CHAPITRE II
Ce que fit la Compagnie du Saint-Sacrement pendant l'année 1659
Le 26'^ do janvier de cette année lôSg, on trouva à propos dans l'Assemblée de s'attacher à la maison do la communauté de Saint- Nicolas-du-Chardonnet pour tâcher d'y établir le séminaire général de Paris . Pour cet effet on lui destina le fonds qu'on avoit fait autrefois pour contribuer à l'établissement de ce séminaire avec une partie du logis de M. Guillon (i), conseiller de la grand'chambre, qui, étant confrère de la Compagnie, lui laissa 4000 1. en mourant par les mains de M. d'Irreval, depuis Président de Mesme.
Sur le rapport qu'on fit de la profession dliérésic qu'avoit faite un mauvais prêtre avec des termes fort injurieux à l'Eglise, la Compagnie résolut d'en poursuivre la punition par les voies que le roi a établies sur ce sujet, et M. le coadjuteur de Narbonne promit de le faire à ses dépens.
Ce jour même, M. du Plessis-Montbar, Supérieur, donna avis à la C mpagnie de la mort de M. le duc de Nemours qui en avoit été un des plus zélés confrères. Ce prince mourut avec toutes les marques de salut qu'on peut désirer d'un véritable chrétien, et pour marque de l'estime qu'il faisoit des bonnes œuvres de la Compagnie, il lui laissa 3.000 1, par les mains de M. de Bernage (2) et du Plessis.
La Compagnie avoit tant de respect pour Messieurs les évêques qu'elle recevoit avec joie tous ceux qui, par leurs amis, témoignoient
(i) Charles Guillon, conseiller de la grand'chambre [du Parlement, sgr de Marmoussé et de Vaucourtois ; il avait été reçu conseiller le 13 février 1636 ; il portait : d'azur au sautoir d'or.
(2) Jean de Bernage, conseiller au grand-conseil le 20 juillet 1643 ; il était sgr d'Avrigny ; il épousa (contrat du 15 mai 1645) Madeleine de Voyer d'Argenson, fille de René et d'Hélène de la Font.
désirer d'y avoir entrée. M, Pingre (i), nouvellement évêque de Toulon, y fut reçu par cette voie le 3oe de janvier. Ce prélat partit bientôt après pour son diocèse où il s'est signalé par sa résidence et sa conduite admirable, et où il est mort en odeur de sainteté.
M. Grand.in (2) célèbre docteur, régent de Sorbonne, fut proposé pour être reçu dans la Compagnie. Il y fut ensuite admis et il y a rendu de grands services à l'Eglise en soutenant le bon parti contre les nouvelles opinions de Jansénius.
i\I. Leschassier (3) M^ des Comptes, homme d'une solide vertu et l'un des principaux ouvriers de l'Hôpital-Général, fit savoir à la Compagnie qu'il avoit travaillé à l'établissement d'un séminaire de maîtres de petites écoles (4) ; ce qui fut fort approuvé, et comme il demanda du secours pour cet établissement, plusieurs personnes se joignirent à son pieux dessein, et l'on en fit les assemblées à Saint-Nicolas-du-Chardonnet.
Le 13" de février, on dit à l'Assemblée que les religieuses Bernardines, dont elle avoit pris tant de soin et qui, malgré leur ruine totale et la vente de leur maison, étoient demeurées unies pour honorer le précieux Sang de Notre-Seigneur, avoient acheté une nouvelle maison parles secours de la divine Providence, et la Compagnie en reçut beaucoup de joie et de consolation.
On proposa ce même jour d'envoyer à toutes les Compagnies la vie de M. Renard, prêtre, mort dans la place de Directeur, comme on
(i) Pierre Pingre, fils de Henri Pingre, fut sacré évêque de Toulon le 12 janvier 1659 en remplacement de Jacques Danès de Marly . Il fonda un hôpital pour les pauvres et mourut à Toulon le 5 décembre 1662 ; il eut pour successeur Louis de Forbin d'Oppède.
