Pendant que ces choses se passaient, Paulinus Pompéius
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et Lucius Vêtus, généraux des armées de Germanie, occupaient le loisir des légions à divers travaux publics. Paulinus acheva la digue du bas Rhin, commencée par Drusus et ruinée par Civilis, chef des Bataves. Lucius Vêtus, de son côté, tentait de joindre la Somme à la Moselle pour favoriser le commerce de la Méditerranée avec l'Océan septentrional ; grande entreprise qui aurait facilité les moyens de transport dans la Gaule, si le propréteur de la Belgique, jaloux de l'honneur qu'elle ferait à Vêtus, ne lui eût interdit d'entrer dans sa province (1).
Peu de temps après, les Frisons vinrent occuper, en deçà du Rhin , des terres incultes données aux soldats romains pour y faire paître leurs troupeaux et leur chevaux. Néron les en fit chasser; mais elles furent bientôt prises par les Ansibarres, repoussés de la Germanie par les Cauques. Les nouveaux venus éprouvèrent le même sort que leurs devanciers. Ils repassèrent le Rhin et furent anéantis par les Usippes, les Tubantes et les Cattes.
Tacite dit que, dans le pays des Juhons (comté actuel de Nassau), il sortit de terre des feux qui brûlèrent les maisons et les biens des campagnes; que Ton craignit un instant pour la ville de Cologne, bien qu'elle fût en deçà du Rhin, car l'eau ne pouvait éteindre ces embrasements. Ces feux sortant de terre dans le comté de Nassau ne présentent guère plus de vraisemblance que tous les prodiges qui ont exercé le faux jugement et la crédulité des auteurs anciens.
Alors le pouvoir de Poppée s'était considérablement accru. Elle prétendait épouser Néron; mais, sachant qu'Agrippine s'y opposerait, elle ne cessait d'irriter le fils contre la mère, lui disant qu'il était en tutelle et que , loin d'être maître de l'empire, il ne l'était même pas de. sa personne. Agrippine, de son côté, contribuait à son malheur par des paroles indiscrètes auxquelles elle mêlait souvent de l'irritation et des menaces. Sa perte étant décidée, Néron partit pour donner
(I) Taoit. Ann., Ub. XIII.
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des fêtes dans ses jardins de Baïes, voisins de Pouzolles. Sa mère ayant promis d'y assister, il lui envoya une galère dans laquelle il avait fait pratiquer une soupape. Agrippine s'embarqua, et, quand elle fut au milieu du golfe, le navire s'ouvrit et la malheureuse princesse fut engloutie dans les flots. Des pécheurs volèrent à son secours , la saisirent mourante et la transportèrent à son palais de Baules, au delà du cap Misène.
Agrippine, assez clairvoyante, comprit d'où partait l'attentat. Feignant de l'ignorer, elle envoya un affranchi à Néron pour lui apprendre le danger qu'elle avait couru , le priant de ne pas venir la voir, car elle avait besoin de repos.
Néron, désespéré de l'insuccès de son entreprise, chargea Anicet, commandant de la galère, d'amener à bonne fin l'œuvre qui avait si mal réussi. Gomme aucun légionnaire n'aurait voulu rien entreprendre contre une fille de Germanicus, Anicet prit des marins de la flotte et alla s'emparer de la maison d'Agrippine. Celle-ci , comprenant le sort qui l'attendait, fit néanmoins bonne contenance et dit qu'elle ne pensait pas que son fils commandât le parricide. Pour toute réponse, elle reçut un coup d'épée qui la laissa sans mouvement et sans vie. On montre encore, près du rivage de Baules, un petit monument qui passe pour avoir été le tombeau d'Agrippine.
Alors Suétonius Paulinns, gouverneur de la Bretagne, préparait une expédition contre l'île de Mone, aujourd'hui Anglesey, où jamais aucun Romain n'était entré. Elle était peuplée d'une foule d'hommes qui , sous la direction des druides, s'y étaient réfugiés pour conserver leur culte et se soustraire à l'obéissance de Tempire. Cette île n'était séparée du continent que par un petit espace. Suétonius y fit passer de la cavalerie tantôt à gué, tantôt à la nage. Les ennemis bordaient le rivage, ayant avec eux des femmes les cheveux épars, des torches à la main, et courant comme des furies; puis on voyait, devant leurs lignes, des druides les mains levées vers le ciel, vomissant des imprécations et sacrifiant
des victimes humaines. La nouveauté du spectacle étonna Suétonius et ses troupes; mais bientôt les légions marchèrent en avant et culbutèrent les barbares.
C'était près des druides de Mone que venaient ceux de la Gaule pour s'instruire des mystères et des antiques traditions de leur culte. Suétonius détrukit leurs bois sacrés et fit élever un fort pour s'apurer Tobéissance de Ttle entière.
Alors il y eut un soulèvement dans le cœur du pays dont on expliquait ainsi la cause : le roi des Iciniens avait institué Néron son héritier/ conjointement avec ses deux fllle?, moyen de faire respecter son royaume et son palais. A sa mort, les centurions pillèrent sa demeure, battirent de verges sa femme et violèrent ses filles. Ces outrages soulevèrent tous les peuples. Ils se ruèrent sur Camalodtmum (Colchester), peuplée de vétérans romains, vieux pillards qui chassaient les Bretons de leurs terres en les traitant de captifs et d'esclaves. Le temple élevé à Gaude dans cette ville étant regardé par les insulaires comme un monument de servitude d'autant plus odieux qu'il était desservi par des prêtres qui épuisaient toutes les ressources du pays, ils l'assiégèrent et s'en rendirent maîtres. Cependant il était crénelé; mais les vétérans, au lieu de l'entourer d'un rempart et d'un fossé, avaient préféré construire un théâtre daœ la colonie.
Les révoltés, contents de ce premier succès, fondirent sur une légion qu'amenait Cérialis et la culbutèrent. Décianus, d(Hit les exactions avaient causé ce soulèvement^ s'enfuit dans la Gaule.
Suétonius n'eut pas plus tôt appris ces fâcheuses nouvelles qu'il partit de l'ile de Mone et se dir^ea sur Camalodummi. Ne voulant cependant pas attirer le fléau de la guerre sur cette ville déjà commerçante, il marcha directement contre les insurgés, que la reine Bodicée excitait de tous ses efforts et de la haine qu'elle portait au nom romain. Leur armée était innombrable. Suétonius, avec dix mille soldats seulement, l'attaqua et lui tua quatre^vingt mille hommes; il en perdit à peine quatre cents. La reine s'empoisonna de déses-
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LA GAULE PENDANT LA DOAHNATION ROIIAINE 95
poir, voyant que son pays ne pouvait échapper à la vengeance des Romains.
Néron y dit Suétone, parlait alors d'abandonner la Bretagne; mais, bientôt retenu par la honte, il y envoya deux nouvelles légions tirées des bords du Rhin, lesquelles mirent à feu et à sang tous les cantons suspects.
Malgré tant d'avantages cAtenus contre les insulaires, Classicianus écrivit à Rome qu'on ne verrait la fin de la guerre qu'après le rappel de Suétonius, ajoutant que les derniers malheurs étaient dus à son incapacité, ses victoires à la fortune.
Néron envoya son affranchi Polyclète pour faire une enquête. Cet ancien esclave traversa la Gaule avec une nombreuse suite, rançonna la Province, puis alla se montrer chez les Bretons dans un appareil qui fit trembler jusqu'aux soldats. Il fut au contraire la risée des barbares, qui ne comprenaient pas tant de respect pour un homme de sa condition. Suétonius, maintenu provisoirement dans sa charge, fut bientôt remplacé par PétroniusTurpilianus, qui venait de sortir du consulat.
Le 5 février de l'année 63, la ville de Pompéi fut presque entièrement détruite par un tremblement de terre. Les habitants conmiençaient à y rentrer, à faire réparer leurs maisons et leurs édifices publics, lorsque, peu de temps après, elle fut ensevelie sous les cendres du Vésuve, par la fameuse éruption que Pline le Jeune a si bien décrite et dans laquelle son oncle trouva la mort.
L'année suivante, le feu consuma une partie de la ville de Rome. L'inexorable histoire accuse Néron d'en être l'auteur. Que faisait-il, en effet, pendant que l'incendie dévorait les maisons et jusqu'à son propre palais? Monté sur une haute tour et vêtu d'un habit de joueur de lyre , il chantait un poème qu'il avait c(Hnposé sur l'embraseoient de Troie.
Disons qu'il fit rebâtir Rome {dus belle et plus somptueuse qu'elle ne l'eût jamais été, que la magnificence du palais impérial devint telle qu'il reçut le nom de Palais doré, enfin.
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que les dépendances de ce gigantesque édifice renfermèrent des terres, des bois et des étangs. Néron dit, en s*y installant, qu'il commençait à être logé comme un homme.
On a découvert dans la partie inférieure du monument, et sous des tas de décombres, de vastes pièces ornées de ces charmantes arabesques que Raphaël imita pour ses décorations du Vatican. L'empereur Napoléon III, qui porte le plus vif intérêt aux sciences historiques, y fait exécuter des fouilles qui s'annoncent comme devant être très-productives.
Néron avait envoyé ses affranchis dans la Gaule avec mission de rançonner les peuples même réputés libres, et de dépouiller les temples pour subvenir aux frais de cet exécrable palais. Tout ce que la France pourrait recueillir dans les fouilles qu'on y exécute aujourd'hui ne serait donc qu'une juste et véritable restitution.
Afin de rejeter sur d'autres l'odieux qui s'attachait à l'auteur d'un pareil incendie, Néron ne craignit pas d'en accuser les chrétiens. La petite Église fondée à Rome par saint Pierre avait fait des prosélytes, et dès l'année 57 les fidèles montraient assez de zèle pour que saint Paul les félicitât dans ses épitres de ce qv^on parlait de leur foi dans tout Punivers.
La ville éternelle comptait alors parmi les hommes distingués de la secte : Aristobule, Amplias, Urbin, Apelle, Triphène, Perside, Rufus, Triphose et beaucoup d'autres, qui travaillaient en secret à la propagation de l'Évangile , aidés des saintes matrones Phébé, Andronique et Junie. 11 y avait une église très-fréquentée dans la maison de Prisque et d'Aquilas (t).
En l'année 61, saint Paul, chargé de fers, débarquait à PouzoUes, en face de l'horrible Caprée que Tibère avait souillée de tant de crimes. Des frères vinrent à sa rencontre jusqu'aux trois tavernes^ qui se voient encore au centre des
(4 ) Saint Paul, ÉpUre auûo Romaint,
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marais Pontins. Ils raccompagnèrent jusqu'à Rome, où il resta pendant deux années sous la surveillance d'un gardien, s'occupant de controverses avec les Juifs sur la venue du Messie. Ses enseignements pénétrèrent dans la maison de Narcisse, ancien affranchi de Claude, et jusque chez les courtisanes de Néron , lesquelles , changeant subitement de vie, se refusèrent à ses débauches, ce qui augmenta son irritation contre les chrétiens.
L'autorité de l'Évangile était déjà si répandue à Rome que Sénèque lui-même , après avoir blâmé les superstitions des Juifs, n'ose se {Nrononcer contre la loi nouvelle et dit, dans sa consolation à Marcia : « L'image, le portrait de votre fils n'existe plus, son esprit seul est resté. Il est éternel. Votre fils est mort jeune, son âme est retournée plus légèrement aux Ueux de son origine. »
Cette épttre, remplie d'idées chrétiennes, faisait dire à Lactance : « Les philosophes rencontrent quelquefois la vérité; mais ils ne peuvent s'y fixer ni la trouver, car elle n'est pas dans l'homme s'il n'est éclairé par l'esprit de Dieu (1). »
Il se passait, comme on voit, dans Rome une réforme philosophique dont on ignorait la cause. Les initiés seuls la devinaient et l'attribuaient à saint Paul, conduit par la main de Dieu. L'apôtre, mis en liberté, quitta Rome en l'année 63 pour aller prêcher en Asie et dans la Grèce ; car les Églises d'Orient, plus avancées dans la foi que celles d'Italie, étaient déjà travaillées par un dangereux esprit de controverse qui désespérait les apôtres. Le christianisme, en effet, ne s'adressait pas seulement à des gens simples qui l'auraient naïvement reçu; il était entré d'assaut dans une société moqueuse et raffinée qui ne voulait rien admettre sans examen. Les philosophes, qu'il intéressa, l'adoptèrent les premiers, mais ils le mêlèrent souvent à leurs doctrines et le dénaturèrent. Yalentinien, Marcion et Basilide, qui com-
(4) Lactanc. de beat, vît., lib. VII.
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mirent cette faute, n'étaient que les continuateurs de Platon, d*Aristote et d'Empédocle. Telle fut Torigine des hérésies, plutôt dues à Tesprit philosophique, qui voulait tout expliquer, qu'à la capricieuse rébellion des premiers chrétiens.
L'incendie de Rome, rejeté sur ceux de la nouvelle religion , fit dans leurs rangs bien des victimes. Néron ordonna d'en purger la ville étemelle. « Pour faire cesser, dit Tacite, les bruits qui imputaient à ce prince l'incendie de Rome , Néron chercha des coupables et fit souffrir les plus cruelles tortures à des malheureux abhorrés par leurs infamies qu'on appelait vulgairement chrétiens. Le Christ, qui leur donna son nom, avait été condamné au supplice sous Tibère, par le procurateur Ponce Pilate , ce qui réprima pour un moment cette exécrable superstition ; mais bientôt le torrent se déborda de nouveau, non-seulement dans la Judée où il avait pris sa source, mais jusque dans Rome même, où viennent se rendre et se grossir tous les égouts de l'univers. On commença par se saisir de tous ceux qui s'avouaient chrétiens, et ensuite d'une multitude immense, qui fut moins convaincue d'avoir incendié Rome que de haïr le genre humain (1). ^
Après avoir fait crucifier ces malheureux, Néron ordonna de leur enduire le corps de matières résineuses et d'allumer ces flambeaux de chair humaine pour éclairer les fêtes nocturnes qu'il donnait dans ses jardins du Vatican, lieux célèbres qui doivent à ce baptême de feu l'honneur de posséder la première et la plus sainte basilique du monde chrétien. «Ainsi, quoique coupables, ajoute l'annaliste romain, et dignes du dernier supplice, on se sentit ému de compassion pour les victimes, qui semblaient inmiolées moins au bien public qu'au passe-temps d'un barbare. »
Il est surprenant que Tacite, venu longtemps après Sénèque, ait écrit de pareilles lignes; elles prouvent qu'il n'était pas libre, qu'on ne pouvait encore être chrétien sans
(1) Taoît., Ann., lib. XV.
danger y car la divinité de Jésus-Christ supplantait celle des empereurs et leur enlevait le souverain pontificat.
Saint Paul , ayant appris à Milet les persécutions qu'enduraient ses frères de Rome, revint auprès d'eux pour les consoler. Il ne put, cette fois, se sauver de la gueule du lion. Lui et saint Pierre furent jetés dans les prisons et martyrisés. Leurs corps, recueillis par des fidèles venus de l'Orient, furent portés aux catacombes, à deux milles de la grande cité (1).
Après la punition des chrétiens de Rome vinrent les accusations de lèse-majesté. Néron fit égorger Antonia, nièce de Claude, parce qu'elle avait refusé d'être son épouse , et tua rimpératrice Poppée d'un coup de pied lancé sur le fruit qu'elle portait dans son sein (2). Sénèque reçut l'ordre de se donner la mort.
A cette époque, Lyon, fondée depuis cent ans à peine^ devenait la proie des flammes. Néron s'intéressa au sort de cette ville et lui envoya quatre millions de sesterces, somme égale à celle que, dans un moment de détresse, elle avait offerte au sénat. Cette libéralité valut à Néron l'attachement des Lyonnais.
On fit peu après des levées d'hommes dans la Gaule pour recruter les légions d'Iliyrie dont on réformait les anciens soldats. C'était en faisant partir la jeunesse d'un pays pour un autre que les Romains les affaiblissaient tous et s'en assuraient la soumission. Les légions de la Gaule n'étaient elles-mêmes recrutées que de soldats venant de l'Ulyrie, de l'Espagne et de l'Afrique.
A la même époque, la cruauté de Néron suscita les conspirations de Pison, de Vénitius et des révoltes de soldats : Julius Vindex, propréteur de la Celtique, Gaulois lui-même, fit tous ses efforts pour délivrer son pays de la tyrannie qui pesait sur le monde entier. Yindex descendait des anciens
(4) S. Gregor. Epist. xzx, Hb. III. (2) Dion.,Hb. LXn.
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rois d'Aquitaine, jouissait d'une grande autorité, mais n'avait point d'année dans son gouvernement puisque les légions campaient sur les bords du Rhin. Il attendait donc la réussite de ses projets d'un soulèvement général et de l'aversion des Gaulois pour la servitude. Ayant réuni les états, il leur fit part de ses espérances, se moquant d'un souverain qui savait moins régner que jouer des instruments et se donner en spectacle à l'empire. Il forma une armée de cent mille hommes, composée d'Éduens, d'Arvernes et d'AUobroges. Les Viennois embrassèrent ce parti avec chaleur, ce qui faillit leur être funeste. Flavius et Rufin lui amenèrent quelques détachements.
Ces choses terminées , Vindex proposa l'empire à Galba, général des légions d'Espagne, lequel recevait en même temps l'invitation du gouverneur de l'Aquitaine de lui envoyer du secours contre les révoltés. Galba, sachant que Néron avait donné l'ordre de le faire mourir, n'hésita pas à prendre un parti et se fit proclamer empereur. Le sénat romain le déclara ennemi de la patrie et confisqua tous ses biens. Néron, manquant de troupes, organisa les soldats de marine en légions.
Bien que Yindex eût séduit beaucoup de nations gauloises, sa réussite dépendait néanmoins des légions de la haute et de la basse Germanie. Les premières, au nombre de quatre, cantonnées près de Mayence, étaient commandées parVirginius Rufus ; les quatre autres, placées dans les camps de Vétéra et de Bonn , avaient Fontéius Capito pour général. Ces deux chefs se déclarèrent d'abord contre Vindex et maintinrent les Tré vires, les Langrois et surtout les Lyonnais, comblés des bienfaits de Néron. Lyon et Vienne , ces deux villes rivales, se trouvèrent encore une fois sous deux bannières différentes.
Vindex s'avança contre V oppidum de Besançon ; Virginius accourut pour le défendre et campa sous ses murailles. Les armées étaient en présence lorsque les deux chefs s'abouchèrent pour aviser au parti qu'ils devaient prendre.
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LA GAULE PENDANT LA DOMINATION ROIIAINE tOl
Ils s'entendirent entre eux pour renverser Néron et ne furent pas d'accord au sujet de Galba ; car les armées de Germanie, plus puissantes que celles d'Espagne , réclamaient leur part d'influence dans le choix d'un empereur et supportaient difficilement que celui de Galba eût été fait sans leur participation.
Un événement imprévu vint déranger les plans que ces deux chefs avaient concertés pour le repos du monde. Yindex, ayant reçu de Virçinius, pendant leur conférence, la permission d'entrer à Besançon avec ses troupes, s'y rendait sans défiance lorsque les légions, croyant qu'elles allaient être attaquées, prirent les armes, fondirent sur les Gaulois et en égorgèrent vingt mille (1). Vindex se tua de désespoir (2). Nous verrons plus loin que les Éduens et les Arvernes furent écrasés par la cavalerie batave.
Après s'être baignées dans le sang des Gaulois, les légions proclamèrent Virginius empereur. Il refusa la pourpre, ajoutant qu'il ne souffrirait pas qu'un autre la prit s'il ne la recevait du sénat et du peuple romain. Cette résolution fut sensible à Galba. Il était prêt d'abandonner l'empire avec la vie quand un de ses affranchis, venu en toute hâte de Rome, lui apprit que le peuple le reconnaissait pour empereur, et que Néron, abandonné du sénat, avait été mis à mort. Le tyran n'avait pu acheter les prétoriens, car, étant allé en Grèce recueillir des couronnes, il y avait dépensé son argent en folies artistiques. Ainsi finirent les princes de la famille de César, lesquels, sauf Auguste, n'ayant rien de son génie, exercèrent le plus odieux despotisme et firent revivre dans Rome les orgies et les cruautés que l'on croyait enterrées avec les factions qui avaient anéanti la République.
On peut dire que l'antiquité se transforme à la mort de Néron^ qu'une nouvelle société apparaît ayant pour langes la
(1) Plutarc. in Galba.
(2) MM. Delacroix et A. Castan , de Besançon . placent l'endroit où combattirent les deux armées sur le territoire de ^"j""NéMiiii^ chcments antiques et de tumulû ^^^^^^^^B {
pourpre du monde romain, société dont la grandeur n'amènera pas la chute, car la lumière née en Orient la protégera toujours contre le ravage du temps et le vent des révolutions qui l'auront fait fléchir.
Galba. Galba était dans sa soixante-douzième année lorsqu'il hé-
rita des dépouilles de Néron. Sa marche à travers la Gaule fut lente. Il entra dans Rome suivi d'une légion qu'il amenait d'Espagne. Jamais on n'avait vu tant de soldats dans la ville.
Avant son arrivée, le préfet des prétoriens, Nimphidius, avait voulu se faire proclamer empereur et n'avait pas réussi. Ses partisans n'en existaient pas moins, et murmuraient contre l'âge avancé de Galba. Galba fit d'abord tuer Varron, consul désigné et complice de Nimphidius. Turpillianus, partisan déclaré de Néron, éprouva le même sort. Vint ensuite le meurtre d'une foule de soldats désarmés et des troupes de la marine organisées en légion. Les autres corps, formés d'hommes choisis dans les armées de Germanie, de Bretagne et d'IUyrie, restèrent à Rome et devinrent l'instrument de nouvelles révolutions.
La populace, démoralisée par les distributions et les spectacles, partageait les sentiments des soldats, qui regrettaient Néron et allaient journellement faire des vœux à son tombeau (1).
Dans la Gaule, Gapito, général des troupes du bas Rhin, ayant mis de l'hésitation à se prononcer, fut tué par ordre de Galba et remplacé par Vitellius. Ce meurtre déplut à l'armée et laissa une impression sinistre parmi les légions.
Les provinces gauloises qui s'étaient prononcées pour le nouvel empereur obtinrent des terres, le droit de cité romaine et la décharge de quelques impôts ; les autres, au contraire, particulièrement la Belgique, furent opprimées par la perte de leurs territoires et par de nouveaux subsides.
Le mécontentement des légions ne tarda pas à se pro-
(4) Suet. in Néron.
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duire; celles du haut Rhin portaient peu de respect à Hordéonius, successeur de Yirginius. En Bretagne, elles étaient tranquilles. Celles de l'Orient, au nombre de trois, s'occupaient à faire la guerre aux Juifs sous Yespasien, qui ne formait ni vœux ni projets contre Galba.
La sédition commença par les légions du haut Rhin, qui demandèrent un autre empereur, laissant le choix au peuple et au sénat. Galba, croyant qu'on en voulait à son grand âge, prit le parti de se donner un successeur et désigna Pison. La cérémonie de l'adoption eut lieu dans le camp pour flatter les prétoriens. 11 ne leur cacha pas la révolte des légions, ajoutant toutefois qu'elle serait bientôt réprimée; mais il oublia malheureusement pour lui le donativum dont ses prédécesseurs avaient peut-être abusé. Cette sévérité antique le perdit.
Il ne fallait dans Rome, où les néroniens relevaient la tète, qu'un chef audacieux pour entraîner les soldats. Othon se présenta, n'ayant d'autre titre que d'avoir partagé les dérèglements de Néron. Il s'était rendu des premiers à Galba, dans l'espérance de s'en faire adopter; mais, n'ayant pu réussir, il se mit à la tète d'un parti, avec lequel il intrigua tellement que, étant un jour devant le temple de Saturne, donnant le bras à un affranchi, vingt-trois soldats, qui s'y trouvaient par hasard, le proclamèrent empereur et le portèrent dans une litière au camp. Le tribun de garde ne fit aucune résistance. La légion de la marine, toujours outrée du massacre des siens, se joignit aux séditieux ; le peuple, au contraire, demandait leur mort à hauts cris.
Il fut alors question, dans les conseils de Galba, de se fortifier ou d'aller se présenter aux légions. 11 suivit le conseil qui avait le plus d'éclat, revêtit sa cuirasse, monta en litière et s'approcha du Forum. Les prétoriens, qui avaient prononcé sa déchéance, vinrent à sa rencontre. Un légionnaire lui trancha la tête; et, comme elle était privée de cheveux, il la porta au camp enveloppée dans un coin de sa tunique. Pison fut assassiné devant le temple de Yesta.
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Galba était de race aristocratique. Après lui vient une autre espèce de princes, cause de ruine pour les grandes familles; car celles qui se soumettent à de honteux pouvoirs perdent toujours en considération, et celles qui s'en éloignent disparaissent ordinairement dans l'oubli. othon. Othon, poussé par la réaction néronienne, commit plu-
69 sieurs actes odieux qui indisposèrent les gens de bien. Il fit redresser les statues de l'impératrice Poppée, sa première femme, qu'il avait cédée à Néron, montra peu d'affection pour le sénat et n'eut de bienveillance que pour les prétoriens. Il fit reprendre les travaux du palais que Néron n'avait pas eu le temps de finir.
Avant que le meurtre de Galba fût connu dans la Gaule, les légions du bas Rhin s'étaient soulevées et avaient proclamé Vitellius empereur. C'était l'œuvre des peuples que Galba avait châtiés. Ils répandaient partout qu'on allait punir la Province et décimer l'armée. Les Lyonnais surtout, obstinés dans leur amour pour Néron, se distinguaient daifô ce genre de calomnies. Cologne, Langres et Trêves embrassèrent le parti de Yitellius avec autant d'ardeur que les troupes, et offrirent des hommes, des chevaux et de l'argent. Les légions de Bretagne lui témoignèrent le même dévouement, ainsi que la légion d'Italie, que Blésus lui envoya de Lyon.
