée et l'Assemblée nomma des personnes fort expérimentées en telles matières, pour conférer ensemble des remèdes et des moyens que l'on pouvoit trouver de les faire réussir.

On rapporta en même temps qu'il y avoit encore du désordre parmi les Garçons imprimeurs ; et la Compagnie députa tout de nouveau un excellent ecclésiastique qui avoit grande habitude avec eux, pour leur faire une conférence tous les dimanches dans un lieu où ils se trouveroient en bon nombre, et mettre par ce moyen quelques règles de piété dans leur assemblée. Cela fut exécuté dans le temps. Dieu veuille que cette sainte pratique ait été continuée.

Le 28e de mai, on donna un billet à la Compagnie qui portoit qu'un père huguenot avoit abandonné cinq enfants qu'il avoit, qui par sa fuite n'avoient secours assuré de qui que ce soit ; et, par un zélé digne des premiers chrétiens, quatre personnes de l'Assemblée se chargèrent d'en prendre chacun un, et de les faire instruire, et Mme la Duchesse d'Aiguillon voulut avoir le cinquième.

Le 4" de juin, il y eut sujet de parler de la mercuriale, et le Supérieiu- recommanda fort d'en faire un excellent usage, et d'en laisser le jour bien libre, afin que chacun pût dire au long et avec liberté, tout ce qu'il jugeroit utile pour bien régler la Compagnie.

Le même jour il fut arrêté que l'on retireroit de M. du Belloy, que l'on avoit chargé de travailler à l'histoire de la Compagnie, tous les mémoires qu'il en avoit dressés, pour être examinés par les commislires qu'elle nomma poiu- cet effet.

Ce fut en ce temps que l'Assemblée fit examiner les statuts de compagnonnage, qui et oit une cabale entre les garçons de différents métiers, et ce n'étoit au fond qu'un sujet de débauche et d'abomination sous l'apparence d'une feinte charité. Aussi fut-elle condamnée par la Sorbonne (i) ; et la Compagnie a pris grand soin en diverses villes de

(1) Cette maison fut fondée par Robert Sorbon, et sa faculté de théologie était renom- I mec dans le monde entier à cause de sa science.

détruire ces mauvaises pratiques des Compagnons du Devoir. Les frères cordonniers et tailleurs dont nous avons rapporté l'établissement cidessus ont été les premiers, qui en ont donné et fait donner connoissance à la Compagnie, pour travailler à remettre les pauvres garçons de leur métier dans les solides voies de leur salut.

On proposa ce même jour, 4e de juin, d'établir dans Paris des petites communautés de filles pour enseigner à coiffer, à blanchir, et à garder des malades. Mais je ne vois pas que ce projet ait ea des suites et du succès, non plus que celui de retirer les prêtres mendiants. Si ce n'est r Hôpital-Général qui leur a ouvert les portes, et leur a donné dans Bicêtre (i) ime chambre particulière pour se retirer ensemble, par la considération du sacerdoce que l'hôpital a voulu honorer en leiu-s personnes.

Le ler jour de juillet, l'Assemblée eut avis que la Compagnie de Vitré en Bretagne s'étoit établie. Il y a apparence que le voyage de M. de Lamoignon qu'on avoit prié d'y travailler, avança cet établissement qui dans la suite a produit de fort bons effets.

Quelques Compagnies des Provinces demandèrent la correspondance avec d'autres, sans qu'il fût fort nécessaire ; et comme on eut bien examiné les raisons de part et d'autre, on refusa fortement ces correspondances, pour conserver plus de liaison des hlles avec la Mère, et pour empêcher plusieurs inconvénients qiu pou voient naître de ces correspondances dans les Provinces.

Sur la proposition qui fut faite le 29'? de juillet de retirer de la comédie un fameux comédien avec toute sa famille, cette bonne œuvre fut chèrement embrassée ; on prit des mesures pour en venir à bout, et il se fit une grande contribution pour donner moyen à cette famille de sortir d'un état si déplorable.

Le 5e d'août, il fut arrêté qu'aux dépens de la Compagnie on poursuivroit le procès d'une fameuse prostituée (2) qui se vantoit de porter le Ueu de débauche au plus haut point d'honneur qu'on l'eût jamais vu, et qui, en effet, appuyée de quantité de grands seigneurs, faisoit dans Paris im éclat prodigieux et un scandale plein de triomphe. Comme on en avoit souvent fait porter des plaintes à la reine mère et aux

(i) Le château de Bicêtre faisait partie de l'Hôpital- Général, comme nous l'avons déjà vu.

(2) Cette fameuse prostituée était, croyons-nous, la Dervillc dont il sera question plus loin.

magistrats, elle fut arrêtée, et la Compagnie fit solliciter fortement contre elle ; ces soins réussirent ; cette malheureuse fut publiquement et sévèrement châtiée et le scandale cessa quelque temps. iSIais cette malheureuse débordée donna bien dans la suite de nouveaux sujets à la Compagnie d'exercer son zèle et ses charités pour dompter son insolence.

