CHAPITRE XI
Des Résolutions de la Compagnie.
Toutes les résolutions de la Compagnie ont été prises en divers emps, suivant les sujets qu'elle en a eu pour la pratique des statuts !t des exercices, pour conserver son secret et pour la police de la Com- )agnie suivant ses besoins et ses expériences. En voici les principales.
Les prières de l'ouverture de l'assemblée seront les hymnes : Veni Creator et Fange Lingua avec les oraisons ordinaires, et à la fin e psaume : Laudate Dominum omnes génies, et une antienne à la Vierge elon le temps de l'Eglise avec la prière pour le roi.
Quand la Compagnie sera placée pour traiter d'affaires, si quelqu'un entre, excepté Messieurs les évêques, le Supérieur et le Direceur, personne ne se lèvera, mais celui qui entrera prendra la première (lace vide qu'il trouvera, afin que la Compagnie ne soit point disrai te en cérémonies inutiles.
Deux de la Compagnie, un ecclésiastique et un laïque, seront délutés toutes les semaines pour dire la messe et pour communier les dilanches en son nom et faire la distribution des aumônes tant aux prions qu'ailleurs suivant l'ordre qui leur sera donné.
Les députés qui visiteront les prisonniers iront avant toutes hoses adorer le Saint-Sacrement à la chapelle pour lui offrir les aulônes et tous les biens qu'ils y trouveront à faire de la part de la Comagnie, et ils s'informeront si les condamnés jouissent du bénéfice u'on leur a procuré de pouvoir adorer le Très-Saint-Sacrement avant u'ils soient menés au supplice, pour en faire garder la pratique.
Les mêmes députés ne rapporteront à la Compagnie les mémoi- 3S qu'ils auront pris des prisonniers, principalement de ceux qui sont ccusés de crimes, qu'après qu'ils les auront bien examinés et qu'ils uront même parlé, s'il se peut, à leurs parties, afin d'être pleinement îformés du sujet de leur emprisonnement.
Les députés de l'église de Notre-Dame offriront les soumissions [: les devoirs de toute la Compagnie à la Sainte- Vierge à laquelle son
intention est de faire rendre par eux en son nom une singulière vén ration et un culte plein d'amour. Ils honoreront aussi les saints, par culièrement ceux dont les sacrées reliques y sont conservées . De ilsiront à r Hôtel-Dieu visiter et consoler les malades et les dispos à faire leur confession générale.
Pour passer la semaine sainte avec plus de révérence et de dé\ tion à la Passion de Notre-Seigneur, tous les confrères communierq le jeudi-saint, jour de l'institution du Saint-Sacrement, et pour chaq pour de cette semaines deux seront nommés qui auront soin d'al! prier devant le Saint-Sacrement pour l'Eglise, le roi et la Compagn
Afin de passer aussi le jour de la fête du Saint-Sacrement av plus de révérence et de dévotion, puisque c'est la fête de la Compagn tous les confrères communieront ce jour-là et au jour de l'octave, pour sanctifier le reste de la semaine, deux de la Compagnie comrr nieront chaque jour et prieront pour l'Eglise, pour le roi et pour Compagnie.
Pour opposer la dévotion aux débauches qui se font pendant trois jours du carnaval, la Compagnie sera distribuée en trois pc communier chacun de ces trois jours dans les églises où il y aura ind gence et où le St-Sacrement sera exposé. Et le secrétaire, quelc temps avant le carnaval, avertira la «Compagnie de travailler à empêc]| la grande licence des masques .
Ceux de la Compagnie qui feront voyage prendront une let que le secrétaire leur donnera selon le formulaire qui en a été dres afin qu'ils puissent être reçus dans les autres Compagnies des villes Royaume, qu'elles retiendront et déchireront suivant le résultat du avril i65i.
Pour faire tenir facilement et sûrement les lettres qui s'écriront part et d'autre, on nommera quelqu'un, tant à Paris que dans les aut villes, à qui l'on adressera ces lettres, et, au cas de décès, il en nommé un autre.
