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CHAPITRE IV

L'Etablissement de la Compag'nie de Lyon et la permission que Louis XIII donna de s'assembler

à Paris

Au commencement de janvier i63i, M. le duc de Ventadour et M. Frizon ecclésiastique succédèrent à MM. d'Andelot et de Coligny. Ce fut pendant leur supériorité que M. Brandon (i), lors conseiller au Parlement de Paris et depuis évêque de Périgueux, fut admis dans la Compagnie. Ses vertus et son excellente conduite épiscopale l'ont rendu si digne d'une étemelle mémoire, qu'il mérite bien d'être ici nommé et que la Compagnie tienne à honneur de l'avoir eu pour confrère. Un grand nombre de personnes d'éminente piété y fut admis en même temps, et Dieu commença de multiplier son ouvrage par l'établissement d'une Compagnie à Lyon (2).

M. de Pichery et le P. Sufifren se trouvant dans cette ville à la suite du roi Louis XIII, pensèrent qu'il seroit bon d'y former une Compagnie du St-Sacrement. Suivant ce dessein, ils assemblèrent quelques

(i) Philibert Brandon, seigneur du Laurent, fils d'Antoine et de Charlotte Gayan conseiller du roi le 11 février 1622, maître des requêtes en 1627, épousa Marie de Ligny, nièce du chancelier Séguier. Après la mort de sa femme, il se fit prêtre, par le conseil du Père de Condren ; saint Vincent de Paul voulait le fpire nommer évêque de Babylone. Il fut sacré évêque de Périgueux en 1648, mourut à Paris le 11 juillet 1652, et fut inhumé le 13 à St-Eustache.

(2) L'archevêque de Lyon était alors Alphonse-Louis du Plessis de Richelieu, fils de François et de Suzanne de la Porte; né en 1582, il fit profession à la Grande-Chartreuse en 1606, après avoir quitté le siège de Luçon, avant d'avoir été sacré. Il reçut l'onction sainte le 22 juin 1626 comme archevêque d'Aix ; il fut transféré à Lyonen 1628, fut créé cardinal du titre de la Ste-Trinité in monte Pincio en 1629, grand aumônier de France, en 1632, et mounit d'hydropisie le 23 mars 1C53.

personnes de vertu dans le No\dciat des Jésuites (i). Ils leur donnèrent les vues et leur marquèrent les conduites qui s'observoient dans la Compagnie de Paris, et le P. Suffren y fit plusieurs conférences pour échauf fer les cœurs, ce qui produisit un grand effet ; et les semences du bien ont été là si heureusement jetées que cette Compagnie est encore aujourd'hui la plus zélée et la plus florissante du royaume,

M. de Pichery donna avis à la Compagnie de cet établissement ; il la pria de l'agréer et de lui envoyer les statuts pour les communiquer à cette nouvelle Assemblée. Cette proposition fut bien reçue, et on résolut de faire faire un sceau pour sceller les copies des statuts que l'on envoyroit dans la suite aux Compagnies des Provinces avec un cachet pour les lettres, et que ce sceau et ce cachet porteroient l'empreinte du St- Sacrement. On trouva même à propos de faire faire plusieurs cachets pareils pour les donner aux Compagnies qui s'établiroient, de sorte qu'on prit la coutume d'envoyer toujours un cachet avec les statuts lorsqu'il se formoit quelque nouvelle Compagnie.

On proposa lors de former une Assemblée de Dames et de lui donner des statuts pareils à ceux de la Compagnie . Mais cette proposition n'eut point d'effet, et quinze ans après la même proposition fut faite de nouveau le 7e de décembre 1645. Mais elle fut rejetée tout d'une voix comme absolument contraire à l'esprit de la Compagnie. On pensa même en faire un article des résolutions; mais on se contenta de faire écrire à toutes les Compagnies pour les exhorter à établir dans leurs villes une Assemblée de Dames, semblable à celle de l'Hôtel-Dieu (2) de Paris, pour avoir soin de visiter les malades, et de les aider dans les choses où les administrateurs ne peuvent pas s'appliquer. On fit sur ce sujet quelques imprimés qu'on leur envoya pour enseigner de quelle manière on devoit se comporter dans ces Assemblées.