Comme la Compagnie désiroit ardemment que ses confrères s'avançassent en vertu et en oraison, elle croyoit que les conférences spirituelles faites familièrement étoient le meilleur moyen d'y réussir. Ainsi, par résolution de l'Assemblée, tous les particuliers furent excités de dire leurs sentiments sur les sujets proposés ; et, pour cet effet, on donna des manières de le faire avec facilité.

Siu- ce que quelques Compagnies des Provinces se plaignirent que l'on n'avoit pas assez de soin des affaires qu'elles recommandoient à celle de Paris, et que la plupart demeuroient sans succès, faute de les solliciter, ces plaintes furent trouvées raisonnables, et il fut arrêté que désormais l'on tiendroit un registre exact de toutes les affaires recommandées par les Compagnies et que de temps à autre on le liroit dans les assemblées pour en poursuivre l'exécution.

On proposa en ce temps-là qu'il seroit très important pour le salut des gens de guerre d'envoyer des missions dans les lieux des grands quartiers d'hiver, et l'on dit que ce seroit un excellent moyen de les instruire de leurs devoirs, tant envers Dieu qu'envers le souverain et leur patrie.

Pour appuyer les refus qu'on avoit faits à quelques Compagnies de la correspondance qu'elles demandoient avec celle de leur ressort, on trouva bon d'insérer dans le registre les motifs qu'on avoit eus ; le principal étoit que les vues et les raisons temporelles avoient plus de part à ces demandes que les spirituelles, que ces correspondances manifestoient fort les Compagnies, que la mauvaise conduite des particuliers les affaiblissoit aisément et que cela rompoit l'unité que toutes les Compagnies dévoient avoir avec celle de Paris et détruisoit leur subordination qui leur donnoit bénédiction. Aussi l'expérience a-t-elle fait voir que celles qui se so it soustraites de cette subordination n'ont pas été fort utiles au prochain, et n'ont pas eu de grands succès dans leurs entreprises. Le 2^ de septembre, il fut dit dans l'Assemblée que la Compagnie d'Avignon recevoit plusieurs prêtres de l'Oratoire, et même qu'elle se tenoit dans leur maison ; ces deux choses ne

f-irent pas approuvées, et il fut arrêté que Ton écriroit à cette Compagnie de ne plus recevoir ces bons prêtres, quoique grands serviteurs de Dieu, parce que l'esprit de la Compagnie ne pouvoit souffrir qu'on y admît des Personnes de communauté ni soumises à un général, non plus que de s'assembler dans une maison régulière, parce qu'on étoit trop observé, et que c'est un moyen de découvrir ce qu'on veut tenir caché .

On eut avis que les médecins de la religion prétendue réformée qui étoient à Rouen sollicitoient pour être admis dans le Corps des médecins de cette ville-là, et la Compagnie jugea qu'il étoit important de l'empêcher, et elle y travailla .

La proposition d'établir une Compagnie à Vienne (i) en Dauphiné fut faite ce jour-là, mais on en remit l'examen à l'assemblée des officiers.

Les Compagnies de Nîmes et d'Avignon avoient souvent demandé la mutuelle correspondance, pour concourir avec plus de facilité aux bonnes œuvres qu'elles faisoient, et cette correspondance leur fut accordée le 6' de septembre.

Le 2 3e du même mois, la Compagnie chargea quelques particuliers d'inspirer à J\L le Garde des Sceaux, j\Iolé, de faire mettre la clause de la religion catholique dans toutes les lettres de IMaîtrise, à peine de nullité, et cet avis dans la suite a produit d'excellents effets.

Il arriva une chose singulière dans la conduite de la Compagnie le dernier jour de septembre. Pour examiner les billets de l'élection, il se trouva que tous les officiers étoient occupés à cet examen, parce qu'il y en avoit d'absents . Aussi, pour remplir la place du Supérieur, on eut recours au plus ancien de la Compagnie qui s'y trouvoit présent et cette rencontre fit une loi pour la suite, quand le cas pareil arriveroit.

Le 1 8e de novembre, on proposa de détruire de nouveau l'hôpital des huguenots, qui se trouvoit lors dans la paroisse de Saint-Etienne du Mont, et le soin en fut laissé à la Compagnie de cette paroisse, qui fut établie en ce temps-là.