(2) Martin Grandin, né à St-Quentin, le 11 novembre 1604, professa la philosophie au collège du cardinal Lemoine, fut licencié en 1638 et docteur de Sorbonne, il enseigna la théologie pendant plus de 50 ans et fut doyen de cette faculté,puis sénieur de Sorbonne,etc. Il mourut le 6 ou le 19 novembre 1661, nous dit l'éditeur des mémoires du P. Rapin.
(3) Christophe Leschassier, tils de Louis et de Denise Breuillet, correcteur des comptes le 7 octobre 1621, puis maître des comptes le 4 juin 1634, épousa, en 1632, Marguerite Miron, fille de Robert, sgr du Tremblay, prévôt des marchands, ambassadeur en Suisse, et de Marguerite Brethe. Il fut père de Robert, sgr de Maricourt, de François, docteur et doyen de Sorbonne, supérieur du séminaire de St-Sulpice, et de Madeleine, fondatrice de Ja maison des Filles de l'Instruction chrétienne .
(4) Il y avait dans la rue Notre-Dame-des-Champs une communauté de Maîtres des écoles chrétiennes de la charité ; la chapelle portait le nom du St-Esprit.
avoit autrefois envoyé celle de M. de Renty, mort étant Supérieur. La Compagnie le trouva fort à propos, et la chose fut exécutée à ses dépens.
Sur la fin de février et au commencement de mars, la Compagnie s'opposa fortement par ses voies accoutumées à l'exercice public que les Anglois en garnison à Amiens demandoient de leur religion, car la chose leur fut refusée.
Le 3e d'avril, on rapporta à l'Assemblée pour son édification que M. de Bagny, nonce du pape, ayant rencontré le Saint-Sacrement, avoit descendu de carrosse avec toute sa suite, et l'avoit accompagné jusqu'à l'église. C'étoit un prélat de singulière piété qui avoit entré plusieurs fois dans la Compagnie et qui l'honoroit de son estime.
Le 17e d'avril, M. François Fallu (i), évêque d'Héhopolis, donna part à la Compagnie de la résolution qu'il avoit prise de partir incessamment pour les Indes, en qualité de vicaire apostolique, suivant l'ordre qu'il en avoit du Pape, et les nouvelles qu'il avoit reçues do ces missions si éloignées. L'Assemblée loua son zèle, et en prit ellemême pour soutenir ce grand ouvrage, par l'établissement d'un séminaire, comme il se verra dans la suite.
Le 8e de mai, et pendant que j'avois l'honneur d'être secrétaire de la Compagnie, celle de Caen lui donna avis de la mort du serviteur de Dieu, M. de Bernières-Louvigny, Trésorier de France, célèbre par son grand don d'oraison, par sa fidélité constante au service de Notre-Seigneur dans l'état du célibat perpétuel, par son zèle contre les opinions de Jansénius, et par les beaux écrits qu'il a laissés dont on a composé : l'Intérieur Chrétien et le Chrétien Intérieur. C'étoit l'intime ami de M. de Renty et un des plus illustres confrères en vertu, que l'on ait eu dans les Provinces. Sa mémoire est en grande bénédiction parmi tous ceux qui l'ont connu ou qui ont lu ses ouvrages.
Le 22c de mai, M. du Plessis-Montbar, Supérieur, fit rapport à la
(i) François Fallu, ne à Tours en 1625, lîls d'Iiticnne, avocat du roi au picsidial de cette ville, et maire de Tours en 1669, et de Marie Gauthier, fut d'abord chanoine de St- Martin, puis un des fondateurs du Séminaire des Missions Etrangères. Il fut sacre àSt-Pierrc de Rome par le cardinal Antoine Barberini en 1660 sous le titre d'évêque d'HéliopoIis, et nommé vicaire apostolique du Tonkin. Il établit d'abord un séminaire à Siam. En 1679, il fut envoyé en Chine où il mourut le 29 octobre 1684 à Magany dans le Fokicu.
