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CHAPITRE XIII

Les vues que l'on peut avoir pour le rétablissement de la Compag-nie dans l'esprit de la primitive.

Il ne faut jamais penser à rétablir la Compagnie du Saint-Sacrement que de concert avec le roi et que de l'agrément et sous la protection de Sa Majesté. Il est juste qu'elle ait connoissance d'une chose aussi importante et aussi utile à la gloire de Dieu, au bien général du Royaume et au soulagement des misérables.

Quand Dieu donnera à la France des ministres pleins de vertu et de droites intentions, ils seront les premiers à inspirer au roi de favoriser un si saint établissement. L'expérience des choses passées et des grands biens que la Compagnie a procurés au public et au particulier, à la religion et à l'Etat, sans y avoir jamais produit aucun mauvais effet, doit ôter tout sujet de crainte aux politiques, et les correspondances dans toutes les villes où il y aura des Compagnies, que les ministres ont tant blâmées, seroient au contraire des moyens très sûrs, pour être parfaitement informés de la vérité de ce qui se passeroit dans les Provinces s'ils vouloient s'en servir et prendre confiance à la Compagnie de Paris qui ne leur donneroit jamais de mémoires qui ne fussent bien vérifiés.

On en a fait l'expérience pendant que la Cour a désiré d'être informée des contraventions aux édits que les religionnaires faisoient autrefois dans les Provinces. Les assemblées du clergé et les ministres n'en ont eu des avis bien certains que par les mémoires que la Compagnie leur en a fournis et c'étoit par le moyen de ces sûres correspondances qu'elle les avoit reçues .

Enfin, quand on regardera la Compagnie du Saint-Sacrement avec de bons yeux, on la jugera capable de produire d'excellents effets dans le Royaume et l'on n'y verra rien à craindre pour la sûreté de l'Etat.

Mais, afin que le Ministère en soit encore plus assuré, il pourra en pénétrer le fond par les plus sages et les plus pieux magistrats de

France, qui pourront y être admis. Il y en a eu autrefois de cette trempe. M. le Président de Lamoignon, M. le Président de Mesmes d'Ireval, M. de Morangis, M. de la Marguerie, premier Président de Provence, et M. d'Argenson, mort ambassadeur à Venise, et tant d'autres à qui l'Etat étoit plus cher que leurs familles et qui n'auroient jamais souffert la moindre chose contre les bonnes règles du gouvernement sans y apporter du remède ou sans en avertir les Supérieiu-s.

Quand la divine Providence suscitera des ministres capables d'entrer dans ces sentiments, on trouvera sans doute dans Paris des sujets propres à former une nouvelle Compagnie du Saint-Sacrement. Il s'en trouvera dans les Congrégations des Jésuites tant de la maison professe que du Noviciat, surtout parmi ceux qu'on appelle de l'Assemblée secrète qui ont presque tous l'esprit qu'il faut avoir dans la Compagnie. Il s'en trouvera dans la maison du Séminaire des Missions Etrangères. Il s'en trouvera parmi les confrères du Tiers-Ordre de Saint-François, et dans de certaines maisons ou plusieurs célibataires demeurent ensemble et vivent fort chrétiennement. Il s'en trouvera à Saint-Sulpice et plusieurs présentement à la Cour.

Pour les ecclésiastiques, les anciens confesseurs des Religieuses bien réformées y sont fort propres, de pieux chanoines et quelques docteurs de Sorbonne bien dévots avec quelques Curés de Paris d'une piété éminente.

S'il plaisoit à Dieu bénir quelque jour ce rétablissement, les anciennes expériences que j'ai marquées dans l'histoire que j'ai écrite et l'usage que l'on en fera dans la suite justifieront la conduite passée de la Compagnie et donneront du zèle aux nouveaux confrères pour s'acquitter de tous leurs devoirs ,

Et parce que j'ai eu Thonneur d'être trois fois secrétaire de cette sainte Compagnie et que j'ai fait beaucoup de réflexions sur les obligations de ceux qui doivent remplir cette place, j'ai cru qu'il ne seroit pas inutile d'en laisser ici les mémoires pour en donner toutes les vues à ceux qui rétabliront cette pieuse Assemblée pour conserver tout l'esprit de la primitive.

Directoire de la conduite du Secrétaire de la Compagnie.

La fin de ce Directoire, c'est de faire connoître à tous les secrétaires des Compagnies les obligations et la conduite qu'ils doivent garder pour rendre ces Compagnies uniformes, autant que la différence des lieux peut le permettre .

Comme l'emploi porte avec soi de la peine et du soin, il faut que le secrétaire agisse en esprit pour le soutenir avec constance et fidélité; et, pour le faire solidement, il doit considérer que la divine Providence l'en a chargé par le concours des confrères qui l'ont élu, et qu'ainsi il est obligé d'employer avec diligence tous ses talents pour répondre dignement à cette particulière vocation.

Il doit se regarder comme Toeil de la Compagnie, et par conséquent observer tout ce qui se passe et tout ce qui se dit, avertir de ce qu'il découvre contre les formes ou contre les règlements et le faire avec beaucoup de douceur, de force d'esprit et de prudence.

La Compagnie se repose sur lui de tout l'ordre de sa séance, de sa durée, et de la distribution de ses emplois. Ainsi son soin doit être d'avoir un sable ou une montre et de demi-heure en demi-heure avertir du temps qui est passé et de celui qui reste.

Il doit dire en très peu de mo s ce qu'il remarque et par manière d'avis simple, non de correction ou autorité qui réside en la personne du Supérieur, et non pas dans la sienne. Il doit ne parler guère, parce qu'il est obligé d'écouter beaucoup, afin de réduire par écrit tout ce qui se rapporte, se propose et s'arrête .