La proposition de faire faire des missions aux troupes dans les

(i) L'archevêque de Vienne était pour lors Pierre de Villars qui avait succédé en 1628 à Jérôme de Villars auquelil avait servi de coadjuteur depuis 161 5 sous le titre d'archevêque d'Ephèse; il mourut le 25 mai 1662, et Henri de Villars, son coadjuteur depuis 1655, ^^ remplaça.

grands quartiers d'hiver fut renouvelée et les gentilshommes qui s'assembloient lors pour dresser la déclaration contre les duels, travaillèrent à l'exécution de ces missions, sur l'avis qui leur en fut donné par ordre de la Compagnie.

Le 26" de novembre, on rapporta à l'Assemblée que dans la conférence qui s'étoit faite pour la conduite desFrères cordonniers et tailleurs, on n'avoit pas trouvé à propos que ces deux communautés n'eussent qu'une même bourse et qu'une même table, pour de très bonnes raisons : qu'il valloit mieux les laisser séparées dans l'extérieur, mais les tenir bien unies d'esprit et de communication de prières et de bonnes œuvres. C'est la conduite que tiennent ces deux communautés qui "sont pourtant logées ensemble autant qu'il se peut, et qui se trouvent en même lieu, lorsqu'on leiu: fait des conférences spirituelles, mais elles font leur recette et leur dépense séparément. Toute la Compagnie, qui a toujours eu grand soin de ces deux communautés, approuva fort la résolution qu'on avoit prise sur ce sujet, et parce qu'en ce même temps, le curé de la paroisse (i) où elles logeoient, n'approuva pas qu'on leur fit des conférences dans leur maison, la Compagnie fut d'avis que le directeur de ces Frères demanderoit permission à ce curé de faire ces conférences, et s'il le refusoit, que l'on fît changer de paroisse à ces deux communautés.

Ce fut en ce même temps que M. l'abbé de Ciron (2) obtint deux Frères de ces communautés, un cordonnier et un tailleur, pour aller à Toulouse travailler dans l'Hôpital-Général ; c'est ce qui a produit l'établissement de ces deux communautés dans la ville, où elles ont produit de grands biens et beaucoup de réformes dans les mœurs parmi les gens de leur métier. Je nomme toujours les cordonniers devant les tailleurs, parce que ce fut un cordonnier qui, le premier, se donna à Dieu pour réformer les Compagnies de son métier, et qui attira un tailleur à lui pour procurer la même chose dans le sien. II et oit Suisse de nation ; on l'a toujours connu pendant sa vie sous le nom du bon Henri (3) . J'en ai eu une connoissance particulière, parce que

(i) C'était le curé de St-Paul, Nicolas Mazurc.

(2) Gabriel de Ciron, fils d'un président ;i mortier du Parlement de Toulouse, chanoine de St-Eticnne, chancelier de l'cglisc et de l'université de Toulouse, mourut en 1678, après avoir fondé l'institut des Filles de l'Enfance avec Jeanne de Julliard, veuve île François de Turles de Mondonville .

(3) Henri-Michel Buch, né à Erlon dans le Luxembourg, fonda l'établissement des Frères-Cordonniers. Les règlements lurent faits en 1645 par le curé de St-Paul et approuves

lui et ses frères m'ont servi jusqu'à la mort. Il a fini en odeur de sainteté, et sa vie a été imprimée sous le nom du bon Henri, cordonnier, où il est parlé fort au long des soins et de la charité de M. de Renty, pour l'établissement de ces deux communautés.

On proposa ce jour-là d'établir des Compagnies dans toutes les paroisses de Paris, comme il y en avoit déjà dans quatre. C'étoit à Saint-Sulpice, à Saint-Eustache, à Saint-Paul (i) et à Saint-Etienne du Mont ; les autres se sont établies depuis, sur le modèle de celles-là, et divers particuliers furent nommés par l'Assemblée et chargés du soin de ces établissements dans les paroisses qu'on jugea capables de les soutenir.

Ce même jour, 2 6« de novembre, M, de Burlamaqui (2) apporta à la Compagnie de la part de Monsieur de Bagni, nonce apostolique, une lettre que le secrétaire d'Etat (3) du pape Innocent X lui écrivoit par ordre de Sa Sainteté. Ce secrétaire témoignoit au nonce l'estime que le pape faisoit de la Compagnie du Saint-Sacrement, et qu'il le remercioit des prières qu'elle avoit faites pour sa santé dans sa dernière maladie. M. du Plessis-Montbar fit la lecture de cette lettre et fut chargé de la reportera M. le Nonce, de le remercier des bons offices quïl avoit rendus à la Compagnie, de le supplier de témoigner àSa Saintetéqu'elleétoittrès reconnaissante de ses bontés, de demander en même temps à M. le Nonce la grâce de laisser à la Compagnie l'original de sa lettre, pour la conserver soigneusement comme un gage précieux et un monument perpétuel de l'affection paternelle de Sa Sainteté envers cette Compagnie. Cependant on en prit copie, que l'on fit transcrire dans le registre.