Yitellius forma deux armées et assigna une route différente à chacune d'elles. Valons, avec l'élite des légions du bas Rhin, eut ordre de traverser la Gaule, d'en soumettre les peuples ou de les saccager. 11 devait pénétrer en Italie par les Alpes Cottiennes, en suivant la route actuelle de Briançon à Suze.
Cécinna, avec l'armée du haut Rhin, forte de trente mille hommes, dut pénétrer en Italie par les Alpes Pennines (grand Saint-Bernard). Vitellius forma une troisième armée de recrues et d'auxiliaires germains, qu'il devait conduire en personne.
Valons traversa sans difficulté le pays des Trévires, aUiés
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des Romains; mais à Divodurum (Metz), ses soldats, pris d'une terreur panique, massacrèrent plus de quatre mille habitants. La ville aurait été saccagée sans Fintervention du général. Cette agression imprévue répandit un tel effroi dans la Gaule que des villes entières, magistrats en tête, se présentèrent au-devant des légions pour en obtenir la paix. La présence de ces magistrats prouve que la commune avait alors des chefs dans toutes les cités.
La nouvelle du meurtre de Galba et de Tavénement d'Othon parvint à Valens aux environs de Toul. Son armée, qui n'estimait pas plus Othon que Galba, ne changea pas de sentiment; car elle se croyait plus autorisée à nommer un empereur que l'amas de prétoriens qui s'en étaient arrogé le droit. Elle entra dans Langres, où une sédition éclata entre les légionnaires et les Bataves. Valens fit châtier les mutins et rétablit la discipline. Les citoyens tremblaient devant cette soldatesque en délire qui n'était retenue par aucun frein. Elle chercha un prétexte de guerre contre les Éduens et n'en trouva pas, car ils fournirent avec empressement l'argent et les vivres qu'on leur demandait.
Ceux de Lyon détestaient Galba parce qu'il avait confisqué leurs revenus en même temps qu'il accablait d'honneur les citoyens de Vienne. Il en était résulté une telle jalousie entre ces deux villes que les Lyonnais demandèrent aux légions de détruire Vienne, l'accusant d'avoir secouru Vindex et levé des troupes pour le service de Galba. Valens obtint la grâce de cette ville, seulement les citoyens furent désarmés et fournirent des vivres au soldat. Valens gagna les Alpes en rançonnant les populations avec une telle violence qu'une petite bourgade des Vauconces, nommée Luc, vit des torches prêtes à l'incendier parce qu'elle tardait trop à payer sa rançon.
Cécinna, de son côté, vint avec la deuxième armée vitellienne chez les Helvètes, tenant encore pour Galba dont ils ignoraient la mort. Us furent poursuivis et massacrés. Le général ci-aignait de s'opposer à la fureur* de ses troupes.
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La cavalerie de Sylla, campée aux environs du Pô, reconnut Vitellius. Sa défection livra les villes de Milan, Novare, Emporedic et Verceil, dans lesquelles Cécinna mit en garnison quelques cohortes de Gaulois, de Bretons et de Germains.
Othon, qui prévoyait la chute de son pouvoir, écrivit de Rome à Vitellius pour lui offrir de l'argent, du crédit, une retraite à son choix. Vitellius lui fit les mêmes offres. De son côté, Valons demandait aux prétoriens de se soumettre et les réprimandait d'avoir disposé de l'empire , auquel Vitellius était appelé depuis longtemps.
Othon crut pouvoir se maintenir en accordant des honneurs aux cités gauloises punies de leur désaffection pour Galba. Celle de Langres et plusieurs autres reçurent le droit de bourgeoisie romaine ; toutes n'en faisaient pas moins des vœux pour sa chute.
Voyant les passages des Alpes fermés, Othon résolut de faire attaquer Narbonne au moyen de sa flotte, et d'aller lui-même par terre à la rencontre de Cécinna. Les troupes transportées par ses navires obtinrent quelques succès du côté de Fréjus contre la cavalerie trévire et plusieurs cohortes de Tongres, de Ligures et de Pannoniens; mais, comme les grands coups devaient se porter ailleurs, les deux armées restèrent en observation : celle de Vitellius vers Antibes, celle d'Othon dans la Ligurie.
Enfin, après avoirpris congé du peuple et du sénat, Othon, revêtu d'une simple cuirasse de fer, quitta Rome pour aller se mettre à la tête de ses troupes.
Il fit d'abord repasser le Pô à Cécinna, qui s'était trop avancé pour avoir seul l'honneur du succès, et se replia sur Valons, dont le corps d'armée était beaucoup plus fort que le sien.
En présence de telles forces, Othon aurait dû temporiser, attendre les légions composées de Gaulois, venant d'IUyrie. Il n'eut pas assez de patience ; il suivit l'impulsion des prétoriens qui, pour retourner à Rome, désiraient se battre à
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tout prix. Cet empressement présageait la ruine d'Othon. Elle futeonsommée par son départ pour Brixellum (Brezello), qu'on lui avait conseillé pour qu'il ne restât pas exposé au danger de la bataille. Beaucoup de cohortes qu'il avait emmenées avec lui diminuèrent la force de l'armée ; le reste perdit courage. Lui seul avait la confiance du soldat.
Le Pô séparait alors les deux camps. Gécinna et Valons jetèrent un pont de bateaux devant les gladiateurs d'Othon pour faire croire qu'ils voulaient passer le fleuve sur ce point. Quelques engagements partiels désavantageux aux othoniens causèrent une légère sédition dans leurs rangs. Othon écrivit de hâter la bataille. Il était malade d'attendre, impatient d'en finir.
Son armée quitta sa position pour gagner le confluent de l'Adda et du Pô. L'afiiaire s'engagea. Les othoniens, bien que harassés, soutinrent vigoureusement le choc et se servirent de la hache, avec laquelle ils brisèrent les casques et les cuirasses de leurs adversaires. Toutes les légions étaient aux prises. Enfin des cohortes bataves attaquèrent les othoniens sur le flanc et décidèrent de la victoire en faveur de Vitellius. Othon aurait pu prolonger la guerre civile, car son armée, plutôt dispersée que détruite, devait être bientôt renforcée par les légions de la Mésie. Il ne voulut rien entreprendre, soit qu'il désespérât de sa cause ou désirât que sa famille et son parti trouvassent grâce auprès du vainqueur. Il fit quelques dispositions, brûla les lettres qui marquaient trop de zèle pour lui ; puis, trop faible pour vivre, il eut assez de résolution pour se percer de son épée (1). Ses troupes firent leur soumission à Vitellius.
A Rome, on apprit avec bonheur la mort du prince faible et débauché qui avait voulu réhabiliter la mémoire de Néron. Tous les citoyens promenèrent autour des temples les images de Galba, ornées de fleurs et de lauriers. Le sénat décréta des éloges pour les légions de Germanie.
(4) Tacit, Ann., lib. II.
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108 ÀI9NÂLES DE LÀ GAULE
Pendant ce temps-là, Titellius, ignorant sa victoire, marchait lentement avec les restes de Tarmée du Rhin et pressait la levée des Gaules pour renforcer les troupes laissées à la garde du fleuve sous le commandement de Hordéonius. Ayant appris le succès de ses généraux et la mort de son rival, il se rendit par la Saône à Lyon, où il trouva les chefs du parti victorieux et ceux du parti vaincu. Il ordonna aux légions d'aller au-devant de son fils encore au berceau, qu'on appointait couvert du paludamentum. 11 le prit dans ses bras, le nomma Germanicus et Tenvironna de toutes les distinctions impériales.
Tandis qu'il s'enivrait de son bonheur, un Boîen nommé Mariccius, descendant de ces Helvètes que César avait établis du côté de l'Allier, voyant que le pays était dégarni de troupes, imagina de se faire passer pour un dieu et de se proclamer libérateur de la Gaule. Il avait déjà rassemblé huit mille hommes et soulevé certains cantons, lorsque les Éduens, renforcés de quelques cohortes envoyées par Vitellius, marchèrent contre ce fanatique et dissipèrent sa petite troupe. Mariccius, fait prisonnier, fut livré aux bétes dans l'amphithéâtre de Lyon. Comme elles ne le dévoraient pas assez vite, Vitellius, pour en finir, le fit égorger sous ses yeux.
Livré à tous ses excès de table, le nouvel empereur n'exerça aucune cruauté envers les othoniens. Il quitta Lyon, entra en Italie, où les légions des deux partis montraient la plus grande animosité les unes contre les autres et faisaient prévoir que la paix ne serait pas de longue durée. A Turin, une querelle survenue entre les légionnaires et les Bataves faillit devenir très-grave. Vitellius, qui comptait sur la fidéUté des Bataves, préféra sévir contre les légionnaires et les envoya en Bretagne, d'où Néron les avait fait venir. A leur départ de Turin, une partie de la ville fut incendiée par les feux qu'ils avaient allumés durant la nuit. Vitellius ordonna de leur faire éviter Vienne, et ce ne fut pas sans peine que les chefs parvinrent à changer leur itinéraire. Combien devaient souffrir les populations froissées par cette
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soldatesque furieuse, qui disposait de la Torce, donnait des empires et n'était retenue par aucun frein !
Après avoir ordonné la dissolution des prétoriens, dispersé le parti vaincu, Vitellius reçut à Ticinium (Pavie) les députés du sénat, fit en public Téloge des légions et ne dit rien des auxiliaires. C'était la contre-partie de ce qui avait eu lieu dans Turin. Ce silence indisposa tellement les Bataves qu'il fut contraint de les renvoyer chez eux, où ils devinrent l'instrument de la révolte que préparait Civilis. .
De Ticinium, Vitellius alla dans Crémone et visita le champ de bataille théâtre de sa victoire; spectacle hideux, car depuis quarante jours les morts en putréfaction étaient restés sans sépulture et la terre était empoisonnée d'un sang infect. Au sortir de ce champ de carnage, il suivit un chemin que les Crémonais avaient jonché de lauriers et de roses, adulation déplacée qu'on leur reprochera bientôt et qui sera cause de leur perte.
Depuis la sédition de Ticinium, les légions vivaient en mauvaise intelligence avec les auxiliaires étrangers. Ils n'étaient jamais d'accord que pour égorger. A sept milles de Rome, des gens de la populace qui rôdaient dans le camp, s'étant amusés à détacher quelques ceinturons, dirent en plaisantant aux soldats de ceindre leurs épées. Ceux-ci prirent cette jovialité pour un affront et tombèrent sabre en main sur ces malheureux.
Vitellius fit enfin son entrée triomphale dans la ville, suivi de soixante mille hommes, la plupart couverts de peaux de bêtes. Il monta au Capitole, où sa mère le reçut et fut décorée du titre A'Augusta,
Rome regorgeait alors de soldats oisifs et indisciplinés. Les Gaulois et les Germains campèrent dans les lieux malsains du Vatican et se perdirent par l'usage immodéré de l'eau du Tibre. Lorsque les camps furent pleins, on logea les autres sous les portiques, dans les temples et jusque dans les maisons des citoyens. L'éclat de Tor frappa tellement leurs yeux, non habitués à voir tant de richesses, que, brûlant de les pos-
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séder, ils se livrèrent au pillage et tuèrent ceux qui voulaient s'y opposer (1); puis, changeant bientôt de caprices, ils demandèrent à grands cris la mort des chefs gaulois qui avaient combattu sous Vindex en faveur de Galba.
Il y eut dans toutes les rues des combats de gladiateurs. Vitellius ne craignit pas d'élever des autels à Néron, l'inventeur de toutes les corruptions et des crapuleuses orgies que rêvait la populace. Les honnêtes gens s'indignaient de pareils actes (2).
On remarque comme chose singulière que Vitellius n'ait pas arrêté la circulation des monnaies frappées aux effigies de Galba et d'0thon(3). Celles d'Othon, en argent, sont très-communes dans la Gaule. Le grand bronze y est aussi rare que partout ailleurs.
Vitellius n'est généralement connu que par ses excès de table et ses interminables repas. Dans un de ceux que lui donna son frère, on servit deux mille poissons et sept mille oiseaux, ce qui fit dire à un auteur du temps que si Vitellius eût régné de longues années toutes les richesses de l'empire auraient été dévorées pour ahmenter sa table.
Les légions d'Espagne avaient élevé Galba à l'empire; les prétoriens de Rome Othon; l'armée de Germanie VitelUus. Cet exemple devait être suivi par celle de l'Orient, que commandait Vespasien. Mucien, avec quatre légions, gouvernait la Syrie. C'était un chef entreprenant, plus propre adonner l'empire à un autre qu'à le prendre pour lui-même. Sous Néron, la jalousie le rendit hostile à Vespasien; mais les troubles du temps et la tyrannie qui régnait à Rome les réunirent bientôt dans l'intérêt de leur propre sûreté. Mucien persuada à Vespasien de prendre la pourpre. Vespasien hésita longtemps; mais, s'étant décidé, il entraîna les légions de
(1) Joseph, de Bell. Jud., Ub. IV. (%) Saet. in Vitel.
(3) Zonar, p. 492.
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la Judée, de la Syrie, de T Arménie, de la Cappadoce et des provinces de rAsae.
Il fut alors décidé entre les généraux que Mucien marcherait sur ritalie contre Vitellius; que Titus, fils de Vespasien, continuerait de faire la guerre aux Juifs, et que ce dernier se retirerait en Egypte pour affamer Rome et conserver une retraite assurée en cas de revers.
Mucien traversa le Cappadoce et la Syrie , se rendit à Byzance pour s'y embarquer sur la flotte et descendre à Brindes. Les gouverneurs de Tlllyrie, âgés et riches, ne prirent aucune part au mouvement. Antonius Primus seul, homme entreprenant , né à Toulouse et simple tribun de cohorte, débaucha leurs troupes et se créa lui-même général. Pendant que Vespasien suivait son plan de campagne, d'accord avec Mucien, Tardent Antonius entrait dans Aquilée, dans Padoue , battait la cavalerie campée à Ferrare et s'emparait de Vérone. Les prétoriens cassés par Vitellius vinrent le rejoindre et doublèrent les forces de sa petite armée.
Vitellius, réveillé par ces événements imprévus, leva des troupes, réunit huit légions qu'il mit sous le commandement de Cécinna, auquel il devait l'empire et dont la fidélité ne pouvait lui être suspecte. Pourtant ce général avait déjà traité secrètement avec Sabinus, frère de Vespasien, avec Antonius, et insinuait à son armée de reconnaître le nouvel empereur. Ces vieilles bandes gauloises se révoltèrent à l'idée de la trahison; elles chargèrent de chaînes Cécinna et allèrent rejoindre, à Crémone, quelques troupes restées fidèles (1).
Antonius, voyant cette armée sans général, marcha contre elle et la força de prendre la fuite. Les mauvais traitements exercés sur les vaincus furent horribles. Un soldat ibérien reconnut son père au moment où il allait le dépouiller.
Antonius délivra bientôt Cécinna des mains de son armée
(I) Tacit., HiBt., Ub II. — Dion., lib. LXV.
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et renvoya à Vespasien; il entra dans Crémone ^ qui fut pillée et livrée aux flammes : cinquante mille hommes furent assassinés dans Tenceinte et sous les murs de cette malheureuse cité; vengeance horrible du dévouement qu'elle avait montré à Yitellius en semant son chemin de fleurs et de lauriers.
Valons, parti de Rome pour remplacer Cécinna, apprit bientôt que l'armée vitellienne n'exislait plus. Il résolut de passer dans la Gaule pour y faire des levées; mais, ayant su , pendant qu'il était en mer, que la Narbonnaise reconnaissait déjà Yespasien et que les autres nations obéissaient au Batave Civilis, il rétrograda et fit naufrage sur des îles. Les partisans de Yespasien lui coupèrent la tête pour la montrer aux vitelliens et leur faire comprendre qu'ils ne devaient plus compter sur ce général.
Cependant Yitellius ne croyait pas encore à la défaite de son armée et à la présence d'Antonius à Crémone. Quand il ne lui resta plus de doutes, il envoya garder les passages de l'Apennin par quatorze mille prétoriens, la légion de la marine, quelques cohortes, et demeurait toujours à Rome, conférant des charges pour dix ans , afin de s'attacher les titulaires, qui n'ignoraient pas qu'elles seraient perdues s'il perdait l'empire. 11 allait enfin rejoindre ses troupes, quand le soulèvement de la flotte de Misène le força de retirer de l'armée deux légions que commandait son frère. L'une fut envoyée à Narni, à sept milles de Rome; l'autre dans la Campanie, pour surveiller la flotte.
Dès qu' Antonius eut appris le rappel de ces deux légions, il profita de son bonheur, passa l'Apennin et alla se retrancher dans CarsuUe, entre Todi et Terni. Des grands de Rome vinrent l'y rejoindre et faire leur soumission à Yespasien. Les deux armées n'étaient alors qu'à trois lieues de distance l'une de l'autre et conféraient entre elles; chaque jour amenait de nouvelles défections parmi les vitelliens. Elles devinrent générales quand les préfets Priscus et Alphénus eurent abandonné leurs troupes pour se rendre à Rome.
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Là gaule pendant la DOBIINATION ROMAINE 113
Il ne restait à Vitellius que cette grande cité, gouvernée par Flavius Sabinus, frère de Yespasien. Sabinus aurait pu la faire soulever. Le sénat et les grands l'en priaient; mais, pour éviter tout conflit , il aima mieux engager Vitellius à quitter l'empire, lui promettant, au nom de Yespasien, de l'argent et des terres en Campanie. Vitellius accepta et dit aux soldats qu'il renonçait à la pourpre.
Le lendemain, il sortit en habit de deuil, les larmes aux yeux, faisant part au peuple du projet qu'il avait adopté. Il quitta même son épée et la remit au consul. La foule protesta par ses cris en l'engageant à rentrer au palais.
Cependant, sur le bruit que Vitellius avait quitté l'empire, les premiers du sénat et des chevaliers s'étaient rendus chez Sabinus, où l'on sut bientôt que l'empereur, encouragé par le peuple et les Germains de la garde, avait changé de résolution. Sabinus ne trouva d'autre parti à prendre que de s'enfermer dans le Capitole avec quelques soldats, les personnages qui l'entouraient, et fit sommer Vitellius de tenir sa promesse. Vitellius objecta qu'il n'était pas libre. En effet , les Germains ne tardèrent pas à cerner le Capitole. Sabinus, se voyant pressé, fit demander à Antonius des secours qui ne purent arriver à temps. Les vitelliens, sans chef, traversent le Forum, et, s'approchant des temples qui le commandent, montent en bataille et s'avancent jusqu'à la première porte de la forteresse. Les assiégés, pressés de toutes parts, escaladent les vieux portiques et lancent des pierres, des tuiles aux assiégeants. Ceux-ci jettent à leur tour des torches enflammées contre la porte du Capitole et l'incendient. Sabinus fait boucher ce vide avec des statues et des frises arrachées aux monuments de la forteresse. Les Germains montent sur les maisons adossées à la muraille , y mettent le feu qu'elles communiquent aux vieux portiques. Le Capitole est entièrement consumé, ce qui n'avait jamais eu lieu, même du temps des Gaulois (1).
(4) Tacît., Hist., lib. III.
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m ANNALES DR LA GAULE
Le carnage devient horrible. Chacun cherche son salut dans la fuite; Doniitien s'évade parmi les sacrificateurs. Sabinus est pris et conduit ^ chargé de chaînes , à Yitellius auquel on demande sa mort. Yitellius allait intercéder pour ce frère de Yespasien. Les soldats ne lui en laissent pas le temps. Ils tranchent la tête à Sabinus et traînent son corps aux gémonies.
Pendant que ces choses se passaient, Yitellius , désirant renouveler son accord, envoya des députés, des vestales même auprès d'Antonius. Ce dernier fit réponse que la mort de Sabinus et Tincendie du Capitole avaient rompu toute voie d'accommodement. Il marcha sur Rome. Les prétoriens sortirent pour le repousser. On se battit dans le camp, dans les jardins et à toutes les portes de la ville. Cette confusion, ces massacres plaisaient au peuple qui , comme au cirque , encourageait les combattants par ses applaudissements et ses cris.
Yitellius, voyant Rome prise, se retira, par les jardins, dans la maison de sa femme, située sur FAventin. Il revint bientôt au palais et le trouva désert. Il se cacha dans la loge d'un portier où il fut mordu par les chiens. Les soldats arrivent,- le découvrent et l'arrachent de son repaire. Le malheureux empereur, conduit, à demi nu, le long de la voie Sacrée, les mains liées derrière le dos, est insulté par la populace, qui rit de son gros ventre, de sa figure avinée et de sa démarche chancelante. Elle l'appelle incendiaire , gourmand, ivrogne, et, après l'avoir couvert d'ordures, elle attache contre sa poitrine une épée dont la pointe, dirigée vers son menton, le force à lever la tête et à regarder ses statues qu'on met en pièces, ainsi que les inscriptions portant qu'il était né pour le bonheur et la concorde des Romains. Enfin, après avoir été couvert de blessures, on l'achève et l'on jette son corps dans le Tibre.
La paix était encore loin d'exister dans l'enceinte de Rome : les soldats exigeaient des habitants l'ouverture de leurs maisons sous prétexte qu'elles recelaient des vitelliens.
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Partout des cris, des lamentations et les horreurs d'une ville prise d'assaut. Domitien s'était emparé du titre et de la demeure des Césars ; mais tout le pouvoir résidait (tens Antonius, cet obscur centurion gaulois qui, sans ordres, sans autorité, avait conquis l'empire à Vespasien et commandait dans Rome en son nom.
Sa dictature dura jusqu'à l'arrivée de Mucien. Mucien le traita avec toutes sortes de distinctions, mais il lui fit comprendre qu'il devait accepter le gouvernement d'Espagne , et qu'il était urgent de renvoyer ses légions en Orient et en Germanie. La ville, ainsi purgée de ces éléments de discorde, reprit son ancien aspect, les lois leur cours, et les magistrats leurs fonctions.
Yespa^en était dans Alexandrie, attendant des vents propices pour se rendre à Rome, lorsqu'un aveugle et un paralytique vinrent se jeter à ses genoux, le priant de les guérir au nom du dieu Sérapis. Vespasien hésita longtemps, mais, plein de confiance en sa fortune, il fit ce qu'on lui demandait. Le paralytique recouvra l'usage de la main, l'aveugle revit la lumière. Ces prodiges, dit Suétone, fournirent à Vespasien Toccasion d'acquérir de l'autorité et d'entrer dans Rome environné de gloire et de prestige.
Les camps n^étaient remplis que de factieux du temps de Vitellius; la guerre civile existait partout. Provoquée dans la Gaule par un sentiment de patriotisme et de nationalité, elle ne fut comprimée que deux ans plus tard.
On se rappelle que Cécinna, marchant sur Rome après sa victoire de Crémone, avait renvoyé dans leur pays les cohortes bataves. Ces troupes, mécontentes, n'attendaient que le moment favorable pour se soulever. Civilis, un de leurs principaux chefs, en fournit le prétexte en parlant de rendre la liberté à sa patrie et d'en former un royaume. Ce général, allié des Romains, ayant acquis beaucoup de gloire en Germanie et dads la Brets^ne avec les troupes de sa nation, fit semblant de s'attacher au parti de Vespasien, et, dans le temps où l'on recrutait pour les légions, il profita du mécon-
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tentemeDt général pour convoquer à un festin les principaux Bataves dans une forêt consacrée* par les druides.
Il harangua l'assemblée avec beaucoup d'art, en débutant par réloge de la nation, et représenta que le pays était dénué de légions, que la Gaule conspirait avec lui , que s'ils étaient vaincus, ils se feraient un mérite de leurs revers auprès de Yespasien ; que, vainqueurs, ils n'auraient aucun compte à rendre. Les assistants furent entraînés. On députa secrètement près des Caninéfates et des cohortes bataves cantonnées à Mayence et dans l'île des Bretons pour les faire entrer dans le complot. Brinnon, dont le père avait bravé la ridicule entreprise de Caligula contre la Bretagne, eut le commandement des troupes confédérées. De concert avec les Frisons, il attaqua par mer un camp romain renfermant deux cohortes. Ce retranchement pris , les forts voisins n'étaient plus tenables, aussi les préfets les firent-ils évacuer après y avoir mis le feu ; preuve qu'il y avait, à cette époque, de petites forteresses sur les rives maritimes de la Gaule.
Civilis aurait voulu inspirer aux Romains assez de confiance pour qu'ils restassent dans ces postes que Brinnon aurait facilement enlevés. Sa ruse n'ayant pas réussi^ il marcha contre les légions, qu'il trouva rangées en bataille le long du Rhin. Les auxiliaires tongres passèrent de son côté, ainsi que la flotte, dont les équipages, formés seulement de Bataves, se composait de quatre-vingts navires commandés par des centurions, que les matelots égorgèrent.
Civilis, montrant tout son art pour s'allier au reste de la Gaule, renvoya aux différentes nations leurs officiers et leurs soldats qu'il avait faits prisonniers, et représenta à ceux-ci, avant de les congédier, que l'on touchait au moment de secouer le joug; que si la révolte de Vindex n'avait pas réussi, la cause en était à la cavalerie batave, qui avait écrasé les Éduens et les Arvemes ; que les Romains enfin étaient divisés au sujet de Yitellius et de Yespasien , et qu'il était temps de composer un royaume des plus riches provinces de la Gaule.
