CONSIDÉRATIONS
SUR l'État politique , agricole , commercial et artistique
Nous avons laissé , dans notre première partie, les Gaulois s'occupant peu d'agriculture , ne vivant que du produit de leur chasse, de leur pêche, de leurs troupeaux , et n'habitant que de misérables cabanes. De notables changements s'opérèrent bientôt dans l'existence de ces peuples grâce au génie et aux efforts du peuple romain.
État des principales nations soies le régime impérial. D'après Strabon , Massalie (Marseille) était toujours renommée pour là confection des machines de guerre ; mais sa prospérité avait diminué depuis que ses voisins s'étaient civilisés et avaient quitté les armes pour se livrer à l'agriculture.
Les AllobrogeSy jadis très-guerriers, s'occupaient alors à cultiver les plaines et les vallons des Alpes .
Les Volkes , dont la ville principale était Narbonne , cessaient aussi d'être barbares. Presque tous avaient adopté la langue et la manière de vivre des Romains.
Nimes possédait beaucoup d'étrangers que le commerce y attirait, mais en moins grande quantité qu'à Narbonne.
Le pays des Tectosages (de Toulouse) avait, par ses fleuves, ses rivières et le voisinage de la mer, une telle facilité de communications que les habitants pouvaient se procurer toutes les choses nécessaires à l'existence et transporter les produits de leur industrie.
Les Tarbelliy peuples placés entre Bordeaux et les Pyré-
Googk
nées, possédaient des mines de métaux précieux et trouvaient souvent à la surface du sol des masses d'or assez considérables pour couvrir la paume de la main.
Les Bituriges (de Bourges) exploitaient de belles forges de fer. Les Onesii, les eaux thermales de Bagnères déjà trèsfréquentécs.
Lyon se distinguait par son commerce. Les gouverneurs romains y faisaient battre monnaie soit en or, soit en argent. C'était la ville de la Gaule la plus peuplée après Narbonne.
Les Séquanes (Francs-Comtois) faisaient un très-fort commerce de porc salé.
Les Belges y voisins de la forêt des Ardennes, qui avaient toujours été en guerre, vivaient alors paisibles et soumis aux Romains.
La ville des Rémois était fort peuplée. Les gouverneurs y faisaient leur résidence habituelle.
Agriculture, ce Aucun terrain , dit Strabon , n'est en friche dans la Gaule, si ce n'est la partie occupée par des bois et des marais; encore ces lieux mêmes sont-ils habités. Les Celtes qui se livraient à l'exercice de la guerre , étant forcés de mettre bas les armes, ont commencé, depuis quelques années, à s'occuper des travaux des champs.
c( Le pays produit beaucoup de blé, de millet, de glands, et abonde en bétail de toute espèce. La vigne croît dans les contrées méridionales^ qui fournissent les mêmes fruits que l'Italie. »
Les terres de la Gaule étaient cultivées par deux espèces d* esclaves : les uns attachés à la maison où ils étaient entretenus et nourris; les autres, nommés colons partiaires, vivant libres sur le domaine du maître auquel ils comptaient la moitié de leurs produits. Si l'on retranche le nom d'esclave, on reconnaîtra que l'organisation gallo-romaine existe encore dans le midi de la France, où le fermier, qui représente l'an^ cien intendant, prend à bail des domaines qu'il fait exploiter par des colons partiaires. Il y avait, en outre, de petits propriétaires qui cultivaient eux-mêmes leurs terres.
Googk
Cet état de prospérité dura Tespace de deux siècles. Les impôts exagérés et le pillage, conséquences ordinaires des invasions, portèrent un coup funeste à Fagriculture. Les domaines du fisc ne lui furent pas moins contraires , car les intendants impériaux , manquant d'esclaves pour les cultiver et de chariots pour en transporter les produits dans les places fortes, mirent en réquisition les bras et les attelages des petits propriétaires voisins. Ceux-ci , contraints de négliger leurs propres terres, finirent par les abandonner pour se soustraire à toutes ces corvées.