Le secrétaire portera à l'assemblée, le jeudi avant celui de l'él tion des officiers, et le jour même, une carte où seront écrits tous noms de ceux de la Compagnie, afin que chacun puisse les savoir! choisir les personnes que le Saint-Esprit lui inspirera.
Le jour de l'élection des officiers, le secrétaire donnera au nouv. Supérieur un mémoire des dettes de la Compagnie afin qu'il y sa fasse le plus tôt qu'il sera i30ssible, et jusqu'à ce que tout soit acqui
Supérieur ne recevra aucune proposition de nouvelles aumônes et arités, et cette résolution qui est du 5« de décembre 1 640 sera transcrite . bas de l'état des dettes et donnée au secrétaire nouvellement élu.
La proposition d'un religieux d'éminent savoir et de grande prêté pour être admis dans la Compagnie a été rejetée comme contraire premier article des statuts qui veut que l'on n'y reçoive que des clésiastiques séculiers, et, par l'ordre de l'assemblée, il fut donné avis toutes les Compagnies de cette résolution.
Tous les premiers jeudis de chaque mois, on lira les statuts et les erci ces de la Compagnie sur la fin de l'assemblée. Cette lecture indra lieu de conférence spirituelle, et si quelqu'un a remarqué du faut dans l'observance de ces statuts, il pourra le dire en peu de mots n qu'on y remédie, et les jeudis d'après l'élection des officiers, on ra la lecture des résolutions.
Le catéchisme qu'on a fait durant plusieurs années aux laquais s confrères que l'on faisoit entrer dans quelque salle de la maison, a 3 supprimé par une sage résolution de la Compagnie comme une ose qui violoit son secret.
Comme aussi la députation à la Messe que l'on dit à la Made- .ne le dernier jeudi des mois, et à la procession qui se fait aux Dettes, pour éviter encore de manifester la Compagnie.
Il a été résolu que dorénavant on ne recevra dans la Compagnie cun confrère qui ne soit établi à Paris ; que s'il s'en présente quel- .'un du dehors, il ne sera point admis qu'on n'ait écrit à la Compagnie plus proche de sa demeure afin d'être assiu-é de sa vertu, et l'on exa- 'nera soigneusement s'il a des procès ou des affaires particulières à iris, de peur qu'il ne désire être de la Compagnie pour s'en servir ns ses sollicitations et non pas par les motifs qu'il faut avoir pour y trer.
Le secrétaire sera soigneux d'avertir la Compagnie dès le comîncement du mois de janvier afin qu'elle avise aux moyens d'empêer qu'il ne se vende de la viande en carême publiquement et impument comme on a fait, et à quoi l'on n'a pu remédier parce qu'on en a rié trop tard.
Pour empêcher que l'esprit de la Compagnie ne vienne à se dis-
er avec le temps par le grand nombre des personnes et des affaires,
a résolu qu'à la fin de chaque mois, il se fera une assemblée des
iciers, que le secrétaire y lira les statuts, les exercices et les
résolutions pour examiner entre eux si chaque article s'observe exacte ment; que les officiers proposeront ce qu'ils trouveront nécessaire pou la conduite de la Compagnie et pour la conservation de son esprit, e que les choses ainsi proposées et examinées seront rapportées à l'As semblée par le Supérieur le premier jeudi du mois suivant, afin qu'elL détermine ce qu'elle trouvera utile et à propos.
Le secrétaire aura soin d'avertir le Supérieur le 'dernier jeudi d chaque mois de marquer aux officiers le lieu, le jour et l'heure d leur assemblée, et afin que tous les confrères puissent contribuer à conservation de l'esprit de la Compagnie, chacun pourra y donner so avis par billet ou de vive voix au Supérieur ou à quelqu'un des of ficiers, sur les points qu'il jugera de conséquence.