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Hordéonius, général des légions du bas Rhin^ n^avait pas été d'abord fâché de ce soulèvement, qu'il regardait comme favorable aux intérêts de Vespasien ; mais, quand il vît les sourdes menées et les succès dé Civilis, il envoya contre lui la cavalerie des Trévires et deux légions, qui furent défaites et contraintes de se retirer dans le camp de Vétéra.
A la même époque, les cohortes de Batàves et de Caninéfates qui fiaient renforcer l'armée de Vitellius, ayant appris la défection de Civilis , rétrogradèrent pour aller le rejoindre et passèrent devant le camp romain. Trois mille légionnaires et des Belges en sortirent pour arrêter leur marche. Les Bataves les refoulèrent dans leur camp, égorgeant tous ceux qui ne purent y rentrer.
Civilis, renforcé de ces vaillantes cohortes, fait reconnaître Yespasien par son armée et députe près des légions de Yétéra pour en recevoir le serment. Celles-ci, indignées, refusent, se fortifient et rasent une ville qui s'était formée sous leur camp. Civilis vient les assiéger et couvre les deux rives du Rhin de son infanterie, ayant pour étendards des enseignes et des figures d'animaux sauvages que, dans les grandes crises, ces peuples retiraient de leurs bois sacrés. Civilis fait mille efforts contre le camp romain. H est repoussé et n'a d'espoir de s'en emparer que par la famine.
Cependant Hordéonius, qui commandait l'armée de Germanie, envoie Vocula, lieutenant de la dix-huitième légion, au secours des assiégés, avec ordre de longer les bords du Rhin. Malheureusement, Vocula et Hordéonius n'avaient pas la confiance du soldat, qui les accusait de tenir au parti de Vespasien. Hordéonius, désirant se justifier, montra des lettres par lesquelles il demandait du secours à la Gaule. Des renforts arrivèrent, en effet, devant Cologne et servirent peu, car la contenance de Civilis faisait croire à tous que le pouvoir des Romains tirait à sa fin. Hordéonius, devant ces mauvaises dispositions des esprits, remit son commandement à Vocula, auquel il adjoignit Gallus.
Civilis, voyant augmenter ses forces, ordonna à chaque
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nation d'attaquer séparément les Ubiens, les Trévires, les Ménapiens et les Morins. Les cohortes des Ubiens furent taillées en pièces. Civilis, fier de ce succès, vint presser le siège de Vétéra ; mais il dut encore une fois céder à la valeur et aux moyens de défense des légions.
Ces événements avaient lieu en même temps que la défaite des Yitelliens à Crémone. Antonius, jugeant le succès de Civilis favorable à la cause de Vespasien, le fit connaître à son armée et manda sa propre victoire à Hordéonius. Celui-ci reprit le commandement de Vétéra et prescrivit aux soldats de prêter serment à Vespasien. Les auxiliaires indifférents obéirent, les légionnaires balancèrent et le prêtèrent, toutefois en murmurant la plupart.
Civilis reçut alors des lettres d'Antonius qui rengageaient à mettre bas les armes , ayant atteint le but s'il désirait réellement servir Vespasien. Civilis, au lieu de se soumettre, fondit sur le camp de Vocula. Les Romains chancelèrent d'abord et repoussèrent ensuite les Bataves; mais, au lieu de les poursuivre, Vocula fit renforcer son retranchement, ce qui gâta sa victoire et éveilla contre lui des idées de trahison. Les soldats, toujours attachés à Vitellius, murmurèrent et protestèrent avec fureur qu'ils n'endureraient plus désormais la famine et la conduite indécise de leurs généraux.
Civilis, auquel on avait donné le temps de se refaire, revint assiéger Vétéra et obtint l'avantage dans un combat de cavalerie. Ce succès exaspéra de nouveau les assiégés. Ils demandèrent la gratification envoyée par Vitellius. Hordéonius la distribua au nom de Vespasien, cause d'une nouvelle sédition. Tous se répandent en débauches, s'attroupent durant la nuit, tirent Hordéonius de son lit et regorgent. Vocula aurait éprouvé le même sort s'il ne s'y fût soustrait déguisé en esclave. Les légions soulevées envoient des centurions dans la Gaule pour solliciter des secours d'hommes et d'argent ; mais bientôt cette multitude sans chefs, ne sachant quel parti prendre contre Civilis, qu'elle
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craint de revoir sous les murs du camp, rétablit les images de Yitellius, rappelle Yocula et renouvelle entre ses mains le serment à Yespasien.
La mort de Vitellius, confirmée dans les Gaules, y produisit, verrons-nous bientôt, deux guerres au lieu d'une. Les Gaulois crurent que la fin de Tempire approchait; les druides s'en allaient publiant partout que l'incendie du Capitole en était le pronostic le plus certain.
Alors Civilis s'entendit avec les chefs gaulois Julius Sabinus, Julius Tutor et Classions, préfet d'un corps de cavalerie trévire. Le premier était de Langres, les deux autres de Trêves. Classicus, Tutor et Sabinus eurent une conférence à Cologne, dans laquelle ils arrêtèrent de fortifier les Alpes et de proclamer l'indépendance de la Gaule. Vint ensuite la proposition de massacrer les soldats de Yitellius comme perfides et souillés du sang de leurs généraux ; mais ils jugèrent prudent d'attendre, espérant que ces soldats passeraient dans leurs rangs.
Yocula n'eut pas plus tôt connu ces résolutions qu'il écrivit aux nations gauloises que les guerres civiles n'avaient pas tellement affaibli la puissance romaine qu'elle ne pût résister à Civilis; que leur soulèvement tenait à ce qu'on les traitait avec trop de douceur, que la faute en était à Galba, qui avait soufflé cet esprit de révolte par la suppression des tributs.
Classicus, l'un des chefs 'confédérés, répondit à ces menaces en se posant fièrement devant l'armée romaine. Les centurions et les soldats des deux camps se voyaient sans cesse. Les légionnaires, ébranlés, passèrent à l'ennemi, aimant mieux s'attacher à la fortune des Gaulois que de reconnaître Yespasien pour empereur. Yocula fut assassiné; les deux armées prêtèrent serment à Vempire des Gaules. C'est le premier empire qui ait été proclamé dans nos contrées.
Les chefs gaulois Tutor et Classicus, qui s'étaient partagé les soins de la guerre, entraînèrent les légions du haut Rhin
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• (de Bonn et de Mayence). Celles de Vétéra, privées de généraux et longtemps indécises, ne se rendirent qu*à la dernière extrémité, voyant que tout était au pouvoir de ceux qu'elles avaient fait maîtres de leur vie ou de leur mort.
Ce résultat surprit désagréablement Civilis, qui rêvait la royauté de sa nation. Il ne se soumit, ni lui ni les siens, au serment nouveau , se croyant assez fort avec ses Bataves et l'assistance des auxiliaires d'outre-Rhin pour disputer l'empire aux Gaulois. Velléda , espèce de prophétesse née chez les Bructères, avait d'ailleurs annoncé le succès des Germains. Civilis battit et incorpora dans ses troupes un corps de l'armée romaine commandé par Labéo, et s'attacha tous les peuples des bords du Rhin , sans en excepter les Ubiens.
Pendant que ces choses avaient lieu dans le nord de la Gaule, il sui^issait une nouvelle prétention qui comprometfait l'avenir des deux premières. Sabinus, l'un des chefs confédérés, à la tête des Langrois et des Séquai^es, commençait les hostihtés dans l'intérêt de sa propre grandeur. S'étant fait proclamer César, il détruisit tous les monuments qui rappelaient l'alliance romaine. On place dans le nombre la colonne de Cussy, qui se voyait dans le pays éduen; mais ce chef, bientôt écrasé par les légions, prit la fuite et se retira dans sa maison, à laquelle il mit le feu. Le bruit qu'il avait péri dans les flammes s'étant propagé, il sut prolonger sa vie durant l'espace de neuf années, en se cachant dans un souterrain. Nous verrons plus tard quelle fut sa destinée et celle d'Éponine, sa noble et vertueuse épouse.
La défaite de Sabinus causa de fâcheuses impressions parmi ceux qui rêvaient encore à l'indépendance de la Gaule. La jalousie surgit entre diverses provinces. On s'y demanda qui conduirait la guerre, quelle ville serait la capitale du pays. Ces indécisions arrêtèrent la fureur des confédérés. L'empire des Gaules ne fut bientôt plus qu'un mot ; on décida de se réunir en assemblée générale pour discuter les avantages de la paix et ceux de la liberté.
Dès lors, il n'y eut plus de concert entre les confédérés
touchant les choses de la guerre. Civilis s'obstinait à garder les déserts de la Belgique, Tutor laissait passer les Alpes à la vingt et unième légion et aux cohortes auxiliaires de la Rhétie.
Aussitôt que Mucien eut appris le massacre des généraux romains dans la Gaule, il envoya Annius et Cérialis prendre le commandement des troupes restées fidèles. Ce dernier ne fut pas plus tôt entré dans Mayence qu'il congédia les auxiliaires gaulois, en disant que l'empire avait assez de ses légions. Ce trait fortifia les auxiliaires dans la soumission. Ayant rencontré, à deux heues de Trêves, Yalentinius retranché avec un corps considérable de Trévires, Cérialis l'attaqua et le fit prisonnier avec les principaux Belges. Le lendemain, il entrait à Trêves, patrie de Classicus et de Tutor, auteurs du massacre des légions. Les soldats voulaient la saccager, promettant d'abandonner le butin au fisc, et se contentant de l'embrasement d'une colonie rebelle qui avait détruit tous leurs camps. Cette fureur se dissipa à l'arrivée des malheureuses légions venant de Metz, lesquelles avaient à se reprocher leur soumission à l'empire des Gaules. Elles entrèrent mornes et silencieuses dans Trêves. Les vainqueurs leur tinrent compte de leur contenance modeste et promirent qu'on ne rappellerait jamais le passé.
Bientôt Cérialis convoqua une assemblée de Trévires et de Langrois, et leur dit que si Rome était intervenue dans leurs affaires c'était sur la demande de leurs ancêtres, toujours exposés à l'invasion des barbares, aux attaques d'un nouvel Arioviste; qu'ils payaient, en définitive, moins de subsides que s'ils étaient obligés de se garder eux-mêmes ; enfin, que tout était commun entre eux et les Romains, puisque des Gaulois commandaient les légions et gouvernaient des provinces. Ce discours rendit le calme et le courage à ceux qui l'entendirent.
Pendant ce temps-là, Civilis et Tutor, qui avaient peu de foi dans le désintéressement de Rome, réunissaient leurs forces accrues par de nouveaux renforts, ne sachant pas
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toutefois s'ils attaqueraient de suite ou s'ils attendraient leurs auxiliaires d'outre-Rhin. Tutor représenta que l'arrivée des Germains était incertaine et que les forces ennemies grossiraient de jour en jour. Les hostilités furent résolues.
L'armée des confédérés marcha sur Trêves et fondit si brusquement sur les légions que Cérialis reposait encore dans son lit lorsqu'on vint le prévenir que ses troupes étaient attaquées et battues. C'était dans les circonstances périlleuses que ce général montrait le plus d'intrépidité. Il se jette au milieu des légionnaires, les réunit, rétablit ses communications sur la Moselle et s'empare du camp gaulois dont il détruit les remparts.
Civilis allait se retirer sur Cologne lorsqu'il apprit que cette ville lui ferait résistance et que les Ubiens, après avoir enivré, dans un grand festin , les cohortes sur lesquelles il devait compter, avaient mis le feu aux maisons où elles dormaient avinées, pendant la nuit. Ce désastre fut compensé par quelques succès remportés dans les plaines de Metz par Classions et ses Caninéfates sur la cavalerie romaine.
Ces révoltes, grossies à Rome, forcèrent Domitien et Mucien à venir dans la Gaule. Ils étaient au pied des Alpes lorsqu'ils surent la défaite des Trévires ; on leur présenta Valentinius, général des confédérés, fait captif à Trêves. Ils l'envoyèrent au supplice. Alors Mucien représenta au prince que, le ciel s' étant chargé d'abattre les ennemis de l'empire, il siérait mal à un César d'arriver à la tête des troupes quand la guerre était presque finie, car les Bataves seuls ne méritaient pas des généraux si importants. Il lui conseilla de se tenir à Lyon, où la splendeur de la puissance impériale frapperait les regards, où il serait tout prêt pour les grandes opérations.
Domitien, nourrissant des projets ambitieux contre Titus, son frère, désirait commander l'armée. N'ayant pu obtenir que Cérialis se retirât, il résolut de ne pas s'occuper d'affaires, feignit de n'aimer que les lettres, pour se soustraire aux investigations de ses surveillants.
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Titus continuait alors sa guerre de Judée. Le dernier jour de Jérusalem et de son temple célèbre approchait. Ce pays, ayant vu s'éteindre la race de ses rois, se trouva réduit, sous Claude, en province romaine, et gouverné par des chevaliers ou des affranchis. Félix, du nombre de ces derniers, se distingua par toutes sortes de cruautés. Les Juifs, exaspérés, commencèrent une guerre qui fut longue et força Titus à venir camper sous les murs de Jérusalem, dont la destruc* tion était annoncée par de nombreux prodiges : on avait vu dans l'air des feux surnaturels; les portes du temple s'étaient ouvertes d'elles-mêmes, et Jésus, fils d'Ananias, s'était écrié sous les murs de la sainte et grande cité : a Malheur, « malheur sur la ville ! malheur sur le temple ! malheur sur « le peuple 1 malheur sur moi (1) ! » Ces prophéties ne tardèrent pas à se réaliser par les victoires de Titus.
Cependant le chef gaulois Civilis, toujours acharné contre les légions, reçoit de nouvelles troupes de Germanie et vient camper autour de Vétéra , théâtre de ses premiers succès. Cérialis l'y suivit et fut arrêté par un marais que son adversaire avait submergé. L'impatience d'en venir aux mains devint telle qu'on se battit sans résultat dans ce bourbier. Les deux armées choisirent d'elles-mêmes un autre terrain sur lequel il fallait vaincre ou mourir : Civilis dans l'intérêt de sa gloire , Cérialis pour entrer dans Vétéra , d'où les légions rougissaient d'avoir été chassées. Le combat fut acharné. Les Germains, défaits, se sauvèrent précipitamment vers le Rhin. Civilis, jugeant qu'il ne pouvait défendre toutes les places des Bataves , prit avec lui tout ce qu'il put emporter, mit le feu au reste et se retira dans une tle que formait le Rhin à son embouchure.
Bientôt renforcé par de nombreux détacheipents que Tutor et Classicus lui amenèrent, il sortit de son ile, détruisit la digue que Drusus avait fait construire, et se mit à couvert par d'immenses inondations. Les légions, entourées
(i) Joseph., de Bell. Jud., lib. VIL
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d'eau, furent atttaquées. Leur général les dégagea avec sa cavalerie et poursuivit les Germains jusqu'auprès du fleuve, que Civilis, Glassicus et Tutor passèrent sur des bateaux.
Civilis, saisi de l'ambition d'étaler une armée navale aux yeux des Romains, équipa un grand nombre de navires qu'il fit manœuvrer au confluent de la Meuse et du Rhin pour intercepter les convois qui apportaient des vivres aux légions. Cérialis lança sa flotte contre ces navires. On s'envoya de loin quelques traits et Ton se sépara.
Civilis, s' étant retiré de l'autre côté du Rhin, laissa le champ libre à l'armée romaine, qui passa dans Tile des Bataves et la dévasta. Ses progrès furent mterrompus par des inondations qui couvrirent le pays durant l'automne. Les légions pouvaient être facilement détruites dans ce marécage. Les Germains poussaient Civilis à les attaquer; mais il traitait alors secrètement avec Cérialis par l'entremise de Yelléda, qui avait monté les esprits, et qui maintenant engageait Civilis à mériter la paix de Rome. Il faiblit comme avait fait sa gloire, et représenta aux Bataves que leur pays avait subi mille désastres, et que s'ils avaient pris les armes pour Yespasien, il n'y avait pas lieu de continuer la guerre puisque Yespasien était empereur, à moins qu'ils n'en voulussent au peuple romain ; qu'il y avait, en définitive, moins de honte pour eux de supporter les princes de Rome que les prophétesses des Germains.
Civilis demanda une entrevue au général romain. Elle eut lieu sur un pont du Wahal. Le Batave prétendit avoir obéi aux ordres d'Antonius, qui l'exhortait à la guerre afin d'occuper les légions de la Germanie; qu'il remettait maintenant répée au fourreau et ne la tirerait jamais qu'au service de l'empire pour lequel il avait hasardé tant de fois sa vie. Cérialis reçut ses excuses, le rétablit dans ses biens, accorda la même grâce à Classicus, à Tutor et à cent treize sénateurs de Trêves engagés dans la même sédition (1).
(4) Frontin., lib. IV.
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LA GAULE PEia)ANT LA DOMINATION ROMAINE 125
Ainsi se termina la patriotique entreprise de Civilis et des autres chefs gaulois. Elle aurait pu réussir si toutes les nations s'étaient entendues entre elles ; mais l'incapacité des chefs, leurs vues personnelles la firent complètement échouer. Cette guerre fut terminée en l'année 72, deux ans après l'entrée de Yespasien dans Rome. Nous ferons remarquer que ces insurrections furent les dernières qui eurent heu contre le peuple romain, et que les nations, satisfaites de l'état présent, ne bougèrent pas, se regardant désormais comme étant liées à l'empire, dont elles partageaient les destinées et la grandeur.
Reste à parler maintenant de Sabinus, qui avait pris le titre de César et avait fait croire qu'il était mort après sa défaite. Nous anticiperons un peu sur le temps pour rappeler son infortune, qui terminera l'histoire de ce dernier réveil des nations gauloises.
Il aurait pu s'enfuir en Germanie, mais il préféra vivre dans un souterrain que de se séparer de sa chère Éponine, épouse dévouée, qui venait le voir la nuit et retournait le jour à sa maison, où elle ne cessait de le pleurer. Durant les neuf années qu'il fut ainsi renfermé, Éponine mit au monde deux fils, dont elle accoucha auprès de son époux. Ce mystère ayant fini par être découvert, Sabinus, sa femme et leurs enfants furent arrêtés et conduits à Rome. Éponine se jeta aux pieds de l'empereur avec ses fils, en s'écriant : a Prends pitié, César, de ces deux pauvres créatures qui ont pris naissance dans le tombeau. Nous les avons mises au monde afin qu'il y eût un plus grand nombre de suppliants pour implorer ta miséricorde, et que tu voulusses nous faire grâce en faveur de ces innocents, qui ne t'ont point offensé ! »
Yespasien, que l'on n'accusera pas de cruauté, fut néanmoins insensible à ces prières et envoya Sabinus et Éponine à la mort. Leurs enfants furent conservés : l'un mourut en Egypte; Plutarque, étant à Delphes, rencontra l'autre, duquel il apprit cette touchante histoire.
n nous reste à parler des actes de Yespasien depuis la fin
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des guerres civiles jusqu'à sa mort. Les Germains n'osèrent rien entreprendre contre la Gaule durant cette période. Quelques légions romaines se rendirent dans Tile des Bretons, laquelle, ayant été paisible pendant dix années, fut troublée par des peuples qu'on n'avait pas encore désarmés. Cet état de choses était dû à Bolanus, gouverneur de l'île, qui s'y était fait aimer en laissant les soldats sans discipline et les ennemis sans guerre. Yespasien le remplaça par Yénutius, qui combattit le roi des Ordovices (1) et réduisit ses États à l'obéissance. Le tribun Agricola, beau-père de Tacite, prit part à ces victoires. L'tle demeura tranquille jusqu'en l'année 77. A cette époque, Agricola, qui venait d'être nommé consul, y fut renvoyé. Il battit les Ordovices, soumit File de Mone , anciennement conquise , mais perdue depuis par la révolte des peuples.
TUas. Yespasien mourut en l'année 79, après un règne de dix
^^* ans ; son fils Titus lui succéda. Titus, dans sa jeunesse, avait commandé en qualité de tribun sur les bords du Rhin, ensuite en Bretagne, où on lui éleva plusieurs statues pour rendre hommage à sa modération et à son activité. Chargé d'entreprendre la guerre contre les Juifs, il prêta sa main à Dieu, comme il le dit lui-même, pour châtier les infamies de »ce peuple et ruiner Jérusalem.
En arrivant de la Judée à Rome, il fut associé à la puissance de son père et commit {riusteurs actes qui lui ont été durement reprochés. Lorsqu'il gouverna seul, il montra de grandes vertus et fut appelé P amour et les délices du genre humain.
On ne cite aucun mouvement dans la Gaule durant son règne. Agricola fit sa troisième campagne dans l'ile des Bretons et s'avauça vers le nord jusqu'au Tay, rivière de l'Ecosse actuelle.
Ce fut du temps de Titus qu'eut lieu la fameuse éruption du YésuVe qui fit disparaître les villes de Herculanum et de
[\) Tacit. in Agric,
Pompéi. La Providence a permis que ces deux cités, jadis florissantes, restassent pendant dix-huit siècles ensevelies sous leur Unceul de cendres , pour offrir des aliments à la curiosité de notre âge et nous instruire des habitudes privées, des arts et de l'immoralité du monde païen.
Titus mourut le 13 septembre 81, après un règne de deux ans et quelques mois.
Hen. L'avènement de Domitien, frère de Titus, à la pourpre fut célébré par une grande victoire d'Agricola sur les Calédoniens (Écossais). On place à cette époque un fait qui mérite d'être rapporté. Pinceurs cohortes de Germains, ennuyées de servir en Bretagne et voulant retounier dans leur pays, tuèrent leurs chefs et s'embarquèrent sur trois navires. Un de leurs pilotes, dévoué aux Romains, fit une fausse manœuvre et ramena son embarcation sur les côtes. De peur que les autres pilotes n'en fissent autant, les Germains les égorgèrent et se dirigèrent au hasard ; ils firent absolument le tour de la Bretagne (1) , ce qui apprit que cette terre était une de. Agricola en fit reconnaître les côtes l'année suivante par sa flotte.
Domitien eut, deux ans après, la fantaisie de visiter la Gaule pour en faire, disait-il, le dénombrement, mais n'ayant en réalité d'autre projet que de courir après la gloire. Il fondit à l'improviste sur les Cattes et sur d'autres peuples de la rive droite du Rhin, presque tous alliés de l'empire. Cette campagne lui valut le triomphe des Cottes et lui confirma le titre de Germaniqitey qui lui est attribué dans toutes les inscriptions postérieures à cette guerre. Il augmenta d'un tiers la paye des soldats et usa de mille violences pour se procurer de l'argent. Agricola remporta de nouvelles victoires en Bretagne. Domitien se para de nouveaux titres. L'tle fut perdue quand il eut rappelé le général habile dont il enviait la gloire.
On vit Tannée suivante (84) passer dans la Gaule Ganna,
(4) Dion., lib. LXVI.
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vierge germaine, élève de Velléda, allant à Rome où Domitien lui fit rendre toutes sortes d'honneurs. Sa présence aurait excité la curiosité si la ville éternelle n'eût été consternée par les cruautés du tyran qui la décimait. Il faisait égorger les amis de son frère et s'attribuait des honneurs divins. Tous les jours, les avenues du Capitole étaient encombrées de bêtes qu'on immolait en aussi grand nombre devant ses statues qu'il sacrifiait d^hommes à sa colère (1). 88. Les chefs militaires, voyant que la sécurité n'existait nulle
part, conspirèrent contre un pouvoir qui déshonorait l'empire. Antonius, auquel Vespasien devait la pourpre, se fit déclarer Auguste aux environs de Mayence. Cette révolte pouvait devenir très-grave, car Antonius avait réclamé le secours des Germains. Domitien s'en émut et partit pour la Gaule, suivi de plusieurs légions et d'un grand nombre de sénateurs, qui craignaient de perdre la vie s'ils eussent paru l'abandonner. A peine avait-il passé les Alpes que LuciusMaximus marcha contre Antonius, le battit et le tua de sa propre main. Maximus tint alors une conduite qui l'honorera toujours aux yeux de la postérité, en faisant brûler les papiers de l'ambitieux général, qui révélaient le nom de ses complices.
Le nombre des victimes n'en fut pas moins grand, et la terreur fut augmentée dans l'empire par des gens dont l'atroce amusement con^stait à piquer avec des épingles empoisonnées toutes les personnes inofiensives qu'ils rencontraient. Plusieurs assassins furent découverts et punis du dernier supplice (2).
La* récolte des vins ayant généralement manqué en Italie et dans les provinces, Domitien lança, en 91, un édit par lequel il ordonnait d'arracher au moins la moitié des vignes de la Gaule : preuve que le vin y était abondant dès cette époque reculée.
(h) PliD. — Trajan. Paneg.
(t) Dion.,lib. LXVII.
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Domitien n'avait encore affligé l'empire que par des intervaUes de fureurs et de cruautés. L'année 95 vit éclore la guerre sanglante qu'il fit au sénat et aux citoyens. Le carnage régnait dans Rome; on exilait jusqu'aux dames les plus illustres. La même persécution s'exerça contre les Juifs ^ dont la ville était remplie depuis la destruction de Jérusalem.
Suétone, qui rapporte ce fait, parait encore confondre les Juifs avec les chrétiens.
Dieu permit ces rigueurs, dit saint Hermas, pour châtier les vices d'une infinité de nouveaux convertis. Des prêtres s'acquittaient mal de leurs fonctions, pillaient le bien des veuves, des orphelins, et s'appropriaient les oblations des fidèles, au lieu de les distribuer aux pauvres.
