CHAPITRE VI
On continue de persécuter la Compag'nie, qui tâche, en s'humiliant et en se cachant, de se conserver pour servir Dieu, pendant les années 1662 et 1663.
La séance du 3'' de janvier de cette année 1662 se passa comme celles de la Compagnie entière se faisoie it autrefois. On y fit plusieurs propositions pour le ser\'ice de Dieu et beaucoup de bonnes œuvres pour le secours du prochain, entre autres on renouvela le dessein qu'on avoit eu de former des vicaires ambulants pour servir dans les cures négligées et abandonnées .
Dans toutes les séances, jusqu'au 6^ de mars, il se fit un grand nombre de bonnes œuvres particulières, on y rendit compte de toutes les commissions, et le i3'^' de ce mois, on rapporta qu'enfin, après bien des sollicitations et des recherches, le misérable Alorin et sa femme avec la Malherbe (i) avoient été mis à la Bastille. On verra la conclusion de leur procès dans la suite.
Le 27e de mars, on fit une nouvelle élection d'officiers. j\L Loyseau (2) fut nommé Supérieur, et M. l'abbé deSt-Spir (3), Directeur. On fit six nouveaux conseillers, et M. Josse (4), intendant de M. le Prince de Conti, fut secrétaire.
Dans l'assemblée du 3^ d'avril, il y eut beaucoup d'affaires proposées par des lettres de diverses Compagnies, et à cause delà semaine sainte, on ne se rassembla qu'à la quinzaine ,
(i) Cette femme était une des plus influentes de la secte de Morlu.
(2) Charles Loyseau, conseiller à la Cour des Aydes des 1638 était encore conseiller honoraire en 1678.
(3) Jean de Launay, fils de Jean et de Jeanne Hideulx, abbé de Saint-Siiir (Exupère) de Corbeil, avait succédé à Robert, son frère» le 14 août 1682.
(4) L'auteur fait en plusieurs endroits le plus grand éloge de ce personnage.
Le 17 d'avril, la séance fut assez remplie et T Assemblée donna du secours à plusieurs nouveaux convertis.
Celle du 24" de ce mois le fut encore davantage, et on fit rapport d'un grand nombre de bonnes œuvres qui se poursuivirent dans la séance du 4® de mai, qui se trouva aussi fort pleine d'aftaires.
Dieu donna zèle à divers particuliers en ce temps-là povir agir et faire agir fortement dans toutes les œuvres qui étoient de l'esprit de la Compagnie. Jamais les prisonniers ne furent mieux a.ssistés, tant en spirituel qu'en temporel. On travailloit de tous côtés à la conversion des hérétiques, et l'on soutenoit les Assemblées des paroisses qui prenoient soin des pauvres honteux.
Dans l'assemblée du 25«de mai, M. Baillot proposa de députer tous les ans en ce jour un prêtre et un laïque pour rendre grâces à Dieu au nom de la Compagnie, do ce qu'à pareil jour la fête du Saint' Sacrement fut instituée par le pape Urbain IV (i) . La proposition fut tnxivée bonne, mais on en remit la délibération à toute la Compagnie, quand il plairoit à Dieu de lui donner la liberté de se rassembler, et cependant il fut résolu que l'on n'admettroit aucune nouveauté durant sa séparation, suivant son résultat lorsqu'elle cessa de s'assembler.
La séance du l'f jour de juin fut occupée à plusieurs propositions importantes pour le secours des Provinces affligées de la famine, et pour assister des particuliers nouveaux convertis ou disposés à la conversion .
L'assemblée du y- de juin, veille de la fête du .St-Sacrement, fut aussi fort occupée de bonnes œuvres, et elle députa, suivant la coutume, pour faire la communion tous les jours pendant l'Octave afin d'obtenir le rétablissement de la Compagnie.
Dans la séance du i2« de juin, M. du Plessis-Montbar fit rapport de ce qui s'étoit passé dans la Compagnie des Dames qui s'occupoient lors à travailler pour le secours des Provinces affligées de la famine, il y donna avis qu'on lui avoit mis 12000 1. entre les mains, pour être employées à ces secours par les soins de l'Assemblée, qui en ordonna fort sagement. On résolut en môme temps d'assembler tous les confrères de la Compagnie, pour les convier dans la pressante nécessité de contribuer à un si grand œuvre.
