‹ Annales de la Compagnie du St-SacrementChapitre 31 sur 44 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

La diminution sensible de la Compagnie

et son total anéantissement

pendant les années i664 et 1665.

Je suis contriiint de commencer à rapporter ce qui s'est fait pendant cette année par le mois d'avril, parce que, comme je viens de le dire, les trois premiers mois ont été perdus avec les registres de M . d'Avolé. Ainsi la première assemblée dont il nous reste la connoissance se tint chez M. le marquis de Laval le 17" d'avril 1664. On y fit des propositions considérables, entre autres celle de recevoir des personnes qu'on jugeroit avoir l'esprit de la Compagnie pour ne la laisser pas périr faute de confrères. Mais on ne jugea pas qu'il fût à propos de le faire dans la conjoncture présente, de peur de la découvrir davantage et de ne pouvoir pas en imprimer les sentiments à de nouveaux reçus, parce qu'on ne tenoit pas souvent des assemblées, et qu'on ne pourroit p^is les faire venir à toutes, joint qu'on n'oseroit se lier dans un temps de persécution, ainsi l'on différa d'exécuter cette proposition .

On trouva plus à propos de lire la liste des confrères afin de les convier tous les uns après les autres aux assemblées, et que les plus zélés se chargeassent de maintenir leurs amis particuliers dans l'esprit de la Compagnie.

On parla fort ce jour-là de travailler à procurer la suppression de la méchante comédie de Tartuffe. Chacun se ch^irgea j^d'en parler à ses amis qui avoient quelque crédit à la Cour pour empêcher sa représentation, et en effet elle fut différée assez longtemps, mais enfin le mauvais esprit du monde triompha de tous les soins et de toute la résistance de la solide piété en faveur de l'auteur libertin (i) de cette pièce, qui sans doute a été puni de toutes ses impiétés par une très malheureuse fin. Car en représentant Le Malade imaginaire, il

(i) Jean-Baptiste Poquelin, dit Molière, né à Paris en 1622, mort en 1673.

moiinit subitement sur le théâtre jDrcsque à la vue de tous les spectateurs, sans secours spirituels ni temporels.

Le 299 d'avril, l'assemblée se tint chez moi ; j'avois proposé dans l'assemblée précédente qu'il seroit important d'assister les pauvres renégats qui veulent se convertir parmi les Turcs, et qui, pour cet ejffet, sont contraints de se sauver en France, Cette proposition fut portée à l'assemblée des Dames qui l'embrassèrent avec grand zèle ; elles iirent pour cet effet de notables contributions et l'on proposa divers moyens poiu" assister ces convertis et les conduire dans leur pays par des étapes charitables et par adresses de ville en ville. Il se fit pour ce sujet des assemblées particulières où la Compagnie, de concert avec les Dames, prit beaucoup de part, par les soins de MM. de St-Lazare.

Le 6e de mai, l'assemblée se tint chez M . Loyseau ; on y résolut d'écrire à toutes les Compagnies que désormais les confrères communiassent tous les mois poiu* le repos des âmes des confrères décédés, parce qu'on ne donnoit plus avis de leur mort comme on faisoit autrefois .

Il se fit beaucoup d'autres propositions pour la gloire de Dieu, et il paraissoit toujours un grand zèle dans les esprits pour continuer les œuvres de la Compagnie.

Elle se tint le i5^ de mai chez M. Poncet , où l'on proposa d'établir le magasin charitable de la Compagnie dans le Séminaire des Missions Etrangères, au lieu de la maison de M. Pépin où il avoit été de longues années . Cela fut arrêté, mais je ne vois pas qu'il ait été exécuté.

Dans l'assemblée du 27e de mai, on rapporta que le roi, bien informé par M. de Péréfixe (i), archevêque de Paris, des mauvais effets que pouvoit produire la comédie de Tartuffe, l'avoit absolument défendue, mais, dans la suite, malgré tous les soins qu'on en put prendre, elle fut permise et jouée publiquement. Il s'y fit plusieurs propositions excellentes pour le soulagement des pauvres catholiques Ecossois et Irlandois afin de leur envoyer des prêtres.