D^un autre côté, les maîtres se plaignaient de l'indiscipline de leurs esclaves, qui se croyaient afiTranchis par la loi nouvelle. Les revenus des temples diminuaient; les offrandes n'allaient plus qu'aux prêtres chrétiens. Domitien, voulant donner satisfaction aux plaintes de l'hellénisme, ordonna la rigoureuse exécution de ses édits. Saint Jean l'évangéliste fut jeté dans une chaudière d'huile bouillante qui se refroidit miraculeusement. Le consul Clément, oncle de l'empereur, souffrit le martyre ; la femme de ce malheureux prince et sa nièce Flavia furent reléguées dans des iles désertes, accusées d'athéisme et d'avoir suivi les mœurs des Juifs (1). On devenait athée si Ton abandonnait le culte des dieux. Le christianisme formait donc une congrégation déjà trèspuissante et très-répandue dans les hautes classes, puisqu'un consul de race impériale est égorgé pour en avoir suivi les dogmes.
Aux inquiétudes que la nouvelle religion causait au culte païen, nous joindrons les attaques de certains philosophes qui ne le ménageaient pas, et dont toute la science consistait à tirer des pronostics du vol des oiseaux et de certains plis
(4) Eu8eb.,lib. m.
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130 ANNiXES DS LA GAULE
qui existent dans la main (1). Domitien en fit mettre plusieurs à mort, chassa les autres et ordonna de crucifier les libraires qui colportaient leurs ouvrages.
Les philosophes, efirayés, quittèrent l'habit de leur profession et s'enfuirent à l'extrémité des Gaules (2). Il serait étonnant qu'aucun chrétien n'eût suivit la même direction, quand on voit l'Église de Rouen admettre pour son premier pasteur saint Nicaise, vivant à l'époque de ces persécutions.
Le plus célèbre de tous ces philosophes était Apollonius de Tyane, dont Philalèthe a osé faire un parallèle avec Jésus- Christ. On lui éleva même des temples, et ses images se virent quelquefois à côté de celles du Sauveur. Cette superstition dura jusqu'à la fin du iii'' siècle. Eunape essaya de la faire revivre et ne put trouver de disciples.
Domitien était inquiet de l'heure de sa mort, que certains astrologues avaient prévue. Pour déjouer leurs prédictions sinistres, il dressait des listes de proscription et faisait disparaître ceux qui blâmaient ses actes et ses mœurs. Certains personnages de sa maison, ayant su que leurs noms y figuraient, se concertèrent et Tassassinèrent dans son palais. Ainsi se trouva éteinte la race des Flaviens. Cet empereur clôt la liste des douze premiers Césars que Suétone a immortalisés, moins par le souvenir de leurs vertus que par l'effrayante exposition de leurs cruautés et de leurs vices.
Le second siècle de l'occupation romaine, dans lequel nous entrons, est celui qui a le plus contribué à la prospérité de la Gaule ; il vit sui^r des monuments, éclore la seconde phase de la littérature latine, produisit des hommes illustres dans les sciences et dans les lettres. On le nomme généralement le siècle des Antonins. Nous en parlerons seulement dans la conclusion de ce travail, pour ne pas mettre en seconde ligne le récit des faits qui se pressent et présentent un intérêt qui ne doit pas être interrompu.
(4) Suidas, p. H%.
(2) PhiloBtr., lib. VIIÎ.
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Nerva^qui reçut la pourpre, était un de ces personnages suspects que Domitien avait exilés dans les Gaules. Il rappela les bannis. Les chrétiens, qui en faisaient partie, purent rentrer en Italie et jouir de leurs biens; les prétoriens, mécontents, demandèrent la mort de ceux qui avaient égorgé Domitien. Cette exigence, coïncidant avec la défaite des légions en Pannonie , contraignit Nerva d'adopter un successeur. Il choisit Trajan, auquel il donna le titre de César et le nom de Germanicus. Tel fut le dernier acte de sa vie poUtique. Il mourut après seize mois de règne.
Trajan, né à Italique, ville d'Espagne, résidait à Cologne, où il commandait les légions depuis la mort d'Antonius. Il reçut la soumission des Germains, qui lui demandèrent la paix. Bientôt ce& nations tournèrent leur propre férocité contre elles-mêmes, et leurs querelles intestines devinrent la sécurité de tout l'empire. Les Camaves et les Angrivariens, ayant entrepris de chasser les Bructères du pays qu'ils occupaient sur la rive droite du Rhin^ commencèrent une lutte qui fut des plus sanglantes. Les légions y assistèrent de leurs camps , et virent de sang-froid et avec satisfaction tout un peuple égorgé : c< La bonté des dieux, dit Tacite [Mœurs des Germains]^ nous ménagea jusqu'au plaisir de contempler ce combat; car, sans être obligés de descendre sur l'arène, nous vîmes avec bonheur soixante mille hommes se faire égorger sous nos yeux. Puisse, au défaut d'affection pour nous, subsister éternellement dans le cœur des nations cette haine d'elles-mêmes ! Ce que la fortune peut faire de plus avantageux pour l'empire romain est de livrer ses ennemis à la discorde. » Aucun écrivain de l'antiquité n'a fait un vœu plus patriotique et en même temps plus féroce.
Trajan poursuivit à Rome les proconsuls qui avaient pillé les provinces, abolit le crime de lèse-majesté et diminua les impôts. Il revint trois ans après dans la Gaule, visita les légions des bords du Rhin et fonda, à peu de distance de Vétéra, la célèbre colonie de vieux soldats qui a porté son
nom (1). Ce fut de Vétéra qu'il partit pour aller entreprendre ses immortelles campagnes contre les Daces.
A cette époque, les œuvres de Pline le Jeune étaient trèsrecherchées et trouvaient un grand débit dans la ville de Lyon, chose toute naturelle puisqu'on s'y exerçait à l'éloquence et à l'étude des belles-lettres. C'est donc par ironie que Pline écrit au Lyonnais Géminus qu'il est surpris d'apprendre que l'on vende ses livres dans la Gaule, ayant ignoré jusqu'à ce jour qu'il y eût des libraires à Lyon.
Trajan envoya, vers l'année 103, le même Pline en qualité de gouverneur dans la Bithynie. Les lettres de ce dernier prouvent combien l'empereur entrait dans les plus petits détails administratifs et concentrait le pouvoir dans ses mains. Pline le consulte pour conférer des droits de bourgeoisie , mettre la statue de Trajan dans un temple , construire des bains , des théâtres et des aqueducs. Il est fâcheux que la correspondance des gouverneurs de la Gaule avec le même empereur n'ait pas été recueillie.
La lettre de Pline qui nous a paru la plus curieuse est celle où il demande comment il doit se conduire envers les chrétiens : c( Faut-il les assujettir tous, dit-il, à la peine sans distinguer les plus jeunes des plus âgés ? Doit-on pardonner à celui qui se repent, ou est-il inutile de renoncer au christianisme quand une fois on Ta embrassé ? Est-ce le nom seul sans autre crime , ou sont-ce des crimes attachés à ce nom qu'il faut punir? Cependant, voici la règle que j'ai suivie : J'ai demandé à ceux qu'on m'a présentés s'ils étaient chrétiens. Ceux qui ont avoué , je les ai menacés du supplice ; quand ils ont persisté y je les y ai envoyés. J'ai cru qu'on ne pouvait se dispenser de punir leur désobéissance et leur invincible opiniâtreté. Ces accusations venant à se répandre, on m'a remis un mémoire sans nom d'auteur, où l'on accuse
(4) Itin. Ant. — > Elle était située au nord de Xantem. Les rois francsripaaîres habitèrent la colonie trajane, dont le nom, bientôt changé en celui de Troia, a fait naître la singulière opinion que les Francs descendaient des Troyens.
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d'être chrétiens différents individus qui nient de l'être et de l'avoir jamais été. Ils ont en ma présence invoqué les dieux et offert de l'encens et du vin à votre image. Ils se sont même emportés en imprécations contre le Christ. C'est à quoi , dit-on, on ne peut jamais forcer ceux qui sont véritablement chrétiens. . . Ils assuraient que toute leur erreur ou leur faute consistait à s'assembler avant le coucher du soleil et à chanter des cantiques en l'honneur du Christ comme s'il eût été véritablement dieu ; qu'ils s'engageaient, par serment, non à quelque crime, mais à ne commettre ni vol, ni rapine, ni adutère, à ne point manquer à leur promesse, à ne point nier un dépôt ; que, après cela , ils avaient coutume de se séparer pour manger en commun des mets innocents ; qu'ils avaient cessé de le faire depuis mon édit par lequel, selon vos ordres, j'avais défendu toutes sortes d'assemblées. J'ai voulu arracher la vérité par la force à deux filles esclaves, mais je n'ai découvert qu'une mauvaise superstition portée à l'excès, et j'ai tout suspendu pour demander vos ordres. Ce mal n'a pas seulement infecté les villes, il a gagné les villages et les cam^ pagnes ; il peut cependant y être remédié. Ce qu'il y a de certain, c'est que les temples, qui étaient presque déserts, sont fréquentés, et que l'on vend partout des victimes qui trouvaient auparavant peu d'acheteurs ; d'où l'on peut aisément juger la grande quantité de ceux qui se corrigeront si l'on tend la main au repentir. »
Rien n'explique mieux que cette lettre les actes et les habitudes religieuses des premiers chrétiens, et les persécutions qu'ils endurèrent. Dans le même temps, TertuUien écrivait son éloquente défense des fidèles, parlait de leurs réunions inoffensives, présidées par des vieillards, lesquelles avaient pour but la prière et surtout l'assistance des malheureux, que les païens ne comprenaient pas et regardaient comme l'humiliant attribut des âmes serviles.
Les chrétiens furent persécutés à diverses reprises sous Trajan, bien qu'il fût d'un caractère fort humain. Il craignait les associations secrètes, et voulait maintenir les lois
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romaines. Les chrétiens n'étaient à ses yeux qu'une secte remuante cherchant à renverser l'ordre établi. C'était sous l'empire de pareilles idées que les Juifs avaient crucifié le Christ.
Malgré les embarras causés par les luttes religieuses , Trajan s'occupa de l'établissement d'une grande voie allant directement du Pont-Euxin dans les Gaules (1). Cette voie, qui porte encore, près du bas Danube, le nom de muraille de Trajariy passait sur la crête d'un boulevard fort élevé qui servait en même temps de défense militaire contre les barbares. Il réorganisa le service des postes, fait depuis Auguste au moyen de voitures placées dans toutes les stations impériales (2). Le reste de sa vie n'a aucun trait à la Gaule. Il mourut l'an 117 de notre ère, et fut inhumé sur la place de Rome où s'élève le superbe monument connu sous le nom de Colonne trajane.
Adrien. Adrien, allié de Trajan et comme lui né en Espagne, revêtit la pourpre dans Antioche. L'empire romain était alors plus étendu qu'il n'eût jamais été. Cette grandeur devait décrottre , car, la Bretagne et toutes les provinces soumises par Trajan s'étant soulevées, Adrien ne trouva rien de mieux à faire que de les abandonner. Ayant entrepris une campagne en Germanie, il ordonna aux escadrons gaulois et bataves de passer le Danube à la nage pour attaquer les barbares. Ceux-ci, étonnés de ce trait d'audace, se soumirent et prirent l'empereur pour arbitre des différends qu'ils avaient entre eux.
Adrien visita les Gaules en l'année 120, s^enquit avec soin de la conduite des gouverneurs et mit fin aux vexations qu'ils faisaient endurer aux citoyens. On le vit bientôt dans les camps du haut et du bas Rhin , réformant beaucoup d'abus qui s'étaient introduits parmi les troupes, et dans la Bretagne, dont les nations du nord étaient soulevées. Au lieu
(\) Aurel. Vîct.
(i) Cod. Theod., t. II, p. 540.
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LA GAULE PEIfDANT LA DOMINATION ROMAINE 135
de les ramener à Tobéissance, il préféra les isoler des provinces soumises en faisant exécuter une muraille longue de trente lieues, dont les restes se voient encore dans le Nortbumberland, depuis Newcastle jusqu'à Garlisle. Il ordonna d'élever, sur d'autres points non gardés par des rivières, des boulevards en terre munis de parapets et de palissades (1). Revenu dans la Gaule, il fit bâtir à Nimes un temple en l'honneur de Plotine, veuve de Trajan. Quelques antiquaires lui attribuent aussi l'amphithéâtre de cette ville et le fameux aqueduc qui porte le nom de pont du Gard. Après avoir visité presque toutes les places fortes de la province, il fit remanier celles qui lui parurent avoir besoin d'être augmentées ou réparées. La vie d'Adrien n'est plus qu'un perpétuel voyage dans tout l'empire.
Dans Alexandrie, il s'éprend d'une folle passion pour Antinous, dont il fait un dieu après sa mort, et auquel il consacre des autels. Cette idolâtrie profita au christianisme ; car les pères de l'Église ne laissèrent pas que de tirer de forts arguments de cette impudique divinité contre tous les autres dieux du paganisme.
Adrien, après avoir fait la guerre aux Juifs, reconstruisit, sous le nom d'^/m, Jérusalem que Titus avait prise et rasée. On mit un pourceau sur la porte de la ville, marque d'assujettissement de la nation , qui avait cet animal en horreur. Deux statues d'Adrien furent élevées sur remplacement du temple, celle de Vénus sur celui du Calvaire, et celle de Jupiter à l'endroit où ressuscita le Christ. Un temple d'Adonis fut bâti ou l'on avait honoré la crèche de Bethléem (2).
Malgré ce zèle impérial pour la religion officielle, le paganisme n'en tombait pas moins dans le mépris des hommes, À tel point que Plutarque lui-même disait que les oracles étaient inspirés par les démons, et non par une émanation de la divinité. On chercha à le rajeunir par l'introduction
(4) Spart, in Adri.
(2) Paulin., Epist. XI, p. 43-4-137.
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dans Rome de dieux étrangers et de nouvelles cérémonies. Déjà le culte d'Isis, venu de TÉgypte, s'était implanté dans la ville éternelle y dans la Germanie et dans les Gaules; Adrien y fit ajouter les mystères d'Eleusis, à l'imitation de ce qui se pratiquait à Athènes. Tous les dieux convenaient au gouvernement romain ; il n'avait d'aversion que pour Jésus-Christ.
Les mystères d'Eleusis, auxquels on voulut forcer les chrétiens de prendre part, leurs attirèrent bien des persécutions (1). Il en fut de même des arts magiques, auxquels l'empereur se livrait avec une inconcevable crédulité. Sa première victime fut une sainte femme nommée Symphorose, parce que les magiciens lui dirent qu'ils ne rendraient plus d'oracles tant qu'elle serait envie. Elle et ses fils, au nombre de sept, furent martyrisés à Tibur.
Les chrétiens subirent encore un grand nombre de tourments dans le nord de l'Italie, en Sardaigne et en Orient, puis les invectives des philosophes qui ne comprenaient pas leur sublime abnégation.
Quadrat et Aristide leur répondirent en présentant à l'empereur leurs fameuses apologies en faveur de la religion nouvelle; le proconsul d'Asie lui écrivit, dans le même temps, qu'il y aurait injustice à poursuivre les chrétiens s'ils n'étaient coupables d'aucun crime. Adrien, revenu à des sentiments plus équitables, répondit à ce dernier « (K L'affaire dont vous m'entretenez ne me semble nullement à négliger, ne fût-ce que pour empêcher les troubles qui en doivent naître et ôter aux calomniateurs l'occasion d'exercer leur malice. Si les peuples de votre gouvernement ont quelque chose à dire contre les chrétiens et peuvent le prouver en face de la justice, qu'ils se servent de cette voie et cessent de les poursuivre par des cris tumultueux et des demandes de punitions. C'est à vous à connaître de ces dénonciations, et non aux assemblées du peuple. Si quel-
(1) Hieron., Y, cap, lxx, p. 125.
qu'un se rend accusateur des chrétiens et démontre qu'ils agissent contre les lois, punissez-les selon la gravité de leur faute, autrement ne manquez pas de châtier les calomniateurs. »
Adrien adressa de pareilles lettres à d'autres gouverneurs (1), et traita si favorablement les chrétiens qu'on lui crut l'intention d'élever des temples à Jésus-Christ. Il en fit bâtir, en effet, dans beaucoup de villes. Comme ils ne furent pas consacrés, on les nomma Adrianées (2), et l'on supposa que les oracles le détournèrent de donner suite à son projet, lui représentant que s'il était mis à exécution les temples seraient abandonnés et tout le monde se ferait chrétien.
Adrien mourut à Baies, dans la Campanie, à l'âge de soixante-deux ans, après vingt années onze mois de règne. Antonin, qu'il avait choisi pour lui succéder, transporta ses cendres à Rome et les déposa dans le monument qui porte encore le nom de tombeau dAdrieriy lourde sépulture servant de donjon au château Saint-Ange, forteresse de la Rome moderne.
Antonin avait été adopté à condition qu'il choisirait luimême pour successeur Lucius Vérus, neveu de la femme d'Adrien. Jamais l'empire n'avait eu pour chef un prince de mœurs si douces et si simples. Il vivait dans l'intimité de ses amis et allait souvent s'asseoir à leur table. Il se passait de gardes, d'habits impériaux et s'occupait constamment de l'administration de ses États. Il choisit les hommes les plus dignes pour gouverner les provinces. La Gaule ne fut jamais plus florissante que sous son règne et sous celui de son successeur. Nous trouvons, parmi les débris de monuments publics qui paraissent avoir été élevés de leur temps, un nombre infini de médailles et d'inscriptions à l'effigie et à la gloire des Antonins.
Narbonne ayant été complètement incendiée, l'empereur
(4) Euseb., lib. IV, cap. xxvi.
(2) Lamprid., p. 470.
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la fit rebâtir aux dépens de son trésor et accorda de fortes sommes pour d'autres villes qui avaient essuyé le même désastre et des tremblements de terre.
Quelques soulèvements partiels eurent lieu en Germanie et en Bretagne. Les Brigantes, peuples placés au nord de rtle des Bretons, attaquèrent les contrées soumises aux Romains et furent battus par LoUius Urbicus, qui s'empara d'une partie de leur territoire (1). Afin de les contenir dans certaines limites, ce général fit élever un rempart gazonné allant du golfe de Forth (Edimbourg) à celui de Clyde (Dumbarton). Il était plus avancé vers le nord que celui d'Adrien. Les succès de LoUius valurent à l'empereur le surnom de Britannique.
Antonin fit la guerre, par ses généraux, dans certaines contrées de la Germanie, dont il contint les peuples, qui ne passèrent jamais le Rhin tant qu'il gouverna l'empire. 450-160. Les mœurs douces d' Antonin le rendaient accessible à toutes les réclamations fondées sur les règles de la justice. Le philosophe Justin lui adressa de l'Orient sa première apologie en faveur du christianisme, prouvant que Jésus- Christ était la raison souveraine et que tous ceux qui avaient suivi de tout temps sa doctrine étaient chrétiens même avant lui. On ne parlait pas encore du christianisme dans la Gaule, ce qui ne doit pas surprendre puisque Sévère Sulpice, auteur ecclésiastique de l'Aquitaine, dit que cette religion ne passa que très-tard en deçà des Alpes. Nous la voyons néanmoins poindre vers l'année 150, époque à laquelle Photin fut envoyé à Lyon par une Église de l'Asie. Photin réunit un certain nombre de catéchumènes qui firent des prosélytes, grâce à la douceur du règne d' Antonin. Il est à croire que l'Église de Vienne fut fondée presque en même temps que celle de Lyon.
Après avoir donné la paix à l'empire, Antonin mourut dans sa villa de Lorium, à l'âge de soixante-treize ans. Sa
(\) Orose. Ub. VU.
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clémence lui valut le surnom de Pieux. Eutrope dit qu'il fut justement mis au rang des dieux.
Marc-Aurèle eut toutes les vertus de son prédécesseur. Placé dans sa jeunesse, par Adrien, parmi les prêtres du paganisme, il acquit une connaissance si parfaite des fonctions sacerdotales que son zèle religieux fut considéré comme ' étant sa première vertu. Non satisfait des superstitions romaines, il se fit initier à celles des étrangers et se montra disciple ardent du culte de Cérès, que Ton pratiquait dans Athènes. Il défendit celui deSérapis aux habitants de Pélûse, à cause des crimes qu'ils commettaient en le célébrant. Son ardeur pour le paganisme donna lieu à la quatrième persécution. Marc-Aurèlé était philosophe. La nouvelle religion n'avait pas de plus grands ennemis que cette caste, qui voyait ses vertus mondaines efiTacées par la vie simple et irréprochable des moindres chrétiens. Le philosophe Crescent se distinguait alors par ses attaques acharnées contre l'Évangile.
Marc-Aurèle partageait le pouvoir avec Lucius Vérus. L'un et l'autre étaient fils adoptifs d'Antonin, dont Marc- Aurèle avait épousé la fille portant le nom de Faustine. Pour la première fois l'empire eut deux Augustes.
Alors les Bretons recommençaient leurs attaques contre les possessions romaines. On leur opposa d'abord Calphurcius Agricola et ensuite Pertinax, que nous verrons bientôt arriver à la pourpre. Didius Julianus, préfet de la Belgique, repoussa les Gauques qui avaient fait irruption dans son gouvernement.
L'année suivante, le Gaulois Séverinus, préfet des légions de Cappadoce, entreprit de soumettre les Arméniens et les Parthes sur la foi d'un faux prophète qui lui avait promis la victoire. Son armée fut entièrement détruite. Yérus châtia ces deux nations, rétablit l'ancien roi d'Arménie après la défaite de Tiridate, qui fut pris et envoyé captif dans la Bretagne. Yérus, à son retour en Italie, épousa Lucile, fille de Marc-Aurèle.
Les deux Augustes triomphèrent des Parthes. Malheureu-
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sèment l'armée victorieuse avait rapporté dans ses bagages une effroyable peste qui ravagea toute la terre. La Gaule en fut infestée depuis la Méditerranée jusqu'à l'embouchure du Rhin. On cherchait à découvrir la cause d'un si grand fléau. On crut l'avoir trouvée en l'attribuant au vol fait par les soldatSy dans le temple d'Apollon de Séleucie, d'un petit coffret en or consacré aux cérémonies magiques. On disait que, ce coffret ayant été ouvert, il en était sorti un air pestilentiel qui avait envahi tout l'univers (1). Galien, qui commençait à se rendre célèbre dans la médecine, parle de cette maladie dont il cherche la véritable cause, sans avoir égard aux rêveries populaires de son époque.
Bientôt les Marcomans et les autres peuples de la Germanie s'unirent contre les Romains et menacèrent de faire une invasion dans la Gaule. Les deux empereurs passèrent le Rhin avec des troupes décimées par la peste, et contraignirent néanmoins ces peuples à demander la paix.
Deux ans après (vers 168), les mêmes nations se soulevèrent de nouveau. Marc-Aurèle et Lucius Vérus passèrent le temps de la mauvaise saison dans Aquilée, pour les attaquer au printemps. Vérus mourut en route d'une attaque d'apoplexie. Marc-Aurèle, seul mattre du monde, défit les Germains ; mais il fallut user, en l'année 170, de toutes les ressources de l'empire pour arrêter ces peuples qui devaient un jour le détruire. Il y eut aussi une certaine agitation dans les Gaules parmi les Sénonais. Ils rentrèrent dans l'ordre par suite des représentations et des reproches de Marc- Aurèle. La Province avait fait le sacrifice de son indépendance et ne se mutinait plus que contre les gens du fisc. 474-178. La guerre recommença, en l'année 174, contre les Germains. L'empereur marcha contre eux avec quelques légions et des auxiliaires goths venus des bords de la Baltique, du Danube et de la mer Noire. Ses troupes, bientôt entourées d'une foule de barbares, se retranchèrent sur un plateau où
(1) Oroae, Ub. Vil, <5.
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elles purent résister aux attaques de reunemi, mais non à la fatigue et aux ardeurs de la soif. Un orage qui éclata fournit de la pluie en telle abondance que les soldats la recueillirent dans leurs bouclierS; dans leurs casques, et purent étancher la soif qui les dévorait. Les païens attribuèrent cet événement à Jupiter Pluvieux et à l'art de leurs magiciens; les chrétiens, à Tintercession de la légion Mélitine qui avait abandonné le culte des faux dieux (1), opinion qui prévalut dans Tannée, car, en faisant part au sénat de sa victoire, Marc-Aurèle lui recommanda de punir de mort les accusateurs deschétiens(2).
L'empereur eut, Tannée suivante, à réprimer la révolte de Cassius, gouverneur de Syrie, qui s'était emparé de la pourpre, et qui fut tué par un centurion. TertuUien remarque qu'on ne trouva aucun chrétien parmi les coupables, « parce qu'ils honorent, dit-il, les empereurs comme étant au-dessus de tous les autres hommes, et n'ayant que Dieu seul au-dessus d'eux. »
Après avoir visité toutes les provinces de l'Orient, Marc- Aurèle revint à Rome avec son fils Commode. Ils triomphèrent des nations germaniques et donnèrent de somptueux spectacles où Ton vit combattre cent lions à la fois (3).
Bien que l'empereur eût prononcé des peines très-sévères contre les accusateurs des chrétiens, on les poursuivait néanmoins toujours comme athées, séditieux, adonnés à l'inceste et faisant des repas de chairhumaine : Teucharistie avait fait naître cette dernière accusation. Les rigueurs arrivèrent dans la Gaule et s'abattirent sur Lyon, asile de la littérature et des sciences philosophiques. Vettius Épagatus, citoyen illustre de cette ville, se présenta pour défendre les accusés et démontrer l'innocence de leur religion. Ce généreux dévouement lui valut d'être martyrisé lui-même.
(h) Tertnll. Apolog., cap. v.
(2) Euseb., lib. V, cap. v.
(3) Ëutrop. in Marc. Aurel.
L'évêque Photin, âgé de plus de quatre-vingt-dix ans, si faible qu'il fallut le porter devant le tribunal, réponditau juge, qui lui demandait quel était le Dieu des chrétiens : Tu le sauras si tu en es digne. Il n'eut pas plutôt prononcé ces paroles que les assistants le déchirèrent, le traînèrent en prison où, deux jours après, il rendit le dernier soupir.