(i) Jacques Pantiléon, né à Tioyes en Champagne, Patriarche de Jémsalem, succéda à Alexandre IV et prit le nom d'Urbain IV ; il mourut eu 1264 après trois ans, un mois et quatre jours de pontificat.
Cette assemblée fut tenue aux Incurables le lô"^ de juin, et je m'y trouvai ; j'arrivois en ce temps-là à Paris après la grande maladie que j'avois eue en Angoumois, et je me souviens que dans les lieux où je passois, je trouvois partout de pauvres moribonds couchés sur la terre, qu'il étoit impossible aux particuliers d'assister, tant le nombre en étoit grand .
Dans l'assemblée du 26e de juin, M. Loyseau, Supérieur, fit récit de ce qui s'étoit passé à Dreux (i) pour l'assistance spirituelle et temporelle des pauvres de ce quartier-là; on y ordonna pour différents lieux du secours que l'on tiroit du fonds confié aux soins de la Compagnie.
On fit, dans cette assemblée, de nouvelles résolutions de se tenir plus cachés que jamais sur l'avis qui fut donné que la Cour avoit su la séance que l'on avoit tenue aux Incurables, mais on ne changea rien à l'ordre qu'on avoit suivi depuis la cessation.
L'élection des officiers fut faite ; et M. Loyseau et l'abbé de St- Spir furent continués, aussi bien que M. Josse.
Dans la même assemblée du 26e de juin, on fit lecture des contributions qu'on avoit faites dans la séance des Incurables, qui monta, pour une seule fois, à près de gooo 1. et deux particuliers y ajoutèrent 3ooo 1.
Le S*" de juillet, sur un avis de nouvelle persécution élevée contre la Compagnie, les officiers s'assemblèrent chez Madame la duchesse d'Aiguillon, dans l'appartement de M. Drouart, et, après avoir délibéré des moyens de conserver une Compagnie que le monde vouloit si fort détruire, il fut résolu que désormais, le jour et le lieu de l'assemblée neseroient sus que du Supérieur et du Directeur, qu'on s'assembleroit au moins une fois tous les quinze jours, qu'il n'y auroit, dans ces assemblées, que les officiers, qui n'y pourroient appeler que deux anciens, au choix du Supérieur ;
Que les officiers et les autres ne seroient avertis que la veille de l'assemblée et par des billets cachetés :
Qu'on n'apporteroit point de registre, mais seulement une feuille volante ;
Que l'on prendroit séance en cercle sans distinction de rang;
Que les Compagnies de l'Hôtel-Dieu, des prisonniers et des au-
(i) Ville qui donna sou nom à nne bnmclie de la Ihmille des Capétiens et qui fut souvent l'apanage de Princes de cette royale famille.
très œuvres particulières s'asscmbleroient avec grande circonspection et que celles des cantons cesseroient jusqu'à nouvel ordre.
Le 1 4e d'août la séance des officiers fut tenue aux Incurables avec deux anciens, et M. le marquis de Laval, qui en étoit un, rapporta que, depuis la dernière entrevue, il s'étoit fort entretenu avec le Procureur du roi (i) du Châtelet sur la défense des Assemblées qui faisoit grand bruit par tout Paris en ce temps-là.
Il dit qu'il avoit demandé à ce magistrat s'il y avoit danger d'aller à la Congrégation des Jésuites (2^ et aux Assemblées des paroisses; sur quoi il avoit répondu que ce n'étoit pas à ces Compagnies que l'on en vouloit, mais à celle du St-Sacrement parce qu'il y avoit des gens factieux, qu'on étoit résolu de la détruire, qu'on la cherchoit et qu'on la trouveroit à la fin.
Cet avis donna sujet de faire relire la dernière délibération que l'on résolut d'exécuter, et l'on conclut tout d'une voix que Ton pouvoit s'assembler sans scrupule, parce que toutes les défenses que l'on y faisoit avoient un fondement très faux, que chacun savoit en sa conscience que jamais la Compagnie ne s'étoit mêlée d'affaires d'Etat, qu'elle n 'avoit que la seule vue de procurer la gloire de Dieu avec pureté, sans aucun mélange d'intérêt particulier, mais qu'il falloit mettre en sûreté ce qui restoit d'un ouvrage si pieux.
