PASSAGE D^ANNIBAL DANS LA GAULE
La paix régnant dans la Cisalpine, le sénat put s'occuper exclusivement de porter la guerre en Afrique. Annibal, général carthaginois, qui en eut connaissance, résolut de passer en Italie, espérant que tous les peuples châtiés par Rome lui viendraient en aide aussitôt qu'il aurait franchi les Alpes. Il promit de les rendre libres et de partager avec eux les dépouilles des vaincus (3).
Ces ouvertures furent accueillies par les nations de la Cisalpine, qui regrettaient toujours la perte de leur autonomie. Les Romains, ayant connu cet accord par leurs amis les Massaliotes, apprirent en même temps qu' Annibal, descendu en Espagne, avait passé l'Èbre et se disposait à traverser le midi de la Gaule pour atteindre les Alpes. Le préteur Manlius fut envoyé de Rome à la frontière de la Cisalpine avec douze mille vétérans, qui devaient occuper à
(4) Strab., lib. IV.
(2) Hieron. de corn. ep. S. Paul. Galat.
(3) Tit. Liv., lib. XXI.
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titre de colons les villes de Crémone et de Placentia (Plaisance). Les Cisalpins, gagnés par Annibal et voulant s'opposer à rétablissement de ces colonies, marchèrent contre Manlius, dont l'armée fut détruite et forcée de se renfermer dans quelques places fortes. Le préteur Attilius vint à son secours avec dix mille hommes.
Cependant Annibal avait déjà franchi les Pyrénées. Les premières nations chez lesquelles il entra furent étonnées, ne sachant pas de quelle manière elles devaient se comporter avec lui. Les Ligures n'opposèrent aucune résistance. Les Boies, influencés par les MassaUotes, défendirent le passage du Rhône, qu' Annibal fut obligé d'emporter de vive force. Arrivé au pied des Alpes, il les franchit malgré l'opposition de quelques montagnards, et descendit à Taurinum (Turin), qu'il saccagea, car elle lui avait refusé des vivres. Son armée étant réduite à vingt-six mille hommes, il fit appel aux nations cisalpines. Quelques-unes passèrent de son côté ; d'autres n'osèrent abandonner le parti romain, Scipion, venu promptement se mettre à la tète des légions, campa sur les bords du Tessin pour lui en disputer le passage.
Une rencontre de cavalerie, dans laquelle les Numides d' Annibal eurent l'avantage, occasionna une grande défection dans l'armée romaine. Les Boies et les Insubres passèrent aux vainqueurs, dont les forces se trouvèrent monter à trente-six mille hommes. Scipion fut contraint de se retirer à Placentia.
Après un second combat, Annibal reçut de nouveaux auxiliaires. Son armée, forte de quatre-vingt-dix mille hommes, battit les légions. On trouva le consul au* nombre des morts.
Soixante-dix mille Romains périrent dans une troisième bataille livrée près du village de Cannes. De nombreux renforts de la Campanie et du Brutium se réunirent à l'armée carthaginoise. Toutes les nations asservies par Rome étaient déchaînées contre elle.
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L'histoire blâmera toujours Annibal d'avoir gagné le midi de l'Italie et d'y être resté dans l'incroyable inaction qui permit aux Romains de se reconnaître et de lui opposer deux armées. Il sentit si bien sa faute qu'il appela d'Espagne son frère Asdrubal, auquel il donna rendez-vous en Ombrie. Âsdrubal fut écrasé, chemin faisant, par Néron et périt sur le champ de bataille avec cinquante-cinq mille hommes des siens.
Pour remédier à sa défaite, Carthage envoya, sous le commandement d'un autre frère d'Ânnibal, une seconde expédition qui ne fut pas plus heureuse que la première. Voyant cela, la république carthaginoise rappela ses généraux et les débris malheureux de ses trois armées.
Alors un aventurier nommé Amilcar, ne voulant pas rentrer en Afrique, resta chez les Cisalpins et conçut le projet de faire avec eux la guerre aux Romains. Il tua d'abord sept mille légionnaires en Ombrie et assaillit Placentia; mais, bientôt attaqué lui-même aux environs de Crémone par le consul Furius, il périt dans une bataille, ainsi que trentecinq mille hommes qui avaient suivi sa fortune.
