‹ Annales de la Gaule avant et pendant la domination romaineChapitre 11 sur 17 · RELIGION OFFICIEIXE DES ROMAINS DANS LA GAULE · texte numérisé non relu

RELIGION OFFICIEIXE DES ROMAINS DANS LA GAULE

Durant le calme dont Jouissaient les provinces, des prêtres païens arrivaient en foule d'Italie à Marseille et allaient bâtissant des temples dans les grandes cités. Les Gaulois, qui avaient déjà fait des emprunts au polythéisme romain^ adoptèrent volontiers de nouvelles divinités. Le rit fut changé, les prêtres du nouveau culte s'emparèrent des choses sacrées au détriment des druides.

(4 ) Sueton. in August.

(2) Dion., lib. LV.

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LA tiAULE PENDANT LA DOMINATION ROMAINE 63

On parle souvent du polythéisme sans connaître son organisation et Tempire qu'il exerçait sur les esprits. Son pouvoir central siégeait à Rome. L'empereur était souverain pontife et transmettait à ses représentants dans la Province le pouvoir que lui conférait ce titre sacré. Il avait la direction de toutes les cérémonies appropriées au culte des dieux.

Auprès de lui se trouvait un conseil de pontifes, où s'élaboraient les ordonnances relatives au culte (1). Ce collège, formant une espèce de cardinalat, nommait à Rome les ministres de la religion, tels que prêtres, sacrificateurs, victimaires et joueurs de flûte. Son autorité se trouvait déférée aux collèges sacerdotaux dans les provinces.

Les prêtres païens apprenaient aux novices les rites qu'il fallait suivre pour la célébration des fêtes et des sacrifices. Aucune instruction morale n'était adressée au peuple présent à leurs cérémonies.

Les assistants du pontife se nommaient sacrificateurs et paraient la victime. Aussitôt qu'elle était prête, un ministre subalterne nommé victimaire donnait l'ordre de l'égorger. Alors seulement commençaient les fonctions des aruspices (2).

Les aruspices formaient un collège à part, qui avait le privilège de connaître la volonté des dieux par les entrailles des animaux sacrifiés. Les gens éclairés y croyaient peu et regardaient leurs pronostics comme une duperie seulement propre à contenir la multitude (3).

Après le sacrifice, la chair des victimes était rôtie et servait à la nourriture des prêtres. Les pauvres, qui n'avaient pas le moyen de sacrifier des animaux, en fabriquaient de cire, de pâte et les présentaient dans les temples.

Outre les aruspices, il y avait le collège des augures. L'augure observait le vol, le chant des oiseaux, et surtout les habitudes des poulets sacrés. 11 remarquait ce qui se passait

(4) Dion.» Ub. n.

(8) Tit. Lîv.. 40.

(3) Cio. de Div., Kb. H.

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dans l'air et faisait croire qu'il y lisait les destinées des hommes. Auguste, devenu souverain pontife, restreignit cet abus, dit Suétone, en faisant brûler plus de deux mille volumes de prédictions. Le christianisme, à son tour, a soutenu bien des luttes pour détruire la foi du peuple à l'art équivoque des faiseurs de charmes et des sorciers, art qui a passé, de nos jours, dans le domaine des somnambules.

Si les prêtres attachés aux temples montraient une tenue sévère , il y en avait d'autres grossièrement vêtus, qu'on voyait toujours mêlés au peuple dont ils provoquaient la charité. C'étaient les prêtres de Cybèle, espèce de moines mendiants à l'existence précaire et nomade comme celle de la divinité dont ils célébraient les mystères.

11 y avait aussi des prêtresses pour le service des déesses. Celles de Vesta étaient chargées d'entretenir le feu sacré qui brûlait constamment aux pieds de leur divinité. Elles faisaient vœu de chasteté; si elles y manquaient, on les renfermait vivantes dans un caveau où était un petit lit, iin peu de pain et d'eau avec du lait et de l'huile. On en compte dix-huit qui ont souffert ce supplice : environ deux victimes par siècle.

Le christianisme remplaça ces vierges par de saintes congrégations de filles auxquelles il imposa pareillement le vœu de chasteté. La chute suivie de repentir fut alors traitée avec plus de charité que du temps des vestales, ce que n'avait pas compris le polythéisme romain, désireux d'impressionner les esprits par des craintes exagérées, des deuils publics et de terribles châtiments.

Les prêtres intervenaient aussi dans les mariages, en faisant des sacrifices pour rendre les divinités favorables aux époux. Après le souper, les femmes conduisaient la mariée dans la chambre nuptiale pour la mettre au lit. Le lendemain, le mari donnait un grand repas durant lequel la jeune femme se permettait des propos si libres que, pour désigner une conversation dans laquelle régnait une licence exces-

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sive^ les Romains disaient que c'était un langage de jeune mariée (1).

Les funérailles, selon Pline, étaient une cérémonie sacrée. Le mort, embaumé par les pollenctores et revêtu de ses plus beaux habits, était exposé dans le vestibule de sa maison. L'encens brûlait à ses pieds. Des joueurs de flûte précédaient le cortège. Près du corps marchait un bouffon, imitant la tournure, les manières du défunt et portant un masque qui lui ressemblait. Des pleureuses venaient ensuite donnant le ton aux femmes qui les suivaient.

Si le mort devait être brûlé, on le plaçait sur un bûcher où Ton jetait ses habits, ses armes et les choses qu'il avait le plus aimées. Après l'incinération, des prêtres recueillaient ses cendres et ses ossements, les lavaient avec de Teau et du vin et les déposaient dans l'urne que recevait le mausolée. Le sacrificateur plongeait une branche d'olivier dans l'eau lustrale, et en aspergeait les assistants pour les purifier. La principale pleureuse congédiait le cortège, les parents prononçaient leur dernier adieu en disant : Ave et salve (2).

Cette cérémonie assez solennelle était très-simplifiée pour les personnes pauvres. On renfermait simplement leurs cendres, après l'inhumation, dans un modeste vase en poterie grise très-commune, que l'on déposait dans un champ ou sur la pente d'un coteau, à deux pieds seulement au-dessous du sol.

Les temples païens de la Gaule étaient ordinairement placés sur les hauteurs voisines des villes. Nous avons exploré, sur la côte d'Harfleur, une cella ou chapelle dont les fondations présentaient un carré mis dans un autre. Le compartiment intérieur était le sanctuaire; celui du dehors servait de galerie pour les assistants sur les quatre faces de l'édifice. La découverte, opérée dans les décombres, d'un

(K) Jnvenal., sat. S.

(2) Virgil. iEnoid., lib. VI.

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petit bouc en bronze nous a porté à croire que ce temple était dédié à Mercure.

Outre les monuments religieux à Tusage du public, il y avait généralement dans les grandes habitations une petite pièce consacrée aux dieux domestiques ; elle se trouve dans presque toutes les maisons d'Herculanum, avec la pierre qui supportait la statue révérée, et l'autel où Ton sacrifiait la victime. Auguste ordonna que les dieux domestiques fussent ornés de fleurs deux fois par année.

Une infinité de vases d'argent servaient aux cérémonies. Ceux découverts à Berthouville, dans le département de l'Eure, prouvent combien l'art apportait d'eflforts pour les embellir. Ils sont ornés de bas-reliefs au repoussé et forment une des principales richesses de notre cabinet impérial des antiques.