Tous les trois mois, on élisoit régulièrement les officiers pendant même les vacations, parce que la Compagnie n'en prenoit jamais. On travailloit toujoims aux affaires de Notre-Seigneur entre ceux qui s'y trouvoient présents, quoique en petit nombre, et le dernier jour de septembre de cette année, il arriva comme autrefois que, manque

par Jean-François de Gondi, archevêque de Paris, Jean- Antoine le Vachet, prêtre, écrivit sa vie. Leurs statuts définitifs furent rédigés par Coqueret, docteur de Sorbonne.

(i) Cette église fut fondée par saint Eloy dans un cimetière destiné aux religieuses ; elle est devenue une des principales paroisses de Paris ; elle fut détruite pendant la Révolution.

{2) Salvator Burlamacchi de Lucques, épousa Marguerite Lumague ; mourut en 16" i.

(3) Le cardinal Fabio Chigi qui succéda à Innocent X sous le nom d'Alexandre VII,

d'officiers pour présider pendant qu'on examinoit les billets de l'élection, M. l'abbé de Poussemothe (i), comme le plus ancien confrère de la Compagnie, présida en la présence de M. l'évêque de Sarlat (2). Ce fut là l'exécution de l'arrêté du 4» d'octobre 1646, qui av^oit pré\T.i et pourvu à cet inconvénient s'il venoit à se rencontrer, comme il parut en cette occasion .

Après l'élection, les anciens et les nouveaux officiers s'assembloient un des jours de la semaine suivante, ou tel autre dont chacun convenoit ; on y proposoit les affaires importantes et secrètes, et le Supérieur faisoit ensuite rapport à la Compagnie des résolutions de l'Assemblée, qui avoient toujours l'agrément universel.

Les assemblées servoient à maintenir la police dans la Compagnie, à en réveiller la ferveiu*, et à ne pas souffrir que l'on perdît les coutumes qui entretenoient la piété parmi les confrères, comme en celle du dernier novembre 1659 dont on fil le rapport le 2«' de décembre suivant. Il y avoit été arrêté que M. le secrétaire avertiroit toujours le Supérieur quand il ne resteroit plus que demi-heure, afin qu'on quittât toute affaire pour faire la conférence, et ne l'interrompre jamais, comme la chose la plus utile à l'avancement intérieur des sujets de la Compagnie.

On résolut, dans la même assemblée, de former une petite compagnie pour travailler aux missions de l'Amérique méridionale, et l'on en fit des séances assez longtemps chez M. de la Marguerie (3), ancien conseiller d'Etat.

On y nomma des commissaires pour examiner les mémoires que l'on avoit reçus des Compagnies des Provinces contre les religionnaires

(i) Pierre de Poussemothe, doyen de l'église de Chartres, devint abbé de St-Séverin de Château-Landon, de l'ordie de St- Augustin, en permutant avec Pierre Fougeu en 1637, il y fut nommé par le roi le 29 janvier 1638 et prit possession en 1639. Il céda son abbaye en 1661 à son neveu Jean-Edouard de Poussemothe de l'Etoile, chanoine régulier.

(2) Nicolas Sevin devint évêque de Sarlat après Jean de Lingendes, transféré à Mâcon en 1650. François de Salignac lui succéda en 1659.

(3) Elie Laisné de la Marguerie, conseiller au Parlement de Paris, maître des requêtes en Î617, intendant de Poitou et de Touraine, président en la chambre des comptes, premier président du Parlement d'Aix en 1631, conseiller d'Etat ordinaire, était fils de Cibard Laisné, seigneur de la Marguerie ; il mourut le 30 novembre 1656. Il avait épousé Anne Camus de Pontcarré, fille de Geoffroy, conseiller du roi, en ses conseils, maître des requêtes, premier président du Parlement d'Aix, et de Jeanne Sanguin de Livry ; était un des premiers associés de Montréal.

pour les présenter à MM. du Clergé dont l'assemblée se tenoit en ce temps-là.

Et sur ce une Compagnie demanda si l'on pouvoit élire pour Directeur im diacre ou sous-diacre ; il fut résolu que cela se pouvoit précisément, \'u que les statuts ne parlent que d'un ecclésiastique, et que dans la charge du directeur il n'y a point de fonctions presbytérales, mais que l'esprit de la Compagnie c'étoit d'y mettre toujours un prêtre pour directeur autant qu'il étoit possible.

La Compagnie fut priée, en ce temps-ci, de trouver bon qu'un chevalier de ]\Ialte de grande vertu fût admis dans une Comps,gnie de Province, mais elle s'y opposa et demeura ferme dans les règles qui défendent l'entrée des Compagnies à toutes personnes soumises à un général. Cependant les membres de cet ordre pourroient légitimement être exempts de cette loi par la même raison qui a fait que le saint fondateur des Jésuites les admet dans son ordre, bien qu'il en exclue ceux de toutes les autres sociétés.

