‹ Annales de la Compagnie du St-SacrementChapitre 29 sur 44 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

On continue de persécuter la Compag'nie pendant l'année 1661.

Le 3IC de janvier, les officiers de la Compagnie s'assemblèrent seuls chez M. Leschassier; M. de Garibal, maître des requêtes et président au grand conseil, qui étoit Supérieur, ne put s'y rendre parce qu'il étoit incommodé et surchargé d'affaires. Il écrivit à M. Leschassier pour prier MAL les officiers d'agréer sa démission et de lui donner un successeur. Mais à cause du petit nombre d'officiers qui s'y rencontrèrent, on remit à délibérer sur ce sujet dans une assemblée que l'on convoqua pour cet effet.

Le 7e de février, les officiers s'étant trouvés chez M. Leschassier, on délibéra sur la démission de AI. le Supérieur. Alais elle ne fut point acceptée, et l'on vit trop d'inconvénients à une nouvelle élection si prompte ; ainsi l'on résolut de prier M. de Garibal de se faire violence dans l'état présent des affaires de la Compagnie pour continuer à lui donner ses soins jusqu'à ce qu'il y eût plus de jour à faire l'élection qu'il souhaitoit.

Dans l'assemblée de 4^ de mars, M. le Supérieur fit faire de nouvelles instances par M . Bouleau afin d'être déchargé de la supéi-iorité pour de nouvelles et plus pressantes raisons qui furent approuvées; ' ainsi l'on résolut de lui donner un successeur à la première assemblée, qui fut indiquée au 14e de ce mois chez M. de Gaumont (i) de Passy.

L'assemblée se tint au jour assigné, et au lieu de M. de Garibal, Supérieur, et de M. de Blanpignon, Directeur, on nomma M. Leschassier pour Supérieur et AI. du Aletz Directeur.

Les conseillers ecclésiastiques furent MM . Gambard, Gougeon

(i) Nous croyons qu'il est ici question de M, de Gaumont, conseiller au Parlement Paris, mort en 1665, et dont' il est question en la vie de M. Olier.

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Renoust(i), et les laïques MM. de Morangis, Bouleau et le Conte, administrateur des Incurables. Je fus nommé secrétaire, et ainsi l'on vit de nouveaux officiers élus par un petit nombre de confrères suivant le pouvoir que la Compagnie tout entière en avoit donné lorsqu'elle se sépara.

Ces nouveaux officiers aussi bien que les anciens fiu-ent conviés dese trouver le 13'^ d'avril chez M . de Blanpignon aux filles de St- Thomas (2). Là M. de Garibal, ancien Supérieur, rendit compte à l'assemblée de l'état présent des choses, et le secrétaire fit lecture de la nouvelle élection. Sur ce point, quelques-uns représentèrent que cette élection pourroit faire peine à plusieurs si elle h'étoit approuvée et confirmée par une assemblée des anciens et des plus assidus qui la fréquentoient. Cette proposition fut bien reçue, et l'on résolut de les convoquer le mercredi suivant chez M, de Morangis ; l'ordre s'en exécuta et l'on se trouva au lieu assigné en assez bon nombre le 27c d'avril.

Là M. de Garibal fit un discours de la conduite qu'a voient tenue les officiers et de tout ce qui s'étoit passé depuis la cessation de la Compagnie. Il dit les raisons et la nécessité qui avoient obligé de procéder à une nouvelle élection d'officiers, mais qu'on avoit trouvé à propos d'en remettre la confirmation à une plus grande assemblée qu'on avoit convoquée pour cet effet.

Chacun fut édifié de l'entretien de M. de Garibal, et l'assemblée approuva et confirma tout d'une voix tout ce qu'on avoit fait jusque alors, particulièrement la nouvelle élection ; elle remercia les anciens officiers de tous leurs soins et elle ne jugea pas à propos de rassembler la Compagnie, seulement il fut trouvé bon de faire faire une conférence des nouveaux avec les anciens officiers pour aviser aux moyens de maintenir la Compagnie dans son union et dans la pureté de son esprit ; et, suivant la délibération du 20^ de septembre dernier toute la conduite de la Compagnie fut remise au soin et à la prudence des nouveaux officiers, et le pouvoir leur fut confirmé d'élire leurs

(i) Thomas Regnoust, docteur de Sorbonne, originaire du di-ocèse de Scez, fut en 1677 Supérieur du séminaire de Rodez ; il y mouriit .