An u* Pendant le calme, avons-nous dit, dont jouissait le monde, de notre ère. ^^ ^^^ d' Augusto conccmant le dénombrement de tous les peuples de l'empire fut publié, selon les enseignements chrétiens, dans la Judée, l'an 750 de Rome, le premier de notre ère. Joseph, l'ayant connu dans la ville de Nazareth, où il résidait, partit avec Marie, son épouse, qui était grosse, pour se faire enregistrer à Bethléem. Elle y accoucha du Christ, qui devait changer la face du monde, proclamer la liberté du genre humain et bouleverser de fond en comble cette société corrompue qui ne se soutenait plus qu'à l'aide de son régime d'esclavage, de mensonges religieux et de sensualité.

La lassitude et le dégoût régnaient dans tous les esprits. Les philosophes, qui étaient aux païens ce que les hérétiques ont été aux chrétiens, se permettaient déjà de blâmer le dogme et prétendaient que deux augures ne pouvaient se regarder sans rire. Un changement était inévitable ; la plupart des nations l'attendaient avec anxiété.

Peu de mois avant la naissance d'Auguste, il y eut un prodige à Rome, avertissant le peuple que la nature devait lui

enfanter un roi. Le sénat, épouvanté, décida qu'on n'élèverait aucun enfant prêt à naître. Les femmes enceintes empêchèrent que l'arrêt ne fût déposé aux archives publiques. Cette prédiction fut appliquée à Auguste, devenu réellement maître de l'empire et du monde (1).

Les Juifs, qui ne séparaient pas le sort de l'humanité de celui de leur race, vivaient dans la même croyance ; Jérusalem, plusieurs fois captive et envahie, attendait un roi de sa nation, un messie, qui en relevât la grandeur. L'historien Josèphe applique la réalisation de leurs espérances à Yespasien, qui de simple lieutenant de Judée parvint un jour à la pourpre.

Nous laisserons le christianisme se développer dans son berceau, peupler les solitudes de la Thébaïde, faire des prosélytes dans la Grèce, qui avait déjà élevé un autel au dieu inconnu et entendu Socrate dire à ses juges : c< Athéniens, je vous honore, mais croyez que j'obéirai plutôt à Dieu qu'à vous. » La mort, que lui valut cette réponse, ne fut-elle pas l'enseignement de la voie sanglante que les premiers chrétiens devaient suivre ?

Nous attendrons que la nouvelle croyance ait pris sa merveilleuse extension pour constater sa présence dans la Gaule, qu'elle fertilisera par le sang généreux de ses confesseurs et de ses martyrs.

Alors les armées romaines, victorieuses en Orient, subirent une épouvantable défaite en Germanie. Varus, qui avait le gouvernement difficile de ces contrées, se trouvait à la tête des légions du Rhin. D'un esprit assez conciliant, il s'imagina que par une sage administration il pourrait gagner des peuples que la force des armes n'avait encore pu dompter. Parti de Vetera avec cette fausse idée, il s'avança dans l'intérieur du pays et employa le temps des combats à rendre la justice et à donner des ordres du haut de son tribunal, où il siégeait en qualité de magistrat (2).

(4) Saet. in Ang.

(2) Vell. Paterc, lib. II, cap. lvii.

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Arminius, chef des Chérusques, admis dans sa familiarité, avait reçu de l'empereur le titre de chevalier et le droit de bourgeoisie romaine. Ces distinctions, qui auraient dû l'attacher à l'empire, ne servirent, au contraire, qu'à lui donner l'idée de faire avec sécurité les plus audacieuses entreprises. Il couMnuniqua aux chefs des Cattes, des Dulgibiens, des Boïens et des Bructères le projet qu'il avait conçu d'écraser les légions romaines et de proclamer l'indépendance de la Germanie.

Afin d'éloigner Varus, il fit secrètement soulever les peuples du Weser. Varus marcha contre eux en suivant, d'après le perfide conseil du chef germain, la route la plus directe, il est vrai, mais passant au travers des bois et des marais. Ce fut au milieu de ces difficultés, augmentées par le vent et par la pluie qui détrempait les chemins, qu'Arminius et Ségeste levèrent le masque et attaquèrent les légions. Les Germains étaient armés de longues lances qui frappaient de loin leurs adversaires. Ceux-ci, empêchés par les difficultés de la route, ne pouvaient pas même user de leurs épées ni serrer leurs rangs. Le combat dura jusqu'à la nuit. Le lendemain, il recommença avec une nouvelle furie ; les Romains furent encore plus maltraités que la veille. Le troisième jour, on se rencontra en rase campagne, ce qui ne profita pas aux légions, car elles se trouvèrent enveloppées par un grand nombre d'ennemis et impitoyablement massacrées. Varus et la plupart de ses officiers se tuèrent de désespoir. Lucius Asprénus se sauva à la faveur de la nuit. Volumnius crut en pouvoir faire autant et tâcha de regagner les bords du Rhin avec ce qui lui restait de cavalerie ; mais, bientôt arrêté sur la route, il fut massacré avec les siens. Deux aigles tombèrent au pouvoir de l'ennemi ; un enseigne cacha la troisième dans un marais. Le nombre des prisonniers était fort grand. Dans le nombre se trouvèrent quelques-uns de ces légistes connus par leurs rapines et le trouble qu'ils jetaient dans les familles; ils eurent les yeux crevés, la langue et les mains coupées. Les soldats furent soumis au plus rude esclavage.

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La défaite de Yarus causa la perte de trois légions, de trois corps de cavalerie, de six cohortes, et délivra pour un temps la Germanie de la présence des Romains. On vient de trouver sur remplacement de VétéraTépitaphe fort curieuse d'un tribun de la dix-huitième légion, due à ses affranchis, qui rapportèrent son corps dans le camp. On y lit que ce tribun avait succombé dans Texpédition de Varus : Cecidit bello variano.

La victoire d'Ârminius a rendu sa mémoire impérissable, car les peuples d'outre-Rhin le révèrent encore sous le nom d'Hermann, nom magique répété dans leurs chants nationaux, qui rappellent l'indépendance de la patrie et sa délivrance du joug odieux de l'étranger.

Ces nouvelles sinistres ne tardèrent pas à être rapportées dans la Gaule. Lucius Asprénus se tint sur ses gardes avec deux légions, visita les quartiers du bas Rhin et fit tous ses efforts pour contenir l'esprit chancelant des Gaulois. La moralité des chefs laissant beaucoup à désirer, on sut bientôt que Lucius s'était emparé des biens et de l'argent des malheureuses légions si fatalement détruites (1).

La défaite de Yarus répandit la consternation dans Rome. Auguste, inconsolable, laissa croître sa barbe pendant deux mois et répéta souvent, avec l'accent d'une profonde douleur : Varus j Varus, rends-moi mes légions !

Aussitôt que Tibère fut instruit du malheur qui venait de frapper l'empire, il conféra avec Auguste et partit pour la Gaule avec l'intention de continuer les fortifications des bords du Rhin. On craignit alors que les Germains ne se jetassent sur l'Italie, à l'exemple des Cimbres et des Teutons. Rome croyait déjà les voir à ses portes.

Tibère passa le Rhin pour aller à la rencontre d'Arminius. U obtint peu de succès dans cette campagne. Son panégyriste, Paterculus, dit seulement qu'après avoir affaibli les Germains, réglé les affaires de la Gaule et calmé le feu de la discorde parmi les Yiennois, Tibère fut associé à l'empire

(K) Vell. Paterc, lib. II, cap. lviu.

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par le sénat et le peuple romain. Ses deux autres campagnes ne furent pas plus heureuses ; il ne put jamais parvenir à rencontrer Arminius.

Tibère fut envoyé en lUyrie et remplacé par le consul Germanicus près des légions du bas Rhin. Celui-ci vint à Bonn avec la fameuse Agrippine, sa femme^ célèbre par son activité, son grand cœur et la part qu'elle prit aux travaux de son époux.