Le 2^ de février i656, on fit la proposition d'établir un magasin charitable pour les œuvres de la Compagnie. La proposition fut agréée, elle s'exécuta en même temps parce qu'on l'avoit déjà examinée, et i\L Pépin voulut bien se charger de tout le soin de cet ouvrage ; il prêta sa maison qu'il avoit déjà offerte pour cet effet, d'où ce magasin n'a point sorti tandis que la Compagiiie a duré, et cette bonne œuvre s'est continuée pendant toute la vie de ce vertueux confrère. Par ce moyen grand nombre de missionnaires Anglois et Hibernois ont été habillés et l'on a tiré mille commodités pour le succès de quantité d'ouvrages de piété.

Le 3o" de mars, j\Ldu Plessis-Montbar, qui avoit été élu supérieiu" le 3oe de décembre précédent, fut continué et ]\L du Metz (i), docteur de la Sorboine, fut directeur. Ces deux serviteurs de Dieu ont fait grande figure dans la Compagnie, particulièrement AL du Plessis dont nous aurons sujet de parler souvent dans la suite de ces Annales.

Le 6e d'avril, AL du Plessis-Montbar rapporta qu'on avoit trouvé nécessaire dans l'assemblée des officiers de réduire par écrit quel étoit l'esprit de la Compagnie dont parle le 2" article du règlement,

(i) Louis Berbier du Metz, fils de Jacques, conseiller d'Etat, trésorier général des parties casuelles et de Marguerite le Grand, 32'' abbé de St-Martin d'Orion et 19* de Ste-Croix de Guinguamp et protonotaire apostolique, mourut le 7 novembre 1699.

selon le dessein qu'ont eu dès le commencement ceux qui l'ont établie et les expériences qu'on a acquises depuis son établissement pour faire connoîlre à toutes les Compagnies et à ceux qui la composeront à l'avenir en quoi consiste cet esprit. Mais la conférence générale sur ce sujet fut remise après Pâques ; elle eut encore plusieurs remises, mais enfin elle se fit amplement et l'esprit de la Compagnie fut fixé, comme il sera marqué dans son lieu.

Ce jour même on fit une contribution fort grande pour acquitter les dettes du coffret .

Le 2oe de ce mois, la Compagnie résolut d'envoyer les statuts à Noyon où l'on avoit fait une mission célèbre qui avoit disposé l'établissement d'une nouvelle Compagnie qui prit naissance en ce tempslà.

Le 27, M. du Flessis proposa de faire continuer la mission de Noyon et de la pousser jusque sur les terres des ennemis, dont les gouverneurs offroient des passe-ports pour les missionnaires; mais je ne vois pas que ce pieux dessein ait été exécuté.

Pour empêcher que l'assemblée des officiers ne devînt une cohue sur ce que plusieurs particuliers se donnoient la liberté d'y aller plus tôt par curiosité que par nécessité, il fut arrêté, dans la Compagnie, que personne n'iroit désormais en pareilles assemblées s'il n'avoit quelque proposition à y faire, ou s'il n 'avoit été supérieur ou directeur; et ce règlement s'exécuta dans la suite comme il avoit été rendu.

On proposa en même temps de faire des conférences particulières sur la vie de l'esprit et sur la conduite intérieure, pour exercer les confrères à faire oraison comme le meilleur moyen de perfectionner la Compagnie. Ces conférences se firent avec grand soin, et elles eurent beaucoup de succès, comme il sera dit en son temps.

vSurce que la Compagnie de Nantes donna avis des désordres que faisoit le compagnonnage on son quartier, on lui envoya un arrêt du Parlement de Toulouse, contre les méchantes pratiques de ces associations scandaleuses.

Le 2 6« de mai, on lut dans l'assemblée la lettre que la nouvelle Compagnie de Noyon lui écrivoit pour lui rendre grâce de son établissement et de son union avec elle ; on lui fit réponse pour l'exciter

(2) Noyon est une ville ancienne qui avait un évêché dont le titulaire était comte et pair de France. Cet évêché a été supprimé par le concordat. Calvin est né dans cette ville.

à garder les statuts et les règlements avec fidélité. C'étoit la forme qui s'observoit dans les commencements de toutes les nouvelles Compagnies .

Le l'^r de juin, par résultat de l'assemblée des officiers où la chose fut examinée à fond, on proposa à la Compagnie qu'il seroit important de procurer une visite générale de toutes les églises cathédrales exemptes de la juridiction des Prélats par des délégués du Saint-Siège à cet effet, avec le consentement du roi; mais je ne vois rien d'exécuté sur ce sujet; il s'y rencontrera toujours beaucoup de difficultés pendant que les choses demeureront dans l'état où elles se trouvent aujourd'hui, et le plus court seroit, de concert avec Rome, de réduire toutes les cathédrales et collégiales au droit commun .