Malgré le bonheur de ses armes, Rome, ne pouvant obtenir la soumission des Cisalpins, envoya contre eux les consuls CéUbégus et Rufus, qui les battirent, aidés par la défection des Cénomans, qui n^avaient jamais été franchement attachés à la patriotique entreprise des nations confédérées. Les Boîes et les Insubres tinrent seuls. Les consuls ravagèrent leurs terres et brûlèrent leurs maisons.
Au printemps de l'année 195, Rome, voulant terminer cette guerre, envoya dans la Cisalpine les consuls Furius et Marcellus, qui défirent les Boïes et les Insubres dans plusieurs batailles. Bien que leurs villes fussent prises, ces peuples se levèrent plusieurs fois en masse et combattirent pendant deux années; mais leurs sénats, voyant qu'ils faisaient des pertes journalières sans espoir de recouvrer leur indépendance, déléguèrent près des consuls pour leur demander la paix. Les jeunes guerriers, se refusant à tout
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traité , .venaient chaque jour prodiguer leur sang généreux sur le champ de bataille. Voyant enfin Thumiliation de leur patrie ^ ils aimèrent mieux s'exiler que de se soumettre, et allèrent s'établir sur les bords du Danube en maudissant le joug des Romains. La Cisalpine fut définitivement acquise à la république, qui la fit gouverner par ses proconsuls.
Telle fut, à cette époque, l'annexion italienne opérée à la pointe du sabre, en décimant de braves populations qui voulaient conserver les traditions de leur race, leur noble indépendance et leurs lois. C'est pourtant au nom du respect des nationalités que l'on approuve aujourd'hui de pareilles annexions fondées sur des principes si peu sociaux et si barbares.
Quelles furent enfin les odieuses conséquences de ces conquêtes? Rome énerva les peuples vaincus en les faisant exterminer sur les champs de bataille pour atteindre le double but d'affaiblir les uns et de soumettre les autres : aussi verrons-nous bientôt les Gaulois cisalpins se ruer sur leurs frères de la Transalpine pour les mettre à l'unisson de leur propre honte et les punir de ne les avoir pas secourus.
mm. Le voisinage des Romains, au midi de la Gaule, déplaça l'importance politique de beaucoup de nations : ainsi les Éduens (d'Autun), fiers de leur titre d'alliés de la république, tyrannisèrent les Séquanes (Francs-Comtois) au sujet de la Saône qui les séparait, et dont les uns et les autres voulaient avoir la possession et la perception des péages. Rome s'intéressa aux Éduens, se rappelant que les Séquanes s'étaient souvent associés aux Germains pour faire des excursions en Italie. Sextus Calvinus marcha contre les Séquanes et les défit. Après sa victoire, il éleva la ville A'Eattx^ SextienneSy dont le nom venait du sien et de celui des sources thermales qui se voyaient en ce lieu. Sextus y pkça des vétérans, après en avoir chassé les Gaulois qu'il contraignit de se tenir à douze stades des côtes, laissant aux
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LÀ GAULE AVANT LA DOMlNATKm ROBIAmS 15
Massaliotes les terrains abandonnés (1). Telle fut Torigine de la première colonie que Rome eut au delà des Alpes.
Peu après, Fabius et Domitius battirent les Allobroges (2). Bituit, roi des Arvernes, prit les armes pour venger ses voisins ; mais bientôt attaqué lui-même par les légions, ses troupes se débandèrent et laissèrent vingt mille morts sur le champ de bataille.
Rome, alors maîtresse du midi de la Gaule jusqu'au Rhône, étendit ses conquêtes vers les Pyrénées pour s'assurer un libre passage en Espagne et fonda la colonie de Narbonne.
L'agglomération de ces districts depuis les Alpes jusqu'aux Pyrénées, sauf le territoire de Massalie, forma la Province romaine, dont le nom s'est conservé dans celui de Provence.
Narbonne ne fut pas plus tôt fondée qu'elle posséda un comptoir qui devint bientôt le plus considérable de tous ceux des Gaules et l'entrepôt des étains que Tltalie importait de File des Bretons (3). Rome ne craignit pas de blesser les intérêts des Massaliotes, justement punis de leur perfidie envers les Gaulois.