Que pour cet effet tous les registres seroient changés de lieu, qu'il n'y auroit que le Supérieur qui en auroit la clef, et qui le sauroit, que l'on mettroit sur le coffre où ils seroient : le coffre appartient à M. Loyseau ; et qu'à tous les changements de Supérieur, on changeroit d'écriture ;
Que ceux qui seroient conviés aux assemblées y viendroient sans aucune suite ; que le nom d'ami seroit changé, et qu'on en résoudroit un autre à la première assemblée ; mais je ne vois pas que cela se soit exécuté, et le nom d'ami est demeuré toutes les fois qu'entre les confrères on vouloit parler de la Compagnie ;
Qu'on tâcheroit de retirer tous les statuts de la Compagnie et tous les mémoires de son esprit pour les enfermer avec les registres, jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de la rétablir dans sa première liberté ;
(i) Le Procureur du roi au Châtelet était Armand- Jean de Riantz depuis 1651; il avait succédé à Etienne Bonneau.
(2) L'auteur veut parler ici de la Congrégation de la Sainte- Vierge établie chez les PP. Jésuites.
Qu'il soroit très important de retirer l'histoire de la Compagnie écrite par M. du Bello)', et M. le Conte des Incur. (des Incurables, sans doute), fut prié de le faire ; ce qui s'exécuta heureusement. Elle fut mise dans le coffre avec tous les autres papiers d'où j'ai tiré tous les extraits pour composer ces Annales par ordre de toute la Compagnie.
Pour conclusion de cette assemblée. ]M. Loyseau, Supérieur, excita ceux qui étoient présents à renouveler leur ferveur, à dire des Messes, à communier et à prier Dieu plus que jamais devant le St-Sacrement pour lui demander la grâce de faire un bon usage de cette humiliation, et, quand il lui plairoit, le rétablissement de la Compagnie.
Quelqu'un s'avisa d'ajouter à toutes les sûretés qu'on avoit prises pour la cacher, que le secrétaire ne mettroit jamais sur la feuille qu'il porteroit pour recueillir les délibérations des assemblées, aucuns termes qui pussent la découvrir, en cas qu'on surprît cette feuille, qu'il mettroit les noms propres, sans parler ni de Supérieur, ni de Directeur, qu'il ti endroit néanmoins registre de toutes les délibérations en la manière accoutumée, et qu'il garderoit ces feuilles en lieu bien sûr et bien secret pour les remettre à son successeur ou avec les autres registres quand il seroit jugé à propos.
C'est ici que finit le secrétariat de M.Josse, intendant des affaires et très cher confident de M. le Prince de Conti qui, par sa probité et par sa fidélité, s'est rendu illustre dans tout3 la maison de ce Prince, et depuis sa mort, dans celle de Messieiu-s ses enfants.
Siu- la fin de son secrétariat, il rendit un compte de plus de 40.000 1. de contributions et d'aumônes qu'il avoit reçues et qu'on lui avoit confiées pour le soulagement des pauvres de la Compagnie. Tous les articles s'en trouvèrent nettement couchés dans son registre qu'il remit, avec les statuts et tous les papiers qu'il avoit, entre les mains de M. le Moyne (i) qui lui fut donné pour successeur le 2 3« de septembre.
Dans cette assemblée, on nomma Supérieiu- M. le Conte des Incur., Directeur, M.d'Espons (2), ecclésiastique des Inciu-ables, et secrétaire M. le Moyne. J'ai cru qu'il étoit à propos de marquer aussi les conseillers parce que c'étoit en eux que consistoit toute la Compagnie. Ce furent, dans cette élection, M. le Prestre et M. l'abbé de Saint-Spir,
(i) M, Le Moyne, très probablement le conseiller au Châtelet de ce nom. (2) Philippe d'Espont, mort en 1700, assista Boudon et le fit assister par les membres de la Compagnie du Saint-Sacrement ; il était docteur eu théologie et prêtre.
ecclésiastiques, et MAI. Drouard, du Plessis-Montbar, Loyseau et de Garibal, laïques. Ils appeloient fort peu d'anciens à leur assemblée, parce que leur soin principal, c'étoit de n'en donner aucune connoissance au public .
Le 2 3e de septembre, l'assemblée des officiers mit ordre à la sûreté des papiers de la Compagnie qui se trouvoient encore dispersés en divers lieux, à la conduite de l'assemblée de l'Hôtel-Dieu, et au payement de quelques contributions pour une mission à Reims.