Un diacre de Vienne, nommé Sanctus, s'écria, devant ceux qui l'interrogeaient et lui faisaient subir d'horribles tortures : Je suis chrétien; (fest mon nom y c'est ma race y c'est ma patrie. Conduit à l'amphithéâtre, on le fit asseoir avec d'autres victimes sur des sièges ardents qui les rôth'ent jusqu'aux os.
Attale, un de ces martyrs, criait aux bourreaux : N'est^e pas vous qui rôtissez les hommes y et vous imputez vos cruautés aiuc chrétiens 1
Blandine, noble Gauloise qui, par ses pieuses exhortations, avait engagé ses compagnons à monter au ciel , souffrit les morsures des bêtes féroces, les bourrades d'un jeune taureau et fut roulée plusieurs fois sur un gril ardent. Sa tète séparée du tronc mit fin à ses souffrances. Quarante-huit autres victimes moururent de faim et de misère dans les cachots.
La persécution s'étendit sur les villes voisines, principalement sur Autun, où Andochius, Thyrsus et Félix , envoyés par saint Polycarpe dans les Gaules, offrirent courageusement leurs vies pour la gloire de Jésus-Christ (1).
Les mêmes fureurs emportèrent saint Bénigne à Dijon, saint Speusippe et plusieurs autres à Langres, saint Marcel à Châlons-sur-Saône, saint Valérien à Toumus, et saint Nicaise aux environs de Rouen.
Bien qu'il fût stoïcien, Marc-Aurèle n'aimait pas ce sublime dévouement des fidèles qui les faisait courir au martyre : c< Il faut, disait-il, être prêt à mourir en vertu d'un jugement qui nous soit propre, non par obligation, comme font les chrétiens. » Méliton, évêque de Sardique, répondait à cette sentence : « Notre philosophie vaut mieux que la vôtre ;
(4) Euseb., ISb. V, cap. v.
les peuples qui en ont reçu la lumière portent bonheur à votre empire. »
Lyon , sanctifiée par ses martyrs, était la ville bénie du christianisme dans les Gaules. Les fidèles voulaient «n faire disparaître l'autel d'Auguste, qui blessait leurs •croyances. Ils élurent pour leur évêque saint Irénée, en remplacement de saint Photin.
Pour faire diversion à tant de rigueurs, Marc-Aurèle entreprit une nouvelle guerre contre les Marcomans. Il les défit et mourut de la peste à Sirmich, en Tannée 178. Tertullien prétend que cette mort eut lieu le 14 mars, et se moque du pontife de Cybèle qui priait le 17 pour la santé du prince, car son démon ne lui avait pas encore révélé qu'il fût mort depuis trois Jours.
Commode, fils de Marc-Âurèle et son successeur, ai^t partagé les triomphes de son père contre les Marcomans. Ses mauvais penchants lui aliénèrent les sénateurs, dont il fit périr les plus illustres, folie de meurtres que le ciel donnait aux mauvais princes pour les excuser aux yeux du monde. Il coupa en deux un homme d'une corpulence extraordinaire, pour se donner la satisfaction de voir répandre ses entrailles.
Ses extravagances portèrent sa propre sœur Lucile à conspirer contre lui. Un jour qu'il était dans une galerie de l'amphithéâtre, le jeune Pompéius, l'un des conjurés, tira un poignard de sa poche et lui dit : Voici ce que le sénat tenvoie. Ces paroles n'étaient qu'une simple menace. Pompéius ne reçut pas moins la punition de sa folie avec quelques-uns de ses complices. Lucile fut bannie dans l'ile de Caprée et bientôt mise à mort.
Après avoir exilé et fait assassiner l'impératrice Crispine dans la même ile, Commode vécut avec une jeune fille nommée Marcia, à laquelle il était tellement attaché qu'il exigea pour elle des honneurs comme si elle eût été sa femme. Cette concubine impériale était chrétienne (1).
(4) Baron. Ana. 482.
La religion nouvelle existait évidemment à la ville, dans l'armée et jusque sur les marches du trône , circonvenant l'empereur et trompant souvent sa cruauté. Mais au prix de quels sacrifices arrivait-elle à ce but ! Marcia, élève de saint Hilaire, avait été jetée dans la couche impériale; c'était par elle que le saint obtenait la grâce des condamnés et le rappel des proscrits.
Cette société, qui nous est connue sous les dehors les plus saints, était donc affligée de graves infirmités ; mais la religion se relevait toujours de l'abaissement de certains adeptes par de nombreux confesseurs qui tiraient leur force de la morale et des enseignements chrétiens.
Nous citerons le trait suivant, qui peint assez bien le côté faible de ce monde nouveau qui devait triompher par le temps, la résignation et les supplices.
Un chrétien de la maison de Commode^ nommé Calpophore, confia à l'un de ses esclaves, chrétien comme lui, une somme importante pour faire la banque. Celui-ci s'installa dans le quartier que l'on nommait la Piscine publique et reçut en dépôt, des veuves et des fidèles, des sommes trèsconsidérables. Ayant bientôt tout dissipé, il s'enfuit dans le port d'Ostie et monta sur un navire pour aller au loin. Son maître, averti à temps, courait après lui et allait le rejoindre, lorsque l'esclave se jeta dans la mer avec intention de se noyer. Des matelots le sauvèrent malgré lui et le menèrent à Calpophore, qui l'envoya à Rome et le fit mettre à la meule, punition que l'on peut considérer comme les travaux forcés de notre époque.
Plus tard, les fidèles s'intéressèrent à lui et prièrent son maître de lui donner d'autres occupations. Cet homme, désirant alors se réhabiliter aux yeux des frères et cherchant la gloire du martyre, entra un samedi dans la synagogue des Juifs en s'écriant qu'il était chrétien. Ceux-ci, après l'avoir accablé de mauvais traitements, le traînèrent devant Fuscianus, préfet de Rome, qui le fit fouetter et l'envoya aux mines de Sardaigne, où se trouvait le pape Victor.
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Les chrétiens proscrits ayant été rappelés par l'entremise deMarcia, Tesclave revint à Rome en compagnie du pape, qui l'envoya à Antium et fournit à son entretien. Zéphirin, successeur de Victor, y pourvut à son tour, se servit de lui pour gouverner le clergé et l'établit aux catacombes.
Zépbirin mourut bientôt et fut remplacé par l'esclave même auquel il avait donné sa confiance (1). Eh bien ! ce misérable banqueroutier qui avait volé ses frères et tenté de se suicider n'était autre que Calliste, qui tient un rang des plus élevés parmi les papes de la primitive Église. Il est difficile de se prononcer sur une vie si agitée, dont on doit la connaissance à saint Hippolyte, vu la divi^on qui existait entre ce dernier et Calliste, au sujet de certaines doctrines ; mais il ressort toujours de son récit que Calliste était esclave, preuve d'un grand changement dans les cœurs et de l'abaissement de la morgue romaine devant la loi du Christ.
Calliste fut martyrisé à Rome et jeté dans un puits. Il avait agrandi la crypte qui porte son nom dans les catacombes.
n se passa, à cette époque, peu d'événements remarquables dans la Gaule, sauf la révolte des Bataves, que Claudius Albinus sut comprimer avec quelques légions. Ses AÎctoires rendirent son nom célèbre et lui servirent quelques années plus tard pour arriver à la pourpre.
Les légions de Bretagne et les insulaires eux-mêmes, ne pouvant supporter le gouvernement de Commode, se soulevèrent et proclamèrent Pertinax. Son refus le fit prendre en telle aversion par les soldats qu'il fut obligé de quitter le pays pour rentrer à Rome.
L'année 187 est renommée par le soulèvement des déserteurs. Un simple soldat, nommé Maternus, conçut le projet de faire la guerre à l'empire. On réunit une armée pour le chasser des Gaules. Niger le poursuivit avec tant d'activité qu'il le força d'entrer en Italie. Maternus alla secrètement à Rome pour tuer Commode et s'emparer de la pourpre;
(4 ) Manuscrit du mont Athos. — S. Hippol^te et ton siècle, *— Bunsen.
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mais^ dénoncé par la jalousie de ses complices, il y fut arrêté et mis à mort.
Commode continuait alors à répandre le sang des personnes les plus illustres et se délassait de tant de crimes par des farces qu'il faisait représenter sur la scène et par de continuels combats de bétes. Marcia lui ayant fait à ce sujet quelques représentations, il se fâcha, la menaça de la mort, et se renferma dans sa chambre pour écrire. C'était une liste de proscription qu'il rédigeait. L'indiscrétion d'un enfant la fit tomber dans les mains de Marcia. Voyant que son nom y figurait, elle en fit part aux autres proscrits, qui tentèrent d'empoisonner le tyran. Ce moyen n'opérant pas assez vite, ils appelèrent l'athlète Narcisse, qui l'étrangla dans son bain (1).
periinax. Ccux qui avaicut assassiné Commode firent courir le bruit qu'il était mort d'une attaque d'apoplexie. Personne n'en douta^ vu son extrême gourmandise. Lœtus, préfet du prétoire, pria les sénateurs d'élire Pertinax, qui avait accompagné Marc Aurèle dans toutes ses expéditions. Pertinax refusa d'abord, accepta ensuite et alla au camp des prétoriens. LsBtus leur annonça que Pertinax régnait. Après lui avoir prêté serment, ils sortirent et l'escortèrent jusqu'au sénat, où il fut salué du titre d'Auguste. Le lendemain, le peuple abattit les statues dé Commode, que Ton fondit pour faire de l'argent et payer le donativum aux soldats.
On apprit avec joie la mort de Commode dans la Gaule et dans les autres provinces. Tout le monde aimait son successeur, sauf les affranchis et les prétoriens ; car il reprochait aux premiers la pénurie du trésor public et rappelait les seconds à la discipUne. Ceux-ci le prirent tellement en haine qu'ils conférèrent la pourpre au sénateur Maternus. Maternus la refusa et quitta la ville. Les soldats désappointés revinrent à Pertinax et lui arrachèrent l'argent que leur avait promis Commode. Bientôt enhardis par leur propre audace^
(4) Dion., lib. LXXII.
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ils demandèrent, dès le lendemain, un nouvel empereur. Deux cents des plus mutins sortirent du camp et allèrent au palais, où les. affranchis les introduisirent. Pertinax réussit un instant à les calmer ; mais un Tongre, nommé Tausius, plus furieux que les autres, se jeta sur lui et le frappa de son épée, en disant : Voici ce que les prétoriens fenvoierht. Les autres Tachevèrent, mirent sa tète au bout d'une pique et la promenèrent dans la ville.
Miaous. L'empire, à la merci des soldats, fut aussitôt mis à l'encan. Deux concurrents se présentèrent : Sulpicius, beau-père de Pertinax, et Didius Julianus, issu d'une noble famille du Milanais. Sulpicius, s'engagea, par écrit, à rétablir la mémoire de Commode et promit quatre mille drachmes à chaque soldat. Julianus porta l'enchère à cinq mille drachmes. L'empire lui fut adjugé (1).
On le conduisit d'abord au sénat, puis au palais, où il trouva le corps mutilé de Pertinax, qu'il fit inhumer avec honneur. Le peuple rougit le lendemain d'avoir élevé Julianus, le hua dans les rues et demanda pour empereur Niger, général des armées de Syrie. Julianus, pour s'attacher les prétoriens, fit tuer Laetus, leur préfet, et la fameuse courtisane Marcia , auteur du meurtre de Commode.
En même temps que Niger, deux autres généraux. Sévère et Albinus, ambitionnaient le pouvoir impérial. Sévère commandait enlllyrie; Albinus, dans Ttle des Bretons. Niger avait plus de chances que ses rivaux, étant déjà proclamé par son armée et demandé à grands cris par les Romains. Sévère le devança, vint en Italie avec quelques troupes, dont une partie entra secrètement dans Rome. Voyant qu'il avait trois adversaires sur les bras. Sévère offrit à Julianus de partager l'empire avec lui. Julianus refusa et voulut résister; mais, bientôt abandonné des prétoriens et condamné à mort par le sénat, il fut assassiné dans le palais.
séTëre. Sévère ayant été proclamé Auguste, les prétoriens allèrent
(K) Jal., cap. V, p. 61, a.
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à sa rencontre, ne se doutant pas de la réception qui les attendait. Il les fit entourer de troupes, et, après leur avoir reproché le meurtre de Pertinax, l'acte honteux d'avoir mis Tempire à Tencan, il les exila à cent milles de Rome. Ces hommes, intraitables tant qu'ils avaient eu afiairè à des princes faibles, quittèrent, sans murmurer, leurs armes, leurs chevaux et partirent. Il y en eut un que son cheval suivit. Voyant qu'on allait l'en séparer, il le tua et se poignarda lui-même à ses côtés (1).
Sévère traversa les rues de Rome, qu'on avait ornées de fleurs et de lauriers. Tandis qu'il sacrifiait au Capitole, ses soldats entrèrent dans les temples et dans les maisons des citoyens où ils exercèrent toutes sortes de rapines, prélude de mauvais augure qui inspira peu de sympathie pour le nouvel Auguste.
Il quadrupla le nombre des prétoriens en recrutant parmi les meilleurs soldats des légions. Cette troupe, jusqu'alors formée de jeunes gens d'Italie façonnés aux usages des villes, avait toujours vécu en bonne intelligence avec les Romains. On craignit le contraire quand on vit qu'elle ne serait plus composée que de vieux soldats n'ayant séjourné que dans les camps et parmi les barbares.
Maître de Rome et de l'Italie, Sévère ne l'était pas encore des provinces. Il marcha contre Niger, renfermé dans Byzance, fit le siège de cette ville, qui dura trois années durant lesquelles les cités grecques s'attachèrent à l'un ou à l'autre empereur. Niger perdit vingt mille hommes et s'enfuit vers Antioche. Il y fut rejoint et tué par des cavaliers envoyés à sa poursuite , après quoi la ville assiégée ouvrit ses portes au vainqueur. 497. Sévère fit alors reconnaître son fils Antonin en qualité de
César, bien qu'Albinus eût été proclamé depuis longtemps Auguste en Bretagne et dans les Gaules. Albinus défit aisément les premiers détachements envoyés contre lui ; mai»
{\) Dion., Ub. LXXIV.
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Sévère, sans être arrêté ni par la rigueur de Thiver ni par la difficulté des Alpes, vint à sa rencontre avec les prétoriens et les légions d'IUyrie, qui se trouvèrent en face des légions de la Gaule et de la Bretagne. Les deux années, d'égale force, ayant chacune un empereur à sa tête, présentaient ensemble un effectif de trois cent mille hommes. Elles en vinrent aux mains dans une plaine des environs de Lyon, située entre le Rhône et la Saône. L'ardeur était égale des deux côtés. L'aile gauche d'Albinus fut repoussée jusque dans son camp, l'aile droite était victorieuse. Sévère accourut avec les prétoriens pour rétablir le combat; mais, contraint encore une fois de céder et se croyant perdu, il réunit les fuyards et les lança dans la mêlée avec sa réserve de cavalerie. Cette manœuvre le sauva. L'armée d'Albinus s'enfuit de tous côtés; lui-même se dirigea sur Lyon entouré de ses débris et n'y entra qu'avec les soldats de Sévère, qui pillèrent la ville et l'incendièrent. Le malheureux empereur, ne voulant pas survivre à sa défaite, se retira dans une maison voisine du Rhône et s'y tua de désespoir. Sa tête fut envoyée à Rome.
Le vainqueur, poursuivant le cours de ses vengeances, fit précipiter dans le fleuve la femme et les enfants d'Albinus, mit à mort ses partisans et confisqua leurs biens. Ainsi se termina dans la Gaule cette guerre de prétendants, plus funeste à l'empire que dix combats contre les barbares. La ville de Lyon, encore une fois détruite, resta longtemps cachée sous de vastes décombres.
Sévère séjourna quelques mois dans la Transalpine et en partit pour aller dans l'île des Bretons, qu'il divisa en deux provinces. De retour à Rome, il fit une allocution très-vive au sénat et au peuple contre les amis d'Albinus, pardonna à trente-cinq sénateurs, en condamna vingt-cinq à mort et fit assassiner toutes les personnes dont on avait trouvé des lettres dans les papiers de son rival. Il éleva ensuite un temple à Commode, y attacha un pontife et fit exposer aux lions l'athlète Narcisse, meurtrier de cet empereur divin. Il lui importait
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de relever la mémoire de Commode puisqu'il voulait livrer le monde à Caracalla.
On le voit bientôt en Orient faisant la guerre aux Parthes et aux partisans de Niger. Pendant son absence, il y eut quelques soulèvements dans Ttle de Bretagne. Les Méates, voisins de la Province romaine, furent attaqués par les légions et secourus par les Calédoniens. Le gouverneur Lupus se vit contraint de traiter avec les insurgés.
Sévère, alors en Palestine, lança un édit par lequel il défendait de se faire ni juif ni chrétien : ce fut le signal d'une nouvelle persécution qui dura jusqu'en l'année 202. Le peuple de Rome, sans attendre le jugement des magistrats, chassa les proscrits à coups de pierres, déterra leurs morts pour les jeter dans les égouts. Il suffisait d'être chrétien pour être livré aux bêtes et décapité.
Des fidèles, égarés par une fausse philosophie ou intimidés devant les souffrances de leurs frères, prétendirent que Dieu n'exigeait pas le martyre de ses créatures et que Jésus-Christ avait versé son sang pour épargner celui des hommes. Cette doctrine des valentiniens et des gnostiques fut combattue par TertuUien, qui nomma scorpions ceux qui s'efforçaient de la propager.
De Rome^ la persécution passa en Afrique. Beaucoup de chrétiens périrent par le glaive, ou furent renfermés dans les prisons ; on leur retira leurs cimetières. TertuUien portait des consolations aux malheureux, les préparait au martyre et leur disait : « Vous consentez souvent à souffrir ici-bas pour de vaines récompenses; souffrez maintenant pour les béatitudes qui vous sont réservées dans la cité de Dieu. » Puis, s'adressant aux païens, il s'écriait : « Que demandez-vous ? Nous ne sommes que d'hier et nous remplissons vos cités, vos colonies, l'armée, le palais, le sénat, le forum ; nous ne vous laissons que vos temples. »
Alors que tant d'âmes pures volaient au martyre sur cette terre d'Afrique, un misérable Juif, gagnant sa vie à se battre contre des bêtes, imagina, dit le même TertuUien, d'exposer
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un tableau représentant un monstre vêtu d'une longue robe, ayant une tête d'homme, des oreilles et un pied d'ânon, et au bas duquel on lisait : « Le Dieu des chrétiens est de race d'âne. ^ Ces impiétés amusaient la foule, qui passait soudainement de la moquerie à la férocité.
Le plus grand nombre de martyres eut lieu dans Alexandrie d'Egypte. Des solitaires de la Thébaïde, qu'on y amenait chaque jour, souffrirent pour Dieu toutes sortes de cruautés et de supplices.
Lyon fut dans la Gaule ce qu'Alexandrie était en Egypte. Le vénérable évêque Irénée y perdit la vie avec un grand nombre de fidèles. Saint Andéol fut du nombre de ces derniers. On raconte ainsi son martyre : Sévère, après avoir passé les Algies, traversa un bourg près du Rhône, où il vit beaucoup de personnes attroupées. Ayant demandé la cause de ce rassemblement, on lui dit que le peuple écoutait la prédication d'un Jeune chrétien nommé Andeolus. Furieux que l'on méprisât ses ordres, il manda le saint et lui fit couper la tête avec une épée dont la lame était en bois (1).
Arrivé en Bretagne, il réunit un grand nombre de pontons pour traverser les marais (2). Après avoir perdu cinquante mille hommes sans avoir combattu , il entra chez les Calédoniens, les soumit et resta six mois chez eux, avec ses fils Antonin et Gète. Ils n'en sortirent qu'après avoir assigné des terres à ceux qui ne voulaient pas vivre sous la dépendance des Romains, et fait élever, pour les contenir, un mur touchant aux deux rives opposées de l'Océan.
L'indomptable vieillard succomba de chagrin à l'âge de soixante-huit ans, dans la ville d'York, sachant que son fils aîné voulait le faire mourir. On dit qu'il l'aurait prévenu, si la tendresse paternelle ne l'eût emporté sur la considération des maux que ce fils causerait un Jour à l'empire. Peu de mois après, les deux fils de Sévère traversaient
(4) BoUand., I. Mai, p. 75.
(2) Dion., lib. LXXVI.
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GaracaUa.
la Gaule, portant à Rome, pour la déposer dans le tombeau des Antonins, Turne qui contenait les cendres de leur père. Hérodien décrit les cérémonies qui eurent lieu pour l'apothéose de Sévère, dont les Africains firent un dieu. L'Église recouvra la paix après sa mort et en Jouit jusqu'à la persécution de Dèce, c'est-à-dire jusqu'à la fin de l'année 249. Anionin Antouin fit bientôt apercevoir l'ambition qu'il avait de régner seul. Les prétoriens s'y opposèrent. Il parla de diviser l'empire el d'envoyer son frère Gète dans Alexandrie. Julie, leur mère, insista pour que ce projet n'eût pas lieu et lui demanda s'il pouvait aussi diviser sa mère. Cette résistance fut l'arrêt de aiort de Gète. Antonin l'assassina dans les bras de Julie; mais bientôt, poursuivi par les remords que lui causait son crime, il n'en devint que plus furieux et fit égorger les amis de sa victime.
Il accorda le droit de bourgeoisie romaine à toutes les personnes libres de l'empire, faveur qui supprimait un degré dans la hiérarchie sociale, car il n'y eut plus que des citoyens et des esclaves. Les Gaulois durent à ce fils de Sévère d'être assimilés aux citoyens de Rome.
Il vint dans la Gaule inspecter les villes et les légions, fit tuer le proconsul de la Narbonnaise, inquiéta les autres gouverneurs et viola les droits des cités. Il rapporta de la Gaule en Italie un objet de parure qu'il fit adopter aux Romains : c'était une espèce de vêtement taillé en forme de soutane, tombant jusqu'aux talons et nommé par les Gaulois caracalle (1). Il en fil faire une énorme distribution au peuple qui, par reconnaissance et peut-être aussi par dérision, se permit de donner à son empereur le nom de Caracalla. Les soldats eux-mêmes furent obligés de vêtir cette casaque, mais elle était beaucoup plus courte que celle du peuple.
Caracalla revint peu après dans la Gaule, pour entre-
(1) Les femmes de la campagne portent encore, en Normandie, un certain vêlement qu*elles nomment caraco.
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LA GAULE PENDANT LA DOBilNATlON ROMAINE 153
prendre une campagne contre les Germains. C'est en parlant de cette expédition que les historiens citent pour la première fois le nom des Allemands (1). Ces peuples, fixés entre le Danube, le haut Rhin et le Mein, s'étaient formés de l'alliance des Cattes, des Suèves et des Gaulois résidant en Germanie. Les Allemands touchaient aux nations de la rive droite du Rhin, parmi lesquelles s'en trouvait une, à Tembouchure du même fleuve, qui était composée de peuples connus sous le nom de Francs depuis qu'ils s'étaient associés pour maintenir leur indépendance. Les légions n'auront donc plus affaire qu'aux Allemands, et non aux Cattes et aux Suèves tant de fois cités par les auteurs des siècles précédents. Caracalla vainquit les uns, traita avec les autres, et se fit décerner par le sénat le iitre A' A llemaniçuej qu'il porta le premier et qu'on lit sur plusieurs de ses médailles.
De la Gaule il passa en Asie, où le hasard lui fit rencontrer les Goths, qui jusque-là n'avaient pas plus figuré que les Allemands dans l'histoire. L'Italie et la Gaule les verront bientôt assez pour les connaître et ne pas oublier leur nom.
Les Goths, de race germanique conune les Suèves, avaient d'abord conquis la Scandinavie; mais, chassés de ce pays par les Cimbres, à l'époque des Anton ins, ils étaient allés s'établir à l'embouchure de la Vistule. Bientôt ils levèrent encore une fois le camp, se montrèrent sur les confins de la Dacie et arrivèrent au Pont-Euxin, où ils étendirent leur domination sur la race slave, composée de Vandales, d'Antes, de Huns et d'Alains, originaires de la Tartarie et du Caucase. 11 y avait donc en Europe et dans l'Asie occidentale la race gothique ou germanique et la race slave ou tartare, parlant deux idiomes différents qui se sont conservés dans la langue allemande et dans la langue russe.
Les Goths, divisés en Ostrogoths et en Wisigoths selon la contrée qu'ils habitaient, se subdivisèrent par bandes ou
(4) Agaih.', 1. I,p. 17.
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tribus SOUS le nom d'HéruIes, de Gépides, de Bui^ondes (Bourguignons) et de Lombards.
Après avoir obtenu quelques avantages sur ces peuples, l'empereur entra dans Alexandrie, dont les habitants lui montraient peu d'affection depuis la mort de Gète. Il en fit un horrible carnage, chassa de la ville les étrangers et le collège des gens de lettres ; puis, partageant ensuite l'intérieur de la cité par des murailles, il mit des corps de garde dans les rues pour empocher les citoyens de communiquer entre eux.