Compagnie de tout ce qui avoit été remarqué dans l'examen général discuté par l'assemblée des officiers. Les moindres fautes publiques particulières reçurent leur correction, et de là il paroît à quel point de perfection toute la Compagnie désiroit elle-même de s'élever.
Le 2g^ de ce mois, M. du Plessis donna une simple connoissance à la Compagnie, de ce qui avoit donné lieu au "sacre de M. l'évêque d'Héliopolis et à sa mission pour le Tonquin; mais comme les relations de ces missions en marquent tout le détail, je n'ai pas cru qu'il fût nécessaire d'en grossir l'histoire de la Compagnie bien qu'elle ait fort contribué au progrès et au bon succès de toutes ces grandes missions.
Le 5" de juin, on fut obligé de donner avis à la Compagnie que quelques prélats avoient été choqués du titre de ses statuts qui porte qu'elle avoit été établie par permission du roi. Mais cette proposition fut fort improuvée dans l'assemblée des officiers et encore davantage dans la Compagnie même qui ordonna que ce titre ne seroit jamais changé .
En ce même temps, M. de Bagni fut fait cardinal, et, se ressouvenant avec estime de la Compagnie de Paris, désira d'en établir une pareille dans Rome. Il en écrivit à ses amis particuliers, qui, de la part de la Compagnie, firent une réponse fort civile. Mais par la raison de prudence, on ne jugea pas qu'il fût à propos d'exécuter ce dessein avec participation de la Compagnie.
J'ai omis de dire que, le 2<> de janvier, la Compagnie fit un règlement pour l'agrégation des confrères des Provinces; il fut arrêté qu'ils ne pourroient être insères dans le catalogue de celle de Paris qu'après deux ans entiers de réception dans la leur, et qu'ils n'eussent demeuré au moins pendant une année à Paris.
Le 7<^ de janvier (i),on fit une contribution fort considérable poiu* acheter une maison joignant celle des Nouveaux-Convertis, et cette bonne œuvre fut finie par la Compagnie, qui se servit pour cet effet du logis de M. Guillon, conseiller de la grand'chambre .
Le même jour, sur l'avis qui fut^donné par les commissaires des missions étrangères, qu'ils procuroient une mission fort considérable en Ecosse, la-; Compagnie contribua notablement pour avancer le départ des missionnaires.
Pendant le mois de juin de cette année, il se trouva dans Paris un grand nombre de confrères des Provinces et leur présence donna
(i) Janvier est ici par erreur pour juin.
sujet à la Compagnie de penser à leur faire des conférences particulières pour les instruire exactement de sa conduite et de ses maximes. La première fut tenue chez M. Leschassier, par le Supérieur, le Directeur et quatre commissaires qui furent nommés pour cet effet. On le continua pendant quelque temps, on y proposa et l'on y décida beaucoup de choses, qui furent ensuite approuvées parla Compagnie, et il semble que la divine Providence, qui prévoyoit la ruine de cette pieuse Assemblée, avoit ordonné ces conférences pour inspirer son esprit à tous ces particuliers, afin de le porter dans les Compagnies des Provinces, où il se conserve encore aujourd'hui, bien que leur Mère soit anéantie .
Le 26e de juin, M. du Plessis-Montbar fit rapport à l'Assemblée du premier établissement de la petite Compagnie qni se formoit pour le secours spirituel des malades et des agonisants de l'IIôtel-Dieu, elle fut commencée par des confrères de la Compagnie du Saint-Sacrement, on y fit des règles particulières pour y admettre des personnes du dehors, et Dieu y donna dans la suite tant de bénédictions, que cette petite Compagnie servoit comme de noviciat et de disposition pour être reçu dans la grande, parce qu'on découvroit par là les sentiments de vertu et de charité dont ceux qui la fréquentoient étoient remplis.