Tibère. Germanicus était à peine à la tête de ses troupes qu'on

^*- apprit la mort d'Auguste, et le choix qu'il avait fait de Tibère pour lui succéder. Le père de ce dernier, ancien questeur de César, avait établi dans la Gaule les colonies d'Arles et de Narbonne. A la mort du dictateur, on le vit proposer au sénat de voter des récompenses à ceux qui avaient tué le tyran et passer dans le parti du triumvir Antoine, parti contraire à celui d'Octave. Ayant bientôt été proscrit, il se réfugia dans Naples, en Sicile et en Achaîe. A la paix, ilfit épouser à Auguste sa femme Livie Drusille, de laquelle il avait eu deux fils : Tibère et Drusus. Les commencements du jeune f ibère, élevé dans le camp républicain, ne devaient pas lui faire pressentir son avènement futur à la pourpre.

Tibère ne fut pas plutôt proclamé que les légions du haut et du bas Rhin se soulevèrent, dit Tacite, sans autre motif que la facilité qu'un changement de prince offre à des rebelles et l'espoir de profiter des guerres civiles. Elles crurent que Germanicus, trop fier pour accepter un mattre, se donnerait à elles et entraînerait avec lui tout l'empire.

Silius, général des légions campées dans la ville des Ubiens (Cologne), ne put s'opposer à la sédition. Les centurions, qui assumaient particulièrement la haine du soldat, furent massacrés et jetés dans le Rhin.

Les légions de Yétéra, placées sous les ordres de Cécinna, s'insurgèrent à leur tour, demandant une augmentation de solde et des congés.

Germanicus, qui s'occupait au loin de la répartition du

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tribut des Gaules, revint promptement à Ubium. Il réprimanda les mutins, leur rappela les triomphes de Tibère en Germanie, et leur demanda si eux seuls se croyaient exempts de la soumission quand les Gaules étaient fidèles à l'empereur reconnu de tous les peuples. Les soldats s'encouragent par des exclamations et lui promettent leur zèle s'il veut accepter l'empire. A ce mot, comme s'il eût souillé sa pensée, Germanicus s'élance de son tribunal, menace de se percer le sein, traverse la foule et parvient avec beaucoup de difficulté sous sa tente. De l'avis de son conseil, il donne de l'argent et promet des congés.

L'orage paraissant dissipé, Germanicus visita le camp de Bonn et reçut le serment des légions. Il était à peine de retour à Cologne que des députés du sénat y arrivèrent et provoquèrent un nouveau soulèvement; car le bruit circula qu'ils apportaient un sénatus-consulte révoquant les grftces extorquées par la sédition.

Il est question de massacrer ces députés. La révolte présente un tel caractère de violence que Germanicus prend la résolution d'envoyer sa femme enceinte à Trêves, avec son fils en bas âge. Agrippine veut rester, protestant qu'il n'y a pas de péril capable d'étonner une petite-fille d'Auguste. Germanicus la décide à partir. Elle sort du camp, tenant son fils dans ses bras, suivie d'une foule de femmes en pleurs.

Le départ de cette princesse qui s'opérait au milieu des légions, celui de cet enfant né dans le camp, et appelé Caligula, parce qu'on lui faisait porter, par esprit de popularité, le caligue^ chaussure ordinaire du soldat ; ce départ, disonsnous, émeut les révoltés. Ils courent après Agrippine, l'arrêtent, tandis que d'autres retournent implorer le pardon de Germanicus.

Celui-ci, voyant ce commencement de remords, les réprimande avec douceur et leur fait comprendre l'énormité de leur faute. Tous tombent à ses pieds et le conjurent de punir les coupables, de rappeler sa femme et le nourrisson des

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légions. Germanicus allégua contre le retour d'Agrippine sa grossesse trop avancée et la rigueur de l'hiver ; il retint seulement son fils et envoya les suppliants faire justice euxmêmes des auteurs de la sédition. Alors tout rentra dans l'ordre ; chaque soldat déclaré coupable fut immédiatement mis à mort. Germanicus fut charmé d'une justices! prompte, dont l'odieux ne pouvait lui être imputé.

On fit ensuite l'examen des centurions. Ils furent conservés ou cassés, selon que les tribuns attestaient de leur probité et de leur mérite, ou que le cri public les accusait d'avarice ou de cruauté.

Les deux légions campées à Vétéra persistaient toujours dans leurs emportements. Germanicus marcha contre elles, résolu de les combattre si elles méconnaissaient son autorité. Tout eut lieu à Yétéra comme dans la ville des Ubiens. Les soldats, rentrés en eux-mêmes, firent un horrible massacre des fauteurs de la révolte (1) ; exécutions qui coûtèrent à l'armée plus de sang qu'elle n'en aurait versé dans vingt batailles. Ces légions, rentrées dans le devoir, demandèrent à marcher contre les Germains, pour apaiser les mânes de leurs camarades et se couvrir le sein d'honorables blessures. Germanicus, profitant de cette disposition, établit un pont à Ubium (Cologne), le franchit et pénétra, avec douze mille hommes, chez les Marses, dont il fit un grand carnage; puis il revint prendre ses quartiers d'hiver.

<5. Cependant le sauveur de la Germanie, le vaillant Armi-

nius, avait trouvé un puissant antagoniste dans Ségeste, son beau-père, prince allié des Romains. Germanicus, profitant de leurs divisions, laisse le commandement de quatre légions à Cécinna, et, avec le même nombre renforcé d'auxiliaires gaulois, il repasse le Rhin et fond sur les Cattes. Ceux-ci, qui ne s'attendaient pas à être attaqués, franchissent l'Eder et se dispersent dans les bois. Les Chérusques, venant pour les soutenir, sont arrêtés par le succès des légions.

(1) Tacit., Ann., lib. I.

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Dans le même temps, Ségeste demandait au général romain des secours contre Arminius, qui le tenait assiégé. Germanicus le délivra et le reçut dans son camp avec sa fille, femme d' Arminius, qui partageait plutôt les sentiments de son père que ceux de son époux.

Le chef germain, furieux de l'enlèvement de sa femme et de l'esclavage de son fils, réclame le secours des Chérusques, n'épargnant aucune invective à l'armée romaine et prétendant qu'elle borne ses exploits à la prise d'une femme enceinte que la trahison a fait tomber dans ses mains. Il leur promet la liberté et les appelle aux armes contre Ségeste qui les plonge dans l'esclavage et dans l'opprobre.

Germanicus, après avoir envoyé l'ordre à Cécinna de marcher du côté de l'Ems, attaque les Bructères, les taille en pièces, et trouve parmi leurs dépouilles l'aigle de la dix-neuvième légion perdue dans la défaite de Yarus. Il pénètre dans les bois de Teutberg, où ce malheureux général et ses soldats étaient restés sans sépulture. L'armée s'enfonce dans ces bois sinistres, trouve le camp romain et le champ de bataille encore couvert d'ossements blanchis, épars ou entassés, de membres de chevaux et de têtes d'hommes attachées aux troncs des arbres. Tout près de là se voyaient les autels où les centurions avaient été égorgés. Quelques témoins échappés au désastre montrent les lieux où les principaux coups se sont donnés.

Germanicus fit réunir les dépouilles de ces malheureux guerriers et les couvrit d'un tumultes dont il posa le premier gazon. Il attaqua ensuite Arminius. La résistance fut opiniâtre et l'avantage balancé ; les légions rétrogradèrent sur l'Ems, où elles s'embarquèrent.