Tant de criminelles extravagances devaient bientôt avoir un terme. Macrin, général des prétoriens, sachant que le tyran avait plusieurs fois montré l'intention de le faire mourir, le devança en le faisant tuer sur la route d'Édesse. Il n'en demanda pas moins des autels et des prêtres pour le divin Caracalla. Les prétoriens, inquiets d'être sans empepereur, donnèrent ce titre à leur préfet, qu'ils ne soupçonnaient pas d'être l'auteur de l'assassinat. Macrin prit les noms de Sévère et d'Antonin. On se réjouit à Rome de la mort de Caracalla et l'on décora son successeur des titres d'Auguste, de grand pontife et de père de la patrie. Macrin. Macriu avait une guerre à soutenir contre les Parthes au moment où il acceptait l'empire. Il alla les chercher près de Nisibe et les combattit durant trois jours sans beaucoup de succès. Craignant enfin quelque revers, il acheta la paix d'Artabane, leur roi, en lui donnant cinquante millions de drachmes (1), honteux traité qui n'empêcha pas qu'on lui décernât le surnom de Parthique.
Il mit ses troupes en quartiers d'hiver dans la Syrie et vint à Antioche. Ce fut dans cette ville qu'il réduisit tout le droit romain aux lois anciennes et authentiques, ne voulant pas y comprendre les rescrits des princes, qui ne pouvaient servir de règles générales (2).
{\) Dion., lib. LXXVIII.
(t) Dion, in Mac.
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Pendant que ces choses se passaient, Mœsa, sœur de Timpératrice Julie femme de Septime Sévère, conspirait pour enlever la pourpre à Macrin et la donner à son fils Avitus, âgé seulement de quatorze ans, et pontife en Phénicie du temple d'Émèse, dédié au soleil sous le nom d'Élagabale. Cette mère ambitieuse et sans mœurs présenta son fils aux soldats conune fruit de son adultère avec Caracalla, que les légions avaient chéri pour ses libéralités. Les troupes d'Émèse le reconnurent pour empereur.
Cette révolte parut d'abord peu sérieuse à Macrin. Cependant, il fit partir pour la réprimer Julien, son lieutenant, auquel les soldats coupèrent la tête, qu'ils envoyèrent à Tempereur comme étant celle d' Avitus. Macrin la reconnut et comprit que cette tête demandait la sienne. Il marcha contre son rival, fut défait et tâcha de regagner Tltahe. Les émissaires d' Avitus l'atteignirent dans Arquelaïde, où il eut la tête tranchée, ainsi que Diadumène, son fils, âgé de dix ans, coupable de sa naissance et d'avoir été fait César.
Avitus, ce jeune Syrien qu'on appelait Élagabale, nom de la divinité dont il était pontife, commença par faire tuer les partisans de Macrin et consacra dans Rome un temple magnifique à Élagabale, contraignant les citoyens au culte de ce dieu singulier. Pour en célébrer les mystères, il avait le tour des yeux peints et les joues colorées de vermillon. Il portait dans le temple une tiare, un collier, des bracelets, une tunique d'étoffe d'or et des sandales couvertes de pienres gravées. On voyait autour de lui des courtisanes, des bouffons, des nains et des chanteurs , dansant tous à reculons devant une pierre triangulaire. Il étonnait les Romains par ces pratiques insensées, qu'il voulait faire adopter à tout l'univers (1).
Nous devons rapporter à l'année 220 le fait suivant, qui a tout le caractère de nos anciennes légendes. Un personnage inconnu, se disant Alexandre de Macédoine, partit des bords
(1) Hist. August., lib. CXII.
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du Danube, suivi de quatre cents individus vêtus de peaux de cerfs, portant des branches d'arbres, dansant et faisant mille innocentes folies» Il traversa la Mésie et la Thrace Jusqu'à Byzance, sans que personne osât s'opposer à sa marche. On le nourrissait dans tous les endroits où il passait. De Byzance, il atteignit sur des navires la côte de Macédoine, et, après avoir fait quelques cérémonies nocturnes, il disparut avec sa suite. Les chrétiens prétendirent que c'était un démon (1).
Élagabale, dont les vices dérivaient de l'imagination orientale, se distinguait particulièrement par Timpudicité. 11 aimait à représenter l'histoire de Paris, en se Hvrant aux ministres de ses voluptés. Youlait-il simuler le soleil? il se faisait traîner nu dans un quadrige roulant sur un sol couvert de paillettes d'or. La profusion de sa table était aussi remarquable que ses débauches. Ses officiers ne mangeaient que des entrailles de barbeaux, des cervelles de faisans et de grives, des œufs de perdrix et des têtes de perroquets. Ses chiens ne vivaient que de foies de canards, et ses chevaux de raisins. Il s'était réservé les crêtes de coqs, les vulves de laies, les langues de paons et de rossignols (2).
Tant de recherches, de vices et de prodigalités déplurent même à la dégradation romaine. Les prétoriens s'en lassèrent après s'en être moqués. Ils se soulevèrent, un Jour ^ qu'Élagabale visitait leur camp, et l'assassinèrent dans les latrines où il s'était réfugié. Ils voulurent Jeter son corps dans un égout ; mais, n'ayant pu l'y faire entrer, ils le précipitèrent dans le Tibre, ce qui valut au Jeune insensé d'être surnommé Tibérinus (3). Sa mère et les femmes qui l'accompagnaient furent pareillement égorgées.
Alexandre. Alcxandro, cousiu d'Élagabale, reçut immédiatement la pourpre. Mammée, sa mère, était chrétienne ; lui ne l'était
(1) Diou., lib. LXXIX.
(2) Lamprid. in Elag.
(3) Herod., lib. VI.
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pas ; mais, ayant eu la fantaisie de réunir dans le palais impérial les statues des meilleurs souverains et des hommes les plus purs qu'il honorait comme des dieux, on remarqua dans le nombre Jésus-Christ, Abraham, Apollonius de Tyane, Orphée et Alexandre le Grand. C'était un premier pas vers le chistianisme ; aussi ceux de la nouvelle religion n'éprouvèrent-ils aucune persécution sous son règne. Il aurait même élevé un temple à Jésus-Christ, disent certains auteurs ecclésiastiques, s'il n'eût craint de faire abandonner trop subitement le culte des dieux. Il renvoya en Orient l'idole d'Élagabale, qui n'était qu'une pierre brûle triangulaire, et plusieurs autres divinités non moins suspectes, pour lesquelles les dieux Jaloux de Rome n'avaient que le plus profond mépris. 11 fit quelques changements dans l'administration des provinces, créa, à côté des propréteurs qui connaissaient de toutes les branches du service public, des présidents qui rendirent la justice.
L'empire ne possédait plus alors que dix-neuf légions au lieu de vingt-cinq. 11 y en avait trois chez les Bretons, trois sur les bords du Rhin, une en Italie, une en Espagne, et les autres chez diverses nations de l'Orient (1). L'armée du Rhin avait été composée de huit légions sous Auguste; les trois qui restaient ne suffisant pas contre les Germains, Alexandre rappela quelques corps de l'Orient pour les renforcer et voulut se mettre à leur tête. Comme il était encore dans les Alpes, il rencontra un druide qui le tira à part et lui dit : « Va, mais ne t'attends pas à vaincre et ne te fie pas à tes soldats I » Prédiction qui ne tarda pas à se vérifier. Il combattit les Genqains et leur fit repasser le Rhin ; mais, au moment où il reprochait aux légions leur indiscipline et leur mollesse, un chef goth, nommé Maximin, ayant l'audace d'aspirer à l'empire, profita du mécontentement des troupes pour faire assassiner Alexandre et Mammée, sa mère, dans le bourg de Secilia, voisin de Mayence.
(4) Dion., lib. LV.
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Maximin. Maximin est le premier barbare qui soit devenu empereur. ^^' Il avait huit pieds et demi de haut, traînait seul un chariot chargé, mangeait quarante livres de viande et buvait une amphore de vin par jour. Les avantages qu'il de^'ait à sa force le firent surnommer Hercule. Il ne fut pas plus tôt reconnu par le sénat qu'il poursuivit la guerre de Germanie et acheva le pont de bateaux que son prédécesseur avait fait jeter sur le Rhin. Il ravagea un espace de plus de cent cinquante lieues et finit par rencontrer les Germains embusqués dans leurs bois. Il les attaqua, et aurait péri au milieu d'mi marais si les siens ne l'eussent promptement secouru. Sa conduite confirma la bonne opinion que l'on avait de son courage et de sa valeur.
II écrivit alors la lettre suivante au sénat : «Je ne pourrais vous dire ce que nous avons fait, pères conscrits; mais nous avons brûlé les bourgs des Germains, enlevé leurs troupeaux, ramassé tant de prisonniers qu'à peine les terres de la République pourraient-elles les contenir (1). »
Il n'ignorait pas qu'Alexandre avait été favorable aux chrétiens; sa politique, à lui, fut de les chasser du palais et de tourmenter les évéques, auxquels il attribuait les fn^ogrès de l'Évangile. Beaucoup d'églises furent brûlées par ses ordres (2), preuve qu'on avait eu la liberté d'en construire du temps de son prédécesseur.
Les sévérités de Maximin engendrèrent plusieurs guerres civiles. On se fatigua d'obéir à un Goth. Gordien, proconsul d'Afrique, reçut la pourpre dans une sédition contre les gens du fisc. Il prit son fils pour collègue et fut surnommé l'Africain.
Gordien père. Lc séuat fit alors publier que Maximin avait cessé de régner Gonuen fliB. ^j. ^^^ j^g j^^^^ Gordicus étaient élevés à l'empire.
Maximin apprit sa déchéance dans la Thrace. Il en perdit presque la raison. Comme un taureau furieux, il se heurtmt
(1) Herod., lib. VII.
{t) Orig. in Math., lib. XXVin.
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la tête contre les murs et voulait arracher les yeux à son fils; cependant il réunit ses troupes et marcha sur Rome. Il n'ayait déjà plus rien à craindre des deux Gordiens : le plus jeune avait été tué par CapeUion, gouverneur de la Mauritanie; l'autre s'était fait mourir à Carthage en apprenant la mort de son fils. Maximin, au comble de la joie, promit à ses soldats les biens des sénateurs et ceux des plus riches Africains.
BaibiD, La mort des Gordiens remplit Rome d^inquiétudes et de ^^' terreurs. Le sénat, craignant les impitoyables vengeances de Maximin, se hâta de nommer Pupien et Balbin empereurs. Le premier, ancien gouverneur de la Gaule narbonnaise, était consul; le second, d'une famille illustre, l'avait été deux fois et s'était fait chérir dans l'administration de plusieurs provinces.
Le peuple, craignant la sévérité de Pupien, assaillit les deux empereurs au moment où ils sortaient du théâtre et voulut avoir un prince de la famille des Gordiens. On alla chercher en Afrique un de leurs petits-neveux, ayant douze ans à peine, pour le proclamer César.
Pendant que ces choses se passaient, Maximin s'avançait jusqu'au pied des Alpes avec les légions du Rhin, de la Pannonie et quelques escadrons germains. Aquilée lui ferma ses portes. L'armée voulut les forcer et combattit le premier jour avec ardeur; mais, s'étant bientôt ralentie, Maximin fit exécuter plusieurs officiers. Les soldats irrités regorgèrent lui et son fils, puis jurèrent fidélité aux deux empereurs que le sénat avait reconnus. Les citoyens de Rome apprirent au théâtre la mort du tyran. Us firent cesser les spectacles et coururent aux temples pour en remercier les dieux.
Pupien arriva sur ces entrefaites près des soldats de Maximin, qu'il trouva consternés de leurs dernières agitations. U leur parla avec douceur, promit l'oubli du passé, et renvoya les auxiliaires gaulois, dont le zèle était suspect. U rentra dans home escorté par les prétoriens et les légions de Garmanie.
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Gordien m.
Philippe.
Cependant, ces mêmes prétoriens, se trouvant bientôt insultés du mal qu'on disait de Maximin, se ruèrent un jour sur le palais et tuèrent les deux nouveaux empereurs. Les Germains, venus trop tard pour les défendre, regagnaient silencieusement leurs quartiers, au moment même où les prétoriens s'emparaient du jeune Gordien et le proclamaient Auguste.
Gordien nomma préfet des prétoriens Misithée, son beaupère, personnage très-éclairé dont il écouta toujours les conseils. Us lui furent si profitables que Misithée reçut du sénat le titre de tuteur de f empire. Le jeune empereur battit, en plusieurs rencontres, Sapor, roi des Perses; mais sa fortune reçut un rude échec par la mort de son beaupère, laquelle excita l'Arabe Philippe, général d'un corps de troupes, à convoiter Tempire. Il indisposait les soldats par des menées sourdes, leur faisait faire des marches forcées, les laissait manquer de vivres, rejetant leurs maux sur la jeunesse de l'empereur. Gordien, voyant qu'on en voulait à sa vie, proposa successivement à Philippe la charge de préfet du prétoire, le partage du pouvoir, enfin le titre de César.
L'Arabe refusa tout à celui qui lui montrait tant de faiblesse^ et il le fit assassiner près de Babylone.
Avec Philippe continue ce qu'on est convenu d'appeler le règne des tyrans, pour distinguer ces empereurs de hasard, élevés par le caprice des soldats, d'avec ceux qui étaient légitimement élus par le sénat romain. Philippe était chrétien, ce qu'on ne soupçonnerait pas d'après l'acte dont il s'était rendu coupable. Il en fut effrayé lui-même et fit répandre le bruit que la mort de Gordien était naturelle. Il revint avec l'armée dans Antioche, s'imaginant que son crime y était ignoré. Tous les détails, au contraire, en étaient si bien connus que, se rendant, le jour de Pâques, dans la métropole de cette ville pour participer aux prières des fidèles, il fut arrêté à la porte par l'évêque Babylas, qui lui en défendit l'entrée tant que lui et l'impératrice ne se seraient pas rendus parmi les pénitents. Il ne fit aucune objection et obéit au
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saint évêque (1). Rentré dans Rome après avoir réglé les affaires de l'Orient, Philippe parla toujours avec respect de Gordien, et laissa subsister les monuments élevés à son honneur.
Il y eut bientôt des jeux séculaires dans la ville éternelle pour célébrer Tan 1000 de sa fondation. Philippe, imbu des principes chrétiens, fit une ordonnance pour réprimer les sales débauches qui s'y commettaient, débauches tolérées au moyen d'un tribut que l'on payait au prince. Les jeux séculaires furent remplacés par un jubilé, l'an 1300 de notre ère.
Dans le même temps l'empereur conféra le titre de César à son fils, qui portait comme lui le nom de Philippe.
La foi progressa beaucoup sous ces deux princes. On prêcha librement l'Évangile ; on renversa dans l'Orient les temples des idoles, qui furent remplacés par des églises dédiées à Jésus-Christ. Saint Jérôme dit que Philippe est le premier des empereurs romains qui ait embrassé le christianisme, et que ce prince entretint avec Origène d'Antioche une correspondance qui n'a jamais été connue (2).
A cette époque, l'Orient se révolta et nomma un empereur. La Mœsie et la Pannonie firent de même. Philippe envoya Dèce pour réprimer la sédition. Les deux usurpateurs furent assassinés. Les soldats, craignant d'être punis, élevèrent Dèce à l'empire et prirent avec lui le chemin de l'Italie. Philippe, indigné d*une pareille trahison, marcha contre eux, fut culbuté et mis à mort dans Vérone, tandis que le jeune César était égorgé à Rome dans le camp des prétoriens. Plusieurs écrivains ecclésiastiques ont mis ces deux princes au rang des martyrs ; les païens en ont fait des dieux (3).
n semble que Dèce n'ait gouverné l'empire durant trois années que pour persécuter l'ÉgUse. Odieux aux chrétiens
(I) Euseb., Ub. VI.
(â) HÎBt. Bcript. écoles, in Orig
(3) Eut., Ub. K, in PhU.
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162 ANNAUtt DE LA GAULE
depuis le meurtre de Philippe, il lança contre eux son premier édit, prétendant qu'ils attiraient toutes sortes de malheurs sur l'empire par le mépris qu'ils portaient à l'ancien culte ; qu'il fallait, pour apaiser le courroux des dieux, que tout chrétien sacrifiât ou fût précipité au fond de la mer, jeté dans les flammes ou livré aux bétes de Tamphithéâtre. Le pape saint Fabien fut la plus illustre victime de cette persécution. Dèce menaça des plus terribles châtiments ceux qui oseraient entreprendre une élection nouvelle (1)*
Un grand nombre de chrétiens se réfugièrent de l'Italie dans la Gaule. Il y arriva même des évêques, qui fondèrent plusieurs églises métropolitaines. Grégoire de Tours place saint Trophime dans Arles, Paul à Narbonne, Saturnin à Toulouse, Dionysius à Paris, Gratien à Tours, Strémonius à Clermont, et Martial à Limoges.
L'empereur étant allé combattre les Goths, beaucoup de fidèles rentrèrent dans Rome, qu'ils avaient quittée pour ne pas être exposés à la rigueur des édits. Julius Valons, qui avait su se créer un parti composé de tous ceux qui détestaient les cruautés de Dèce, se fit proclamer empereur. Les chrétiens s'empressèrent d'appeler l'évéque saint Corneille à la papauté.
Le pouvoir de Valons fut de courte durée, car les prétoriens, étrangers à son élection, ne tardèrent pas à l'assassiner. Sa mort fut le signal de nouvelles persécutions contre l'Église. Saint Cyprien prétend que les chrétiens se les étaient attirées par leurs excès, car, durant la paix, les prêtres brûlaient d'un désir insatiable de richesses et n'avaient aucune charité dans le cœur ; que plusieurs évêques, devant instruire le peuple par leurs paroles et leurs exemples, l'avaient abandonné et méprisaient les choses saintes pour se mêler aux affaires du siècle.
Le même moraliste ajoute, avec une certaine aigreur, que
(4) S. Cyprian., ep. LU.
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les hommes se teignaient la baii)e, que les femmes se far* daient le visage et donnaient une couleur étrangère à leurs cheveux.
Tous revinrent à Dieu à la vue seule des supplices qu'on leur préparait : les épées, les feux, les béies farouches, les chaises de fer ardentes, les ongles d'acier furent les instru-* ments de cruauté qui devaient torturer leurs membres. Des malheureux, traînés devant les juges, étaient chaque jour envoyés au supplice ; la consternation devint telle que les villes demeurèrent vides et que les déserts se remplirent d'hommes épouvantés qui fuyaient devant leurs bourreaux.
On eut cependant à déplorer la chute de beaucoup de chrétiens en Afrique. « Le plus grand nombre de nos frères, dit saint Cyprien, a trahi la foi aux premières menaces de l'ennemi. Ils n'ont pas seulement attendu qu'on les interrogeât pour .renoncer à Jésus-Christ, ni qu'on se saisit de leurs personnes pour brûler de Tencens sur les autels. Ils couraient d'euxmêmes à la place publique... Plusieurs se sont perdus par l'amour aveugle de leurs biens. y>
Les mêmes persécutions et les mêmes chutes se virent dans Alexandrie. Les chrétiens de Smyrne offrirent leurs hommages aux idoles et mangèrent les viandes des sacrifices; ceux d'Arles ne firent pas de difficulté de renoncer à Jésus^Christ. On ne cite dans la Gaule que le martyre de saint Saturnin, évéque de Toulouse.
La persécution ne dura guère qu'une année avec sa terreur et ses supplices. On dit même que le tyran s'adoucit en lisant l'interrogatoire de saint Agace, évéque d'Orient, lequel lui parut si touchant qu'il ordonna de mettre le saint en liberté.
Le retour de la paix engendra des schismes : beaucoup de chrétiens qui avaient faibli devant les supplices demandèrent à rentrer dans le sein de l'Église. Il leur fallut faire une pénitence publique, dont beaucoup se dispensèrent en présentant des billets de réconciliation donnés par des con* fesseurs et des martyrs. Ces grâces ne tardèrent pas à dégé-
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nérer en abus. Saint Cyprien écrivit au clergé de Rome pour l'avertir de surveiller ces confesseurs indiscrets.
Félicissime et les prêtres africains Novat, Fortunat, Jovinus et Maxime s'élevèrent contre la doctrine de Cyprien. Celui-ci réunit le concile de Carthage où Ton posa des règles pour les réconciliations ; le prêtre d'Italie Novatien refusa d'y souscrire, prétendant que le jugement de ceux qui avaient fait acte de paganisme devait être abandonné à DieUy et, pour donner plus de force à son parti, il se fit consacrer évêque de Rome.
Corneille, qui possédait cette dignité, excommunia Novatien. L'hérésiarque retourna en Afrique où il jeta beaucoup de troubles parmi les fidèles. Les orthodoxes étaient guidés par rinflexibiiité de la doctrine, leurs adversaires par une indulgence peut-être mal entendue tenant à la douceur de leurs âmes. La doctrine et la charité étaient aux prises.
Pendant que les chrétiens se disputaient entre eux, Dèce et son fils furent tués dans un marais, en combattant les nations gothiques qui résidaient au delà du Danube. La lice se trouvait encore ouverte à toutes les ambitions militaires. Cette fois l'assassinat ne fut pas leur complice. Gaiius. Gallus, ancien consul, fut proclamé empereur par les ****** armées de la Thrace et de la Mœsie. Il créa son fils Volusiénus César, le maria à Estrucille, fille de Dèce, et adopta un fils de ce dernier nommé Hostilien, auquel il donna le titre d'Auguste.
Nous trouvons Gallus au commencement de l'année suivante à Rome, faisant avec les Goths un traité par lequel il s'obUge à leur payer une certaine somme pour qu'ils ne viennent plus ravager les terres de l'empire, alors bien déchu de sa grandeur. Il ordonna des sacrifices pour apaiser les dieux au sujet de la peste qui ravageait le monde entier. Les chrétiens refusèrent d'y assister, ce qui leur valut de nouvelles persécutions. L'évêque saint Corneille fut envoyé en exil.
Ces sacrifices n'empêchèrent pas la maladie de continuer
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ses ravages et d'aller même s'attaquer à la famille impériale. L'Auguste Hostilien succomba. Sa mort ût croire que Gallus l'avait fait empoisonner, craignant qu'il ne cherchât à s^emparer seul de la pourpre.
Alors Émilien, général des troupes opposées aux Scythes, était proclamé empereur par ses légions (1). Gallus et Volusiénus quittèrent Rome pour aller le combattre. Les deux armées se rencontrèrent à Terni, dans l'Ombrie. Celle de Gallus, se voyant la plus faible, assassina pour en finir cet empereur et son fils, puis se rangea du côté d'Émilien. en. La Gaule ne sentit aucune commotion de ce passage si ^ fréquent de tant de généraux à l'empire. Valérien la traversa avec quelques légions pour aller à la défense de Gallus; mais, ayant bientôt appris les événements qui venaient de se passer, il se fit lui-même proclamer empereur. Émiiien marcha contre lui et fut tué à Spolète par ses propres soldats qui, selon l'habitude, passèrent à son rival (2). ai, Valérien fit son entrée dans Rome avec les légions du Rhin . ^ n fut proclamé par le sénat, qui créa en même temps César ,, son fils Gallien. Valérien choisit des généraux habiles pour mettre à la tête de ses troupes : on cite dans le nombre Macrien, Posthume et Aurélien, que nous verrons successivement arriver à la pourpre.
L'empire fut alors attaqué sur tous les points. Valérien se chargea de contenir l'Orient et envoya Gallien dans les Gaules, alors menacées du premier envahissement des peuples d'outre-Rhin; car on ne doit regarder que comme un brigandage accidentel leurs apparitions de l'année 231, promptement réprimées par Alexandre Sévère.
Pour la première fois aussi nous entendrons parler des Francs, peuples logés, avons-nous dit, dans les marais du bas Rhin et du Weser, d'où ils venaient par petites bandes piller les contrées du nord de la Gaule. De quel pays tiraient-
(1) Zozim., lib. I.
(t) Eu trop, t lib. IX, in £mil.
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ils leur origine? On n'est pas d'accord à ce sujet. Eumènes les fait venir des bords de l'Océan. Saint Jérôme a dit que cette nation, moins étendue que puissante, résidait entre les Saxons et les Allemands (1), c'est-à-dire dans la Westphalie et la Hesse actuelles. De son côté, la chronique d'Alexandrie affirme que Dèce fut tué en allant faire la guerre aux Francs. Or, comme tous les historiens placent la mort de cet empereur dans la Thrace, les Francs auraient donc été voisins de ce pays, et par conséquent originaires de contrées plus lointaines que de le disent Eumènes et saint Jérôme. Pour concilier ces deux opinions, il faudrait supposer que, partant du voisinage de la Thrace, ils se seraient avancés de province en province jusqu'aux environs du bas Rhin.
L'opinion qui prévaut admet que les Francs étaient Germains et que leur nom dérive d'une ligue formée entre eux et les peuplades voisines pour conserver leur indépendance. Ce sentiment est confirmé par les auteurs du iv* siècle, qui comprennent parmi les Francs les Atuates, les Bructères, les Camaves et les Salions, tous désignés par Tacite comme iappartenant aux nations germaniques. Les Francs seront aussi nommés Sicambres, parce qu'ils s'empareront, en passant, des terres que ces derniers occupaient du temps de César sur la rive droite du Rhin.
Les Francs, divisés en petites bandes commandées par des princes, des rois, n'avaient pas alors de grandes armées. Clovis est le premier qui ait eu le pouvoir sur toute la nation. Ce seront pourtant ces petits groupes qui dévasteront la Gaule, sans que les généraux romains puissent s'y opposer, car la surprise sera l'habile tactique des envahisseurs. Les habitants des campagnes ne penseront qu'à fuir devant le glaive et la torche qui menaceront leurs vies et leurs propriétés.
Le César Gallien, secondé par Probus et par Aurélien, tribun de la légion de Mayence, ne tarda pas à les attaquer.
(4) Hieron., Y, p. 246.
Aurélien en rencontra une bande composée seulement de mille hommes, en tua une partie et vendit le reste à l'encan. Probus fit mieux : il passa le Rhin et alla les attaquer jusque dans leurs marais (1).
