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et enfin évêque de Meanx. C'étoit un des ecclésiastiques les plus zélés et les plus exemplaires de la Compagnie, et il a toujours consen'é ses pieux sentiments malgré so.i élévation et l'air de la Cour.
On fit le projet d'une lettre circulaire pour a,vertir les Confrères des provinces, de la manière dont ils dévoient se conduire à l'avenir et entretenir correspondance avec la Compagnie de Paris.
On trouva moyen de faire avertir la Compagnie de Rouen de cesser toute ses assemblées, sans lui écrire : ce fut par la jvoix de M. Mallet (i), l'un des plus excellents sujets de cette Compagnie que M. Poitevin (2) avertit par ordre de l'assemblée des officiers.
Ce fut dans cette assemblée du 270 de septembre, qu'il fut résolu d'interrompre la visite des prisonniers parce qu'elle découvroit trop la Compagnie, et qu'il fut arrêté de se décharger de ce soin sur la Compagnie des prisons, à qui l'on porta les aumônes destinées au soulagement des prisonniers. Ainsi dès lors il ne se fit plus aucune députation aux prisons, et la petite Compagnie qui avoit été formée pour ce sujet, a suppléé à tout ce que faisoit autrefois la grande, 'pour la consolation de ces misérables.
Comme l'assemblée des officiers tâchait de ne laisser périr aucune des grandes œuvres où la Compagnie 's'appliquoit, elle résolut que celle des Missions se ti endroit tous les premiers dimanches des mois et celle des nouveaux convertis les premiers lundis. Elle rectifia aussi la petite Compagnie pour les secours spirituels de l'Hôtel-Dieu, et M. de Gaumont fut chargé particulièrement d'y travailler.
Dans la même assemblée où se trouva M. le Prince de Conti, on joour\ait à plusieurs affaires particulières, comme auroit pu faire la Compagnie tout entière.
Le So*' de septembre, l'assemblée des officiers se trouva chez M. Bouleau, lieu fort commode et fort caché. On y fit la distribution de toutes les correspondances' et elles furent partagées entre huit per-
(i) Charles Mallet, né à Montdidier en 1608, docteur de Sorbonnc en 1659, chanoine de Rouen le 1 1 août 1649,'vicaire général et archidiacre du Vcxin normand le 24 mai 1674, mort le 20 août 1G80. II approuva le 17 mai 16G0 le Chrétien Intcrieiir.
(2) Armand Poitevin, docteur en théologie, habitait à St-Josse ; il lut un des directeurs du Séminaire des Missions Étrangères.
(i) M. de Gaumont-Chavane, conseiller au Parlement de Paris, mourut eu 1605 ; celili dont il est ici question était de la même famille.
sonnes. Ce furent MM. Poitevin, eccl., de Gaumont-Chavane, eccl. l'abbé Bossuet et Gougeon (i) eccl., de Vieuxr-Maison d'Avolé ou d'Anolé (2), La Chapelle-Pajot et Sauvât (3), laïques. Chacun 'd'eux prit la correspondance des Compagnies où il avoit quelque habitude particulière, afin que cela fût plus naturel, et cet ordre continua jusqu'à l'entière extinction de la Compagnie.
Il fat jugé à propos de procurer une exhortation aux prisonniers pour suppléer à celle que la Compagnie ne pouvoit plus faire, et M. le Supérieur se chargea de prier Madame la première Présidente de Lamoignon (4) de prendre ce soin par le mo)'en des religieux de sa connoissance, ce qui s'exécuta et s'est toujours continué. Ainsi Dieu a fait la grâce à la Compagnie avant que de s'anéantir absolument de suppléer par ailleurs à tout ce qu'elle faisoit par elle-même.
M. l'abbé de Roquette, depuis évêque d'Autun, présenta le modèle de la lettre qu'on avoit trouvé bon d'envoyer à toutes les Compagnies, et les secrétaires nouvellement commis aux dépêches en prirent copie pour la faire tenir à tous les amis des Provinces.
M. Poitevin fut chargé d'examiner avec M, Mallet de Rouen de quelle manière on pourroit supprimer le libelle qui manifestoit si fort la Compagnie,
Dans rassemblé3 du S'' d'octobre, il se fit un grand nombre de bonnes œuvres particulières, et il paraissoit que le zèle s'échauffoit davantage dans les esprits pour le service de Dieu, plus le monde tâchoit de réteindre. M. le Prince de Conti s'y signaloit surtout, et faisoit plus d'ouvrage par son autorité et par sa vertu, que plusieurs ensemble n'auroient pu faire avec beaucoup de dépense.
Dans l'assemblée du 1 5'' d'octobre, on résolut de refuser absolu-
(i) François Gougeou était chapelain Je l'hôpital de St-Jacques en 1657, il paraît daus un règlement pour cet hôpital, dressé par Jean-Baptiste de Contes, vicaire général du cardinal de Retz, archevêque de Paris.