(2) Ce monastère, de l'ordre de Saint-Dominique, obtint des lettres patentes pour sa fondation en décembre 1629; la première Supérieure fut la mère Marguerite de Jésus, dans le monde Marguerite de Senaux, qui avait épousé N. de Garibal qui se fit Chartreux ; elle se fit Dominicaine à Toulouse et vint à Paris au monastère fondé par Anne deCaumont, femme de François d'Orléans-Longueville, comte de Saint-Paul .

successeurs quand ils le jugeroient nécessaire en y appelant tel nombre d'anciens confrères qu'il leur plairoit.

Ce même jour suivant, la coutume qu'on avoit toujours observée dans la Compagnie, M. Gougeon, secrétaire, qui avoit été nommé conseiller, fit le compte général de toute la recette qui, par l'acquit de toutes les dettes du coffret, se trouva égale à la dépense, et, avant que de sortir de charge, il en écrivit l'état sur le registre, qu'il me remit entre les mains.

Le 4"^ de mai, les nouveaux officiers s'assemblèrent avec les anciens qui y furent appelés et ce fut chez M. de ]\Iorangis. On y fit plusieurs propositions pour conserver le secret de la Compagnie, on résolut de ne parler plus au-dehors de Supérieur, de Directeur ni d'officiers, mais seulement qu'on diroit aux confrères qui s'en informeroient, que le soin de toutes choses avoit été confié à la prudence de j\IM. Leschassier et du Metz.

On avoit proposé d'assembler la Compagnie par cantons, mais on voulut donner le loisir d'examiner les avantages et les inconvénients de cette proposition. La résolution même en fut différée de séance en séance et, pour en faire l'essai, il tut arrêté que l'on commenceroit par la paroisse de St-Sulpice, que, dans l'assemblée ordinaire, hors le Supérieur et le Directeur, les autres officiers n'observeroient aucun rang dans leurs séances.

Dans l'assemblée du 21P de mai, il se fit plusieurs bonnes œuvres entre autres une assez grande contribution pour une mission à St-Quentin(i), et l'on résolut de commencer le canton de St-Nicolasdu-Chardonnet dont la conduite fut donnée à ]\I. du ]\Ietz, Directeur de la Compagnie.

Comme on cherchoit sans cesse des moyens d'entretenir de sûres correspondances avec les Compagnies des Provinces sans faire d'éclat, on avançoit souvent' de nouvelles propositions sur ce sujet; on trouva que les huit secrétaires des dépêches avoient encore un trop grand nombre de Compagnies dans leur département, et l'on jugea qu'il étoit nécessaire de les diviser davantage. Mais comme on craignoit que tant de particuliers n'inspirassent leur esprit particulier aux Compagnies dont ils seroient chargés, on résolut que pas un n'envoiroit les réponses qui se feroient désormais comme de particulier à particulier, sans les avoir communiquées à l'assemblée des officiers.

(i) Saint-Quentin, capitale du Vermandois, diocèse de Noyon.

Le ïô^ de juin, 'SI. du Metz, Directeur, rapporta à rassemblée qu'il avoit formé le canton de St-Xicolas-du-Chardonnet, qu'il avoit établi les règlements qu'on avoit projetés pour ce sujet, mais qu'on avoit proposé quelques difficultés dont il demandoit la résolution à l'assemblée, et qui furent résolues sur-le-champ, comme de consulter les divers cantons dans les affaires importantes suivant la prudence du Supérieur, de prendre grand soin de toutes les Compagnies des Provinces, et, pour cet effet, on nomma plusieurs personnes qui de particulier à particulier furent chargées d'écrire à leurs amis pour entretenir correspondance touchant le service de Dieu et la charité du prochain, de faire lire les statuts de la Compagnie dans chaque canton afin d'y conserver l'esprit général.

Dans la même assemblée, M. du Plessis-Montbar fit rapport de ce qui s etoit passé dans le canton de St-Sulpice où l'on travailloit à grand nombre de bonnes œuvres .

Je fus chargé de former le canton du Louvre qui contenoitles paroisses de St-Germain, de St-Eustache et de St-Roch (i) et l'on excita tous les confrères d'offrir leurs prières, leurs sacrifices et leurs communions pour les besoins de la Compagnie pendant l'octave du St-Sacrement.

Dans l'assemblée du 20^^ de juin, il se fit plusieurs propositions considérables, et l'on y résolut d'élire de nouveaux officiers pour le trimestre suivant .

Et dans l'assemblée du 28 ■ de juin, je rapportai que le canton du Louvre avoit été formé et que l'on y suivoit les règlements ordonnés. On y fit l'élection des officiers, ou plutôt la confirmation de tous, excepté du secrétaire qui fut changé, et M . de Gaumont lui fut donné pour successeur.

Dans l'assemblée du 5'= de juillet, M. le Prestre (2), saint ecclésiastique, et le secrétaire nouveau furent chargés de former le canton de St-Nicolas-des-Champs.