Gallien s'allia avec Attale, roi des Marcomans, dont il épousa la fille. Ce mariage, flatteur pour une petite princesse germaine devenue impératrice, engagea son père à garder les passages du Rhin. L'invasion, arrêtée sur ce point, traversa les Alpes et fondit sur Tltalie. Gallien partit de suite pour Milan, battit trois cent mille Allemands et les refoula dans leur pays. Posthume défendit la Gaule, dont Yalérien l'avait nommé gouverneur. Les Gaulois le prirent dans une grande affection.
L'Auguste Yalérien, faisant en 256 laguerredans laThrace, secondé par Aurélien qu'il avait retiré des Gaules, chassâtes peuplades gothiques des limites de l'empire, vint à Byzance et fit plusieurs édits contre les chrétiens, bien qu'il en eût admis parmi les serviteurs et les officiers du palais.
Macrin, son lieutenant, qui aspirait à l'empire, était païen. Sachant que les chrétiens n'approuveraient pas son usurpation, il persuada à Yalérien que son règne serait heureux s'il faisait des sacrifices et s'adonnait à la magie. Celui-ci se laissa séduire et devint persécuteur. Il envoya un rescrit au sénat de Rome pour faire mourir sans délai les évéques, les prêtres, les diacres, les sénateurs et les chevaliers qui persisteraient dans leur religion. Le pape saint Etienne et révéque saint Cyprien furent sacrifiés. Orose dit qu'il y eut des mailyrs dans toutes les provinces.
Ces sévérités furent loin de valoir au malheureux empereur le bonheur qu'il en attendait. Sapor le battit, et le perfide Macrin le livra lui-même à ce roi. Retenu dans une ignoble captivité et revêtu de la pourpre, il prêtait le dos à Sapor lorsque celui-ci voulait monter à cheval (2). Après sa
(I) Vopisc. Proc., V, p. Ul, (%) Eatrop.,lib. IX..
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mort, ses restes furent empaillés, teints en rouge et suspendus comme un trophée dans le principal temple de la Perse. A la même époque, Rome en faisait un dieu (1).
Gallien, resté seul maître de l'empire, ne songea pas à venger la mort de son père. Posthume aurait pu le former aux affaires; mais il était si léger qu'il méprisait les conseils de ce général et passait sa vie dans la mollesse et les voluptés. Sa conduite efféminée ouvrit la Gaule aux barbares, qui la dévastèrent sur tous les points. On peut rapporter à cette époque le dépôt d'objets précieux récemment découvert sur le territoire de Saint-Paul-de-Varax, lequel se composait d'une belle urne contenant près de quatre cents médailles d'argent àl'efflgie des empereurs Alexandre Sévère, Maximin,Gordien, Philippe, Dèce etGallien; de deux chaînes, de sept anneaux en or et de deux colliers auxquels pendait la roue symbolique du soleil, ayant une émeraude au moyeu. Tout porte à croire que le Gallo-Romain propriétaire de ces objets aura succombé sous le glaive des barbares, puisque son petit trésor est resté enfoui jusqu'à nos jours dans le lieu même où il l'avait caché.
Pendant ce temps-là, d'autres peuplades germaniques traversaient les Alpes et s'emparaient de Ravenne. Rome, consternée, se crut un instant perdue. Les citoyens prirent les armes, et, renforcés des gardiens de la ville, formèrent une armée qui imposa tellement aux barbares qu'ils rebroussèrent chemin, emportant avec eux les dépouilles de l'Italie.
La faiblesse du pouvoir étant l'unique cause de tant d'audace, les généraux romains ne voulurent plus supporter ce joug honteux qui leur paraissait déshonorant. Ingénuus, ancien lieutenant de Yalérien dans la Mœsie, se fit proclamer empereur ; mais, bientôt défait par Gallien, il se tua de désespoir. Les braves soldats qui périrent dans cette collision laissèrent le pays sans défenseurs.
A cette usurpation avortée succéda celle de Régianus,
(4) Hîst. Aug. înValer.
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gouverneur de l'Illyrie. Régianus fit de belles actions contre les Sarmates ; mais ses troupes, qui redoutaient Gallien, lui ôtèrent la vie, oubliant qu'elles-mêmes l'avaient forcé de prendre la pourpre.
losthume, Posthumc, très-ronommé dans les Gaules, fut à son tour Iles Gaules, proclamé cmpercur. Son zèle pour la religion chrétienne, pour Tordre et la discipline, lui avait valu l'afifection des peuples. L'ambition le porta au plus grand des crimes, car il fit assassiner, à Cologne, Saloninus, fils de Gallien, que celui-ci lui avait confié.
Cet événement eut lieu à la suite d'une sédition dont Posthume était l'auteur. Il venait de battre quelques barbares au delà du Rhin et de distribuer aux troupes le butin provenant de sa victoire (1). Silvain, gouverneur du jeune César, le réclama pour le prince. Le général victorieux obéit et le I fit rendre avec une rudesse calculée qui devait exciter les
I soldats contre Saloninus. Ils se révoltèrent en eflet , procla-
mèrent Posthume Auguste et allèrent mettre le siège devant Cologne, déclarant qu'ils ne se retireraient que quand on leur aurait livré le prince et son gouverneur. Les légionnaires de la garde eurent peur, les remirent et les laissèrent égorger sous leurs yeux.
Posthume, bientôt reconnu dans la Bretagne, en Espagne et dans la Gaule, défendit ces provinces contre les barbares et fit élever plusieurs forteresses sur la rive droite du Rhin. La tranquillité régna dans ses États durant les sept années qu'il les gouverna. On y vit même renaître une des grandes époques de l'empire et quelques-uns des beaux joure du siècle d'Auguste.
Tout, au contraire, n'était que confusion dans les autres provinces : Macrin usurpait la pourpre en Orient, Pison se révoltait dans la Thessalie, Valons dans la Grèce, et Auréole dans la Rhétie. La Bithynie était pillée par les Scythes, et la Sicile par des voleurs.
(1) Zonar., p. t36. a. b.
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170 ÀNNALB8 DE LA. QkVhE
Macrin , battu par Auréole , fut assassiné, lui et son fils. L'Egypte reconnut Gallien; maison apprit bientôt qu'Ëmilien venait d'y être proclamé empereur. Ëmilien y d*abord heureuxy fut tué par les troupes de Gallien, au moment où il se disposait à faire une expédition dans les Indes. m-Ms. Gallien, débarrassé de ses principaux compétiteurs, tourna ses armes contre Posthume. Il vint dans la Gaule avec ses légions. La campagne se passa en sièges de villes alternativement prises et reprises. L'aflTection des Gaulois soutenait les efforts de Posthume. Il fut victorieux dans un premier combat et vaincu dans un autre. Un des généraux de Gallien l'aurait pris s'il n'eût jugé de son propre intérêt de prolonger la guerre. Posthume put reconstituer son armée, au grand désespoir de Gallien qui abandonna la Gaule pour marcher contre Byzance.
L'année suivante (264), Gallien , après avoir triomphé à Rome des Sarmates, des Goths et des Francs, repassa les Alpes et fit le siège d'une ville où Posthume s'était renfermé. Gallien, blessé au dos d'un coup de flèche, resta longtemps malade, ce qui ne l'empêcha pas de recevoir le titre de restaurateur de la Gaule.
victoriB. Posthume, toujours chaudement poursuivi , s'associa Vic- ^ torin, général habile, mais trop adonné à l'amour des femmes, lequel sut néanmoins contenir Gallien.
Alors que toutes les provinces avaient leurs empereurs, l'Afrique s'en donna un dans la personne de Celsus, qui fut proclamé dans Carthage. Tué au bout de sept jours, son corps fut dévoré par les chiens et pendu en effigie ; basse vengeance inusitée jusqu'alors , où Ton avait pourtant usé de toutes sortes de cruautés et d'outrages.
L'Espagne, jusque là tranquille sous le gouvernement de Posthume, subit la première attaque des Francs qui avaient pillé la Gaule durant l'espace de douze années. De l'Espagne, dit Orose, ils passèrent en Afrique et la soumirent aux mêmes ravages.
367. Posthume régnait depuis sept ans ; l'armée se fatiguait de
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ses rigueurs, lorsque Lollien, son lieutenant, se fit proclamer à Mayence. Posthume l'y assiégea, et s'empara de la ville. Ayant refusé le pillage aux soldats, ils l'assassinèrent, lui et son jeune fils. Les Gaulois ont longtemps porté ses médailles suspendues au cou. On en trouve dans leurs sépultures, signe de vénération dont ils usaient envers les empereurs qui avaient su se faire aimer.
La mort de Posthume consolida l'usurpation de LoUien. Il demeura chef d'une partie des Gaules tandis que l'Auguste Victorin gouvernait l'autre. Lollien fut bientôt tué par ses ^dats, mécontents de ce qu'il les occupait à des travaux pénibles. Victorin resta seul maître de la province.
Alors les Allemands, qui avaient toujours redouté Posthume, brûlèrent les châteaux qu'il avait fait élever sur la rive droite du Rhin. Victorin allait les repousser lorsqu'il mourut à Cologne. Son fils, Victorin II, lui succéda et fut assassiné peu de jours après. On leur éleva un monument commun sur lequel on plaça l'inscription suivante : Ici reposent les deux tyrans Victorins. On continuait à donner le nom de tyran, qui n'était pas alors une injure, à tous ces empereurs de hasard dont l'élévation était un achemine* ment vers la tombe.
Les soldats, embarrassés de savoir à qui donner la pourpre, la jetèrent sur les épaules d'un simple armurier du nom de Marins, occupant un emploi subalterne dansla milice. Il ne s'effraya pas de sa nouvelle dignité, et dit à ses compagnons d'armes : « On me reprochera mon premier état, mais les nations étrangères sauront que j'ai appris à manier le fer. C'est la seule chose que pourra m' objecter cette peste impudique qui se nomme Gallien. d Au bout de deux jours, un soldat, son ancien ouvrier, trouvant qu'il le traitait avec hauteur, le tua d'un coup d'épée en disant : C'est toi qui tas forgée. Marins n'avait pu gouverner deux jours sans se montrer despote.
Les Gaules, effrayées de tant de catastrophes, commençaient à désespérer du pouvoir impérial. La misère était au
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comble. Les exacteurs romains exigeaient l'impôt avec une telle sévérité que l'on se demandait si Ton ne serait pas plus heureux de partager son champ avec les barbares. Cette inquiétude des esprits fut favorable au christianisme. La ferveur religieuse et la prière étaient devenues la consolation des affligés.
Tétoicus. Une femme, la fameuse Victoria, mère de LoUien, était alors maîtresse des destinées de la Gaule et disposait à son gré du pouvoir suprême en faveur de ses parents el de ses amis. Par elle, son petit-flls Victorin et Marins étaient parvenus à Tempire. Elle intrigua de nouveau et offrit la pourpre à son parent Tétricus, gouverneur de l'Aquitaine. Tétricus accepta et créa César son fils Pacuvius.
Victoria, nommée la Zénobie des Gaules, payait de son argent le crédit qu'elle avait sur les légions. Elle mourut après l'accomplissement de sa dernière intrigue. On a prétendu que Tétricus, ombrageux de son influence, l'avait fait assassiner.
Auréole, maître de la cavalerie, prit alors le titre d'empereur. Gallien, l'Auguste de l'Italie, le battit et l'obligea de se renfermer dans Milan. Près de succomber, Auréole imagina de faire circuler une liste de proscription qu'il attribuait à Gallien et sur laquelle figuraient les noms des principaux officiers de l'armée. Ceux ci , ajoutant foi à cet écrit que le hasard seul paraissait avoir fait tomber dans leurs mains , assassinèrent l'empereur et appelèrent Claude au souverain pouvoir.
Le peuple de Rome, apprenant cette révolution, s'emporta en injures contre Gallien. Le sénat fit précipiter du Capitole ses ministres et ses parents. On tua ses deux fils, auxquels on rendit, deux jours après, les honneurs divins.
Ainsi finit, après quinze ans de règne, un prince né pour le malheur du monde, car sa mollesse avait permis que l'empire fût déchiré par une infinité de concurrents et ruiné par les barbares. Son indifférence était si grande que, le jour où on lui apprit la révolte de l'Egypte et la perte des Gaules,
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Là GAULE PENDANT LA DOMINATION ROBIAINE 173
il dit : Eh bien ! notis nous passerons de lin et nous ne porterons plus le sagum d!Arras. Lorsqu'il sut, peu après, la révolte de riUyrie, cet esprit inégal écrivit à Ingénuus : «N'épargnez ni enfants ni vieillards; tuez quiconque s'est permis une parole , une pensée même contre moi. » L'impératrice ayant été trompée dans l'acquisition d'un collier de perles, il condamna le marchand à être livré aux bétes et fit lancer dans l'arène un chapon contre lui.
Claude II commandait l'armée d'Illyrie lorsqu'il reçut la pourpre. On l'envisageait à Rome comme étant seul capable de remédier aux affaires de l'empire. Plusieurs villes de la Gaule se soulevèrent en sa faveur. Autun fut détruite pour avoir donné le signal de l'insurrection. Claude réunit quelques légions et les arma avec beaucoup de peine, vu la pénurie des arsenaux. Ses forces étaient peu considérables, car la Gaule et l'Espagne obéissaient à Tétricus, Zénobie refusait ses archers, et plusieurs légions étaient occupées à faire le siège de Milan. Auréole s'y défendait avec courage ; mais quand il sut que Claude régnait, il proposa de se soumettre et de partager l'empire avec lui. Ce dernier répondit que de pareilles conditions auraient pu convenir à Gallien , mais que lui, Claude, le déclarait ennemi de la patrie. On se battit. Auréole fut vaincu et tué par ses soldats. Claude, après cette expédition, marcha contre les Allemands, détruisit leur armée près de Vérone, où elle s'était avancée pour conquérir l'Italie (1). L'année suivante est célèbre par la grande victoire qu'il remporta sur les Goths, laquelle lui valut le surnom de Gothique.
Pendant ce temps-là, Censorien, issu d'une famille illustre de Rome, ayant été deux fois préfet du prétoire et deux fois consul, s'emparait de la pourpre, aidé par quelques soldats qui ne tardèrent pas à l'assassiner. L'inscription placée sur sa tombe, aux environs de Bologne^ portait qu'il avait été heureux particulier et malheureux prince. Elle aurait pu con-
(I) Onuphr., p. ^56,
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174 AlflKAIJES DS LÀ GAULE
venir à tous ces empereurs dont la pourpre n'avait été qu'un lugubre linceul.
Claude disparut de mort naturelle après ses victoires. On rendit de grands honneurs à sa mémoire. Son frère Quintilius, élu par les prétoriens, reçut du sénat le titre d'Auguste y mais lorsqu'on eut appris qu' Aurélien avait été pro* clamé en lUyrie, Quintilius fut tué après un règne de dix-sept jours.
Auréuen. AuréUeu passait pour habile guerrier, mais trop vif et trop ^•"™- sévère. Il alla faire la guerre aux Germains qui avaient franchi les Alpes, dévasté les environs de Milan et fait trembler la ville éternelle. Il les attaqua et subit un tel échec vers Plaisance qu'on les croyait déjà maîtres de l'Italie. Il écrivit aux sénateurs de consulter les livres des sibylles. Tous s'y refusèrent par adulation, prétendant que Rome se confiait en la fortune de son empereur. 11 in^sta et dit qu'il ne comr^ prenait pas ces difficultés puisque le sénat ne siégeait pas dans une église de chrétiens. On obéit. Les sibylles consul* tées promirent la victoire. Les soldats reprirent courage, battirent les Germains et délivrèrent la province. On voit combien la politique était intéressée à la continuation de ces pratiques superstitieuses.
Aurélien ceignit Rome des fortes murailles qu'elle possède encore aujourd'hui, et qui ne présentèrent, un siècle plus tard, qu'un bien faible obstacle aux barbares. II releva, dans un village d'IUyrie, un temple dédié au soleil dont sa mère était prétresse, et le décora d'or et de pierres précieuses.
On le voit ensuite en Orient faisant la guerre à Zénobie , reine de Palmyre. Il s'empara de sa capitale, fit (a reine prisonnière, l'envoya à Rome, où sa postérité existait encore au commencement du iv* siècle (1).
97S.S74. Aurélien ne songea plus qu'à se faire reconnaître dans les Gaules. Ce pays était plein de factions que Tétricus contenait difficilement. On ne voyait que sièges de villes par des partis
(4) Eutrop., lib. IX.
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çui s'en disputaient la possession. Tétricus, impuissant à les contenir^ écrivit secrètement à Aurélien de venir le débarrasser du pouvoir. Celui-ci passa dans la Gaule avec quelques légions. Tétricus désirait lui remettre les siennes ; mais elles ne voulaient pas changer de maître, vu la licence qu'elles se permettaient avec lui. Aurélien leur livra bataille auprès de Ghftlons et les tailla en pièces (1). L'unité régna encore une fois dans l'empire au prix de ce sang versé et des talents guerriers d' Aurélien.
Celui-ci attaqua ensuite quelques bandes de Francs qui avaient passé le Rhin et les contraignit de rentrer en Germanie. Une sédition d'esclaves l'appela bientôt à Rome. Yoici quelle en fut la cause : Félicissime, affranchi de l'empereur, auquel son mattre avait donné la charge de receveur des deniers publics, abusa de son autorité et s'entendit avec les ouvriers de la monnaie pour fabriquer des pièces de bas aloi. Voyant leur manœuvre découverte et prévoyant le châtiment qui les attendait, ces voleurs publies se retirèrent sur le mont Cœlius avec une foule d'esclaves qu'ils avaient armés. Aurélien les attaqua et perdit contre eux sept mille hommes. Il les soumit néanmoins et les fit tous exécuter, ainsi qu'un certain nombre de grands personnages qui avaient trempé dans le vol des monétaires. On distribua de nouvelles espèces au peuple en remplacement de celles qui avaient été mises indûment en circulation.
Nous retrouvons peu après Aurélien dans la Gaule, apaisant quelques séditions, entre autres celle des Lyonnais, dont Zonar fait mention sans en indiquer la cause. 11 visita plusieurs villes, les embellit et dépensa beaucoup d'argent pour celle de Genaburriy qui par reconnaissance prit le nom d'Aureliana (Oriéans). On lui attribue aussi la seconde enceinte militaire de Dijon : Castrum Divionensey où César, en quittant la Gaule, avait laissé deux légions qui furent remplsK^ées par une colonie de vétérans.
(4) Aarel. Vict. in Aurel.
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Aurélien, d*abord favorable aux chréliens depuis le renvoi de Paul de Samosate du siège d'Antiochey devint leur ennemi après avoir attribué aux sibylles ses victoires contre les Germains. Les disputes théologiques qui continuaient entre les évéques le dégoûtèrent de leur religion. Il publia contre les chrétiens des édits de sang et de carnage (1), fit martyriser sous ses yeux, à Sens, une pieuse fille nommée Colomba (sainte Colombe); à Troyes, saint Patrocle, saint Sabinien, saint Yénérand et sainte Julie. On cite au nombre des plus illustres confesseurs d*Autun et d'Auxerre saint Prisque et saint Sévérien. L'Afrique et TOrient furent baignés du sang de saint Agapet, de saint Félix, de saint Irénée, de saint Conon et de sainte Potamienne.
Saint Conon, soumis à toutes sortes de tortures par le gouverneur romain qui voulait le faire sacrifier aux dieux, fut placé sur un gril ardent, eut les mains coupées avec une scie dont la lame était en bois. Il persista dans son refus jusqu'au milieu des flanmies, et fit en mourant le signe de la croix avec ce qui restait de son bras mutilé.
Une matrone nommée Mustiola, cousine de l'empereur Claude, ayant refusé d'être l'épouse du gouverneur Turcius et de renoncer à la foi, fut battue tant qu'elle donna signe de vie avec des fouets armés de balles de plomb.
Aurélien, dont les édits étaient si cruels, fut enfin puni par Dieu dont il châtiait si durement les serviteurs. La foudre tomba d'abord à ses pieds et ne lui fit d'autre mal que de l'effrayer. Mais la vengeance céleste l'attendait dans laThrace, où il exerçait mille cruautés. La terreur existant autour de lui, on usa de l'artifice qui avait toujours réussi, consistant à faire circuler de fausses listes de proscription. Les prétendues victimes eurent peur, s'entendirent et le tuèrent sur la route de Byzance à Césarée.
Les légions, connaissant bientôt la vérité, lui firent de magnifiques funérailles, et l'on exposa aux bêtes Mnesthée^
(4) Lact, de Perseo., cap. v^ p. 6.
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l'inventeur de la fourberie. Les Romains, qui ne craignaient pas Aurélien, l'appelaient par raillerie le régent du sénat. Le luxe avait fait de tels progrès sous son règne qu'il permit aux particuliers d'avoir de la vaisselle d'or et des chars doublés d'argent, prohibant néanmoins les vêtements en soie et ne voulant pas que sa femme en portât, car il détestait une étoffe dont le prix était exorbitant.
Après lui, le monde demeura sept mois sans maître. Alors, ce qui ne s'était jamais vu, le sénat et les soldats se renvoyèrent jusqu'à trois fois l'invitation de nommer un empereur. Durant cela les Allemands passèrent le Rhin et se rendirent maîtres de soixante-dix villes dans les Gaules (1). Il est fâcheux que les historiens ne nous aient transmis aucun détail sur cette invasion. Ils nous ont seulement appris qu'il n'y avait plus de légions sur le Rhin, plus de garnisons dans les places, et que les villes se rendaient à la première sommation des barbares.
^ Pour remédier à cet état de choses, les sénateurs, fatigués de jeunes princes, élurent empereur un de leurs collègues nommé Tacite, âgé de soixante-quinze ans. Ce choix était hasardé. Tacite le comprit et donna la charge de préfet du prétoire à Florien, son frère, général dans la force de l'âge et jouissant d'une certaine renommée. Il se réserva la rédaction des ordonnances concernant l'administration de Rome et des provinces. Comme il descendait de l'illustre historien qui porte son nom, il recueillit ses ouvrages, les fit placer dans toutes les bibliothèques publiques pour en assurer la conservation, prévoyance qui n'a pas eu tout le succès qu'il en attendait.
Tacite alla se montrer aux légions de la Thrace, et fut tué par ses propres soldats, dans la Cappadoce, après un règne de six mois.
tobos. Florien prit la pourpre après la mort de son frère. On le reconnut à Rome, en Afrique, en Espagne et dans les Gaules.
(4) Aurel, Vict. de Cœs.
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A la même époque, les légions d*Orient élevaient Probus à l'empire. Les armées des deux rivaux se rencontrèrent dans la Cilicie. Celle de Florien, composée de Gaulois et d'Allemands, décimés par une chaleur à laquelle ils n'étaient pas habitués, trouva très-commode de faire cesser la guerre en assassinant son empereur.
Probus, resté seul maître du monde, passa dans la Gaule pour attaquer les Allemands. Il reprit les villes dont ils s'étaient rendus maîtres. Peut-être doit-on placer dans le nombre V oppidum d'Alise-Sainte-Reine, où l'on vient de mettre au jour une circonvallation faite par les Romains et des armes qui sont évidemment d'origine germanique. Il dégagea ensuite les bords du Rhin, et tua plus de quarante mille barbares (1). Les Logons et les Francs tinrent les derniers; cependant ils demandèrent la paix, restituèrent leur butin et passèrent dans l'île des Bretons où ils servirent comme auxiliaires.
La Gaule étant délivrée, Probus bâtit des châteaux au delà du Rhin pour arrêter les Allemands. Plusieurs cités gauloises lui offrirent des couronnes. Les Rémois élevèrent un arc de triomphe en son honneur. Ses victoires firent néanmoins connaître la faiblesse de l'empire, sa décadence inévitable et très-prochaine. En effet, Probus ne pouvant recruter ses armées dans les provinces annexées à Rome fut obligé d'avoir recours aux Allemands qu'il répartit dans une infinité de contrées. Seize mille Francs furent envoyés du côté du Pont-Euxin. Ces malheureux, dépaysés et fatigués d'une vie qui leur paraissait efféminée, s'emparèrent un jour de quelques vaisseaux dans un port de l'Asie Mineure, allèrent piller la Grèce, prirent Syracuse, puis, franchissant le détroit de Gibraltar, arrivèrent à l'embouchure du Rhin pour rentrer dans leur pays (2). Cette entreprise audacieuse montre déjà le caractère aventureux du peuple Franc.
(\) Zozim., hist., Ub. 1, p. 67-68.
(2) Ëumen. in Conât. ch. pan., p. 478.
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m Probus occupa le loisir de ses soldats à planter des vignes dans la Gaule (1). C'était abroger Tédit de Domitien qui les avait fait en partie détruire. On croit que la Bourgogne lui fut redevable de ses premiers vignobles.
Les Lyonnais, sévèrement punis par Aurélien et craignant beaucoup Probus, engagèrent Procule, d'origine franque et brave guerrier, à prendre la pourpre. Procule, excité par sa femme, se rendit aux vœux des Lyonnais et alla se faire proclamer à Cologne. La Narbonnaise, l'Espagne et la Bretagne le reconnurent. Probus franchit les Alpes et le poursuivit jusque dans le nord de la Gaule, où il était allé pour demander assistance à ses compatriotes. Ceux-ci, loin de le secourir, s* en emparèrent et le conduisirent à Cologne, où il fut décapité.
Probus fit pendre dans la même ville un autre Franc nommé Bonose, qui s'y était fait proclamer Auguste. Cet homme, à l'imitation de Maximin, buvait plus de quarante pintes de vin par jour, ce qui fit dire aux soldats qu'ils avaient pendu une amphore et non un homme.