Le 6 février i63i, la Compagnie se faisant lire ses statuts, ne les trouva pas à son gré, et comme elle avoit grand désir de les faire approuver par M. l'archevêque de Paris (3), elle chargea plusieurs

(i) Cet établissement, nommé la maison de St- Joseph, était destiné au troisième :ui du noviciat. Il fiit fondé par le Père François de Canillac et reçut les bienfaits du roi Louis XIII et de plusieurs particuliers.

(2) L'Hôtel-Dieu fut fondé, dit-on, par S. Landry, évêque de Paris, vers 655; saint Louis l'exempta de tout impôt et les rois le favorisèrent et l'augmentèrent ; il est situé près de Notre-Dame, dans la Cité.

(3) Jean-François de Gondi, fils d"Albcrt, maréchal de Retz, et de Cl. au de-Catherine de Clermont, fut sacré premier archevêque de Paris le 19 février 1623, et mourut le 21 mars 1654, âgé de 71 ans; pendant sa jeunesse il avait porté l'habit de capucin.

personnes de grande capacité de les examiner et de les mettre en bon ordre. Poiir cet effet, M. l'archevêque d'Arles, Froger (i), curé de St- Nicolas du Chardonnet (2) , Frizon, docteur, du Renouard, de St-Pierre, de Pichery, et quelques autres s'assemblèrent aux Capucins de St-Honoré, et le 26'' de mars suivant, les statuts réformés furent lus dans l'Assemblée, agréés par la Compagnie et arrêtés pour n'y plus rien ajouter. Elle ordonna qu'ils seroient transcrits dans le registre, et le 17c de juillet ou résolut de les présenter à M. l'archevêque de Paris. J\I. l'abbé de Montpeyroux (3) en avoit déjà parlé à M. le Grand- Vicaire (4) pour préparer M. l'archevêque à en agréer la lecture. M. de Ventadour lui en avoit parlé lui-même. Mais parce qu'on trouvoit toujours assez de froideur dans son esprit siu* ce sujet, on avoit chargé ]M. de Pichery de solliciter une lettre de cachet du roi qui fit connoître à M. l'Archevêque que sa JNIajesté savoit et approuvoit la Compagnie, et M. de Pichery l'avoit obtenue dès le mois de mars de cette année i63i. Le roi même, rempli sans doute de l'esprit de Dieu qui lui faisoit connoître les grands biens que cette Compagnie produiroit un jour dans le royaume, en parla avec estime à M. le cardinal de Richelieu. Ce grand et catholique ministre qui déjà en avoit été informé par d'autres voies, l'approuva extrêmement et pendant qu'il a vécu, il a toujoiu-s eu grande considération poiu* elle. M. le Garde des Sceaux de Châteauneuf (5) en eut aussi connoissance, et si lors on eût désiré des lettres

(i) Georges Froger, curé de St-Nicolas du Chardonnet, syndic de la Faculté de théologie le i^"" octobre 1625 ; il fut, en 1641, supérieur des filles de la Croix, ordre de St-Doniinique, fondées par ^larguerite de Senaux, femme de Rémond de Garibal, conseiller au Parlement de Toulouse, qui se fit Chartreux. G. Froger mourut en septembre 1646.

(2) En 1230, Guillaume d'Auvergne, évêque de Paris, fit construire une chapelle en l'honneur de saint Nicolas, dans le fief du Chardonnet; peu après elle devint paroissiale, fut reconstruite vers 1243, puis enfin vers le milieu du dix-septième siècle.

(3) Jean-Baptiste de la Verchère, prévôt de Thiers, abbé commendataire de Montpeyroux, ordre de Citeaux, diocèse de Clcrmont, avait encore ce titre en 1642. Son neveu Gilbert de la Verchère lui succéda.

(4) Denis le Blanc, docteur es droits, chanoine de Notre-Dame, archidiacre de Bric, vicaire-général de Jean-François de Gondi, archevêque de Paris et officiai de Paris, publia en 1629 la bulle de confirmation de la congrégation de St-Maur. En 1641, il permit à Jean de Toulouse, prieur de St- Victor et visiteur du monastère de Notre-Dame de la Saulsaye, de bénir un cimetière pour la sépulture des serviteurs de ce monastère.