Ce même jour, on nomma des commissaires pour travailler à l'Académie charitable des gentilshommes aînés de grandes maisons d'Hibernie, et pour digérer les propositions de quelques personnes pleines de zèle pour cette bonne œuvre.

On proposa en même temps d'établir une nouvelle maison qui porteroit le titre des Veuves de la Paix; mais la Compagnie refusa de prendre part à cet établissement, et je ne vois pas qu'il y ait eu aucune suite jusqu'à présent.

Et parce qu'avant de conférer touchant l'esprit de la Compagnie, on vouloit avoir avis de toutes celles des Provinces, on nomma des commissaires pour concerter la lettre circulaire qu'il falloit écrire à ce sujet.

Le 8e de juin, on proposa de réparer une église auprès de Paris, qui en avoit un extrême besoin; et la Compagnie jugea que cette œuvre étoit de son esprit, de sorte qu'elle entreprit d'y travailler, et l'on fit des contributions pour cet effet.

Ce même jour on proposa d'établir une Compagnie à Pau (i) sur l'instance de M. de la Vie (2), premier président du Parlement; elle fut résolue à l'assemblée des officiers, et l'établissement s'en fit dans les formes accoutumées.

(i) Pau, capitale du Béarn, appartenait à l'évêché de Lescar. Jean-Henri de Salette était évêque de cette ville depuis octobre 1632 ; il avait succédé à Jean de Salette. Ce prélat mourut le 21 juin 1658 ; Jean du Haut de Sallies le remplaça.

(2) Thibaut de la Vie, fils de Bernard et d'Antoinette de Caraain, marié à Margueritede Maillard, avocat-général au Parlement de Bordeaux et premier piésident du Parlement de Pau.

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On donna avis, ce jour-là même, de la mort de M. le Maréchal de Schomberg qui avoit tant eu de zèle pour les œuvres et pour les emplois de la Compagnie, qui avoit eu la charité d'y contribuer si libéralement, et qui avoit fini sa vie avec de grands sentiments de piété. On recommanda son âme aux prières des confrères qui lui rendirent leurs devoirs avec une haute estime de sa vertu.

Le i6e de juin, M. le comte d'Albon(i) proposa le dessein|qu 'avoit eu un conseiller du Parlement de se lier avec quelques personnes de piété et de capacité, poiu* composer un conseil charitable pour terminer un procès à l'amiable entre ceux qui auroient véritablement le désir de s'accommoder. Cette proposition fut renvoyée à l'Assemblée desofficiers et elle y fut approuvée, et elle a eu d'heureuses suites et de grands succès.

Le dernier de juin, on assigna une assemblée chez M. de Liancourt, pour délibérer sur l'achat d'une maison propre aux nouveaux convertis. C'est donc là qu'a commencé l'établissement qui s'est fait en leur faveur au faubourg St- Victor (2). L'achat de cette maison y fut résolu, où on traita sur la caution de plusieiu-s particuliers de la Compagnie, qui firent une constitution annuelle pour payer la rente du prix d'achat en attendant qu'il fût amorti .

Le 6e de juillet, M. de la Marguerie, conseiller d'Etat, nouveau Supérieur, en faisant rapport de ce qu'on avoit arrêté à l'assemblée des anciens et nouveaux officiers, proposa de travailler à procurer une déclaration contre les blasphémateurs, contre les irrévérences qui se commettoient dans les églises, contre la transgression et la profanation des fêtes et contre les Compagnons du Devoir. On a réussi dans quelquesunes de ces vues, mais le Ministère n'a pas voulu toucher aux autres et le plus grand succès a été contre les blasphémateurs .

Sur ce qui fut dit à l'Assemblée le lo^de juillet, que plusieurs Compagnies des Provinces se plaignoient de ce qu'on tardoit fort longtemps à leur faire réponse sur des affaires importantes, le secrétaire fut chargé de leur écrire que la Compagnie n'entreprenoit rien sans l'avoir bien examiné dans l'assemblée des officiers. Que comme elle

(i) Gilbert- Antoine, Comte d'Albon, fils de François, sgr de Chazeul, et d'Antoinette de Bigny d'Ainay, mariée le 2 août 1644 à Claude-le-Bouthillier de Rancé, veixve de René de Faudoas d'Averton, comte de Belin, mourut eu 1680.

(2) Ainsi nommé parce qu'il s'était formé autour de la célèbre abbaye de ce nom.

ne se tenoit que tous les mois, on ne pouvoit agir avec plus de diligence, et qu'en pareille matière, elleaimoit mieux avoir plus de lenteiu* que de manquer de prudence.