Revenus publics. Le trésor impérial s'alimentait du produit des terres du fisc et de Timpôt établi sur les domaines particuliers. On y ajouta la taxe sur les personnes appelée capitation , rimpôt sur le sel dont la vente était affermée , les droits portés au huitième de la valeur (1) sur les marchandises venant de l'étranger ou circulant d'une province à l'autre, les péages qui s'exigeaient au passage des fleuves et des rivières, enfin le quarantième de tout ce qui se vendait sur les marchés et que les soldats étaient exempts de payer (2). Ce dernier impôt, applicable aux besoins de la communauté et aux dons gratuits qu elle faisait aux princes , est assez bien représenté par nos octrois modernes qui versent une fraction de leurs recettes dans les caisses publiques.
Cammerce^ navigation. Le plus fort commerce de la Gaule avait lieu par eau. Des intendants, que l'on appelait nautŒy devaient le protéger sur tous les fleuves navigables dont la merveilleuse disposition se prétait à ce genre de transport. On pouvait, en effet, remonter le Rhône bien haut, avec de grosses cargaisons que l'on dirigeait sur divers points par d'autres rivières susceptibles de porter des bateaux pesamment chargés. Ces bateaux passaient du Rhône dans la Saône, entraient dans le Doubs, ou continuaient leur route jusqu'à Pont-sur-Saône. On en déchargeait les marchandises pour
(1) Cod. Just., Ub. IV, t. LXI, 1. XI.
(2) Tacit. Ann., Ub. XIII.
Googk
les transporter par la voie de terre jusqu'à la Seine, qu'elles descendaient à travers le pays des Lexoves et des Calètes jusqu'à rOcéan, où elles étaient à moins d'une journée de rile des Bretons (1). Cependant, comme le Rhône était difficile à remonter, on transportait sur des chariots les marchandises destinées à TAuvergne.
Les objets que la Gaule importait de l'île de Bretagne étaient du blé, du bétail, de l'or, de l'argent, du fer, des cuirs, des esclaves et d'excellents chiens de chasse que les Gaulois utilisaient pour la guerre.
Les Bretons payaient quelques droits sur les marchandises qu'ils introduisaient dans la Gaule, comme sur celles qu'ils en exportaient; ces dernières consistaient en colliers et en bracelets d'ivoire, en ambre et en vases de cristal.
11 y avait, comme aujourd'hui, des marchandises prohibées à l'entrée et à la sortie : les soies n'étaient pas admises dans le pays; l'or, les armes et les esclaves ne pouvaient en sortir.
Population des villes. Cette population se composait généralement de la noblesse impériale, des hommes que les charges publiques avaient ennoblis, de riches bourgeois et d'esclaves ; ajoutons de paysans qui n'avaient pas trouvé de moyens d'existence dans les campagnes, et de petits laboureurs qui, confondus avec les serfs du fisc, avaient abandonné leurs terres pour venir exercer une industrie quelconque dans les villes. On y voyait de plus une grande quantité d'affranchis, tous gens de métier ne jouissant d'aucun pouvoir et soumis, au contraire, à des lois exceptionnelles, comme l'étaient au moyen âge les juifs de nos grandes cités.
Dialectes et littérature. César avait trouvé les Gaulois parlant trois langues différentes : l'aquitain , le celte et le belge. Les colonies militaires et la création des écoles chez ce peuple, qui avait vécu en société pendant quinze cents ans sans savoir lire, rendirent la langue latine assez familière
(1) Strab., lib. IV.
Googk
pour qu*elle fût parlée plus ou moins bien pdr les hautes classes et les gens aisés du pays.
Le prompt abandon de la langue celtique pour la langue officielle est si frappant qu'on ne trouve pas une seule inscription, même du i" siècle, écrite dans Tun des trois idiomes usités dans la Gaule ; mais la latinité y était devenue barbare et variait selon qu'elle était adaptée à Tun ou à l'autre de ces idiomes : ainsi il y avait la latinité des Aquitains (c'était la meilleure), la latinité des Celtes et la latinité des Belges; ce qui n'empêchait pas la masse de parler son dialecte naturel. Grégoire de Tours s'excuse dans son langage barbare de ne pas connaître les règles de la latinité, et Sulpice Sévère, évêque de Bourges au v* siècle, rapporte le dialogue suivant émanant de la bouche d'un clerc : « Étant né Celte, j'ai peine à faire un discours suivi avec des personnes de l'Aquitaine ; » à quoi son interlocuteur répond : « Parlez en latin celtique, parlez même gaulois, pourvu que vous nous entreteniez du grand saint Martin. »
Les Massaliotes , d'origine hellénique et depuis longtemps rompus aux difficultés de la langue latine , s'appliquaient à la philosophie , à l'éloquence et aux lettres grecques , à tel point que les riches Romains préféraient pour leur instruction le séjour de Massalie à celui d'Athènes. Les Celtes puisaient à ce foyer d'intelligence, et s'étaient rendus la langue grecque si familière qu'ils l'employaient dans la rédaction de leurs contrats. Les communautés des villes, imitant l'exemple des particuliers, faisaient venir à leurs frais des professeurs de lettres et des médecins. L'histoire n'a cité que les écoles de Marseille , de Lyon , d'Autun et de Bordeaux. Ce goût du pays pour les choses de Tintelligence a fait dire à Juvénal , dans sa quinzième satire : « Aujourd'hui le flambeau de la philosophie grecque et romaine éclaire T univers. Déjà le Breton a reçu du Gaulois des leçons d'éloquence, et l'on parle dans Thulé (1) d'y gager un rhéteur. »
(1) La deroière des Orcades.