(i) Hardouin de Beaumont de Péréfixe, fils de Jean et de Claude de L'Estang, ne en 1605 au diocèse de Poitiers, précepteur de Louis XIV en 1647, proviseur de Sorbonne, sacré évêque de Rodez le i8 avril 1649, transféré à Paris en 1662, y mourut le i^"" janvier

Le 5^ de juin, l'assemblée se tint chez M. Leschassier où l'on travailla comme on avoit coutume de faire dans la plus grande liberté de la Compagnie.

La même chose se fit le 17'- et le 26" de juin encore chez M . Leschassier. On y parla de j^lusieurs aifairos importantes, entre autres de faire garder le ban à la Derville (i). C etoit une très dangereuse créature que la Compagnie avoit fait pousser à bout en justice, pour empêcher les grands désordres qu'elle faisoit dans Paris, et enfin on y réussit pour la gloire de Dieu et pour le salut de beaucoup de gens.

On donna quelques avis avant que de procéder à l'élection des officiers, comme de prendre garde à suivre la forme ancienne dans les billets en nommant toujoiu-s les personnes, et à ne pas faire tous officiers nouveaux de peur de tomber en inconvénient. Après ces avis et les prières à l'ordinaire, on nomma Supérieur M. de Garibal, Directeur M. de Gaumont-Chavane, et conseillers MM. Gambar, d'Espons, Bizard (2), ecclésiastiques, Drouard, de Morangis et le Conte. M. de la Chapelle-Pajot fut continué secrétaire .

Le 4P de juillet, l'assemblée se tint chez M. Loyseau, et il s'y fit de bonnes œuvres en grand nombre ; on y lut plusieurs lettres des Compagnies, dont le zèle consola fort l'assemblée, entre autres celles de Toulouse et de Grenoble, où l'on apprit qu'il se faisoit des établissements d'hôpitaux fort considérables.

L'assemblée du iS-^ de juillet se tint chez M. Frotté (3) ; il s'y fit beaucoup d'affaires de l'esprit de la Compagnie.

Le 29'- de juiUet, chez M. le marquis de Laval; on parla fort d'un établissement qu'on avoit souvent proposé. C'étoit de former une Compagnie assez puissante pour prêter charitablement et sûrement à ceux qui auroient besoin, afin d'empêcher les usures qui ruinent les familles ; mais on y a trouvé de trop grandes difficultés et la chose n'a point eu d'effet.

(i) Cette femme de mauvaise vie était sortie de son lieu d'exil ; elle fut contrainte d'y retourner et d'y rester; il en a déjà été parlé.

(2) François Bézard, docteur en théologie, futSupérieur du Séminaire des Missions Etrangères en 1670; réélu en janvier 1680, il mourut le 6 aviil 1681.

(3) M. Frotté faisoit déjà partie de la Compagnie du Saint-Sacrement dès le commencement de l'année 1647, puisqu'il signe comme secrétaire une lettre adressée à la Compagnie de Limoges par M . le baron de Renty, Supérieur, et M . de Poussemothe, abbé de Saint- Seurin, Directeur de la Compagnie de Paris.

M. du Plessis parla du zèle qu'un chanoine de Besançon nommé yi . Bourré ( i ) avoit eu de faire pratiquer dans sa ville les bonnes œuvres qui se faisoient dans Paris, et qu'il étoit important de favoriser son bon dessein en lui communiquant les lumières que l'on pouvoit avoir sur ce sujet. La proposition fut approuvée et M. du Plessis fut prié de l'aider en ce qu'il pourroit pour contribuer à sanctifier tout le Comté de Bourgogne.

On représenta qu'il falloit empêcher que les huguenots n'entrassent dans la Compagnie du commerce et l'on résolut d'y travailler par divers moyens.

Le 1 1*" d'août, la Compagnie ou plutôt l'assemblée des officiers se trouva chez M . le marquis de Laval, où les choses se passèrent à l'ordinaire.