M. Baillot (S), qui par rencontre d'affaires avoit été en Languedoc

(1) D'abord succursale de Saint-Gerinain-l'Auxcrrois, celte éj^lisc fut érigée eu paroisse en 1633.

(2) Il n'est question qu'ici de cet ecclésiastique, (\m devait faire jiartie du Clergé de Saint-Nicolas-des-Champs .

(3) Le curé de Saint-Landry se nommait Baillot, et nous trouvons Charles Baillot, auditeur de la Chambre des Comptes en 167 1.

où il avoit visite plusieurs Compagnies, fit rapport de ce qu'il y avoit remarqué ; il parla avec estime de celles de Toulouse, de Pézenas (i) et d'Avignon ; il dit que les autres étoient plus faibles, et quelques-unes éteintes, comme celle de Narbonne dont il promit de rendre le cachet et le registre qu'il avoit rapportés.

Dans l'assemblée qui fut tenue le 12'^ de juillet, M. Baillot, présenta le cachet, le registre et les papiers de la Compagnie de Narbonne, et ils furent mis au dépôt pour conserver le tout dans les archives de la Compagnie.

Il dit ensuite, qu'au lieu de cette Compagnie, on avoit établi, à Narbonne, une assemblée de charité, en suite de la mission qu'on y avoit faite, et que cette assemblée faisoit publiquement tout ce que la Compagnia faisoit en secret, qu'elle se tenoi,t à l'archevêché où les curés se rendoient avec plusieurs de leurs paroissiens les plus zélés ; qu'ils avoient obteiu des indulgences et que d'autres villes pensoient à faire de pareils établissements .

Il se fit plusieurs bonnes œuvres dans cette assemblée du 12'' de juillet, et les choses prenoient un assez bon train et se conduisoicnt en grand secret.

Dans l'assemblée du 1 9e de juillet, qui se tint chez M. de ISIorangis, on résolut une assemblée de missions étrangères qui se fit l'aprèsdînerchezM. l'Hoste. M. l'évêqne de Metellopolis, Cotolendi, provençal, prit congé de la Compagnie pour aller au Levant, et dit que le lendemain il célébreroit la Messe au Noviciat des Jésuites où plusieurs se trouvèrent pour recevoir sa dernière bénédiction. Dieu ne voulut pas que ce bon prélat travaillât longtemps dans sa mission, car en arrivant au royaume de Golconde (2) il mourût de la dysenterie faute de remèdes, dont il eut une extrême joie en regardant la mort comme venant d'un ordre positif de la divine Providence qui le faisoit finir là faute de secours .

(t) Ville du Languedoc faisant partie du diocèse d'Agdc dont Louis Fouquet était cvêque depuis le 20 septembre 1658; il avait succédé à François Fouquet, nommé coadjuteur de Narbonne; il fut exilé pendant 23 ans, et à sa mort, survenue le 4 février 1702, Philibert-Charles de Pas de Feuquicres lui fut donné comme successeur. Le château de Pézenas, construit par le connétable de Montmorency, j):;ssa aux Princes de Couti, cadets de la maison de Bourbon-Condé.

(2) Ce royaume, situé dans l'Inde, a une capitale du même nom et est célèbre par ses beaux diamants.

Dans l'assemblée du 26° de juillet, ^I. du Plessis-Montbar rapporta au long tout ce qui s'étoit passé dans celle des missions et le voyage de j\I. l'éveque de Bérytho de Lambert (i) de Rouen jusqu'à Bassora (2) dont on a fait depuis une belle relation qui est imprimée.

On proposa d'envoyer quelques prêtres en Suède (3) pour aider les catholiques qui y restent et qui n'y reçoivent aucune instruction .

L'assemblée du 2'' d'août fut assez nombreuse ; il s'y fit beaucoup de bonnes œuvres et elle reprenoit le train de la grande Compagnie, mais fort secrètement et dans son véritable esprit.

L'assemblée- du g'" de ce mois se passa de même avec la joie et l'édification d'un très grand nombre de confrères qui firent plusieurs bonnes œuvres.

Cependant les cantons s'assembloient toujours et ceux qui en étoient chargés faisoient rapport à l'assemblée des officiers de tout ce qui s'y passoit; mais ils diminuèrent et s'affaiblirent peu à peu.

Dans l'assemblée du 16'' d'août, M. l'archevêque de Xarbonne, Foucquet, proposa de procurer à Fontainebleau et à la suite de la Cour (4) de plus grands secours spirituels qu'il n'y avoit, et cette proposition a donné lieu, dans la suite, à l'établissement de MM. de la Mission à Fontainebleau .

