CHAPITRE III
Du Nom et des Règlements de la Compag-nie
M. l'Évêque de Bazas eut pour successeur ]\I. d'Andelot dans la charge de supérieur, et M. de Coligny, son fils, dans celle de directeur. Ce fut pendant cette supériorité que le P. de Condren (i), général de l'Oratoire et confesseur de ]\I. Gaston de P>ance (2), fut admis dans la Compagnie avec iSI. Frizon (3), grand-maître de Navarre (4), et plusieurs autres ecclésiastiques de grand mérite, de grande science et de grande piété y furent reçus.
Cette Assemblée n'avoit point encore de nom ni de titre particulier. Elle s'appeloit seulement la Compagnie, et il y a apparence qu'on s'étoit si bien accoutumé k la nommer de la sorte, qu'on a toujours continué ; de sorte que dans le dernier temps, quand les confrères en parloient, ils s'entendaient en disant : « Allons à la Compagnie ; où se tient la Compagnie ? Je viens de la Compagnie. »
(i) Charles de Condren, uc au château de Vaubuin, près Soissons, le 15 décembre 1588, entra à l'Oratoire le 17 juin 1747, en devint le second général à la mort du cardinal de Bcrulle, 29 octobre 1629 ; il avait été ordonné prêtre en 16 14 ; il mounit à Paris le 7 janvier 1641. C'était un des hommes les plus' saints de cette époque.
(2) Gaston- Jean-Baptiste de France, duc d'Orléans, fils de Henri IV et de Marie de Médicis, né à Fontainebleau le 25 avril 1608, marié en premières noces à !Marie de Bourbon-Montpensier, fille de Henri et de Catherine de Jo^-euse, morte le 4 juin 1627 ; il épousa en deuxièmes noces Marguerite de LoiTaine, fille de François, comte de Yaudémont, et de Christine de Salin, le 31 janvier 1632. Il mouioit à Blois le 2 février 1660.
(3) Pierre Frizon, d'abord Jésuite, puis grand-maître de Xavarrc, chanoine pénitencier de la cathédrale de Reims, mourut en 1650 ou 165 1. Il a publié plusieurs ouvrages.
(4) Le collège de Navarre fut fondé par la reine Jeanne de Navarre, femme de Philippe le Bel, en 1304, pour soixante-dix pauvres écoliers pris dans la Navarre et la Champagne. Il fut établi dans le quartier St-Jacques. Jean Gerson et Bossuet furent élèves de ce collège; Nicolas Clémengis en fut proviseur et fut inhumé dans la chapelle en 1430 ; le fameux Jean de Launoy en fut grand-maître et en écrivit l'histoire. Il subsista jusqu'à la Révolution. L'école polytechnique en occupe les bâtiments.
On proposa cependant dès lors d'y donner un titre particulier, mais il fut arrêté de ne le fixer pas encore, seulement on eut en vue le dessein du Très-Saint-Sacrement, et sur la fin de la supériorité de M. d'Andelot, après avoir bien concerté et bien examiné quelle dénomination convenoit le mieux à cette Assemblée naissante, on la nomma la Compagnie (ht Saint- Sacrement. Ce fut avec beaucoup de raison qu'une Assemblée si secrète et si cachée, voulut se revêtir des livrées d'un Dieu véritablement caché. Elle prit donc pour ses armes une figiire de la sainte Hostie dans un soleil, et pour mot de ralliement : Loué soit le Très-Saint-Sacrement de l'Autel. Tous les confrères en mirent des tableaux ou des images dans leurs oratoires (i) pour se souvenir de l'engagement qu'ils avoie;it d'honorer et d'adorer particulièrement ce sacré ISIystère.
Après que le titre de la Compagnie fut déterminé, on crut que le meilleur moyen de la conserver c'étoit de lui donner des Règlements. On commença donc en ce temps-ci de les dresser, et, dans la suite, sous d'autres supérieurs, on les rendit plus parfaits. On eut quelque pensée de les faire imprimer tout informes qu'ils étoient, car le zèle des plus fervents les portoit à les communiquer. ]\Iais lorsque la proposition en fut faite dans l'Assemblée, elle fut remise et éloignée jusqu'au 1 6'* d'avril 1634. L'affaire fut alors fort examinée, et enfin on résolut que les règlements ne seroient point imprimés, de peur de découvrir une chose dont le fondement devoit être le secret. Cette résolution a passé depuis en loi dans la Compagnie, et elle a été trouvée si sage qu'elle fut confirmée le 21" de mai 1643. Sans faire réflexion à l'anciemie résolution, quelqu'un proposa lors, pour soulager l'écrivain, de faire imprimer les règlements, afin de pouvoir les envoyer plus facilement aux Compagnies des Provinces qui se formoient ; le plus grand nombre de l'Assemblée en étoit d'avis. ^lais les Anciens l'obligèrent de surseoir l'exécution de l'arrêté jusqu'à ce qu'on eût visité les registres pour voir s'il n'y avoit rien eu de déterminé au contraire. On examina pour ce sujet les anciennes résolutions et l'on trouva celle du i6'' d'avril 1634, qui fut confirmée tout d'une voix. Ainsi les règlements de la CompagrJe n'ont jamais été imprimés, et on ne les a envoyés aux Compagnies des Provinces qu'en manuscrit.
Plus celle de Paris devint régulière et fervente, plus elle se trouva chargée d'affaires. On jugea lors de mettre à la décision des officiers
(i) Plusieurs de ces tableaux subsistent eucore, et le musée eucharistique de Paray-le Monial en possède quelques-uns.
toutes celles qui ii'étoient pas de grande conséquence, et pour leiu* soulagement on leur donna six adjoints que l'on nommoit tous les mois. Cette pratique ne dura que jusqu'au ig*^ de décembre i63o, parce qu'une nomination si souvent renouvelée importunoit l'Assemblée . On résolut donc ce jour-là de ne nommer plus ces adjoints qu'avec les officiers, et le 2 8'- de juin i63i, ils furent appelés conseillers, et mis au rang des officiers mêmes. Cette conduite n'a plus changé tout le temps qu'a diu-é la Compagnie.
Ce fut pendant les trois derniers mois de l'année i63o que l'on commença de solliciter contre les blasphémateurs, contre les désordres des cabarets de Paris et de Lyon, et qu'on travailla au soulagement des condamnés aux galères. Depuis leur condamnation, ils ne sortoient plus des basses fosses, et on ne les mettoit point à la chaîne, de sorte que, faute de prendre l'air, ils pourissoient tous vivants dans les cachots. La Compagnie fut touchée de cette misère qui souvent même faisoit mourir de ces condamnés, et privoit le roi du service qu'ils pouvoient lui rendre , Ainsi elle résolut de payer la solde de quatre hommes qui les gardoient à vue pendant qu'ils étoient sur le préau, et moyennant cette sûreté, on donna ce soulagement à ces misérables condamnés.