Le 3e d'août, il fut résolu d'ériger en Compagnie la petite société qui étoit àNevers(i), sur l'instance que plusieurs de cette \'ille en firent, particulièrement le Doyen de l'église cathédrale (2) à qui l'on donna entrée dans la Compagnie de Paris pour en prendre l'esprit et le porter à ses confrères.

Comme de temps à autre on faisoit des résolutions nouvelles qu'on ajoutoit aux anciennes, la Compagnie craignit que le trop grand nombre n'en diminuât l'autorité. Poiu" ce sujet, elle commit des confrères à qui elle donna pouvoir de les examiner, d'en ôter les articles inutiles, et même d'y en ajouter s'il en manquoit de nécessaires.

Siu" l'avis qui fut donné, que quelques Compagnies de Province recevoient des personnes qui n etoient dans leur ville qu'en passant et que pour un temps, on écrivit à toutes de ne pas en recevoir qui ne fussent domiciliées, on leur manda encore de n'écrire jamais en corps à des particuliers, mais seulement de Compagnie à Compagnie, quand elles en auroient la liberté, et qu'aux particuliers elles dévoient faire écrire par quelqu'un de leurs confrères.

On étoit si exact à ménager les fonds de la Compagnie et à ne les employer que par son ordre, qu'on rapportoit soigneusement au coffret ce qui n'avoit pas été donné suivant sa destination; et le 3oe d'août, M. du Plessis rapporta une somme dont on l'avoit chargé pour une demoiselle anglaise qui s'étoit retirée dans son pays avant que d'avoir reçu cette aumône .

Ce même jour on résolut d'envoyer les statuts de la Compagnie à M. l'évêque de Tréguier (3), pour établir une Compagnie à Morlaix {4).

Le 7e de septembre, après mon retour de Venise, j'eus l'honneur

(i) Eustache de Chéry avait succédé le 17 juin 1643 à Eustache du Lis dont il était devenu le coadjuteur sous le titre d'évêque de Philadelphie ; il mounit le 10 novembre 1 669 ; Edouard Vallot le remplaça comme évêque de Nevers .

(2) Le Doyen de la Cathédrale de Nevers était, en 1656, Jean-Henri Bogne; il mourut le 6 février 1693. Il était devenu doyen en 1853 par la démission en sa faveur de Charles de Roffignac.

(3) L'évêque de Tréguier était Balthazar Grangier de Liverdi.

(4) Morlaix était du diocèse de Tréguier ; il est aujourd'hui de celui de Quimper.

d'être proposé pour être admis dans la Compagnie, en suite du résultat de l'assemblée des officiers où l'on examinoit toujours les sujets avant que d'en parler publiquement. M. de la Margnerie étoit Supérieur et malade, et M. Gambard (i), ecclésiastique d'une grande piété, étoit Directeur. Je fus agréé le i5e du même mois; mais comme j'étois absent, ' je n'y entrois qu'au retour d'un voyage que je fis en Province, et je ne remarque une chose de si peu de conséquence, que pour faire voir à ceux qui liront ces Annales, que j'ai eu le loisir de connoître cette sainte Compagnie, parce que je l'ai fréquentée avec assiduité pendant sept ans dans sa splendeur et trois autres années dans sa décadence. J'eus l'honneur d'y entrer pour la première fois le 26« de novembre de cette année.

Le 28e de septembre, M. de Plessis-Montbar fit rapport du progrès que Dieu donnoit à l'œuvre de l' Hôpital-Général : il dit que les lettres patentes en avoient été vérifiées, et que les Directevu-s avoient prêté serment à la Grand'Chambre (2) ; il recommanda fort ce grand ouvrage aux prières de la Compagnie qui en avoit eu la première vue et qui en avoit jeté les premiers fondements, par des personnes qu'elle avoit nommées pour ce sujet. Que c'étoit d'elle qu'ils avoient tiré leur plus grande bénédiction, poiu" le succès qu'on en voyoit, et qui depuis longtemps avoit été si universellement désiré.

Le 5e d'octobre, on fit rapport de ce qui s'étoit passé durant la maladie de M. de la Marguerie, Supérieur de la Compagnie. On fut fort édifié de tout ce qui fut dit sur sa conduite et ses pratiques de vertu pendant sa vie et dans ses derniers moments ; et, pour le repos de son âme, on ordonna deux messes aux ecclésiastiques et deux communions aux laïques dues suivant la coutume à ceux qui décédoient dans la place de Supérieur. Celui-ci avoit été premier président du Parlement de Provence. Il avoit été un ancien Conseiller d'Etat, avoit été fait prêtre quelques années avant sa mort. C'étoit un homme très habile et d'une grande piété.

(i) Adrien Garabart, né en 1600, au diocèse de Noyon; prêtre le 26 mars 1633, mourut à Paris le 19 décembre 1668. Il était ami de saint Vincent de Paul et confesseur du deuxième monastère de la Visitation.