Cécinna, qui, de son côté, revenait au travers des marais, rencontra devant lui l'infatigable chef germain. Peu s'en fallut qu'il n'éprouvât la même défaite que Varus. Il parvint néanmoins à se dégager, après de rudes attaques qui mirent son armée dans le plus grand péril.

Pendant que ces choses se passaient, le bruit courut chez

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les Ubiens que les Ghérusques et leurs alliés avaient enve- \ùppé les légions et que leurs bandes victorieuses menaçaient la Gaule. On veut couper le pont jeté sur le fleuve ; Agrippine s'oppose à cette lâcheté, s'y installe, au contraire, et distribue des secours aux soldats blessés, les complimentant et les remerciant à mesure qu'ils passent devant elle.

Ces actes, dignes d'un général habile, déplurent à Tibère. On visait, disait-il, à une popularité qu'on voulait tourner contre lui ; il trouvait de l'affectation à promener le fils d'un chef en habit de soldat et à donner à un César le nom de Caligula (1). Il ne tenait pas compte du patriotisme et de l'état de cette valeureuse femme qui venait d'accoucher de la seconde Agrippine.

Les Gaules, les Ëspagnes et l'Italie s'empressèrent de réparer les pertes de l'armée du Rhin et offrirent de l'or, des armes et des chevaux. Germanicus les félicita et n'accepta que ce qui pouvait être utile à la guerre.

Tibère, ayant appris les troubles de l'Orient, se servit de ce prétexte pour enlever Germanicus à ses légions chéries et le transporter au miUeu de nouvelles provinces où il serait exposé aux coups de la politique et du sort. Voyant l'inimitié de son oncle et le zèle des soldats pour sa personne, Germanicus s'efforça d'accélérer ses victoires; mais, jugeant qu'il était très-difficile de pénétrer en Germanie au travers des bois et des marais, il résolut d'y arriver par les fleuves.

Vitellius et Caïus Antius s'occupaient alors de prélever le tribut des Gaules; caries fermiers de cet impôt, recueillant de trop gros bénéfices, avaient été remplacés par des centurions et des tribuns (2), qui se rendaient daas les principales villes où ces tributs étaient réunis par les collecteurs gaulois.

Avec ces ressources, Germanicus fit construire mille

(4) Tacit., Ann., lib. I, (3) Saet. in Caïo.

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Là. GAULE PENDANT LA DOMINATION ROMAINE 75

galères |)our embarquer ses troupes. Le rendez-vous était dans rile des Bataves. La flotte, en quittant le Rhin, entra dans la mer et arriva heureusement à Tembouchure de l'Ëms. Elle n'eut pas plutôt touché terre qu'Arminius se présenta près du Weser. On en vint aux mains; la victoire demeura du côté des légions, renforcées d'auxiliaires bataves et gaulois.

Quelques jours après, on recommença la lutte. Germanicus criait de ne faire aucun quartier, car on n'aurait la paix que par la destruction entière de ces nations. L'armée se baigna jusqu'à la nuit dans le sang des Germains.

L'hiver approchant, Germanicus fit rembarquer une partie de ses soldats. Une tempête dispersa la flotte, dont beaucoup de navires furent engloutis dans les eaux, touchèrent aux bas fonds ou dérivèrent sur les côtes de la Bretagne. La perte des troupes fut immense, ce qui n'empêcha pas Germanicus, avec trente mille hommes restés à terre, de châtier les Câttes avant de rentrer dans ses camps.

Le découragement des ennemis était extrême ; une autre campagne aurait mis fin à la lutte si Tibère, envieux de Germanicus, ne lui eût offert le consulat, écrit lettres sur lettres pour le faire rentrer à Rome. Germanicus demandait encore un an pour consommer son entreprise ; Tibère répondit que l'empire avait d'autres ennemis à combattre que les Germains, qu'il fallait laisser à Drusus l'unique occasion d'acquérir les distinctions militaires et les honneurs. Germanicus n'insista plus, et quitta subitement ses légions et la Gaule.

Envoyé l'année suivante en Orient, il fut empoisonné par le gouverneur Pison, qui pensait en commettant ce crime se rendre agréable à Tibère. Agrippine, au désespoir, vint demander vengeance à Rome, suivie de ses enfants et tenant dans ses bras l'urne qui renfermait les cendres de son époux. Jamais le peuple ne parut plus impressionné que dans cette journée. 11 se porta en foule au-devant d' Agrippine et lui témoigna par ses démonstrations et ses larmes combien il

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prenait part à sa douleur. Ce deuil déplut à Tibère. Il eut peine à dissimuler le chagrin qu'il en éprouvait. 48. Alors les Germains, libres de craintes étrangères, avaient

tourné leurs armes contre eux-mêmes. Arminius, combattant pour la liberté, était l'idole de toutes les nations, tandis que Maroboduus, l'allié des Romains, était odieux jusqu'à ses propres sujets. Tibère chargea Drusus de négocier la paix entre tous ces peuples. Drusus voulut, au contraire, envenimer leurs divisions, d'où résulta la perte de Maroboduus, qui s'enfuit et obtint de Tibère de résider à Ravenne, où il resta jusqu'à sa mort.

La politique de Drusus fut également funeste à Arminius, que les siens assassinèrent, le soupçonnant d'aspirer à la royauté. Ainsi disparut de la scène du monde ce héros qui aurait peut-être assuré l'indépendance de la Germanie, si des ambitions rivales n'eussent fait passer de mesquines prétentions avant le salut du pays.

A cette époque, la ville d'Ubium, où campaient les légions du Rhin, fut nommée V autel des Ubiens après que les habitants eurent élevé leur temple à Auguste. Une rue de Cologne porte encore le nom de rue dé F Autel.

Lutèce obéit au même sentiment religieux et politique en faisant à Jupiter l'honneur de l'associer à l'empereur. Les marchands de Paris, qui trafiquaient par eau, leur consacrèrent un temple sur l'emplacement actuel de la cathédrale. Les fondations en furent mises au jour en 1710. La pierre la plus remarquable qu'on y trouva portait pour inscription : Tiberio Cœsare Augusto^ Jovi obtumo maxsumo nautœ parisiaci aram pnblice posienmt. On voit que si les Gaulois oubliaient leur langue naturelle ils n'avaient pas encore acquis, sous Tibère, l'habitude de la bonne latinité.

Une autre pierre trouvée dans le même lieu représentait un personnage ayant le corps ceint d'4in tablier de bûcheron. C'était Ésusy auquel les traditions galloises attribuent l'enseignement de l'agriculture à la race kymrique. On voyait sur d'autres pierres le dieu celte Cemunnos et le taureau

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divinisé par les Gaulois, puis Vulcain, Jupiter, Castor et PoUux, appartenant au vieux polythéisme grec et romain, association paisible entre deux religions qui n'étaient pas exclusives.

Pendant que Tibère était dans la Campanie pour s'essayer à vivre dans Ttle de Caprée, Sacrovir, chez les Autunois, et Florus, chez les Trévires, poussaient à la révolte les Belges et quelques nations voisines, répandant des propos séditieux au sujet de l'impôt et de l'énormité des usures : ils disaient que les légions romaines étaient prêtes à se soulever depuis la mort de Germanicus, que l'occasion ne pouvait être plus favorable pour devenir libres, car les Gaulois faisaient toute la force de l'armée romaine.

Ceux d'Angers (les Andes), toujours hostiles depuis César, et les Turons, leurs voisins, éclatèrent les premiers. Le lieutenant Suilius, venant de Lyon avec une seule cohorte, soumit les Andes et défit aisément les Turons avec un corps de légionnaires que lui envoya l'armée du bas Rhin.

