‹ Annales de la Compagnie du St-SacrementChapitre 33 sur 44 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

Statuts de la Compag'nie du Saint-Sacrement

établie à Paris par permission du roi Louis XIII

au mois de mars 1630.

La principale fin de la Compagnie, c'est de dresser son intention et de former ses actions soit en commim, soit en particulier, chacun selon son pouvoir et sa condition pour la gloire de Dieu, et spécialement de rendre un singulier hommage, culte et révérence à la sainte Eucharistie.

La Compagnie sera composée de prélats et d'ecclésiastiques séculiers, de seigneurs, de gentilhommes et de personnes de toutes qualités que l'on trouvera propres à travailler à la gloire de Dieu et pour le salut du prochain selon l'esprit de la Compagnie.

Neuf d'entre eux seront élus et choisis pour être l'un Supérieur, l'autre Directeur, six conseillers, et le neuvième secrétaire. Ils pourront être tous indifféremment ecclésiastiques ou laïques, excepté le Directeur qui sera toujours ecclésiastique.

Le Directeur pourra exercer la charge de Supérieur en son absence, comme aussi le Supérieur celle du Directeur pourvu qu'il soit ecclésiastique.

Le Supérieur présidera dans l'assemblée, il proposera les choses dont il faudra déhbérer et après avoir pris et recueilli les voix, il prononcera selon la pluralité .

Le Directeur fera les prières au commencement et à la fin de chaque assemblée. Il aura soin de faire que l'esprit de la Compagnie soit conservé dans sa pureté et d'en faire observer les statuts. En l'absence du Directeur, le plus ancien conseiller ecclésiastique, et, à son défaut, le plus ancien prêtre en réception fera les prières.

Le plus ancien des conseillers présidera en l'absence du Supérieur et du Directeur, et l'ancienneté se prendra du jour de la réception dans la Compagnie.

Le secrétaire sera soigneux d'enregistrer les noms de ceux qui y seront admis, comme aussi les résolutions qu'on y prendra, et il tiendra registre des affaires qui s'y traiteront et résoudront.

Tous les trois mois on procédera à l'élection des officiers qui, néanmoins, pourront être confirmés et continués pour autant de temps seulement. Le secrétaire aura soin d'en avertir la Compagnie huit jours avant l'élection, afin que chacun ait le loisir d'y penser.

Avant de procéder à l'élection qui se fera par billets, on invoquera l'assistance du St-Esprit et puis chacun mettra son billet dans un coffret destiné à ceite fin, et après que tous les billets seront portés, le Supérieur, le Directeur et le secrétaire accompagnés de deux anciens conseillers, un ecclésiastique et un séculier, ouvriront le coffret et [déclareront ceux qui auront le plus de voix .

Que si dans cette occasion, il n'y a plus de conseillers pour conduire l'assemblée, le plus ancien confrère présidera suivant un résultat de i658.

Le Supérieur n'aura que sa voix aux élections, et lorsque les voix se trouveront égales, les nommés seront tirés au sort.

Le lieu de l'assemblée, s'il n'y en a point d'arrêté, sera choisi par celui qui y présidera, et chacun sera soigneux de s'y rendre à l'heure marquée, s'il n'a quelque empêchement légitime.

L'on s'assemblera toutes les semaines une fois, qui sera d'ordinaire le jeudi à cause du respect que la Compagnie porte au St-Sacrement, institué en ce jour. Que s'il se rencontre quelque fête, ce que le Directeur prévoira, le Supérieur donnera tel autre jour à l'assemblée qu'il trouvera à propos, et les premiers arrivés s'occuperont à la lecture de quelque livre spirituel pour éviter les entretiens inutiles.

Sur les deux heiu-es se fera l'ouverture de l'assemblée par la prière, ensuite le Supérieur proposera ce qu'il trouvera nécessaire et il en demandera l'avis à chacun des confrères .