(2) René de Vieux-Maison d'Avoulé (en Brie), seigneur de Ste-Colombe, avait épousé Louise de l'Isle, fille de François, seigneur de Trainel, et d'Anne de Balzac, dame de Mont-iigu. Cette dernière, devenue veuve, se remaria à Louis Séguier, seigneur de St-Brisson.
(3) N. Sauvât devait être proche parent de Madeleine Sauvât, femme de Jean de Fénis, greffier en chef du bureau des finances de Paris, et de Marguerite Sauvât, épouse de Germain le Charon, seigneur de St-Ange. '
(4) Madeleine Potier, fille de Nicolas, seigneur d'Ocquerrc, et de Marie Barré, mariée à Guillaume de Lamoiguon, morte le 17 octobre 1705 dans sa quatre-vingt-deuxième année.
ment rétablissement d'une Compagnie à Bourg-en-Bresse, que la Compagnie do Vienne avoit proposé, parce que ce n'étoitpas le temps de s'étendre, mais de se resserrer de plus en plus.
Dans l'assemblée du 12e de novembre, il fut rapporté qu'on avoit avis que quelques personnes avoient été chargées de la part du Ministère, de découvrir la Compagnie, et sur ce sujet il fut résolu de se tenir plus que jamais sur ses gardes, et que les assemblées se tiendroient avec le plus petit nombre qu'il se pourroit .
M. Cotolendi (i), évêque de Métellopolis, vicaire apostolique à la Chine, désira d'être admis dans la Compagnie avant son départ ; la chose fut agréée: il y fut reçu le même jour et il y prit séance.
Dans l'assemblée du 7^ de décembre, on eut avis que (2) le Parlement avoit donné un arrêt par ordre de la Cour, portant défense à toutes personnes de faire aucune assemblée sous quelque prétexte que ce fût, et on a su depuis que jSI. de Lamoignon, premier Président, qui connaissoit assez la Compagnie puisqu'il en étoit des plus anciens confrères y avoit apporté tous les adoucissements qu'il se pouvoit ; cependant il fut résolu dans l'assemblée que l'on obéiroit à cette défense, que pour cet effet les anciens ne s'assembleroient plus, que les seuls officiers se verroient sans registre et sans forme d'assemblée, qu'ils garderoient même le secret de ce qu'ils trouveroient à propos à l'égard des particuliers, et qu'entre eux ils pourvoiroient à toutes choses selon que Dieu le leur inspireroit pour sa gloire et pour le rétablissement de la Compagnie.
Le 26e de décembre, les officiers se virent chez M. Leschassier où ]\I . le Prince de Conti les fit avertir de se trouver, et là il fut résolu qu'on ne se parleroit que tous les quinze jours, si quelque affaire fort pressante n'obligeoit à s'avertir pour y donner ordre.
Et parce qu'on se trouvoit en trop petit nombre, on sursit toutes les députations.
Les petites Compagnies particulières qui avoient quelque chose de public, ne cessèrent pas de s'assembler, comme celle de l'Hôtel- Dieu, des Nouveaux-Convertis, des prisons et des missions générales.
(i) Ignace Cotolendi, fils de Jacques et de Marguerite de Lajou, né à Brignolc le 24 mars 1630, docteur en théologie à Rome, curé de Stc-Madcleine d'Aix, évêque de Métellopolis et vicaire apostolique de Xan-King, mourut au village de Paracol dans l'Inde, le l6 août 1662, âgé de 33 ans.
(i) Cet arrêt fut rendu le 13 décembre 1660; nous le donnons à la lin de cet ouvrage.
Et parce que le coffret étoît épuise et que, faute de s'assembler en nombre considérable, il ne se remplissoit point, on arrêta de cesser toutes les aumônes des prisonniers jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de donner moyen de les rétablir. |Ce fut là le jour de la grande décadence de la Compagnie, dont on ne connaîtra le secret que dans l'éternité. Les officiers ne se virent plus que de quinze en quinze jours, et tout tomba dans une extrême langueur.
C'est donc ici proprement où a fini la Compagnie, parce qu'elle voulut obéir à la puissance souveraine tout aveugle qu'elle étoit en détruisant un grand bien qu'elle ne connaissoit pas. Et toutes les entrevues des officiers et des anciens qui se firent depuis ne furent que pour examiner s'il y auroit moyen de calmer l'orage et de faire connaître à ceux qui s'alarmoient sous prétexte des raisons d'Etat, qu'il n'y avoit aucun sujet de craindre les assemblées de la Compagnie. Mais on ne trouva nulle ouverture à leur faire goûter une chose si utile et si innocente . Ainsi toutes les petites assemblées, les entrevues et les conférences particulières qui se firent depuis dans l'espérance de rétablir la Compagnie furent forcées de s'anéantir par le renouvellement de la persécution qui s'éleva comme je m'en vais l'écrire.