Le moyen de dresser nettement le registre, c'est de faire un plumitif qui ait rapport par des chiffres à la séance précédente ; et de l'étendre dès le lendemain de l'assemblée, parce que la mémoire et la notion des choses est toute fraîche . Si bien qu'un mot du plumitif fait souvenir de tout un discours et de tout ce qui se sera dit dans la Compagnie sur ce sujet.

Outre le grand registre de toutes les séances et délibérations de la Compagnie, il en faut un petit où l'on ne mettra que les statuts, les exercices et les résolutions de la Compagnie, afin de pouvoir les communiquer aux confrères nouvellement reçus, et de celui-ci il faut

qu'il y en ait trois copies dans le coffre du dépôt, afin que le Supérieur en puisse prendre un pour le bien examiner pendant sa supériorité et que le Secrétaire puisse en avoir un autre s'il en a besoin.

. Il y a eu un grand inconvénient dans la Compagnie qui a pu contri* buer à la découvrir. C'a été un écrivain qui n'en étoit pas, et qui cependant faisoit toutes les copies des statuts et des mémoires que l'on envoyoit dans les provinces . Pour remédier à ce désordre, il faudra tâcher d'en attirer quelqu'un dans la Compagnie, que l'on fera travailler dans le besoin, que l'on récompensera selon son travail, mais on l'emploiera avec plus de confiance et moins de péril pour le secret. C'est un des soins du secrétaire .

Il faut un troisième registre où l'on mettra tous les confrères suivant l'ordre de leur réception, et on en prendra une partie pour écrire tous les officiers suivant leur élection. C'est encore une obligation du secrétaire.

Lorsqu'il fait la lecture du registre, que ce soit à voix haute et distincte, gardant un milieu entre la lenteur et la promptitude, pour être bien entendu, et ne rendre pas cette lecture ennuyeuse ni trop longue.

Aussitôt qu'il est entré en charge, il doit étudier avec grand soin les statuts et les règlements, comme aussi le registre du trimestre précédent, pour en rendre compte aux occasions et pour éclaircir par là les difficultés qui se présentent .

Aussitôt qu'il a donné avis de quelque chose qui se trouve contre les règlements, en quelque matière que ce soit, si l'on conteste, ce n'est point à lui de repartir, mais il doit dire seulement avec douceur qu'il avertit du règlement et que la Compagnie en peut ordonner, pour ôter toute dispute, où il est toujours à craindre que l'on agisse avec propriété de sentiment, et le Supérieur prend la parole, s'il le juge à propos.

Quand il recueille ce qui se dit et se qui ce passe, il doit être fort exact à ne mettre que ce qui se propose, et l'arrêter, sans y mêler son esprit et de certains termes qui quelquefois signifient trop, mais rapporter simplement la chose dans l'air général de la Compagnie, sans y mettre le sien particulier qui d'ordinaire affaiblit la résolution au lieu de la fortifier . Le plus qu'il peut être court, en chaque article, c'est toujours le mieux, et la quantité de paroles embrouille souvent bien plus qu'elle n'éclaircitune affaire.

Il sera très soigneux de se rendre de fort boane heure à l'assem-

blée, parce que tout y dépend du registre et les choses ne se font qu'en confusion toutes les fois que le secrétaire arrive tard.

A la fin de chaque séance, il donnera le mémoire des députations pour en faire souvenir le Supérieur, et de temps à autre il rappellera les noms de ceux qui sont nommés pour commissaires en différentes affaires, afin de les convier à y travailler soigneusement.

Le jeudi de devant l'élection des officiers, il ne manquera pas d'avertir la Compagnie, afin que chacun fasse son billet au logis en particulier, et sur la fin de la séance, après la lecture du registre, le jour même de l'élection, il prendra le coffret dont il ira recueillir tous les billets sans que les confrères sortent de leur place, et il les portera au lieu destiné pour les examiner avec le Supérieur, le Directeur et deux anciens conseillers.

Quand on fera la conférence, il prendra soin d'avertir modestement du premier quart d'heiu-e, que celui qui en fait l'ouverture ne doit jamais passer pour laisser du temps à ceux qui veulent y ajouter quelque chose .

Il ne manquera pas de se trouver à toutes les assemblées d'officiers, pour y proposer les affaires qui y ont été renvoyées, dont il doit garder la suite et procurer l'exécution. Mais il se souviendra soigneusement, pendant les séances et en toutes occasions où il agira, que ce qu'il fait est purement pour l'amour de Dieu, pour son honneur et pour sa gloire, et qu'ayant à traiter avec tous ceux de la Compagnie, il doit être dénué de toute propriété d'esprit, et tout à tous.

Je n'ajouterois rien à ce que je viens d'écrire si je n'avois trouvé un mémoire des devoirs de tous les officiers, fait par M. le Baron de Renty ; son souvenir est si précieux et a toujours été en si grande vénération parmi les confrères de la Compagnie du St-Sacrement, qu'il ne faut rien laisser perdre de ce qu'il a tracé pour sa conduite. Jamais personne n'a été plus rempli de l'esprit qui doit animer une pareille Compagnie que M. de Renty. Il en a été onze fois supérieur et il mourut au commencement de sa dernière supériorité. M. d'Irreval, depuis nommé le président de Mesmes, fut subrogé en sa place le 6e de mai 1649. J'ai donc trouvé à propos de composer un dernier chapitre des devoirs de tous les officiers, qui servira de conclusion aux Animles de la Compagnie.

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