(5( Charles de l'Aubespine, marquis de Châteauneuf, fils de Guillaume et de ^Marie de la Chastre, né à Paris en 1580, conseiller au Parlement de Paris en 1600, ambassadeur

patentes du grand sceau, on les eût facilement obtenues. Mais cela auroit rendu public ce qu'on vouloit absolument renfermer dans le secret. On crut qu'il suffisoit que le roi et ses ministres approuvassent la Compagnie et lui donnassent la liberté de s'assembler. Du reste, on ne vouloit aucun éclat extérieur, et voici en quels termes le roi eut la bonté d'en écrire à M. l'archevêque de Gondi :

« ]\Ions'" l'Archevesque de Paris, la connoissance que des plus qualifiez, des plus fidelles et des plus pieux de nos sujetz m'ont donnée du dessein qu'ilz avoient de s'assembler en secret pour procurer la gloire de Dieu, le soulagement des pauvies, et le bien de mon estât, m'oblige de vous faire cette lettre poiu* vous dire qu'après avoir examiné leur projet et fait examiner par les personnes de ma plus grande confiance. Je n'y ay trouvé que de l'avantage pour mon Royaume . Ainsy Je leur ay permis de s'assembler, sous le nom de la Compagnie du Saint-Sacremant, a la charge que quelqu'un d'entre eux qui me sera connu, m'informera de temps a autre de ce qui s'y passera de plus important. Vous me ferez donc chose agréable de donner votre bénédiction a cette Assemblée, et de l'approuver en ce qui dépend de vous, et la presante n'estant poiu- autre sujet. Je prie Dieu, Mons^ l'Archevesque de Paris, qu'il vous tienne en sa sainte et digne garde.

« A vSaint-Germain en Laye (i), le 27e may i63i. vSigné Louis, et plus bas : de Loménie (2), cachetée aux armes du Roy, et au dessus Mons' l'Archevesque de Paris, conseiller en mes conseilz. »

On ne trouva aucune disposition dans l'esprit de ce prélat pour approuver la Compagnie, bien que M. l'archevêque d'Arles, le P. de Condren et d'autres personnes de haute vertu et de grande réputation lui en fissent de vives instances, et à diverses reprises . On lui présenta la lettre du roi, mais ce fut en vain, et comme on ne vouloit point de bruit, les choses ne se poussèrent pas plus avant. La lettre de cachet fut rapportée,

extraordinaire en 1609, chancelier des ordres du roi en 1620, garde des sceaux de 1630 au 25 février 1633, enfermé au château d'Angoulême jusqu'en mai 1643; de nouveau garde des sceaux de 1650 à 1651, mourut sans alliance le 25 septembre 1653.

(i) Château royal où mounit Louis XIII, et naquit Louis XIV.

(2) Antoine, seigneur de la Ville-aux-clercs, ambassadeur extraordinaire en Angleterre en 1595, secrétaire d'Etat en t6o6, était fils de Martial, seigneur de Versailles, et de Madeleine Pinault; il obtint, pour son fils Henri- Auguste, la sui-v'ivance de sa place do secrétaire d'Etat; il épousa Anne d'Aubourg et raoumt le 17 janvier 1638, âgé de 78 ans.

et par ordre de la Compagnie fut mise au coffre du dépôt, et l'on résolut de la garder et de demeurer dans le silence.

Quelques-uns cependant firent scrupule de s'assembler sur ce que M. l'archevêque n'en vouloit pas donner la permission, et ce point si important fut mis en délibération dans la Compagnie. Mais le i<"' d'août i63i, il fiit arrêté que l'on continueroit les assemblées, vu qu'elles étoient permises par le roi, et qu'elles n'avoient en vue que le service de l'Eglise et l'avantage du prochain. Ainsi l'on s'assembla toujours depuis, et jusqu'à la dissolution de la Compagnie on n'a jamais manqué de le faire aux jours marqués pour cet effet.

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