Monuments artistiques. L'art introduit par les conquérants fut appliqué aux édifices publics et privés. Il se distinguait plutôt par la solidité et les formes colossales que par cette élégante harmonie qui se faisait admirer dans les travaux des Grecs. A Rome même on est surpris de la médiocrité des monuments antiques : les arcs de triomphe sont mesquins, quelquefois écrasés, et les bas-reliefs d*une maigreurextréme. Les colonnes des temples sont généralement ou trop lourdes ou trop grêles. Les Romains cependant avaient inventé l'arc en plein cintre des voûtes. La Grèce s'en empara et le propagea bientôt dans tout le monde chrétien y mais avec des proportions mieux entendues qu'elles ne l'étaient au point de départ et de gracieux ornements byzantins.
Pour leurs travaux de sculpture, les Gallo-Romains ne sont jamais parvenus à s'approprier l'art des conquérants ; aussi n'ont-ils exécuté que des œuvres médiocres, car ce qui nous reste de figures et de bas-reliefs venant de leurs tombeaux n'est guère mieux traité que les sujets bibliques qui se voient sur la façade de nos plus anciennes églises. On reconnaît cependant dans leurs ti*avaux quelques imitations de l'art grec, mais dénuées de reliefs, de profils et de la pureté de formes qui brillaient dans leurs modèles. Lorsque les Arvemes voulurent placer une statue colossale en bronze dans leur fameux temple, au lieu de recourir à des artistes nationaux, ils s'adressèrent au Grec Zénodore qui l'exécuta au prix de quarante milUons de sesterces. Toutes les statues antiques trouvées dans notre pays sont évidemment des œuvres étrangères. Celle en bronze de Lillebonne qui se voit au Muséum de Paris pourrait fort bien être attribuée au même Zénodore, qui semble avoir eu la clientèle de la Gaule.
On ne peut, d'un autre côté, contester aux Gallo-Romains le génie de l'invention, car on leur doit une foule de tissus, de méthodes agricoles et d'instruments aratoires. Philostrate, rhéteur grec, leur attribue l'art d'émailler le métal : « On rapporte, dit-il, que les barbares voisins de l'Océan étendent des couleurs sur l'airain ardent, qu'elles s'y unissent, devien-
Googk
nent aussi dures que la pierre et conservent le dessin qu'on y a figuré (1). » Ce passage s'applique aux Gaulois du nord et de la rive maritime ; aussi trouve-t-on souvent dans leurs tombes des bijoux couverts d'émaux qui n'ont rien perdu de leur éclat après un séjour de plus de quinze siècles dans la terre.
Pline y à son tour , dit qne les Bituriges avaient trouvé le procédé de l'étamage , et jes ouvriers i'Alesia l'art d'argenter le cuivre dont ils ornaient des chars, les mors et les harnais de leurs chevaux (2).
Nous résumerons brièvement la nature des édifices qui couvrirent la Gaule durant les premiers siècles de la conquête. Les balnéaires s'y introduisirent avec les médecins que lui envoya Marseille (3). Dès le temps d'Auguste et de Tibère on en plaça dans les maisons particulières. Il y en eut de pu* blics dans les villes grâce à la munificence de l'autorité. Ceux-ci se composaient de dix à douze pièces : l'une était destinée à la toilette, d'autres contenaient des réservoirs d'eau chaude et d'eau froide. Il y avait des salles non chauffées et plusieurs où Ton se faisait frotter avec de l'huile et des parfums.