Le 2 2'- de ce mois, elle fut chez M. de la Chapelle-Pajot, où il fut rapporté que M. de Meur (2) étoit parti avec 3 o missionnaires pour aller faire une mission en Poitou dont on avoit souvent parlé dans les assemblées et à laquelle la Compag-nie avoit beaucoup contribué. C'est une des plus éclatantes missions qui se soient faites en ce temps-là.

Dans cette assemblée, on donna avis du retour de M. de Bourges (3) arrivé deSiam avec des lettres de MM. les évêques d'Héliopolis et de Bérite. Il se fit lors une relation de son voyage par M. Gazil (4), directeur du Séminaire des Missions Étrangères, qui fut estimée de tout le monde.

Le 4P de septembre, dans l'assemblée tenue chez M. de la Chapelle-Pajot, on arrêta de convier IVI , de Bourges de se trouver à celle des Missions, bien qu'il ne fût pas de la Compagnie.

(i) La Franche-Conitc appartenait alors à l'Espagne. Conquise par Louis XIV en i6h(S, elle fut rendue au roi d'Espagne, mais elle fut reconquise en 1674 ^^ cédée à la France par le traité de Nimègue.

(2) Vincent de Meur, né à Tonquedec, en Basse-Bretagne, diocèse de Tréguier, en i62t>, aumônier du roi, prieur de St- André en Bretagne, donna des missions en ce pays avec Michel le Nobletz ; il fut un des fondateurs et le premier supérieur du Séminaire des Mission Etrangères, et mourut à Vieux-Château en Brie le 26 juin 1668.

(3) Jacques de Bourges, ué à Paris en 1630, évêque d'Auria in partihus et vicaire apostolique du Tonkin en novembre 1679, moumt à Siam le 9 août 17 17.

(4) Michel Gazil, sieur de la Bernardière, docteur en théologie, archidiacre d'Evreux, fut installé comme supérieur du Séminaire des Missions Etiangères par Dom Ignace Philibert, prieur de St-Germain-des-Prés ; il redevint supérieur du même Séminaire en septemUrc 1668.

La Compagnie de Bordeaux demanda à celle de Paris s'il n'y auroit point d'inconvénient de recevoir de nouveaux confrères ; on lui répondit qu'il falloit surseoir ces réceptions jusqu'à ce qu'il plût à Dieu de donner aux Compagnies plus de liberté d'agir.

Le 14'' de septembre, l'assemblée fut encore tenue chez M. de la Chapelle; on y traita beaucoup d'affaires à l'ordinaire, on y lut plusieurs lettres des Compagnies des Provinces et l'on en résolut les réponses ; on résolut de faire exhorter une personne de capacité de ne rien écrire contre la comédie de Tartuffe, et l'on dit qu'il valoit mieux l'oublier que de l'attaquer de peur d'engager l'auteur à la défendre.

Le 28® de septembre on s'assembla derechef chez M. de la Chapelle, et on se trouva en assez bon nombre.

On y rapporta un grand succès pour les affaires de la religion en Dauphiné contre les prétendus Réformés, par la suppression de plusieurs temples ; on y traita de beaucoup d'affaires importantes à la gloire de Dieu dans la ville de Grenoble dont on avoit demandé avis et dont on résolut les réponses.

On fit l'élection des officiers où AL du Plessis fut nommé Supérieur, AL Poitevin, Directeur, et M. de Vieux-Maison, secrétaire ; MM. de Poussemothe, du Aletz, de Gaumont, de Saint-Spir, de Garibal et de la Chapelle-Pajot fiu-ent conseillers. Je continue à les nommer tous dans l'état de la Compagnie mourante, parce que ce n'étoit que dans ces neuf officiers qu'elle se conservoit contre les attaques du monde. L'assemblée se tint, le 8'' d'octobre, chez M. le marquis de Laval ; on y rapporta ce qui s'étoit fait dans la conférence des nouveaux et des anciens officiers, on y confirma la résolution de ne plus députer aux prisons parce qu'il y étoit pourvu par une Assemblée particulière à qui l'on en avoit remis tout le soin.