Dans la séance du 7 e d'octobre, M. du Plessis-Montbar fit résoudre la direction du refuge, qu'on trouva plus à propos de commettre aux soins de cinq Directeurs tirés du bureau de l'Hôpital-Général que du bureau tout entier pour de très bonnes raisons. Il se fit quelques autres bonnes œuvres ce jour-là, et l'esprit de la Compagnie se conservoit tout entier dans ce petit nombre qui s'assembloit poiu- le service de Dieu et pour le secours du prochain. Mais les assemblées se tenoient de loin en loin, et ces intervalles ralentirent fort la ferveur des confrères et les accoutumèrent à ne s'assembler plus du tout. C'étoit cependant avec douleur que l'on ne se voyoit plus, et quand on se rencontroit, on se demandoit tout bas, en s'embrassant, des nouvelles delà Compagnie, On faisoit de grands souhaits pour son rétablissement. Mais Dieu ne l'a pas permis jusqu'à présent, pour des desseins qui ne nous sont pas connus.
On ne s'assembla que lei3ede novembre. On proposa de nouveau d'obliger les médecins à exciter leurs malades à faire venir leurs confesseurs quand ils les auroient visités deux fois , parce qu'il arrivoit souvent que, faute de ce soin, bien des gens mouroient sans recevoir les sacrements. Mais jusqu'ici, on n'a pu établir ce bon ordre dans Paris, qui cependant seroit fort nécessaire pour le salut des malades, particulièrement de tous les grands et de tous les riches.
On fit dans cette assemblée quelques contributions poiu* la mission de Saint-Quentin et une plus forte pour celle de Gex, dans le diocèse de Genève ( i ) .
On y proposa de procurer la réparation de l'église de Saint-Denis de la Chartro, et cette pensée de la Compagnie eut, dans la suite.
(1) L'évêque de Genève était depuis le 3 mars 1660 Jean d'Aranthou qui mourut le 4 ou le 17 juillet 1695 ; il avait succédé à Charles-Auguste de Sales ; Michel-Gabriel de Rossillon de Bernex le remplaça. Le pays de Gex avait été réuni à la France en 1601.
son efifet par un ordre de la divine Providence, on en fit insinuer le dessein à la reine Anne d'Autriche. Cette pieuse Princesse étoit lors grièvement malade du cancer dont elle mourut, et avant que d'achever sa vie, elle donna ordre aux réparations decette église où d'autres personnes ont encore concouru. C'est ce qui l'a mise au bon état où elle se trouve aujourd'hui. •
Dans l'assemblée du 4e de décembre, on proposa de prier MM. les Curés d'envoyer visiter les malades de leurs paroisses, quand ils sauroient que les médecins y avoient été plus d'une fois. Il se fit quelques bonnes œuvres de l'esprit de la Compagnie, et l'on y donna avis de l'heureux succès du voyage de M. l'évêque d'Héliopolis, qui s'avançoit près de la Chine, dont la mission étoit toujours fort chère à la Compagnie.
L'Assemblée du i8« de décembre fut tenue chez M. Loyseau; il s'y fit quelques œuvres considérables. On proposa d'augmenter le nombre des confrères parce qu'il y avoit trop de langueur dans les assemblées où il se trouvoit si peu de personnes. On y fit ce même jour l'élection des officiers qui furent tous continués, et ainsi finit l'année 1662 .
Le 2e de janvier i663, on s'assembla chez M. l'abbé de Saint-Spir, où il se fit plusieurs bonnes œuvres .
Le 25e de janvier, on tint la séance chez M. deMorangis, et le 29*' du même mois chez M. le marquis de Laval, où l'on fit une contribution pour la mission de Gex et on y rapporta que, sur la proposition qu'on en avoit faite au roi, Sa Majesté avoit promis 6000 1. pour ce sujet, et un particulier de la Compagnie donna 100 1. pour les pauvres qui viendroient ouïr les missionnaires, et un autre 260 1. pour le même effet .
On y lut des lettres de trois Compagnies qui demandoient avis sur leur conduite ; on leur fit réponse de ne cesser point de s'assembler, mais de se cacher fort et de se voir en petit nombre .