Toutes les villes gallo-romaines paraissent avoir eu des bains publics et des bains particuliers. On n'a exploré jusqu'ici que les thermes de Paris, les balnéaires de Bayeux, de Lillebonne, de Valognes, de Saintes, de Vienne, de Nîmes, de Metz, de Langres, d'Angers, d'Autun, du Mans, du Vieil- Évreux, de Poitiers, de Périgueux et de Cahors.
D'après la carte de Peutinger , les habitants de la Gaule usaient déjà des eaux thermales de Vichy, de Néris, de Bourbon-l'Archambaud , de Bourbon-Lancy, d'Yssengeaux , de Ferrières et d'Aix. Il y avait probablement d'autres établissements plus modestes dont ce document ne fait pas mention.
(4) Philost., lib, I, cap. xxviii.
{%) Plin., Hb. XXXIV, cap. xtu.
(3) Strab., lib. IV.
Googk
m ANNALES DE LA OAULE
Jie8 ponts en pierre furent établis du temps de la puissance romaine. Les ponts en bois étaient déjà très-communs. César parle de ceux qui existaient de son temps sur la Loire , sur TAisne et l'Allier.
Les Romains embellirent la Gaule de plusieurs arcs de triomphe. Celui d'Orange est le mieux conservé. On l-attribue au temps où Marc-Aurèle remportait des victoires en Germanie.
L'arc de triomphe de Saintes, percé de deux portes , était consacré à Germanicus, à Tibère et à Drusus. Julius Rufus, prêtre du fameux temple de Lyon, intendant des travaux publics, en avait fait la dédicace.
Celui de Trêves ne paraît pas antérieur à Constantin d'après le jugement des archéologues les plus exercés. Celui de Saint-Chamans semble avoir été fait pour interdire le passage du pont.
On remarque à Nîmes une porte qui fut élevée sous Auguste; à Langres, un arc de triomphe qui paraît être du temps de Marc-Aurèle; enfin à Reims, à Besançon, à Carpentras, à Cavaillon et à Périgueux, de pareils monuments dont l'origine inconnue semble néanmoins se rattacher au premier siècle de l'Empire.
Il y avait aussi des Forum entourés de galeries sous lesquelles les citoyens pouvaient se mettre à couvert : celui d'Arles, d'après Sidoine, était orné de statues et bordé d'une riche colonnade. C'était aux environs du Forum que se trouvaient la basilique où l'on rendait la justice, les thermes et souvent les temples, dont l'élégant frontispice formait la principale décoration de la place publique.
Les temples du paganisme, non destinés comme le sont nos églises à recevoir un grand nombre de fidèles, ne présentent qu'un petit monument dans lequel les prêtres seuls pouvaient entrer. La statue du dieu se voyait de l'extérieur, car l'autel qui la soutenait était assez rapproché de la porte principale. Une colonnade s'élevait au-devant de l'édifice et l'entourait sur ses quatre côtés. Ces petits sanctuaires, presque toujours
Googk
privés de fenêtres, ne recevaient le jour que par la porte et par des ouvertures faites au plafond.
Le peuple se tenait dans une galerie carrée ressemblant assez au cloître de nos anciens monastères. Le fond du temple s'appuyait sur un des côtés du quadrilatère. Deux autels servant aux sacrifices existaient au milieu de la cour, en face du portique. Les sanctuaires que Ton voit à Pompéi possédaient tous à l'extérieur de leurs galeries latérales des chambres pour les prêtres, qui ne sortaient de l'enceinte qu'après avoir rempli pendant quelques mois leurs fonctions sacrées.
Le seul temple antique qui soit resté debout dans la Gaule est la Maison carrée de Nîmes, que l'on croit avoir été dédiée aux fils adoptifs d'Auguste. 11 y a dans la même ville les restes assez bien conservés du temple de Diane, et à Vienne un pareil monument dédié à Mars. Une inscription porte que ce dernier était couvert de tuiles en bronze doré.
Dans Auxerre on a exhumé les fondations d'un temple octogone dans lequel ont été recueillies deux^patères circulaires en argent. Une inscription trouvée dans le même édifice a fait connaître qu'on y vénérait Apollon.