La même chose fut résolue à l'égard de l'Hôtel-Dieu et de la Charité, parce qu'une autre Assemblée établie pour ce sujet s'en acquittoit fort soigneusement.

Il sembloit que la Compagnie se préparoit à finir en faisant son testament et qu'elle disposoit toutes choses pour suppléer aux affaires qui regardoient la gloire de Dieu et le soulagement du prochain lorsqu'elle ne seroit plus.

Le i5" d'octobre, l'assemblée se tint encore chez M. le marquis de Laval ; on y parla de plusieurs affaires des Provinces et de répondre aux lettres qu'on en avoit reçues.

On y fit rapport du succès de plusieurs bonnes œuvres de quelques missions et d'autres affaires de piété.

L'assemblée se tint, le 22^ d'octobre, chez M. de Morangis, où plusieurs affaires se traitèrent à l'ordinaire.

Le 29*^ d'octobre, l'assemblée se tint encore chez M. de Morangis; on y fit rapport du grand succès de la mission de St-Maixent (i) en Poitou .

Le 5" de novembre, l'assemblée fut chez M. Poitevin, Directeiu- ; on y fit rapport de ce qui s'étoit passé dans celle des officiers et l'on résolut de ne donner entrée dans la Compagnie à pas un des confrères des Provinces, vu l'état présent des affaires, et de n'y appeler que peu de ceux de Paris même, mais de convier chacun de travailler à sa propre perfection en particulier, puisque les supérieurs temporels combattoient et improuvoient si fort les assemblées de la Compagnie.

Le 12e de novembre,on s'assembla chez M. de la Chapelle-Pajot; ]\L du Plessis-Montbar y fit rapport sur ce qui s'étoit passé dans l'assemblée de l'Hôtel-Dieu, qui se fortifioit beaucoup; il dit que l'on avoit en vue de la spiritualiser de plus en plus, aussi bien que celle des prisons et pareillement les Compagnies des paroisses, par quelques conférences, pour y insinuer l'esprit intérieur, afin de faire les œuvres avec les sentiments de la pure charité. Cette proposition fut fort approuvée comme étant un moyen de suppléer à tout ce que la Compagnie mourante ne pouvoit plus faire.

Le 19'- de novembre, la séance fut encore chez M. de la Chapelle- Pajot, on y proposa quelques nouveaux établissements de Compagnies de paroisses, et sur ce qui fut dit de la pensée qu'on avoit eue de faire mettre dans la Gazette les grands succès de la mission de Poitou, la Compagnie ne trouva pas à propos de se servir de ce moyen, et la publication de ce bien purement spirituel fut remise à la divine Providence par un pur sentiment de piété .

Le 29e de novembre, on s'assembla chez M. le marquis de Laval; ]\L du Plessis, Supérieur, y fit rapport de la conférencs qui s'étoit faite pour en commencer l'exercice dans l'assemblée de l'Hôtel-Dieu.

(i) Cette petite ville s'était formée autour de l'abbaye de ce nom. Le protestantisme s'y ctait établi avec la connivence de l'abbé commendataire Jean de St-Gelais, évêque d'Uzès. En 1664, Balthasar de Crevant d'Humières était abbé de St-Maixent depuis 1663 oii il avait succédé à son frère Jacques. Sous son gouvernement la nouvelle église abbatiale fut consacrée par Mgr de la Hoguette, évêque de Poitiers .

Le 3e de décembre, l'assemblée se tint encore chez M. le marquis de Laval ; il s'y trouva peu de monde, et l'on y fit peu de chose.

Celle du io« de décembre fut chez M. de Morangis où il se traita de plusieurs affaires, et on y donna plusieurs avis importants à la gloire de Dieu.

Le i7« de ce mois, elle se tint encore chez M. de Morangis, et l'on y parla de plusieurs affaires de l'esprit delà Compagnie. J'y fis rapport de l'état des quatre Compagnies que j'avois visitées dans le cours du voyage que j'avois fait. Ce furent celles de Périgueux, d'Angoulême, de Poitiers et d'Orléans. J'y donnai avis de l'établissement de deux hôpitaux généraux par les soins de deux de ces Compagnies, de Périgueux et d'Angoulême, et j'assurai que ces quatre Compagnies étoient dans tous les bons sentiments que l'on pouvoit désirer vu l'état présent des affaires.