Les chefs de la Gaule, étourdis de ce revers, envoyèrent à Suilius plusieurs cohortes d'auxiliaires conduites par leur complice Sacrovir, afin de masquer leur défection. Florus prit un plus dangereux parti : il gagna un corps qui s'organisait à Trêves et lui persuada de massacrer les usuriers et les banquiers romains. Ceci fait, quelques soldats, réunis à une foule de malheureux qui avaient été dépouillés, gagnèrent les Ardennes; mais, bientôt atteints par des troupes romaines, ils se dispersèrent. Florus se tua de désespoir.

La révolte des Éduens fut plus sérieuse. Sacrovir, démasquant tout à fait ses projets, s'empara A' Augustodunum (Autun), ville renommée par ses écoles et remplie des jeunes gens nobles de la Gaule. Il les garda comme otages pour s'assurer de la soumission de leurs familles et donna des armes aux révoltés, dont il composa un corps de quarante mille hommes. Un cinquième seulement était armé à l'instar des légions, le reste n'avait que des épieux, des couteaux et d'autres instruments de chasseurs, preuve que la Gaule

tt.S6.

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avait été désarmée, et qu'il doit être fort difficile de retrouver des épées du temps de la conquête. Les forces des révoltés se grossirent par l'arrivée d'une foule de Gaulois venus des cités voisines.

Le soulèvement des Éduens étant connu à Rome, on s'en exagéra l'importance. Tibère seul, occupé de viles délations, n'y apporta qu'une attention médiocre, soit fermeté, soit qu'il sût le péril moins grand qu'on ne l'avait publié.

Suilius vint, avec deux légions, mettre le siège devant Autun, et ravagea en passant le territoire des Séquanes. Ayant rencontré, à quatre lieues de la ville, l'armée de Sacrovir, il lança contre elle ses légionnaires, qui la dispersèrent à l'instant. Un corps de soldats bardés de fer, nommés croupillairesy présentait seul un peu de résistance. On les attaque à coup de cognées et de haches. Bientôt ils sont renversés. Sacrovir, avec quelques chefs, se sauva dans Autun et de là dans une maison de campagne des environs où lui et ses amis se poignardèrent. Cette maison, à laquelle ils mirent le feu, leur servit de bûcher (1). Ainsi furent récompensés les Éduens de leur ancien attachement à César. Quelques-uns placent le champ de bataille à Ciissy-Ia-Colonne, oubliant que ce fut celui des Helvètes, que cette localité est à sept lieues d' Autun, et que le lieu ou fut défait Sacrovir doit être à quatre lieues de la même ville.

C'était l'époque où Tibère, enfermé dans l'île de Caprée, faisait égorger les amis de Séjan. Les proscriptions succédaient aux massacres dans l'Italie et les provinces. On confisqua les biens des principaux Gaulois qui avaient pris part à la révolte (2). Dans le même temps, le Christ expirait sur la croix pour expier les outrages faits à l'humanité.

Pison venait de se donner la mort pour éviter les poursuites du sénat. La courageuse Agrippine était vengée; mais elle ne comprit peut-être pas assez que l'épouse d'un César,

(4) Tacît. Ann., lib. III.

(t) Suet. in Tiber.

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la mère de deux Césars était plus exposée que toute autre à l'envieuse jalousie du tyran. Des mots piquants qu'elle hasarda furent révélés. Tibère en instruisit le sénat et la fit condamner à l'exil , où elle trouva la mort ; ses deux fils, Néron et Drusus, éprouvèrent la même infortune. Ainsi finit cette famille illustre, l'idole des Gaules et du peuple romain ; il ne restait, des trois fils de Germanicus, que Caligula, qui devait être l'horreur du monde, et une fille, la fameuse Agrippine, que nous avons vue naître à Trêves^ et qui eut de Domitius iËnobarbus, son mari, cet autre monstre que l'on appela Néron : caprice de la Providence qui fit surgir deux rameaux si détestés d'une souche si respectable et tant aimée. Mïiiguia. Enfin Tibère, aussi las de lui que les peuples l'étaient de ^' ses cruautés, mourut à Caprée, âgé de soixante-dix-huit ans. n fut remplacé par Caîus, prince cruel et fou, qui ne changea rien aux errements de son prédécesseur. La servitude et la tyrannie demeurèrent. L'empire marcha tel que Tibère l'avait monté.

Caîus eut d'abord la fantaiae d'être dieu et se revêtit des ornements que l'on attribuait aux divinités dont il prenait la place. 11 rétablit le crime de lèse-majesté. Tout le monde craignit les délateurs, trembla pour ses jours ou sa liberté. À la même époque, Pontius Pilatus, procurateur de la Judée, qui avait abandonné aux Juifs le jugement de Jésus-Christ, était à Rome en attendant la décision de l'empereur sur une plainte portée contre lui par les Samaritains. Caîus l'exila à Vienne, snr le Rhône, où il se tua de désespoir après un séjour de deux années (1).

Rome était consternée des crimes de Caligula, lorsqu'il prit fantaisie à ce prince hébété de passer dans la Gaule avec les rois Antiochus et Agrippa, sous prétexte de faire la guerre aux Germains, mais avec le but secret de châtier la Province. 11 traînait à sa suite un grand nombre de gladiateurs, de chevaux du cirque, de comédiens et de femmes

(4) Joseph., Hist. Jud.

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qui devaient contribuer à ses plaisirs. Les chemins qu'il suivit furent nettoyés et arrosés par les populations voisines.

Arrivé avec sa bande infâme à Cologne, où se trouvaient cinquante mille hommes de l'armée de Germanie dans le camp même où s'était écoulée son enfance, le nourrisson des légions les passa en revue et leur annonça qu'elles allaient marcher contre les barbares. Il franchit le Rhin sur le pont que son père y avait jeté et, ne rencontrant pas d'ennemis, il revint immédiatement sur ses pas. Cette retraite se fit avec une incroyable confusion. Quelqu'un ayant dit qu'il serait fâcheux que l'ennemi se présentât dans un pareil moment, Caïus quitta sa voiture, monta à cheval et courut vers Cologne, où il trouva le pont tellement encombré qu'il se fit passer de bras en bras, craignant de ne pouvoir arriver assez tôt sur l'autre rive.

Les peuples d'outre-Rhin se moquèrent de cette expédition. Caligula, voulant faire croire à Rome qu'il avait obtenu de grands succès, fit cacher quelques Germains de sa garde au delà du fleuve, puis, quittant subitement son dîner, il feignit d'aller les combattre. Rentré de suite au camp avec des branches d'arbres qu'il appelait ses trophées, il distribua des couronnes aux soldats et les exhorta à souffrir les fatigues de la guerre en attendant des temps meilleurs.

Qui croirait que, peu de jours après, il eut l'horrible pensée de faire massacrer ces mêmes légions parce qu'elles s'étaient révoltées après le décès d'Auguste et l'avaient tenu captif dans le camp avec son père Germanicus? Ses lieutenants cherchèrent à l'en dissuader et ne purent obtenir qu'on ne décimât pas ces malheureuses troupes qui, dans le temps, s'étaient elles-mêmes décimées pour se punir de leur insubordination. Après cet acte de barbarie, il écrivit des lettres véhémentes au sénat et au peuple de Rome, dans lesquelles il leur reprochait de ne songer qu'à se divertir tandis que César était aux prises avec l'ennemi et courait mille dangers. Les citoyens furent obligés de feindre le deuil pour éviter la mort.