Les assemblées du 2 3^ et du 3o« d'août furent fort nombreuses et il s'y fit d'excellentes propositions par le secours spirituel de la Suède, et beaucoup de bonnes œuvres. ]\L l'archevêque de Narbonnc y agissoit avec grand zèle.

Dans toutes ces assemblées, on travailla fort à découvrir la demeure d'un nommé Morin. (5) qui se disoit le Fils de l'Homme, et qui

(1) Pienc de la Mottc-L;imbcrt, né à la Boissièrc, diocèse de Lisieux, le i8 juillcl 1624, Conseiller à la Cour des Agdes de Rouen, sacré évêque de Bcrythc, mouiiit à Siani, le 15 juin 1679; il fonda les Amantes de la Croix.

(2) Importante ville sur l'Euphrate et à proximité du Golfe persique.

(3) Gustave Vasa avait aboli la religion catholique et établi le luthéranisme dans ce royaume au XII" siècle.

(4) Il y a à Fontainebleau un beau château royal ; il en est fait mention pour la première fois sous le règne de Louis VU en 1169.

(5) Simon Morin, né en 1623 à Richemont près Aumale, fut commis chez Charron, trésorier de l'extraordinaire des guerres, quittji sa place pour se faire passer pour le Fils de l'Homme. Arrêté le 28 juillet 1644 et mis à la Bastille, puis relâché vingt-et-un mois après, il se remit encore à dogmatiser. Il fut souvent emprisonné et relâché ; il fut enfin arrêté en 1662, condamne à être brûlé vif avec un livre qu'il avait compose, et exécuté en place de Grève le 14 mars 1663.

publioit quantité d'erreurs et d'impiétés. Il fut enfin attrapé, son procès lui fut fait, et il fut condamné au feu et exécuté.

L'assemblée du 6"* de septembre fut assez forte ; on y parla de l'ordre qu'il ûiUoit prendre pour agir contre les religionnaires, sur le sujet des contraventions aux édits, et ces sortes d'affaires se sont heureusement poussées à bout sur les mémoires que la Compagnie en avoit donnés de temps en temps aux assemblées du Clergé .

Dans l'assemblée du 20<? de septembre, la correspondance des Compagnies fut divisée en plus de 3o personnes afin que la communication s'en fît comme de particulier à particulier, et que la chose fiât moins sensible et fît moins de bruit.

On y résolut d'y faire l'élection des officiers à la prochaine assemblée. Elle se tint le 27*? de septembre où plusieurs des confrères furent appelés. M. de jMorangis y fut élu Supérieur, et M. Gambard, ecclésiastique de grande vertu, fut nommé Directeur.

Dans l'assemblée du 4" d'octobre, il fut arrêté que ceux qui conduisoient les cantons et qui étoient à la tête des commissions de la Compagnie rapporteroient des rôles des fréquentants et rendroient compte de ce qui s'y passoit, afin de leur communiquer l'esprit général de la Compagnie, si l'on s'en écartoit en quelque chose .

On parla dans cette assemblée du grand besoin que la plupart des diocèses avoient de l'établissement d'un séminaire en chacun, et l'on nomma des commissaires pour travailler à la promotion de ce saint ouvrage .

Dans l'assemblée du 26'' d'octobre, j\l. de iSlorangis, Supérieur, fit rapport de ce qui s'étoit passé dans celle des INIissions où M. l'évêque d'Heliopolis prit congé de la Compagnie pour aller dans les lieux de sa mission aux Indes Orientales .

Dans la séance du 3^ de novembre, on lut la lettre que j'écrivois d'Angoulême en ce temps-là sur le sujet des contraventions à l'Edit de Nantes . Je passai l'hiver en Angoumois à cause d'une grande et longue maladie qui m'empêcha de retourner à Paris, et qui me donna le loisir de dresser de bons mémoires pour agir contre les huguenots, sur lesquels on a depuis agi pour ce qui regardoit cette Province.

On proposa de réunir les cantons et de quatre n'en faire que deux ; ces sortes d'assemblées allèrent toujours en diminuant et enfin s'anéantirent tout-à-fait.

Depuis le 3o' de novembre jusqu'au 28" de décembre, il ne se

passa rien de considérable dans les assemblées, mais elles furent tenues fort régulièrement, et ce jour on fit rapport de plusieurs affaires de piété qui avoient eu un heureux succès ; on y résolut en même temps de faire une nouvelle élection d'officiers.

Le 3o • de décembre, l'assemblée fut assez nombreuse et l'élection des officiers fut faite . M. de Morangis et M. Gambord furent continués, et M. de Gaumont-Chavane, secrétaire, eut pour successeur M. d'Anolé, qui eut bonne part aux disgrâces de la Compagnie et à ses persécutions, comme il se verra dans la suite.

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