La paix régnait alors si généralement dans l'empire que Probus disait qu'on n'aurait bientôt plus besoin de soldats. Il les employa à dessécher les marais de Sirmich, sa patrie, travail qui n'était pas de leur goût, car, un jour qu'il était allé les visiter, ils se mutinèrent et le poursuivirent jusque auprès d'une tour de fer très-haute qu'il avait fait construire pour examiner leurs travaux. Renfermé dans celte espèce de forteresse, il ne put tenir longtemps contre la fureur des révoltés qui l'assiégèrent, le prirent et le mirent à mort.
^guste. L'armée éleva de suite à l'empire Carus, préfet du prétoire, homme de guerre éminent de l'aveu même de Probus.
7kn, Il créa Césars ses deux fils Carin et Numérien.
1^; Les Germains menaçant de nouveau la Gaule, le César
Carin vint à Cologne, où il se fit plutôt connaître par sa cruauté que par ses victoires. Eujtrope dit qu'il sç souilla de
(4) Enseb. ch. ann. 282.
tous les crimes; qu'il fit mourir sur de fausses accusations beaucoup d^nnocents et se vengea même de ses anciens condisciples avec lesquels il avait eu de légères contestations dans les écoles. Tel fut le nouveau Néron dont le gouvernement pesa deux années sur la Gaule.
L'Auguste Carus faisait alors la guerre dans la Perse et remportait des victoires. Il fut tué par la foudre qui vint le frapper au milieu du camp. Le ciel empiétait cette fois sur les droits de l'armée romaine.
Le César Numérien, lieutenant de son père, soutenait seul le fardeau de la guerre, lorsqu'il fut attaqué d'une ophthalmie et contraint de se faire porter en litière. Il avait épousé la fille d'Arrius Aper, préfet des prétoriens, et devait compter sur sa fidélité. Cependant Aper convoitait la pourpre. Ceux qui l'avaient précédé dans la charge qu'il occupait y étaient presque tous arrivés, car ces officiers jouaient depuis longtemps auprès des Césars le rôle dont les vizirs se sont emparés plus tard auprès des sultans. Aper fit tuer en secret son gendre, dont on continua de porter le corps parmi les légions. Un jour que les soldats s'ennuyaient de ne pas voir leur jeune empereur, ils levèrent les rideaux de sa litière et reconnurent qu'il était mort. Frappés de stupeur à ce spectacle, ils se réunirent pour le venger et lui donner un successeur. Aper, dont ils ne soupçonnaient pas encore le crime, ne fut point élu. Le choix tomba sur Dioclétien, l'un des premiers officiers du palais.
Dioclétien. Diocléticu, originaire de Dalmatie, était d'une naissance ^ si obscure que la plupart des historiens l'ont cru fils d'un greffier ou d'un affranchi. Dans sa première harangue aux soldats, il jura qu'il n'avait pris aucune part à la mort de Numérien, et, voyant Aper à ses côtés, il le perça de son épée.
On sait que le sanglier porte le nom Xaper en latin. Une druidesse du pays de Tongres ayant prédit à Dioclétien qu'il parviendrait à l'empire quand il aurait tué un sanglier, tous les jours il poursuivait avec ardeur ces animaux dans les
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bois ; maiSy ses chasses les plus heureuses n'amenant aucun changement dans sa fortune, il disait qu'il tuait beaucoup de sangliers et que d'autres les mangeaient (1). Son avènement à l'empire et le meurtre d'Aper lui firent croire que sa prédiction s'était réalisée.
Aussitôt que Carin eut appris les événements de l'Orient, il réunit les légions du Rhin, plusieurs corps germains et gaulois pour marcher contre Dioclétien. A peine avait-il passé le Danube qu'il fut abandonné et tué par ses soldats (2).
Dioclétien, seul maître de l'empire, se rendit à Rome et prit Maximien Hercule pour collègue. Maximien, général de grande valeur, mais aussi peu lettré que Dioclétien, s'était plusieurs fois distingué sur les frontières de la Germanie et sur les rives de l'Océan. II avait eu de sa femme Entropie une fille nommée Fausta, qui deviendra l'épouse du grand Constantin.
Maximien, à l'imitation de Posthume et de Tétricus, fixa sd résidence à Trêves, où demeurait alors le préfet des Gaules. Trêves possédait un superbe palais, de somptueux édifices, des aqueducs, et passait pour être une des premières villes de la Province. Un poète du temps dit qu'elle nourrissait, armait et habillait les forces de l'empire, que le commerce y attirait les richesses de toute la terre (3).
Ce fut dans cette ville qu'Ëumènes prononça son fameux panégyrique , dans lequel on voit que Maximien introduisit des Francs- Salions dans les contrées incultes du pays de Trêves et de Cambray.
A cette époque , les paysans des Gaules , fatigués de la guerre civile, de la tyrannie de leurs maîtres et de la ruine que leur causaient les barbares, s'étaient soulevés lors du départ de Carin. Armés d'instruments aratoires, ils portaient
(4) Flav. Vopisc. in Caro, p. 252.
(t) Aurel. V. de Csbs.
(3) AusoD. de Clarib. Urb.
l'effroi dans les habitations des riches Gallo-Romains^ qui abandonnaient leurs terres pour se réfugier dans les places fortes. Ces paysans prirent le nom de Bagaudes (1) ou Bagadesy signifiant en langue celtique : hommes attroupés dans les bois. Ils élurent pour chefs Pompéius ^lianus et Salvius AmanduSy auxquels ils donnèrent le titre d'Augustes. Leur principale forteresse fut un castellum romain situé sur la Marne, où s'établit, dans les âges suivants, le monastère des Fossés-Saint-Maur, lequel doit la première partie de son nom au voisinage de cet antique retranchement.
Ces révoltés étaient chrétiens (2). Dioclétien donna l'ordre de les soumettre. Maximien les attaqua partout où il put les rencontrer et en fit un grand carnage. Cependant, ils ne furent pas tout à fait détruits, car il en exista toujours tant que dura l'empire romain (3). Il y en eut même en Espagne au v* siècle (4), et le nom de Bagaudes demeura aux gens de la campagne qui vivaient à l'écart pour se soustraire au recrutement des armées et aux exactions du fisc impérial. Maximien Hercule avait une haine si prononcée contre les chrétiens qu'il en fit mourir un grand nombre dans la Gaule. Les soldats ne furent pas plus épargnés que les citoyens. La légion thébaine, venant de l'Orient, fut décimée, et son chef Maurice décapité , pour n'avoir pas voulu sacrifier aux dieux.
287-wi. Maximien fut bientôt attaqué par diverses nations allemandes qui semblaient avoir conspiré la perte de l'empire. On cite, dans le nombre, les Burgundes, les Chaïbons, venant des bords de la Baltique, et dont l'existence avait été jusqu'alors inconnue. Maximien les combattit et en fit un si grand carnage qu'il n'en resta pas un seul pour aller annoncer chez eux la nouvelle de leur défaite.
(4) Eutrop., lib. IX.
(2) Vit. Maur. et sancti Baboli, ap. Duchés., t. I, p. 262.
(3) Mamert. paneg. Maxim. August.
(4) Salv., lib. I.
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D'un autre côté, les Saxons, venant des bouches de l'Elbe, couraient les mers sur de petites nacelles en osier doublées de peaux (1), molestaient les côtes occidentales de la Gaule et pillaient Tintérieur du pays après y avoir porté le fer et la flamme. Maximien, occupé de ses guerres contrôles AUemandsy chargea le Batave Garausius, marin exercé comme Tétaient ses compatriotes, d'équiper des navires à Boulogne pour croiser devant la rive maritime. Ce dernier dut obtenir quelques succès, puisque Mamertin prétend que Maximien éteignit la guerre des pirates.
Cependant on ne tarda pas à s'apercevoir que , dans ses propres intérêts, Carausius laissait passer les barbares et ne les attaquait qu'au retour pour s'approprier le fruit de leurs rapines. L'empereur ordonna de tuer ce voleur public; Carausius le sut, enleva la flotte, passa dans l'tle des Bretons où il se fit proclamer Auguste. Maximien vint à Boulogue pour attaquer Carausius, et ne put réussir faute de marins exercés.
Les soins que nécessitait l'administration de l'empire engagèrent Dioclétien et Maximien à créer deux Césars. Ils choisirent Constance Chlore et Galère, puis répartirent ainsi les provinces : Dioclétien se réserva l'Orient ; Maximien eut l'Italie et l'Afrique; Galère, laThrace et l'Illyrie; Constance Chlore, les Gaules et la Bretagne.
Les Romains trouvèrent que cette division faisait un tort considérable à leur ville et à l'Italie. Rome ne vit presque plus ses empereurs, qui résidèrent soit à Trêves, soit à Milan, soit à Nicomédie. L'embellissement de ces trois capitales ôta la vie à celle qui se regardait toujours comme la reine des cités. Ce changement fut en même temps une cause de ruine pour les provinces, car elles durent subvenir à l'entretien de quatre souverains et de leurs nombreux officiers. Lactance dit que l'on attribua le partage du pouvoir à la timidité de
(4) Plin. Hist. natur., lib. IV, cap. xvi.
Dioclétien, qui craignait personnellement de s'exposer au danger.
Constance Chlore, César des Gaules, avait épousé Hélène, fille d'un hôtelier, de laquelle il eut Constantin. Conlraint de la répudier, il s'unit à Théodora, belle-fille de Maximien, et fixa sa résidence à Trêves. Il alla combattre Carausius, toujours maître de la mer et de Boulogne, où il recevait des renforts de la Bretagne. Constance, ayant fait faire une digue devant le port, réduisit à leurs propres ressources les assiégés qui furent contraints de se rendre. On s'empara de leurs navires, dont les marins furent incorporés dans la flotte qu'on équipa pour aller châtier Carausius.
Pendant que cet armement avait lieu. Constance alla dans Autun, ville célèbre des Éduens, ruinée du temps de Claude II, dit Eumènes, parce qu'elle avait engagé ce prince, oncle de Constance Chlore, à s'emparer du pouvoir dans les Gaules. Il la fit rebâtir par des ouvriers étrangers qui en relevèrent les temples, les bains, les aqueducs, les maisons particulières; et il engagea les personnes les plus considérables de la nation éduenne à venir l'habiter, de sorte qu'elle se trouva bientôt assez peuplée pour avoir besoin d'un professeur d'éloquence. Eumènes , titulaire de cette charge , appliqua la meilleure partie de son traitement à rétablir les écoles, et obtint que les bâtiments du collège fussent compris dans le nombre des édifices publics que faisait relever le prince. 396-3to. Constance Chlore allait rejoindre son armée à Boulogne lorsqu'il sut que Carausius venait d'être assassiné par Allectus, et que ce dernier s'était emparé de la pourpre. Deux flottes avaient été équipées en même temps pour aller le combattre, et, afin qu'il ignorât sur quel point de l'île elles aborderaient, l'une devait sortir de la Seine, sous la conduite d'Asclépiodote, préfet du prétoire ; l'autre de Boulogne, sous les ordres mêmes de l'empereur.
L'escadre de la Seine, partie la première et favorisée par un épais brouillard , passa inaperçue près de l'île de Wight où était la flotte ennemie. Asclépiodote prit terre et brûla
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ses propres navires pour que les Bretons ne s'en emparassent pas et que son armée n'eût d'espérance que dans la victoire.
Constance, de son côté, abordait avec la moitié de sa flotte sur un autre point du littoral breton; l'autre partie, dispersée par le brouillard était entrée dans la Tamise , où elle fut accueillie avec transport par les insulaires. Allectus, campé à peu de distance de là, commit la faute de marcher contre Asclépiodote, auquel il supposait moins de forces que n'en avait Constance. Il reçut la mort dans la première rencontre, et son armée fut mise en déroute. Les Francs, auxiliaires d' Allectus, se sauvèrent du côté de Londres, et t'auraient pillée si la flotte romaine entrée dans la Tamise ne fût heureusement venue à son secours et n'eût fait un grand carnage des fuyards. L'île des Bretons se trouva de nouveau réunie à l'empire, et la Gaule n'eut plus à craindre les sanglantes invasions des Saxons et des Francs.
Constance ramena , dit Ëumènes, un grand nombre d'ouvriers bretons pour prendre part aux travaux qu'on exécutait dans Autun. Il fil réparer d'autres cités détruites, élever sur les bords du Rhin des tours et des châteaux qui n'empêchèrent malheureusement pas les barbares de passer le fleuve. Un jour même, ils poursuivirent les légions jusqu'auprès de Langres. Constance, qui marchait à l'arrière-garde, ayant trouvé fermées les portes de cette ville, fut obligé de se faire hisser avec des cordes par-dessus les murailles. Le lendemain, il fondit sur les Allemands, leur tua plus de soixante mille hommes et fit un nombre considérable de prisonniers qui furent distribués aux possesseurs de domaines des pays d'Amiens, de Beauvais, de Trêves, de Langres et deTroyes, dont les terres étaient restées en friche depuis la désertion de leurs esclaves (1).
Les Cambrésiens, les Bataves et les Trévires ayant déjà reçu beaucoup de colons germains, on peut dire qu'avec le
(1) s. Hier., cbron. — Ëtimen., paneg. Gonst.
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supplément actuel cette race forma la majorité des populations septentrionales de la Gaule. On doit y ajouta des Sarmates, qui, se voyant menacés sur leur propre territoire, demandèrent à l'empereur la permission de fonder des colonies militaires dans les districts abandonnés des bords du Rhin, s'obligeant à fournir des recrues à l'armée romaine. Ils furent placés près de Trêves; mais bientôt fatigués, dit Ausone , de la vie sédentaire et de la discipline qu'on leur imposait, ils abandonnèrent leurs colonies pour retourner aux habitudes de leur ancienne vie indépendante et libre. 303-304. Jusque-là Dioclétien avait respecté la liberté de conscience, admis des chrétiens dans son palais. Il les persécuta bientôt, oubliant que les hommages rendus à la Divinité sont des pratiques saintes qui doivent être respectées, même quand elles blessent nos propres croyances.
Galère, l'instigateur de ces rigueurs insensées, avait pour mère la prêtresse d'un temple du dieu des montagnes, laquelle s'occupait d'opérations magiques et sacrifiait aux idoles. Elle voulut contraindre les chrétiens à manger les viandes provenant des sacrifices. Ils refusèrent. De là son inimitié contre eux et ses délations auprès de son fils, qui obtint de l'esprit faible de Dioclétien des édits de persécution.
La position des fidèles fut encore aggravée par l'incendie du palais impérial deNicomédie. Constantin l'attribue au feu du ciel. Lactance en accuse Galère, qui voulut en rejeter l'odieux sur ceux de la nouvelle religion. Quinze jours après, un autre incendie dévorait le même palais. Dioclétien, effrayé, quitta subitement Nicomédie en disant qu'il avait peur d'être brûlé par les chrétiens.
Galère, profitant des terreurs de son collègue, ordonna de démolir les églises élevées en l'honneur de Jésus-Christ et contraignit les chrétiens de lui apporter tous leurs livres, qu'il fit jeter au feu ; puis il les dépouilla des charges et des honneurs qu'ils possédaient dans l'empire. Les supplices commencèrent à Nicomédie. Ceux qui se refusaient à sacrifier aux idoles étaient entassés dans des barques et engloutis
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dans la mer. L'évêque Anthime eut la tête tranchée. Les chrétiennes : Prisca, femme de Dioclétien, et leur fille, sacrifièrent ; des officiers du palais et des eunuques préférèrent endurer toutes sortes de tourments. Les mêmes fureurs s'exercèrent dans tout l'Orient durant trois années. Lactance porte à deux millions le nombre des victimes que Galère fit immoler à la superstition de ses idoles.
Grâce à Constance Chlore, il n'y eut pas de martyrs dans la Gaule. Obligé cependant de concéder quelque chose à la rigueur des édits, il fit simplement fermer les églises et renvoyer de son palais les chrétiens qui ne voulurent pas sacrifier, et qu'il reprit plus lard en leur accordant toute sa confiance.
Las enfin de tant de cruautés qui s'exerçaient en son nom, Dioclétien se dépouilla de la pourpre à Nicomédie, la plaça sur les épaules du pâtre Maximin, neveu de Galère, et se retira à Salone, sa patrie. Maximien, de son côté, résigna dans Milan en faveur de Constance Chlore et nomma César Yalérius Sévérus, obscur favori de Galère.
Les lois recueillies à cette époque nous apprennent que toutes les villes de l'empire avaient des administrations communales, auxquelles on avait attribué les fonctions d'une foule d'agents impériaux. Le collège s'appelait curie ou sénat. Les membres prenaient individuellement les noms de curial, de décurion ou de sénateur (1), et se classaient entre la bourgeoisie et les officiers de l'empereur.
Le collège entier nommait deux magistrats appelés duumvirs ; l'un était chargé de rendre la justice , l'autre de surveiller les travaux publics et l'administration des revenus de la cité. Les grandes villes avaient quatre magistrats nommés qtuittwrmrs. La chaîne des uns et des autres ne durait qu'une année. Comme ils étaient tenus d'assister aux cérémonies païennes, le concile d'Elvire décida qu'ils s'abstien -
(4) Codex Tbeocl. — De Décurion.^ lib. OLI.
(Iraient d'entrer dans l'église tant qu'ils exerceraient leui^ charges.
Ces fonctionnaires ne prenaient aucune décision sans avoir consulté le conseil des décurions, qui rédigeait les ordonnances, que les duumvirs faisaient exécuter.
Les villes municipales avaient des prêtres, des sacrifices particuliers et des revenus provenant de fonds de terre et d'impôts prélevés sur les marchandises qui entraient en ville ou se vendaient sur les marchés.
En dehors de la curie se trouvaient des employés d'un ordre inférieur nommés édiles, questeurs et censeurs. Les édiles surveillaient les édifices, les bains et ce qui se passait sur la voie publique. Le questeur administrait les finances sous l'autorité du duumvir. Le censeur, dépendant du même magistrat, passait les marchés pour les constructions, faisait le dénombrement des citoyens, de leurs biens et s'enquérait des mœurs.
La place de curial, qui procurait la considération et des honneurs, fut d'abord briguée par les hommes les plus éminents. Des évêques eux-mêmes l'acceptèrent (1) ; mais trente ans étaient à peine écoulés qu'elle fut considérée comme un horrible fardeau. En effet, les curies, d'abord chargées de prendre les intérêts de la commune, se virent bientôt obligées de répondre pour elle, et l'on rendit chaque membre solidaire de toutes les exactions qu'on lui imposait. Le curial dut les payer d'abord , avant d'en avoir opéré le recouvrement, faire ensuite cultiver les terres abandonnées pour en retirer un )>roduit égal à l'impôt, puis fournir des équipages aux juges de province qui voyageaient au compte de l'État. On mit à la charge des nouveaux élus la dépense ruineuse des jeux publics. Aucun ne put s'éloigner sans la permission des agents impériaux, ni vendre la propriété à laquelle il devait son office.
Ces vexations firent que les fonctions de curial, au lieu
(4) Codex Theod. — De Episc, Ub. XXVI.
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d'être un privilège, furent bienWt envisagées comme la servitude la plus pesante et la plus détestée. Le véritable privilège consistait à s'y soustraire en entrant dans l'armée ou parmi les officiers du palais. La curie n'en était pas moins une création pleine d'avenir, devant survivre à l'empire et servir de base aux institutions communales du moyen âge et des temps modernes.
Les nouveaux Augustes se partagèrent ainsi les provinces aussitôt que Dioclétien et Maximien eurent résigné la pourpre : Galère eut l'IUyrie, l'Asie et l'Orient ; Constance Chlore, la Gaule, la Bretagne, l'Italie et l'Afrique ; mais il ne retint que la Gaule et la Bretagne, désirant s'en occuper exclusivement ; puis il demanda de s'adjoindre son fils Constantin en qualité de César. Galère refusa ce titre au jeune prince qu'il retint même en Orient, le faisant combattre, dit Zonar, tantôt contre unSarmate, tantôt contre un lion ; mais, voyant qu'il ne pouvait le garder plus longtemps, il lui permit de partir après avoir fait tendre sur sa route mille pièges que Constantin sut éviter (1). Celui-ci arriva enfin dans Boulogne au moment où Constance, son père, se disposait à passer dans l'tle des Bretons.
L'armée romaine battit d'abord les Calédoniens, ensuite les Pietés, venus de la Scandinavie dans la partie de l'tle que nous appelons maintenant l'Ecosse. Constantin se distingua dans cette campagne, mais il eut bientôt la douleur de perdre son père, dans la ville d'York, le 25 juillet 306 (2).
Constance Chlore avait déclaré Constantin son succe^ur à l'empire. L'opposition de Galère fit soulever les légions de Bretagne, qui proclamèrent le jeune prince Auguste et souverain des États que son père avait gouvernés. Constantin envoya, selon la coutume, ses images aux empereurs; Galère délibéra longtemps avant de les accepter et ne s'y décida que pour éviter la guerre.
(I) Lact. de Persec, cap. xxrv.
(t) Eumen., paneg. IX, p. 194.
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Constantin, héritier légitime de trois siècles de martyres, débuta par donner la paix aux chrétiens. Il promit de rebâtir leurs églises et de se faire instruire des préceptes de leur religion. Ces engagements, qu'aucun empereur n'avait pris avant lui, séparaient sa cause de celle de Galère, persécuteur du nouveau culte. Il marcha contre les Francs qui avaient passé le Rhin et fit prisonniers leurs rois Ascaric et Radagaise, qu'on exposa aux bêtes de l'amphithéâtre dans un grand spectacle donné au peuple et aux soldats (1). C'est ia première fois que des rois francs sont nommés dans l'histoire. La punition de ces malheureux est une atroce barbarie au point de vue des mœurs chrétiennes, mais Constantin n'était encore que néophyte et voulait éteindre le brigandage exercé sur la frontière de la Gaule, jeter la terreur dans l'âme des Francs par un grand exemple de sévérité.
11 s'avança jusque chez les Bructères, les battit, en prit un grand nombre, qui furent pareillement exposés aux bêtes. Il fit élever ensuite plusieurs châteaux sur les bords du Rhin et plaça une flotte dans le fleuve, de sorte que les Francs n'osèrent- plus s'approcher de leur propre frontière. On attribue à Constantin le pont de Cologne, détruit en 955 par l'évêque Bernon, et l'institution de jeux Floraux qui se célébrèrent annuellement dans la Gaule en souvenir de ses victoires.
Maxence. • Le rccensemcnt général des terres de l'Italie ordonné par Galère ayant fait soulever contre lui tous les Romains, ceux-ci conférèrent la pourpre à Maicence, son gendre et fils de Maximien Hercule.
Ce dernier quitta sa retraite et vint reprendre le titre d'Auguste pour assister son fils dans le gouvernement de l'Italie. Sévère, de son côté, partit d'IUyrie pour venir attaquer Maxence. Celui-ci et Maximien le battirent et le forcèrent à se jeter dans Ravenne. Il se rendit par capitulation, fut condamné à mort, et périt en se faisant ouvrir les veines.
(4) Eutrop. in Const.
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MaximieDy jugeant que l'empereur d'Orient Galère ne laisserait pas la mort de Sévère impunie, vint dans la Gaule pour réclamer l'appui de Constantin, auquel il fit épouser sa fille Fausta. Galère, en effet, s'approcha de Rome ; mais, la trouvant bien fortifiée et défendue par Maxence, il se retira an pillant toutes les villes d'Italie. L'empire déchu laissait alors "^enir l'ennemi jusque sous les murs desa capitale. Galère, s'étant aperçu que l'avortement de sa campagne ébranlait son pouvoir, éleva Licinius, un de ses généraux, au rang de César en remplacement de Sévère. Alors on vit, ce qui n'avait jamais eu lieu, six princes gouverner l'empire à la fois : Constantin, Maxence et Maximien Hercule en Occident; Galère, Licinius et Maximin en Orient. Pourquoi tant de souverains étaient-ils admis sans opposition dans les provinces? Parce que toutes^ ayant été unifiées par contrainte, se donnaient à quiconque faisait revivre pour elles un simulacre de nationalité.
Le vieux Maximien, toujours à Trêves , n'eut pas plus tôt appris ce qui se passait au delà des Alpes qu'il pressa son gendre Constantin de marcher contre Galère. N'ayant pu l'y décider, il retourna de suite à Rome près de son fils; mais bientôt ce vieillard turbulent, dégoûté de n'avoir qu'une part du pouvoir suprême, accusa Maxence en public des maux de l'empire et lui arracha brutalement la pourpre. Maxence se réfugia parmi les soldats, qui le protégèrent. Maximien, furieux, revint trouverConstantin pour le prier d'embrasser sa Cause et ne fut pas plus heureux que la première fois. Alors il se tourna du côté de Galère qui, devinant ses intentions secrètes, ne l'écouta pas.
Il revint pour la troisième fois dans la Gaule, mais avec le projet de la soumettre à son pouvoir. Il avait eu soin de quitter la pourpre en y entrant, afin que son gendre ne se défiât pas de son ambition. Celui-ci le reçut avec confiance dans son palais et lui fit rendre toutes sortes d'honneurs.
Constantin préparait alors une expédition conti*e les Francs
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et faisait terminer le pont du Rhin (1). Maximien lui conseilla de s'avancer dans la Germanie avec une faible armée, pensant en lui-même que son gendre serait bientôt enveloppé, tué ou fait prisonnier. Il raccompagna jusqu'au delà du fleuve, puis, le quittant soudain, il se dirigea sur Arles où il séduisit un certain nombre de soldats qui le proclamèrent empereur. Constantin repassa le fleuve, vint à Cbâlons, où il s'embarqua pour aller combattre son beau-père. Celui-ci se sauva dans Marseille, espérant pouvoir gagner l'Italie; mais il fut bientôt arrêté, conduite Constantin, qui lui reprocha sa perfidie et se contenta de l'emmener avec lui et de le faire garder à vue dans son palais de Trêves.