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Le fils d'un roi de Bretagne, chassé par son père, vint, à cette époque, rejoindre Tarmée romaine à Cologne. Caïus en fit part au sénat en termes aussi pompeux que s'il eût opéré la conquête de l'île. On s'empressa de lui accorder le petit triomphe. Ne trouvant pas cet honneur digne de ses hauts faits, il défendit aux délégués du sénat d'entrer dans la Gaule. On lui décerna le çrand triomphe.

Les Germains, voyant l'empire en des mains si folles, crurent qu'ils pouvaient impunément passer le Rhin. Galba les combattit avec tant de vigueur que Caïus ne put se dispenser de solliciter des récompenses pour ce général et pour ses soldats. La défaite des barbares lui était d'autant plus agréable qu'il les voyait déjà aux portes de Rome et se disposait à quitter la Gaule pour fuir en Orient.

Si Caligula s'en fût tenu à ces ridicules fanfaronnades, tous auraient plaint les travers de son esprit ; mais de Cologne il vint à Lyon que ses cruautés remplirent de larmes et de terreurs.

Après avoir épuisé le trésor impérial par ses folles dépenses, il ne s'occupa plus qu'à le remplir en confisquant les biens des plus riches Gaulois qu'il fit égorger sous divers prétextes. Un jour qu'il jouait aux dés, il demanda le cadastre de la province et donna l'ordre de faire mourir ceux qui possédaient les plus beaux domaines. Il se moquait des joueurs qui cherchaient à gagner quelques pièces d'argent tandis qu'il recueillait dçs millions sans rien exposer au jeu (1).

Après avoir confisqué le bien des morts, il inventa le moyen de dépouiller les vivants en forçant les riches Gaulois d'acheter les terres des proscrits au prix qu'il les estimait lui-même. Les meubles furent pareillement cotés à des prix fous. Cette vente produisant beaucoup d'argent, il fit venir d'Italie le vieux mobilier de ses palais, disant par raillerie, qu'il devait cette marque d'amitié aux bons alliés du

(4) Suet. in Caïo.

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82 ANNiUiES DE LA GAULE

peuple romain. Lui-même excitait les acheteurs en parlant avec emphase des objets qu'il mettait en vente, prétendant qu'ils avaient appartenu soit, à Antoine, soit à Auguste, soit à Germanicus (1).

Il parut, le premier jour de l'année, aux portes du palais et reçut les étrennes de tous les citoyens. Avec le produit de ces impôts forcés, il put faire célébrer à Lyon des jeux qui coûtèrent des sommes énormes.

Ce fut à l'occasion de ces jeux qu'il proposa des prix d'éloquence en langue grecque et en langue latine. Les discours devaient être prononcés devant l'autel d'Auguste en présence de grands personnages convoqués de tous les points de la Gaule pour assister à ces fêtes.

Ceux qui visaient aux prix étaient nombreux et leurs œuvres médiocres. Caligula eut la singulière fantaisie de faire couronner les vainqueurs par les vaincus, qui durent fournir eux-mêmes les prix, prononcer l'éloge de leurs heureux concurrents, effacer leurs propres œuvres, les uns avec une éponge, les autres avec la langue, s'ils ne préféraient recevoir la férule ou se voir jeter dans le Rhône (2). Juvénal a comparé un homme fort ému à l'orateur qui déclamait à Lyon devant l'autel d'Auguste (3).

Ces luttes singulières dénotent que les Gaulois s'exerçaient à la littérature, dont le goût chez eux n'était encore que de fraîche date.

Caïus ayant écrit au sénat, après l'arrivée du prince breton Cinobellinus, que toute l'tle se rendait, projeta follement d'en aller prendre possession. Il partit pour Boulogne et n'eut pas plutôt fait quelques lieues en mer qu'il donna l'ordre de rentrer au port. Le lendemain, il monta sur un trône élevé, fit disposer des machines de guerre et sonner la charge. Les légionnaires, étonnés, cherchaient des yeux

(4) Dion., lîb. LIX.

{%) Suet. in Caïo.

(3) Juven., sat. I.

quels ennemis ils allaient combattre, lorsque Caïus leur ordonna de remplir leurs habits et leurs casques de coquilles qui se trouvaient sur le rivage. « Ce sont, leur dit-il, les dépouilles de rOcéan; il faut en orner le Capitole pour embellir nos triomphes et consacrer le souvenir de nos travaux guerriers. » Après quelques libéralités aux troupes, il ordonna d'élever sur la côte un monument commémoratif de sa victoire, lequel a été connu des âges suivants sous le nom de Tour <Jt ordre. La mer ayant miné, vers le milieu du xvin^ siècle, la falaise sur laquelle il était assis, il a disparu en un jour, après avoir résisté, durant plus de seize siècles, au vent des tempêtes.

Caîus, riche de si nobles dépouilles^ ne songea plus qu'à son départ pour Rome et aux préparatifs de son triomphe. Il enrôla, pour y figurer, quelques Gaulois de haute taille qu'il joignit à des transfuges et à un certain nombre de prisonniers. Les galères sur lesquelles l'armée avait vu l'Océan furent conduites à Bordeaux et traînées de là par ten^e jusqu'à Narbonne, d'où on les dirigea sur l'Italie pour les montrer aux Romains. La Gaule se trouva ainsi débarrassée de la dangereuse présence de ce fou couronné qui l'avait indignement pillée et l'aurait mise aux abois s'il y fût resté quelques années de plus.

Le cours de ses débauches et de ses assassinats, qu'il reprit à Rome, devait pourtant avoir un terme, car, un jour qu'il sortait du théâtre , il fut égorgé par le tribun des prétoriens, Chéreas, qui lui porta le premier coup, laissant à ses complices le soin de Tachever. Le bruit de sa mort s'étant répandu dans la ville, les Germains de la garde pénétrèrent dans le palais, massacrant tous ceux qu'ils rencontraient. Beaucoup de conjurés périrent, mais un grand nombre d'innocents furent confondus avec les coupables.

Ceux-ci ne destinant Tempire à personne , le sénat allait proclamer la république, lorsqu'il sut que les prétoriens, en fouillant le palais, avaient trouvé, dans un coin obscur, un homme caché derrière un ricteau. C'était Claude,

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oncle de Caïus , lequel, ayant été témoin de l'assassinat de son neveu, s'était enfui pour éviter la mort.

La vue de ce frère de Germanicus émut 'les soldats. Claude , effrayé , leur demandait la vie ; ils le proclamèrent empereur, l'enlevèrent dans une chaise et le portèrent au camp. Le peuple, croyant qu'on allait le faire mourir, montrait de la compassion pour son malheur.

Le sénat, qui avait constamment tremblé sous ses derniers maîtres, tenait à proclamer la république. Il députa vers Claude pour lui représenter les malheurs de la patrie , l'engageant à se démettre du titre d'empereur, à faire ce sacrifice à la liberté. Claude répondit qu'il ne dépendait pas de lui de s'opposer aux vœux de l'armée. On le pria de recevoir son nouveau titre du sénat , dangereuse composition qui ne remédiait à rien, car l'acte des prétoriens ne fut pas perdu pour les légions.

En effet, le meurtre de Caligula, bientôt connu dans la Gaule, produisit un commencement de sédition parmi les troupes du bas Rhin. Elles voulurent proclamer Galba, qui les commandait. Son refus lui mérita les bonnes grâces de Claude. Tibère l'eût fait mourir par la raison qu'on l'aurait cru digne de l'empire.

Galba, voyant la Gaule menacée par les Germains, fit là guerre aux Cattes et aux Marses ; il les battit et fut assez heureux pour retirer de leurs mains la dernière des aigles prises aux légions de Varus. Pendant ce temps-là, Secundus, son lieutenant, obtenait la permission de prendre le nom de CaudtiSj en souvenir de ses victoires sur les Cauques.