(2) La Grand'Chambre du Parlement, appelée d'abord chambre du plaidoyer, était composée du premier président, de neuf présidents à mortier, de vingt conseillers laïques, de douze conseillers clercs, de trois avocats généraux et d'un procureur général .

Sur l'avis qui fut donné lors à la Compagnie que des laïques controversistes ne se conduisoient pas assez sagement dans leurs disputes publiques, la Compagnie résolut d'en faire avertir M. le grand-vicaire (i), afin qu'il leur donnât une direction plus réglée. Ce qui fut exécuté de la part de la Compagnie ; et M. le grand- vicaire, qui en était, reçut fort bien cet avis; il nomma tous les ecclésiastiques qui en étoient aussi pour prendre soin de ces controversistes, et dans la suite les disputes se passèrent avec plus d'édification que de coutume.

Le 9e de novembre, M. de la Chapelle-Pagot fut reçu dans la Compagnie; il a été très zélé pour sa conservation; c'est ce qui fait que je marque ici sa réception, que Dieu sans doute a ordonnée, afin qu'il gardât tous les registres et tous les mémoires que j'ai reçus par ses mains, pour écrire ces Annales ; il y a sujet à parler de lui avec estime, car toutes les bonnes œuvres où il s'est appliqué, particulièrement l'Hôpital-Général de Paris dont il a été fort longtemps le plus ancien Directeur, mérite bien que la jDOstérité soit informée de sa piété, de sa ferveur et des heureux succès que Dieu a donnés aux entreprises qu'il a faites pour sa gloire et pour le soulagement des pauvres. Il se retira au Séminaire des Missions Etrangères longtemps avant que de mourir, et c'est en ce lieu même qu'il a fini saintement ses jours, âgé de plus de 80 ans.

Le 173 de novembre, j'eus l'honneur d'entrer pour la première fois dans la Compagnie, et j'y remarquai d'abord tant de vertu et un si grand fonds de l'esprit de l'Evangile que j'en fus charmé ; j'y trou vois tant de zèle pour la religion catholique, tant de charité pour les misérables, tant de sagesse pour la conduite des bonnes œuvres, et tant de simplicité, de sincérité, de soumission à rendre compte de ses actions au Supérieur, que je crus voir une assemblée de premiers chrétiens, qui n'avoient qu'une même volonté pour le service de leur Maître et pour le secours de leurs frères. Tandis que cette Compagnie a duré, elle a conservé le même esprit dans le cœur de ceux qui n'y étoient

(i) Jean-Baptiste de Contes et Alexandre Hodencq furent nommés vicaires généraux par le Cardinal de Retz le 28 mai 1656. Jean-Baptiste de Contes, né en 1601, docteur en droit civil, prieur de Ste-Honorine de Conflans, chanoine honoraire de Paris et doyen de la métropole le i^"" septembre 1647, mourut le 4 juillet 1679 et fut inhumé dans la chapelle de St-Eutrope. Alexandre Hodencq était curé-archiprêtre de St-Séverin, il consentit avec Jean-Baptiste de Contes à la fondation du séminaire des Trente-Trois par Claude-Bernard le 13 juin 1657. André du Saussay était grand-vicaire avant le 15 mai 1656.

point entrés par curiosité ou par des vues temporelles; car ceux-ci l'ont bientôt négligée et perdue de vue. J'en ai observé la conduite jusqu'à la fin, que Dieu a permise lorsqu'il ne l'a plus trouvée nécessaire à son service .

Le ler de décembre,le Supérieur et le Directeur qui avoient été voir j\I. le Nonce de Bagni, de la part de la Compagnie, lui'rapportèrent qu'il avoit dit que, ne pouvant se trouver à l'Assemblée comme il l'au roit désiré, il les prioit de lui témoigner l'estime qu'il en faisoit, et qu'il lui demandoit la grâce de prier Dieu pour lui lorsqu'on apprendroit son décès, qu'il l'assuroit de sa part qu'il feroit la même chose pour les confrères quand il en seroit averti, et que, s'il retournoit à Rome, il ne manqueroit pas d'informer le pape du bien que faisoit l'Assemblée, et de ses droites intentions pour la religion et pour l'Eglise Romaine. Ils rapportèrent enfin qu'en prenant congé du nonce, ils s'étoient tous deux mis à genoux et qu'ils avoient reçu sa bénédiction pour toute la Compagnie.

Ce pieux nonce, qui fut fait Cardinal par Alexandre VII, avoit demeuré très longtemps en France, et en diverses occasions il avoit honoré la Compagnie de sa présence, et l'avoit favorisée de ses bons offices à Rome, et pendant toute sa légation, il donna de grandes preuves de sa vertu et de son affection pour cette pieuse Assemblée.

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