Ceux qui auront quelque chose à dire en demanderont permission au Supérieiu- et rapporteront en peu de mots ce qu'ils auront à proposer ,

On ne parlera dans l'assemblée que des choses qui regarderont la gloire de Dieu et le bien du prochain, et quant aux aumônes, ceux qui les proposeront en feront des billets où seront marqués les noms et les domiciles des pauvres, et ils les mettront dans le coffret, d'où le Supérieur ou celui qui présidera en sa place les tirera avant l'ouverture

de l'assemblée pour voir s'il y a quelque chose qui mérite prompte expédition; en ce cas il en fera aussitôt la proposition à l'assemblée, et pour les autres aumônes moins pressées, il les remettra, à la fin, soit à la Compagnie, soit aux conseillers pour en être informé et pour en délibérer à la prochaine assemblée.

Si quelqu'un désire être admis dans la Compagnie, il sera adressé au Supérieur, qui prendra du temps pour s'en informer et pour en faire son rapport à l'Assemblée huit jours après, avant que de résoudre sa réception pour en être, pendant ce temps-là, plus amplement informé. Que si l'on donne avis de quelque chose qui l'en puisse exclure, il sera remis à un autre temps, sinon il sera reçu à la prochaine assemblée.

Mais on a résolu depuis que le Supérieur proposeroit à l'assemblée des officiers ceux qui se présenteroient pour être admis dans la Compagnie avant que d'en parler publiquement et de ne recevoir que deux personnes pendant une supériorité de trois mois.

Si Messieurs les évêques, dans leurs diocèses, Messieiu-s les gouverneurs, dans leurs gouvernements, ou quelques personnes de piété habituées dans les villes de ce royaume ont dévotion d'y former de semblables Compagnies, les statuts et les exercices leur en seront charitablement communiqués, s'il est jugé à propos, par cette Compagnie, à condition qu'on n'en pourra donner aucune communication pour cet effet, que par l'avis et le consentement de la Compagnie de Paris comme Mère et source de toutes les autres, et les nouveaux confrères seront priés de vouloir garder le même esprit de cette Compagnie.

Ceux qui auront été reçus dans les autres Compagnies seront admis à celle de Paris et y auront voix délibérative en apportant des lettres fermées avec le cachet de leur Compagnie, signées du Supérieur ou de celui qui y présidera lorsqu'ils en partiront, et les autres Compagnies seront priées d'admettre réciproquement ceux de celle-ci qui se trouveront dans leurs villes aux mêmes conditions.

Tous lés ans, on fera une assemblée générale et extraordinaire de ceux qui se trouveront en cette ville et ce sera le jeudi avant le Dimanche des Rameaux, pour examiner si l'esprit de la Compagnie a été bien gardé pendant l'année, afin de la réformer s'il s'y trouve du manquement, comme aussi pour aviser aux moyens que devront tenir tous les confrères, chacun selon son pouvoir, poiur pratiquer extraordinaire ment de bonnes œuvres pendant la semaine sainte et les fêtes de Pâques, après avoir rendu les devoirs à la paroisse, et l'on ne se rassemblera que le jeudi d'après Pâques.

Si quelqu'un désire entretenir la Compagnie au lieu de la lecture spirituelle accoutumée, il le pourra faire et en demandera permission au Supérieur, qiu pourra la lui donner pour l'assemblée suivante, afin qu'il se trouve prêt à parler par forme de devis et de colloque spirituel et non par voie de prédication ou d'exhortation .

Et d'autant, que pour maintenir la Compagnie dans l'esprit où elle a été formée, il importe de n'y point souffrir des confrères qui ne vivent fort chrétiennement chacun selon sa condition ; il a été résolu que si quelqu'un d'entre eux ne se comporte en bon chrétien et confrère, il sera averti charitablement par le Directeur de la Compagnie ; que s'il ne profite de cet avertissement, le Directeur priera le Supérieur de vouloir l'assister pour faire tous deux ensemble une seconde admonition, et que si le confrère ne profite de tout cela, le Supérieur assemblera tous les officiers poor tâcher de trouver tous ensemble les moyens les plus efficaces et les plus doux de remettre ce confrère au bon chemin ; que si, après tant de soins, ce confrère demeure obstiné, le Supérieur pourra proposer à toute la Compagnie le fait dont il s'agira afin qu'elle en délibère pleinement et que, si elle le trouve à propos, ce confrère soit rayé du livre de la Compagnie, mais avec grande prudence.

Page 1