L'impudicité de Messaline était depuis longtemps connue des Romains. A cette époque, elle n'eut plus de bornes. Furieuse de n'avoir pu séduire son beau-père Silanus, elle le dénonça à l'empereur, prétendant qu'il voulait le faire mourir. Claude, qui consentait à tout quand il était effrayé, consentit à la mort de Silanus.

Cet acte de cruauté porta Scribonianus, général des légions de Dalmatie, à s'emparer du pouvoir. On le proclama empe-

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reur; mais, bientôt abandonné par ses troupes, il fut assassiné) n'ayant joui que cinq jours du rang suprême.

Claude ordonna de rechercher les coupables. Psetus, qui était du nombre, fut conduit à Rome pour y être jugé. Sa femme Arria, citée comme modèle de piété conjugale, suivait dans une barque le vaisseau qui portait son époux. Pereuadée qu'il n'obtiendrait pas sa grâce, elle s'enfonça un poignard dans le cœur et le présenta à Paetus en disant : c< Ça ne fait pas de mal ; je ne sens que le coup qui va te percer (1). »

Pendant que ces vengeances s'exerçaient, Messaline, pour donner cours à ses prodigalités, vendait à profusion le droit de bourgeoisie romaine, ce qui fit dire à Sénèque qu'on l'obtenait pour un verre cassé.

A la même époque, un chef breton, nommé Berick^ ayant fomenté une sédition dans son pays et s' étant réfugié dans la Gaule avec ses complices, reçut un bon accueil des généraux romains, auxquels il persuada de s'emparer de l'île de Bretagne, dont il fit connaître les forces et les divisions qui l'agitaient. Jusque là, Rome, à l'exemple d'Auguste, s'était contentée d'en recevoir les otages. Claude voulut mieux et ordonna à Plantius, ayant Yespasien pour lieutenant, de passer chez les insulaires avec les troupes cantonnées sur les bords de l'Océan. Les soldats, instruits de leur entrée en campagne, se mutinèrent et demandèrent si on leur ferait faire la guerre au bout du monde. Claude envoya, pour apaiser la sédition, son affranchi Narcisse, lequel vint au camp, monta sur le tribunal de Plantius et harangua les légions. Celles-ci, indignées de voir un esclave parlant au nom du prince, s'écrièrent que c'était une dérision et, sans vouloir l'écouter, dirent qu'elles suivraient partout leur général.

L'armée débarqua sur les côtes de Bretagne. Les insulaires, qui s'étaient enfuis à son approche , furent poursuivis

{\) Tacit. Ann.

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jusqu'à la Tamise. Les Romains s*y arrêtèrent craignant, vu leur petit nombre , qu'il n'y eût témérité d'aller plus loin. Ils obéissaient, du reste, aux ordres de l'empereur qui, visant à la gloire des armes, venait les renforcer avec quelques légions.

Il les rejoignit, en effet, auprès du fleuve. Beaucoup de places se rendirent, plusieurs furent prises d'assaut, entre autres Camalodunum (Colchester), où était le palais du roi Cinobellinus. Yespasien se signala dans cette guerre, conquit l'ile de Wight (1) et soumit deux puissantes nations.

Claude désarma les Bretons, mesure qui met sur la voie de ce qui dut avoir lieu dans la Gaule après la conquête, puis il laissa le gouvernement du pays à Plantius, avec ordre de le soumettre en entier. Claude et son fils reçurent du sénat le titre de Britanniques (2).

L'empereur, né à Lyon, le jour de l'inauguration de l'autel d'Auguste (3), aimait les Gaulois. Il proposa d'en faire entrer un certain nombre au sénat. Quelques sénateurs trouvèrent mauvais que ces étrangers arrivassent aux honneurs quand leurs ancêtres avaient taillé en pièces les armées de la République et tenu César enfermé devant Alesia. Os rappelaient l'incendie du Capitole, de l'autel de la Victoire et les brèches faites aux murailles de Rome.

Claude répliqua que les nations de l'Italie avaient toujours fourni des sénateurs ; qu'il était sorti de la Narbonnaise des hommes illustres dont la postérité ne le cédait nullement en patriotisme aux citoyens les plus distingués de l'empire ; qu'aucune guerre n'avait été plus promptement terminée que celle des Gaules; que, depuis cette époque, la paix avait été solide et constante (renseignement qu'il est bon de noter en passant) , et qu'en définitive il valait mieux que les Gaulois apportassent leurs richesses à Rome que de les ense-

(4) Suet. in Vespas.

{%) Dion., Ub. LX.

(3) Suet. in Claud.

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velir dans leur province. Ce discours entraîna l'assemblée. Le droit d'entrer au sénat fut conféré d'abord aux Éduens, vu l'ancienneté de leur alliance et le titre qu'eux seuls prenaient de frères et d'alliés du peuple romain.

On fit) en l'an 47 de notre ère, le dénombrement des citoyens de tout l'empire. Tacite en porte le nombre à sept millions. La même année se trouvant être la huit-centième de Rome^ on célébra des jeux séculaires. Yitellius, outrepassant les bornes de l'adulation, souhaita à Claude de vivre assez de temps pour faire représenter cent fois les mêmes jeux.

Les fêtes et les crimes se donnant la main, beaucoup de personnes furent accusées de conspirer contre l'empereur. Asiaticus succomba par l'ombrage que portaient sa grandeur et ses richesses. On lui supposa le projet d'aller dans la Gaule pour soulever les légions. Son vrai crime était de posséder à Baies les beaux jardins de LucuUus que convoitait Messaline. Des gardes l'amenèrent chargé de chaînes. Claude lui accorda la faveur de se faire mourir luimême.

Puisque nous avons à parler de Messaline , nous raconterons à son sujet un événement qui paraîtrait fabuleux au point de vue des temps modernes. Suilius, jeune Romain d'une haute naissance et consul désigné, était son amant. Cette faveur lui donna l'ambition d'arriver à la pourpre et le jeta dans une de ces folles entreprises qui ont besoin d'être attestées pour être crues. Il proposa à Messaline, si elle voulait se défaire de Claude, de l'épouser et d'adopter son fils Britannicus.

Messaline, qui n'aimait pas son époux, recula néanmoins devant le crime qu'on lui proposait. Toutefois, l'idée du mariage la transporta. Elle attendit le départ de Claude, allant à Ostie faire un sacrifice, pour célébrer son mariage avec la pompe la plus solennelle. Rien n'y manqua : les prières des augures, les jeux, les banquets et une nuit passée dans toutes les libertés conjugales. Cette entreprise

révolta le palais. Claude en fut instruit et crut que Suiiius était déjà maître des prétoriens et de l'empire.

Cependant Messaline, ayant bientôt appris la colère de son époux, se sauva dans les jardins de Lucullus, pendant que Suiiius, pour déguiser sa frayeur, allait remplir ses fonctions au Forum. Claude paraissait irrésolu, car un reste d'affection se réveillait dans son âme. Les affranchis, se voyant perdus si l'impératrice rentrait dans la couche nuptiale, envoyèrent des centurions pour l'assassiner, elle et tous ceux qui avaient assisté à ses fêtes ou s'étaient prêtés à ses débauches. Claude était à table quand on vint lui annoncer la mort de son épouse. Il ne s'informa pas si elle s'était tuée elle-même; il demanda seulement à boire et continua son repas (1).

Quelques semaines plus tard, il épousait sa nièce Agrippine, fille de Germanicus, veuve de Domitius Jlnobarbus, dont elle avait eu Néron. Agrippine feignit d'être grave et sévère; Rome devint l'esclave d'une ambitieuse, après l'avoir été d'une femme sans mœurs et sans cœur. Voulant que Néron parvint à l'empire, elle lui fit épouser Octavie, fille de Claude. Claude adopta Néron au détriment de son fils Britannicus.