Le 3ie de juillet, on parla tout de nouveau de l'établissement d'une Compagnie à Rome. Mais l'affaire fut encore remise à une plus ample délibération; elle se fit enfin avec soin, et, le 7« d'août, il fut arrêté qu'on retrancheroit des statuts tout ce qui pouvoit manifester la Compagnie de France, qu'on les traduiroit en latin afin qu'il n'y restât aucune marque de français et qu'on ne pût soupçonner que l'idée en venoit de Paris, et de dresser ces statuts en sorte qu'ils ne parussent que comme le projet d'une Compagnie de piété à former et non pas comme les statuts d'une Compagnie déjà formée. M. du Plessis fut prié d'écrire à celui qui proposoit cette affaire que si Sa Sainteté ne demandoit derechef ces règlements, il ne les lui présentât point, et que, si la chose arrivoit, il n'agît qu'en particulier et sans manifester la Compagnie de France qui, par prudence, ne devoit au dehors prendre aucune part à cet établissement, que cependant IM . du Plessis envoyroit quelque instruction à son ami pour former la Compagnie en cas que l'affaire réussît.
Le 7e d'août, la Compagnie de Blois écrivit que les officiers de la ville se tourmentoient fort pour la découvrir, parce qu'elle faisoit souvent des coups de force et de grandes œuvres qui les surprenoient à
cause de l'appiii que M. le duc d'Orléans y donnoît. De ses principaux officiers la fréquentoient et leur éclat pouvoit aisément la découvrir; c'est ce qui fit qu'on lui manda de se cacher plus que jamais et de prier les grands officiers de S. A. R. de s'en abstenir pour la tenir plus secrète, et de faire tout ce qui se pourroit pour empêcher qu'on ne la pût découvrir.
Le mêmejour^ M. du Plessi s proposa à l'Assemblée de faire une association de commerce pour la Chine, afin de trouver moyen d'y passer M. l'évêque d'Héliopolis. On verra la suite de cette proposition à laquelle Dieu ne donna point d'heureux succès.
M. du Plessis dit en même temps que le Pape Alexandre Vil avoit promis d'accepter le fonds de trois évêchés sur des bénéfices après la mort de ceux qui les consentiroient, mais jusqu'ici ce projet n'a point encore eu d'exécution .
On eut avis qu'en quelques villes on avoit établi des Compagnies du Saint-Sacrement sans aucune participation de celle de Paris et qu'elles demandoient correspondance avec elle. On eut d'abord la pensée de la refuser, mais, après avoir bien examiné l'affaire et trouvé que ces Compagnies étoient pleines de bons sujets qui pouvoient faire beaucoup de bien, on jugea qu'il valoit mieux les rectifier que de les abandonner et les méconnoître; ainsi la Compagnie donna pouvoir à des personnes de sa confiance d'établir tout de nouveau ces Compagnies en son nom et de lier correspondance avec elles ; ce qui fut exécuté le 2i« d'aoiàt.
Le 4<^ de septembre, la Compagnie de Noyon donna avis que dans les Compagnies d'archers et d'arquebusiers de plusieurs villes, il se commettoit de grands abus, et qu'il s'y passoit des choses pareilles à ce qui se faisoit dans le Compagnonnage. Sur quoi l'on résolut de travailler à détruire ces désordres et même à rectifier la conduite de quelques confréries où il se trouvoit beaucoup de superstitions et d'actions indécentes.
Ce même jour, on lut une lettre de la Compagnie de Saint-Brieuc qui fut de grande édification; elle rendoit compte à celle de Paris de ce qu'elle avoit fait depuis son établissement, et on lui fit une réponse toute pleine de cordialité et de satisfaction de sa c nduite, lorsqu'on lui envoya les Mémoires de l'esprit de la Compagnie, de même qu'on les envoya à toutes les autres, comme il sera marqué dans peu de temps .
On reçut lors de nouvelles plaintes de quelques Compagnies sur le retardement qu'on apportoit souvent à leur répondre touchant les affaires les plus pressées, et ces plaintes furent trouvées raisonnables, de sorte qu'il fut arrêté que les officiers et les secrétaires des dépêches s'assembleroient toutes les semaines pour examiner les lettres des Compagnies et pour leur répondre sur les choses les plus pressées; la surcharge des affaires obligea l'Assemblée de prendre cette résolution pour n'allonger pas les séances et pour donner aux Compagnies des Provinces une plus prompte satisfaction.