Le 24e de décembre, l'assemblée se tint à St-Josse chez M. Poitevin, où il y eut peu d'affaires.

Le 2'^ de janvier i665, on s'assembla chez M. le marquis de Laval ; il s'y fit plusieurs bonnes propositions, et l'on continua tous les officiers, excepté le secrétaire, à qui l'on donna pour successeur M. Aubéry.

Il commença d'en faire la charge le ge de janvier chez M. le marquis de Laval; on y fit quelques bonnes œuvres à l'ordinaire et l'on y résolut une réponse pour la Compagnie d'Avignon qui, n'étant pas du royaume, n'étoit point obligée d'obéir aux ordres donnés contre les Compagnies de France ,

Le 17c de janvier, on s'assembla encore chez M. le marquis de Laval ; on y parla fort de procurer une nouvelle déclaration contre les blasphémateurs, et de faire prier M. l'Archevêque de faire un mandement pour obliger les malades d'envoyer quérir leurs confesseurs quand leurs médecins les auroient visités deux fois . On parla de procurer la sépulture avec décence aux corps des suppliciés, après que les chirurgiens en ont fait l'anatomie, et d'établir quelques règles pour cet effet.

Ce fut encore chez M. le marquis de Laval que l'on s'assembla le 23e de janvier ; on y parla d'assister quelques pauvres écoliers Allemands, et on rapporta qu'on avoit enfin trouvé le registre des dépu-^ tés des paroisses.

Le 30^^ de janvier, l'assemblée fut tenue chez M. Poitevin ; on y

traita de plusieurs affaires de l'esprit de la Compagnie, et sur la fin on lut une lettre de la Compagnie du Pay qui demandoit avis sur les ré parations qu'en vertu d'un arrêt du Conseil, on devoit exiger de quelques particuliers qui avoient commis de grandes irrévérences devant le Saint-Sacrement, dans l'église cathédrale. L'avis qu'on envoya sur ce sujet à cette Compagnie fut sagement digéré et digne d'une Assemblée qui depuis trentre trois ans faisoit profession de rendre et de faire rendre tant d'honneur au Saint-Sacrement de l'autel.

Le 24e de février, l'assemblée fut chez M. le marquis de Laval. M. du Metz y proposa l'établissement d'une maison pour retirer les ministres et les proposants convertis qui auroient besoin d'une instruction plus forte que des particuliers du commun. La Compagnie approuva fort cette résolution, mais elle la renvoya au Conseil de M. l'Archevêque afin qu'on pût y travailler publiquement.

On y fit des propositions pour secourir de nouvelles catholiques en Poitou, et pour faire recevoir deux ecclésiastiques de Besançon dans la Bourse-Cléricale, qui furent toutes embrassées par l'assemblée, ot l'on fit des contributions pour ces bonnes œuvres.

On résolut aussi de poursuivre un arrêt au Parlement de Normandie contre un relaps et on fit quelques autres affaires plus communes à l'esprit de la Compagnie.

Pendant que toutes les séances se faisoient avec tant de secret et de prudence, pour ne point choquer ceux à qui l'on devoit du respect, les ennemis de la Compagnie continuoient de la persécuter. Je ne sais comment ni par où l'on avoit appris que M. d'Avolé en étoit secrétaire pendant qu'il l'étoit en effet, et dans le même temps on eut avis qu'il y avoit ordre de l'observ^er et de le suivre pour trouver la Compagnie assemblée et se saisir de ses registres. Cet avis obligea les officiers de le prier de ne plus venir aux assemblées de peur d'accident, et, en effet, je ne le- vois plus marqué dans les séances depuis le 1 1« de mai i663. Comme il ne s'y trouva plus, il perdit la vue et la suite de ce qui s'y passoit. Mais il se lia à la Compagnie des prisonniers et à toutes les bonnes œuvres qui se faisoient publiquement, car, comme il avoit été un des plus fidèles confrères de la Compagnie du Saint -Sacrement, il en conserva toujours l'esprit, et c'étoit par son assiduité qu'il avoit été remarqué. Je ne doute pas qu'il n'en reçoive la récompense dans l'éternité bienheureuse.