Pendant que ces choses se passaient à Rome, Corbulon, l'un des généraux les plus distingués de l'empire, était envoyé à la tête des légions du bas Rhin pour remplacer Saquinius.Ilsoumit les Frisons qui molestaient les côtes de la Gaule, et se mit en campagne contre les Cauques. 11 les aurait subjugués si l'empereur ne lui eût donné l'ordre de se tenir sur les bords du Rhin. 11 obéit à regret, disant que les anciens capitaines étaient plus indépendants et plus heureux. Durant cette inaction forcée, il occupa le loisir de ses soldats à creuser un canal d'environ huit lieues de long entre la Meuse et le Rhin.

Plantius, de son côté, après avoir fait des merveilles dans l'ile des Bretons, partit pour Rome, où il jouit des honneurs

(4) Tacit. Ann., lib. XI.

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LÀ GÀUL£ PENDANT LÀ DOMINATION ROIIÀINE 89

du petit triomphe. II fut remplacé, deux ans plus tard, par l'ancien consul Ostorius Scapula. Ostorius établit une colonie de vieux soldats dans la ville de Camalodununiy réduisit en province les districts situés en face de la Gaule, et conserva la royauté de Gogidinus pour l'engager à servir les Romains.

Les dattes recommençaient à remuer dans la Germanie. Ces peuples, toujours disposés à prendre les armes, souffraient impatiemment le calme que leur procurait la paix. Le poëte Pomponius, général des troupes du bas Rhin, marcha contre eux et les battit. Ses victoires et celles d'Ostorius dans Ttle des Bretons firent prendre à Claude le titre àUmperator pour la dix-septième fois. Agrippine, ayant reçu celui A'Aun gustUy établit une colonie de vétérans dans le camp d' Ubiurriy qui prit alors le nom de Colonia Agrippina. Née à Trêves, elle avait passé sa première enfance dans ce camp, où les légions avaient voulu donner la pourpre à Germanicus.

On croyait Tile des Bretons pacifiée, lorsque divers soulèvements vinrent inquiéter les Romains. Ostorius défit le roi Cinobellinus et l'envoya à Rome. Claude fut assez généreux pour lui conserver la vie. On rapporte que le prince barbare, se promenant un jour au milieu des édifices de la ville étemelle, dit qu'il s'étonnait que des gens en possession de si magnifiques palais enviassent les chétives cabanes des Bretons.

A cette époque, le polythéisme romain, introduit depuis un demi-siècle dans la Gaule, voulut y établir la domination exclusive qui est le propre de toutes les religions officielles. 11 obtint une ordonnance de Claude gui supprimait le culte des druides. Auguste l'avait déjà interdit à ceux qui jouissaient du droit de citoyen; Tibère avait aboli les druides, leurs poètes et leurs médecins. Ces ordonnances étaient tombées en désuétude lorsque parut Tédit de Claude. Les persécutions furent assez violentes, car on condamna à mort un chevalier romain de la Celtique pour être venu à Rome avec l'œuf de serpent qui devait lui faire gagner un procès. On a souvent attribué au christianisme la destruction des

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monuments et des autels druidiques dans la Gaule, peut-être l'hellénisme ne les avait-il pas mieux traités sous Claude.

Ce culte si violemment poursuivi fut contraint de s'exercer en secret; de là les sciences occultes, les opérations magiques que le christianisme a prohibées, mais presque toujours sans résultat, car le peuple ignorant des campagnes s'est longtemps livré à mille pratiques superstitieuses, restes du vieux druidisme de leurs pères.

53. Cependant la fière Agrippine continuait le cours de ses cruautés etfaisait mourir Statilius Taurus dont elle convoitait les beaux jardins , détestables propriétés qui avaient valu tant d'accusations de lèse-majesté à leurs opulents possesseurs. Ce proconsul d'Afrique fut accusé d'avoir eu recours à la magie pour faire périr l'empereur.

Claude, commençant alors à s'apercevoir des intrigues et de la vie désordonnée d' Agrippine, regrettait déjà d'avoir déshérité Britannicus en faveur de Néron. Il alla même jusqu'à dire dans un festin qu'il punirait l'impératrice de la conduite qu'elle tenait avec l'affranchi Pallas, intendant du trésor impérial. Ces paroles rapportées devinrent l'arrêt de mort de Claude. Il disparut à l'âge de soixante-quatre ans, empoisonné par un plat de champignons. Agrippine et Néron ne lui épargnèrent ni les larmes ni les honneurs, et en firent un dieu. Gallion, frère de Sénèque, dit assez plaisamment que Claude fut tiré au ciel avec un croc, comme on traînait le corps des suppliciés aux gémonies. Sénèque luimême, dans une satire, déchira le malheureux prince, le traita d'insensé et prétçndit qu'il avait été métamorphosé en citrouille.

54. Néron, successeur de Claude, descendait de la famille de Domitius,'dont l'un avait été dans les rangs de l'aristocratie républicaine réfugiée à Carthage. Bien qu'il ne soit jamaisentré dans la Gaule durant tout son règne, on y trouve néanmoins beaucoup de médailles à son effigie, frappées au coin des hôtels de Lyon et de Trêves. Parvenu à l'empire à l'âge de dix-sept ans, il attachait un grand prix à cultiver sa voix, à

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cooduire des chars et à s'occuper de poésie. Sénèqoe, son précepteur, préparait ses discours et lui inspirait le goût de réloquence et (tes lettres. Burrhus, chef des gardes, général très-estimé des prétoriens, rmstruisait aux choses de la guerre.

Agrippine, de son côté, avait sa cour, et, à la tète de son conseil, l'affranchi Pallas, homme d'une sévérité fière et arrogante qui le rendait insupportable aux gens de bien. En élevant son fils encore jeune à l'empire, Tambitieuse princesse s'était flattée de pouvoir gouverner en son nom ; mais ce fils avait trop de fierté pour obéir à un affranchi. Burrhus et Sénèque, désirant à leurtour ruiner la puissance d'Agrippine et changer plusieurs choses dans le gouvernement, tolérèrent l'amour du jeune prince pour une esclave, moyen détestable, car, une fois la porte ouverte à la licence, Néron se crut tout permis et n'imposa plus de bornes à ses passions. Sa mère tâchait de le retenir ; mais, entraîné par Othon et d'autres amis, il méprisa ses conseils et tomba dans cet abîme de crimes qui ont rendu son nom l'opprobre du genre humain et l'héritage de tous les tyrans.

^ Il ôta l'intendance des finances à Pallas, ce qui blessa les

sentiments d' Agrippine. Elle s'en plaignit ouvertement et menaça de faire déclarer Britannicus empereur. Néron, pour se débarrasser de cette crainte, fit empoisonner Britannicus, retira les gardes de sa mère et la contraignit à demeurer dans la maison d'Antonia, son aïeule. Aussitôt la cour d' Agrippine s'évanouit, et, parmi le peu de femmes qui lui restèrent, il y en eut une qui l'accusa de vouloir épouser Rébellius Plautus pour lui donner l'empire. Agrippine vint trouver son fils et se justifia de cette accusation.

Néron s'éprit alors de Poppée, l'une de ces créatures séduisantes et impudiques prédestinées à la couche des empereurs. Elle était femme d'Othon, que le tyran fit partir de Rome en lui conférant le gouvernement de l'Espagne, qu'il garda jusqu'au temps où il parvint lui-même à l'empire.

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