Sur un avis certain qui fut donné à la Compagnie, elle écrivit à M. l'abbé de Brisacier (i) qui étoit lors à Rome de faire savoir au Pape que depuis trente ans on n'avoit point tenu de synode dans Avignon , afin que Sa Sainteté y mît l'ordre qu'elle trouveroit à propos ,
Ce même jour, on eut avis de la mort de M. de la Berge (2). C'étoit un gentilhomme de M. le Prince de Conti, autrefois de la Compagnie de Bordeaux, mais depuis agrégé à celle de Paris qu'il avoit fort édifiée pendant sa vie et à. laquelle il fit un legs considérable en mourant.
Le 20'' d'octobre, on fit de grandes propositions pour régler mieux les prisons qu'elles n'étoient. Le zèle que dos particuliers eurent pour établir un bon ordre donna ouverture à former de petites Compagnies qui n'auroient que cet objet; Dieu a favorisé ce dessein, et ces Compagnies subsistent avec succès pour le vrai soulagement des prisonniers . Le 22'- d'octobre, on fit le rapport d'une grande Conférence qui s'étoit faite en un jour extraordinaire touchant les secours spirituels et temporels qu'il falloit et qu'on pouvoit donner aux pauvres honteux, de la manière de les bien examiner, et de quelle sorte il falloit traiter avec eux. Le recueil de ces conférences a été donné au public.
Comme la Compagnie avoit été formée par un coup de la divine Providence pour être un surveillant perpétuel à tout ce qui se passoit et qui pouvoit faire à la gloire de Dieu, elle travailloit de toute sa force à empêcher tous les maux et à procurer tous les biens dont on luitlonnoit avis.
(i) Laurent de Brisacier, aumônier de Louis XIII en 1634, conseiller d'Etat en 1648 abbé commendataire de Notre-Dame de Flabemont, ordre des Prémontrés, diocèse de Toul, doyen de St-Sauveur de Blois, où il mourut le 15 février 1690, âgé de 80 ans.
(2) Jean- Baptiste de la Barge, sgr de la Barge, etc. Fils de Louis et de Françoise de Mon tmorin de Saint-Hérem, épousa, le 8 juillet 1617, Jeanne de Canillac. Voir ce que dit de lui le Père Rapin dans ses mémoires, T. 2. p. 428 et 429.
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M. du Plessis lui écrivit de Montbar, qu'il y avoit grande ouverture à l'établissement de l'hôpital de Sainte-Reine, et cet avis réveilla dans la Compagnie le dessein qu'on avoit depuis longtemps de travailler à ce saint ouvrage .
Les propositions du bon ordre des prisons furent examinées pour la séparation des sexes et pour rendre les aumônes utiles aux prisonniers qui, ne manquant jamais de pain, n'emploient le reste qu'à boire et à s'enivrer.
On représenta à l'Assemblée qu'il étoit important d'empêcher que les personnes de la R.P.R. ne prissent déjeunes pensionnaires, pour éviter de grands inconvénients qui en arriveroient.
On donna ordre d'écrire de nouveau à toutes les Compagnies pour les avertir des impiétés des Compagnons du Devoir parmi plusieurs métiers afin d'y apporter des remèdes.
On résolut de procurer du secours aux pauvres de Champagne et de Picardie désolés par les gens de guerre, et d'exciter les personnes puissantes à les assister de leurs soins et de leur charité.
On trouva nécessaire d'empêcher dans Amiens l'établissement de plusieurs maîtres artisans de la R. P. R, Pour cet eifet, on sollicita des ordres de la Cour pour faire mettre dans toutes les lettres de maîtrise la clause de la religion catholique.
On crut qu'il étoit important de rendre uniformes les conduites de toutes les Compagnies des Provinces ; pour cet effet on lit faire un Directoire qui leur fut envoyé pour dresser leurs registres, pour établir de nouvelles Compagnies et pour les perfectionner. On les chargea même de s'informer chacune en son quartier de l'état et du progrès des petites sociétés qu'elles avoient établies afin de les obhger d'en prendre soin et de ne pas les laisser déchoir.