L'ouverture de l'assemblée se fera à deux heures et finira préci sèment à quatre durant les mois de novembre, décembre, janvier février, afin que chacun se puisse rendre au logis avant la nuit. Au autres temps elle finira à quatre heures et demie, et pendant les mo de mai, juin, juillet et août, à cinq heures. L'assemblée ne pourra di rer plus longtemps. Pour cet effet le secrétaire mettra sur la table u sable de deux heures, qu'il tournera à l'ouverture de l'assemblée, et avertira le Supérieur quand la pénultième demi-heure finira, afi qu'il remette toutes choses à la première assemblée et que la dernièi demie s'emploie à la conférence que l'on a résolu de n'interrompre qu lorsqu'on lira les statuts et les exercices . Celui qui ouvrira la conf» rence le fera avec grande simplicité de paroles et de pensées, il ne paiera au plus qu'un quart d'heure, afin qu'il reste quelque temps poi ceux qui voudront dire un mot sur le sujet de la conférence, suivai l'ancienne coutume que la Compagnie veut conserver.
Au commencement de chaque mois, le Supérieur exhortera 1< confrères d'être assidus aux assemblées .
Pour faire l'aumône avec discernement et empêcher les surprise on députera toujours quelqu'un pour s'informer si la charité sera bic employée. Et ce soin ne sera jamais commis à celui qui aura donné billet ou qui en aura fait la proposition.
Toutes les propositions qui regarderont l'Eglise, les ordres relj gieux, les affaires publiques ou la conduite de la Compagnie ou autr. sujets importants ne se feront jamais publiquement qu'après en avo conféré en particulier avec le Supérieur qui en ordonnera selon sa pn dence. Les propositions d'aumônes se feront par billets que l'<
mettra dans le coffret. Ils seront examinés par le Supérieur ou celui qui tiendra sa place avant la prière, et ceux qui ne l'auront pas été seront remis à la prochaine assemblée, s'ils ne sont d'une extrême conséquence .
Ceux qui auront été commis pour s'informer de ce que porteront les billets, seront soigneux de s'en acquitter promptement et de se trouver de bonne heure à l'assemblée suivante, ou de charger quelqu'un de leurs amis d'en rendre compte s'ils sont obligés de s'absenter.
La Compagnie, désirant croître en vertu et fiiir toutes les occasions qui pourroient la diminuer, a arrêté que tous les ecclésiastiques et les laïques qui ont l'honneur d'en être, éviteront, autant qu'ils pourront, de se trouver à la comédie, aux farces et à de pareils divertissements, pour se garantir du dommage que l'on y peut recevoir au préjudice de la gloire de Dieu et de son salut.
Le Supérieur proposera à l'assemblée des officiers ceux qui se présenteront pour être reçus dans la Compagnie avant que de les Uii proposer publiquement .
Ceux qui seront admis dans la Compagnie seront instruits de ses exercices et de son esprit par quelqu'un des confrères que le Supérieur jugera le plus propre pour cet effet ,
Quand le décès de quelqu'un des confrères arrivera, les prêtres diront la sainte Messe et les laïques communieront à son intention et l'on dira pour lui le De profundis et l'oraison à la fin des prières de l'assemblée ; on en donnera avis à toutes les Compagnies du Royaume afin qu'elles s'acquittent du même devoir que l'on rendra à l'âme de ceux dont on apprendra la mort par leur moyen afin d'être tous unis dans le même esprir de charité,
La Compagnie a résolu de ne plus recevoir les billets des absents pour l'élection des officiers et que le secrétaire ira recevoir ceux des présents sans qu'ils sortent de leur place, pour éviter la confusion, et que ces billets que l'on mettra dans le coffret seront examinés suivant la coutume.
Le sujet de la conférence du jeudi qui précédera l'élection des officiers sera toujours des préparations requises pour la bien faire, et le Directeur en donnera les points à l'assemblée.
Pour contribuer à la délivrance des prisonniers, la Compagnie a résolu qu'à la fin de chaque assemblée on tirera le huitième des deniers qui se trouveront dans le coffret, que le secrétaire en marquera
la distraction sur le registre, et que la somme qui en proviendra ne pourra être divertie ni employée à un autre usage .
Celui qui présidera en l'absence du Supérieur et du Directeur prendra sa place, afin qu'elle soit toujours remplie et que chacun voie à qui s'adresser pour demander permission de parler.