On n'a découvert que les fondations des temples de Saintes, de Périgueux, d'Autun, de Riez, de Bordeaux et du Vieil-Évreux. Outre les édifices religieux établis dans les grandes cités, on trouve en France, au milieu des bois et sur certaines montagnes rapprochées des villes, de petites chapelles ou cella dont la construction est des plus simples. La plupart étaient consacrées à Mercure, si l'on en juge d'après celle que nous avons explorée sur la côte d'Harfleur. La mise au jour du dépôt de Berthouville, composé de plus de soixante-dix objets d'argent ornés de figures au repoussé, prouve que les cella des champs possédaient des trésors qu'on n'y aurait jamais soupçonnés.
La Gaule dut, après la conquête, se couvrir de théâtres en même temps que de superbes maisons et de monuments publics, car la politique des Romains était d'occuper les peuples vaincus par toutes sortes de distractions et de frivo-
Googk
446 ÂNNÀLfiS DE LÀ GAULE
lités; aussi Tacite dit-il, dans sa vie d'AgricoIa, que ce général, venu dans l'île de Bretagne, fit aimer aux insulaires les portiques, les bains, les festins délicats, en un mot tout ce qui pouvait les amollir et modifier la grossièreté naturelle de leurs goûts. Agricola eut bientôt à s'en féliciter, car les Bretons s'habituèrent promptement à porter la toge, et ceux qui auparavant ne voulaient pas entendre prononcer un mot de la langue latine s'empressèrent de l'apprendre et de la parler même avec élégance.
Les Romains introduisirent dans la Gaule trois sortes de monuments consacrés aux jeux publics : les cirques, les amphithéâtres et les théâtres.
Cirques, Les cirques avaient la forme d'un parallélogramme fort allongé, arrondi à l'un de ses bouts et carré par l'autre ; sur les deux côtés s'élevaient plusieurs rangs de gradins ; à l'extérieur du pourtour régnaient des passages et des boutiques; l'arène, séparée par une muraille longitudinale, servait à la course des chars. On ne connaît dans l'ancienne Gaule que les débris des cirques d'Orange, d'Arles et de Trêves.
Amphithéâtres. De tous les monuments gallo-romains les amphithéâtres sont ceux qui offrent encore les ruines les plus imposantes et les plus colossales. Ils étaient de forme ovale et présentaient des gradins comme les cirques. L'arène était destinée aux combats de gladiateurs et de bêtes féroces. Hs possédaient plusieurs étages et des portiques circulaires.
Les amphithéâtres d'Arles et de Nîmes n'auraient besoin que de légères réparations pour être rendus à leur état primitif. Ceux de Bordeaux, de Limoges, de Poitiers, de Saintes, de Fréjus, d'Orange, de Vienne, de Lyon, de Narbonne, de Bourges, de Tinteniac et de Levroux ne présentent plus que des débris; une place publique indique seule l'emplacement de celui de Bourges.
Théâtres A\ y avait des théâtres dans presque toutes les villes ua peu importantes de la Gaule. On les trouve en général adossés à de petits monticules circulaires sur la pente
Googk
desquels on avait rangé des gradins. U orchestre était ce que nous appelons maintenant parterre ; la scène s'élevait comme aujourd'hui en face de la partie cintrée du monument. Dans certains théâtres elle était de plein pied avec Torchestre. Celle des théâtres àe Pompéi était élevée et divisée en plusieurs compartiments.
La place destinée au gouverneur se voyait au centre de la courbure du cercle ; la première précinction , qui rappelle notre première galerie , recevait les personnes les plus qualifiées ; les rangs supérieurs étaient occupés par la foule.
Comme les théâtres et les amphithéâtres n'étaient pas couverts, on tendait au-dessus une grande toile destinée à garantir les spectateurs des rayons du soleil. Ces toiles étaient attachées à des poteaux dressés sur la muraille. On remarque dans les amphithéâtres de Nîmes et d'Arles les entailles qui recevaient ces poteaux au couronnement de l'édifice.
Dans le commencement du règne d'Auguste , on jouait sur les théâtres les comédies de Livius Andronicusel de Térence. Bientôt le peuple^ habitué aux farces des histrions, trouva les comédies trop graves et les interrompit en demandant un ours ou des gladiateurs (1).
Ce mauvaisgoût ayant prévalu, on donna plus de développement aux branches latérales du théâtre. L'orchestre fut transformé en arène, ce qui produisit une nouvelle espèce de monuments propres à deux genres différents.