On trouva aussi à propos de donner à chacune de ces Compagnies un correspondant particulier qui entre tiendroit commerce avec elle et qui donneroit avis de ses affaires et de ses besoins à celle de Paris. Cela fut exécuté et les Compagnies furent partagées entre ceux qui naturellement avoient quelque rapport avec elles .
On arrêta de faire un mémoire exact de toutes les affaires qui auroient suite et qui ne poiu-roient pas être promptement terminées,
(l) L'établissement de cet hôpital de Ste-Reine en Bourgogne eut lieu en 1659 avec le concours de saint Vincent de Paul.
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pour les transmettre de main en main aux nouveaux officiers et les poursuivre jusqu'à la conclusion en les cotant de temps en temps à la marge à proportion de leur progrès .
On résolut de dresser des mémoires instructifs pour consoler les prisonniers, les malades et les pauvres des hôpitaux, afin de soulager ceux qui les visitoient et leur donner facilité de les entretenir utilement; ce qui fut exécuté .
Toutes ces choses avoient été fort examinées dans l'assemblée des officiers et furent approuvées et résolues dans la Compagnie, suivant l'ancienne coutume .
Le 4® de décembre, sur l'avis qu'une Compagnie nouvellement établie donna à celle de Paris du désir qu'elle avoit de procurer l'établissement d'une autre dans une ville voisine où elle avoit commerce, il lui fut mandé que premièrement elle devoit penser à se fortifier ellemême et qu'elle inspirât doucement aux particuliers de cette ville de pratiquer les œuvres de la Compagnie, et que, selon leur zèle, on pourroit résoudre en son temps l'établissement qu'elle désiroit.
Le 22e de décembre, on présenta à la Compagnie plusieurs imprimés des impiétés que commettoient les Compagnons du Devoir, et l'on résolut d'en pousser le procès à bout pour en arrêter le désordre .
Sur ce qu'on avoit prié tous les confrères de rapporter les copies des statuts de la Compagnie de peur qu'enfin elle ne se manifestât, plusieurs rapportèrent celles qu'ils avoient.
Le 28e de ce mois, la Compagnie reçut une lettre de M. l'évêque de Pétréa, de la maison de Laval- Montigny, vicaire apostolique en Canada, et depuis premier évêque titulaire de Québec, qui l'assuroit de son estime, et que bien qu'il fût séparé d'elle de plus de 1200 lieues, il ne le seroit jamais d'esprit. Je fus chargé de lui faire réponse au nom de la Compagnie et de le remercier des marques qu'il lui donnoit de son affection si constante ; c'étoit un prélat de très grand mérite, d'une vertu singulière et d'un parfait détachement.
(i) François de Laval-Montigny Montmorency, fils de Hugues et de Michelle de Péricard, né en 1622, grand archidiacre d'Evreux, résigna son bénéfice au pieux 'Henri-Marie Boudon ; sacré en 1659 évêque de Pétrée, vicaire apostolique du Canada, puis premier évêque de Québec en 1673. Il renonça à son siège en 1685 et mourut à Québec le G mars 1708 en odeur de sainteté. Sa cause de béatification a été introduite.
(2) Québec, capitale du Canada, est maintenant archevêché.
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Ce même jour, la Compagnie chargea deux particuliers de voir les principeaux magistrats pour les prier de défendre le jeu d'ocas qui faisoit de grands désordres dans Paris.
Le 26^ de décembre, on rapporta que la Compagnie, pour les htôsoins spirituels des malades de l'Hôtel-Dieu, s'étoit tenue, que pour les fortifier elle s'assembleroit tous les mois et qu'on y avoit donné quelques règles de piété pour aider les âmes de ceux qui mouroient dans cet hôpital.
(i) Le jeu d'Ocas ou de Hoca fut interdit par arrêt du Parlement le 5 février 1659. C'était un jeu de hasard, une espèce de banque prohibée par les ordonnances.