Depuis ce temps-là, les affaires de la Compagnie allèrent toujours

en diminuant. Le petit nombre rendit les assemblées fort languissantes et les œuvres périssoient faute de concours, de bons offices et d'aumônes . Le monde étoit si déchaîné contre les dévots que, par prudence, on n'osait parler ni recommander une bonne œuvre qu'à ses amis forts particuliers. Et comme on ne recevoit plus personne, on ne suppléoit point aux plus âgés qui mouroient tous les jours, aux plus zélés qui prenoient parti ailleurs, ni aux riches qui se retoumoient par prudence ou par affaires particulières.

Toutes ces choses jetèrent enfin la Compagnie dans un total anéantissement, et il n'en est demeuré que les ouvrages solides et permanents qui se sont établis par ses soins pendant qu'elle avoit toute sa force. Le plus éclatant et le plus utile, c'est l'Hôpital-Général de Paris, qui a renfermé en lui une grande partie des bonnes œuvres qui étoient de l'esprit de cette pieuse Compagnie, et le dernier c'est le Séminaire des Missions Etrangères, qu'elle a considéré comme le cher enfant de sa vieillesse et l'ouvrage le plus spirituel et le plus rempli de foi qu'elle ait jamais entrepris. La plupart de ceux qui le composent et qui le soutiennent aujourd'hui n'en savent point l'origne, mais il suffit qu'elle soit connue de Dieu et qu'elle soit cachée en lui avec Jésus-Christ au Saint-Sacrement de l'autel.

Tous les registres de cette sainte Compagnie ont été abîmés par des raisons de prudence et pour ne pas révéler un nombre infini de charités secrètes et d'assistances rendues au public et au particulier dans la pure vue de Dieu. Si ses juges avoient eu ces registres, ils auroient été édifiés du zèle, et charmés du désintéressement de ceux qui agissoient dans l'esprit de cette Assemblée, mais comme l'Evangile même a trouvé des censeurs, on a jugé qu'il valoit mieux ensevelir dans l'oubli tant de saintes pratiques qui pourroient exciter de la ferveur dans les âmes de bonne volonté, que de laisser aux politiques des sujets de gloser sur ces pratiques et de blâmer les actions les plus chrétiennes.

Par ces mêmes raisons, la mémoire de la Compagnie du Saint- Sacrement a pensé être anéar.tie. Mais comme il peut arriver que Dieu, qui tient dans sa main les cœurs des souverains temporels, y mettra quelque jour le désir d'empêcher tous les maux et de faire tous les biens, on a cru que ces Annales pourroient donner des vues et ouvrir les moyens de réduire en actes ces bons désirs. Je n'y ai rien mis que je n'aie extrait des originaux et j'ai été témoin de tout ce qui s'est fait dans les derniers temps. Jamais on ne vit rien de plus pur pour la

gloire de Dieu, de plus fidèle poiu* le service du roi, ni de plus zélé pour le secours du prochain, que l'esprit qui anima cette sainte Compagnie, et la jalousie que le Ministère en prit n'eut jamais eu lieu, si le ministre qui la persécuta eût voulu s'informer de sa conduite par des gens désintéressés, et s'il eût eu des sentiments aussi chrétiens que le grand cardinal de Richelieu qui l'avoit tant connue et qui l'avoit tant protégée. Enfin, devant Dieu et devant les hommes, je puis protester ici avec vérité que cette pieuse Compagnie n'a jamais eu que l'esprit général de l'Eglise, qu'elle a toujours été très éloignée de toutes intrigues et de toutes cabales, qu'elle n'a jamais eu le dessein de nuire à qui que ce soit, et qu'elle a fait des biens sans nombre pour la gloire de Dieu, pour l'avantage de l'Etat et pour le salut éternel et le soulagement spirituel de tous ceux qu'elle a jugés dignes de son secours.

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