L'assemblée du 20*^ de février fut peu nombreuse, et chacun se chargea d'avertir ceux qui furent nommés pour l'augmenter à la première séance qui se tint chez M. de la Chapelle-Pajot le i5e de mars; on y fit plusieurs bonnes propositions et l'on y élut de nouveaux officiers. M. du Plessis-Montbar fut nommé Supérieur, M. du Metz, Directeiu-, et MM. Gambar, d'Espons, de Gaumont, de Morangis, le Conte et de la Chapelle-Pajot, conseillers, et M. d'A^-olé, secrétaire.
Les assemblées se tenoient de loin en loin suivant le résultat pour se mieux cacher, ainsi il n'y en eut que le ib^ d'avril chez M. de la Chapelle.
On empêcha qu'un huguenot, faussement converti pour entrer dans une charge de la bouche du roi, n'y fût reçu.
On proposa de rétablir les cantons, mais on eut peur défaire du bruit, et l'on ne trouva pas qu'il y eût de l'emploi pour les occuper.
On trouva à propos de s'informer un peu de toutes les Compagnies pour ne laisser pas périr l'œuvre de Dieu et pour tâcher de les soutenir toutes durant la tempête. Ainsi, chacun se chargea d'écrire à celles dont il avoit soin par une voie de particulier à particulier.
On tâcha, dans cette assemblée, de renouveler un peu la ferveur des confrères qui se ralentissoit tous les jours. M. du Plessis, qui étoit Supérieur, y travailloit avec application et beaucoup de prudence et de zèle. Pour cet effet, on résolut de s'assembler tous les huit jours, mais à jours tout différents, et de ne passer pas le nombre de dix-huit personnes.
M . du Plessis fut prié de revoir tous les règlements faits depuis la cessation de la Compagnie, afin d'en donner une connoissance générale à l'Assemblée, et tous ceux qui étoient chargés des commissions particulières pour soutenir des Assemblées émanées de la Compagnie furent priés de rendre compte de l'état où elles étoient.
Et la conférence fut indiquée pour le premier jour d'assemblée de la manière de conserver le secret dans l'état présent de la Compagnie.
Le 40 de mai, un jeudi, l'Assemblée se trouva chez moi au nombre de 1 8 ou 19. Les choses s'y passèrent à l'ancienne manière de la Compagnie. Plusieurs y rendirent compte de l'état des Compagnies des Provinces dont ils étoient correspondants et assurèrent qu'elles continuoient de s'assembler avec grand zèle et beaucoup de prudence et de secret. On pria les autres de s'informer de celles dont ils avoient soin et dont on n'avoit point encore eu de nouvelles si certaines.
j\l. du Plessis, Supérieur, fit rapport en gros de tout ce qui s'étoit passé depuis la cessation de la Compagnie en 1660, et l'Assemblée fut édifiée et consolée de voir que, pendant ce temps de persécution, il s'étoit fait tant de bonnes œuvres et si considérables par les membres de la Compagnie qui n'avoient pas laissé d'agir avec bénédiction pendant sa cessation.
Le 1 7*" de mai, M. du Plessis fit une ample relation à l'Assemblée de tout ce qui s'étoit passé jusqu'alors dans la mission et dans le voyage des vicaires apostoliques en Orient. Il rapporta ce qui s'étoit fait pour rétablissement du Séminaire des Missions Etrangères, qui étoit l'ouvrage de l'assemblée des Missions et qui a été le dernier enfant de la Compagnie. Ce lui doit être le plus cher, puisqu'elle l'a enfanté en mourant; aussi semble-t-il que par un coup de la divine Providence il a été l'héritier de sa conduite, de ses secrets et de son esprit.
Quelque soin que j'aie pris, et quelque recherche que j'aie faite, je n'ai pu trouver les registres depuis le 17^ de mai i663 jusqu'au 17^ d'avril 1664. Comme ce n'étoient que des feuilles volantes, que peutêtre on n'a pas recueillies dans les registres reliés, elles ont pu se perdre aisément et M. d'Avolé, secrétaire, qui eut sa persécution particulière, a manqué de remettre au dépôt commun ce qu'il en avoit. Ainsi, je suis contraint de finir ce chapiitre sans achever de rapporter ce qui se passa sur la fin de l'année i663 et de commencer le chapitre qui suivra par le 17"^ d'avril 1664. Ce sont onze mois de perdus, dont je ne puis donner connoissance, bien que l'assemblée des officiers ait continué d'agir, comme je l'ai marqué ci-dessus.