La Compagnie a résolu de ne point admettre et d'empêcher autant qu'elle pourra toutes les propositions qui pourront la faire connaître, comme absolument contraires à son esprit, à son établissement et à sa conservation. Ainsi l'on ne parlera jamais d'elle dans aucuns contrats de fondation, de donation ou de testaments, ni autres actes publics ; mais quand Dieu inspirera à quelqu'un le désir de se sendr de la Compagnie pour exécuter ses pieuses intentions, il pourra choisir pour cet effet deux ou trois des confrères comme particuliers, mais qui seront approuvés d'elle . Lesquels prendront soin de bien accomplir les volontés du testateur. Et en cas du décès de l'un de ces confrères nommés, les deux survivants en nommeront un qui leur sera indiqué par la Compagnie. On en fera un article du registre aussi bien que du premier choix et des choses dont l'exécution sera commise aux particuliers qui ne pourront pour quelque cause et sous quelque prétexte que ce soit y rien changer que du consentement de la Compagnie .
Les confrères de toutes les Compagnies seront avertis de faire leurs dévotions pour le repos des âmes des confrères décédés pendant l'année, particulièrement pour ceux dont la mort n'aura pas été sue. Et ce sera le jour du Dimanche de la Passion parce que c'est le temps où les assemblées sont les plus nombreuses.
Chaque Compagnie aura un coffre pour mettre ses registres et ses papiers. On y collera cet écriteau : Ce coffre et tout ce qui est dedans appartient à M. N. qui en a la clef et qui me l'a donnée en dépôt. Celui qui sera le dépositaire de ce coffre aura soin d'en faire une marque sur son journal, ou d'en parler dans quelqu'acte qui en donne connoissance après son décès.
Cependant tous ces registres et tous ces papiers ne seront communiqués que par l'ordre de la Compagnie, et ceux à qui on les confiera s'en chargeront par un mémoire qui demeurera entre les mains du secrétaire, le rendront au plus tôt, et n'en donneront aucune copie, non plus qu'ils n'en garderont afin de tenir la Compagnie plus secrète.
S'il arrive qu'on reçoive au même jour l'avis du décès de plusieurs
confrères tant de cette Compagnie que des autres, une communion suffira pour tous. Mais MM. les ecclésiastiques seront conviés de célébrer la sainte Messe pour chacun d'eux, autant que leur dévotion et leurs affaires Fe poiuront permettre .
La Compagnie n'aura aucune liaison, communication ni correspondance avec aucune Compagnie de femmes sous quelque titre que ce soit.
On ne pourra recevoir que deux confrères, soit ecclésiastique soit laïque, pendant une supériorité de trois mois.
On refusera l'aumône aux pauvres honteux, quand ils iront audevant pour la demander à ceux qui seront chargés de la leur porter.
Le secrétaire fera un mémoire des principaux manquements qui aiu-ont été remarqués dans l'examen général qui se fait le jeudi devant le dimanche des Rameaux, afin d'être revu par l'assemblée des officiers.
Si quelqu'un manque à garder le secret de la Compagnie, il en recevra la correction charitable du Supérieur; s'il y retombe, le Supérieur et le Directeur la lui feront ensemble, et s'il continue, il sera nommé publiquement, après en avoir pris l'avis de tous les officiers.
Il ne sera jamais accordé aux Compagnies de correspondance générale, mais seulement une particuHère, de Compagnie à Compagnie quand elle aura été réciproquement demandée ou agréée pour de bonnes raisons comme de voisinage, de même Parlement, de même diocèse, ou de nécessité pour faire de bonnes œuvres.
Voilà les principales choses qui, en divers temps et selon les rencontres, ont été résolues pour la police, la conduite et la perfection de la Compagnie. Ce qui me reste à dire sur ce sujet, c'est l'abrégé de ce qui se passa dans sa destruction et ce que l'on fit depuis pour conserver son esprit dans quelques particuliers assemblés en petit nombre, qui n'a pas été assez fort pour se soutenir et qui a fini par la mort et par la dispersion de tous ces particuliers.