La demande faite par le peuple d'un ouns indique moins un combat d'animaux que la représentation du curieux exercice auquel on les avait dressés. «Les léopards, dit Martial, fléchissent sous le joug ; les ours amenés de Libye sont bridés comme les chevaux ; on fait danser ces bêtes de même que des danseurs efféminés; elles font enfin tout ce que leur com* mande le noir Africain qui leur sert de maître.» Auguste, se prêtant lui-même au goût populaire, dit Suétone, fit voir
(\) Horat., ep. 4, lib. II.
Googk
un tigre sur le théâtre, un rhinocéros dans le parc, et un serpent sur la place publique.
Il existait en Gaule beaucoup de théâtres à deux fins. Nous mettrons en première ligne celui de Lillebonne, qui tient autant du théâtre que de l'amphithéâtre et qui a pu se prêter à des combats d'animaux, car le mur de la première précinction, fort élevé, mettait le public à l'abri de leurs atteintes.
Ces monuments sont généralement construits avec du' moellon revêtu de pierres de grand et de petit appareil , reliées par plusieurs rangs de briques. On ignore l'époque de leur fondation, mais tous sont attribués au i"" siècle de l'occupation romaine.
Mesures itinéraires. Les grandes voies étaient à peine terminées que l'on s'occupa d'y placer des colonnes milliaires indiquant les distances à parcourir d'une station à une autre, et portant le nom et les titres de l'empereur sous le règne duquel elles avaient été érigées. La première, qui se voyait à Rome, au pied du Capitole, était entourée d'une plaque d'or, ce qui lui valut le nom de milliaire doré[\). C'était le point de départ de toutes les colonnes qui se succédaient jusqu'aux dernières limites des provinces. Celles qui ont été trouvées dans la Gaule appartiennent à la période des premiers empereurs jusqu'à Tétricus. Tantôt les distances y sont indiquées en milles j tantôt en lieues [leugœ] , dénomination venant de l'idiome gaulois. La différence qui existait entre ces deux mesures a souvent fait commettre beaucoup de méprises aux géographes et aux auteurs de l'antiquité .
Ammien Marcellin dit que dans la Gaulé méridionale on comptait les distances par milles jusqu'à la Saône, et de là par lieues dans tout le reste de la province (2). La carte de Peutinger nous avertit, à son tour, qu'à partir de Lyon jusqu'aux confins de la Belgique les distances qu'elle indique le sont en lieues gauloises.
(4) On la voit encore au même endroit, mais brute et dépouillée de sa précieuse enveloppe.
(2) Amm. Marc, lib. XXVII.
Googk
Céramique y verre, bijoux divers. Les Celtes, n'ayant qu'une poterie noire très-commune à l'époque de la conquête, apprirent des Romains l'art de fabriquer ces bols élégants, ces assiettes et ces beaux vases en terre rouge ornés de figures d'animaux et de feuillages dont on retrouve les débris sur le sol des habitations antiques. Ils fabriquèrent peu après le verre, avec lequel ils firent de charmantes coupes, des lacrymatoires et les urnes qui devaient renfermer les cendres de leurs morts. L'art de travailler les métaux leur valut des épées à lame de fer, des styles en cuivre pour écrire, des anneaux, des bracelets, des boucles d'oreilles, des agrafes et mille autres objets dont on se rendra compte en visitant les collections de nos musées.
Monuments funéraires. Des urnes, des cippes et des sarcophages sont tout ce qui nous reste des sépultures galloromaines. Les urnes dans lesquelles on mettait les cendres des morts se rencontrent toujours à peu de profondeur dans la terre. On en a trouvé quelques-unes protégées par un toit formé de tuiles à rebords, ou par des espèces de voûtes en maçonnerie grossière.
Souvent Turne était placée dans un cippe où existait une niche carrée dont on fermait l'orifice avec une dalle scellée au moyen de forts ligaments de fer ; quelquefois le cippe s'élevait au-dessus de l'urne déposée dans la terre. Ceux qui ont été mis au jour à Lillebonne sont ornés de bas-reliefs d'hommes et de femmes debout, revêtus de longues tuniques frangées. On y voit aussi des inscriptions rappelant le nom du défunt et de celui qui a consacré le monument à sa mémoire. Nous citerons seulement la suivante :
SEPULGHRUM MATERNiB JUL.
AMATHUS MARI.