‹ Annales de la Gaule avant et pendant la domination romaineChapitre 8 sur 17 · ÉTAT DE LA GAULE AVANT LA CONQUÊTE · texte numérisé non relu

ÉTAT DE LA GAULE AVANT LA CONQUÊTE

La Gaule, dit César, était bornée au midi par la Province romaine et les Pyrénées; à l'ouest, par l'Océan; au nord, par le Rhin ; à l'est, par le même fleuve, le Jura et le Rhône.

On y voyait trois peuples qui différaient de mœurs et de langage. Les Celtes, placés au centre du pays, étaient séparés des Aquitains par la Garonne, et des Belges par la Marne et la Seine. Chacune de ces trois divisions se composait de tribus difTérentes.

Les Belges, parmi lesquels les Germains dominaient, étaient plus vaillants que les autres peuples, parce qu'ils méprisaient le luxe et la mollesse qui régnaient dans la Province romaine et ne recevaient pas de marchands étrangers.

Non-seulement les diverses nations de la Gaule, les bourgs, les villes et les villages, mais encore presque toutes les familles se divisaient en plusieurs factions, à la tète desquelles étaient ceux qui avaient le plus de crédit. Ces der-

(4) Cm. de BeU. GaU,, Ub. UL

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2i ANNALES DE LA GAULE

niers exerçaient un pouvoir arbitraire et faisaient tout résoudre suivant leur volonté dans les conseils. Cette constitution, qui remontait très-haut, avait l'avantage de garantir les petits de l'oppression des grands.

Il en était de même pour le gouvernement général de la Gaule, d(»nt toutes les nations, sans distinction de race, se trouvaient divisées en deux partis. Les Éduens, appartenant à la Celtique, étaient à la tète de l'un, et les Séquanes (Francs-Comtois), Belges et Germains d'origine, à la tête de l'autre.

Les Séquanes étaient les plus faibles, car de toute ancienneté les Éduens, soutenus de l'alliance de plusieurs nations, les avaient dominés. Pour briser leurs chaînes, ils recherchèrent Tamitié des Germains et d'Arioviste, qu'ils mirent dans leurs intérêts à force de présents et de grandes promesses. Cette union les rendit si puissants qu'après avoir gagné plusieurs batailles sur les Éduens et leurs alliés, détruit leur noblesse, ils engagèrent dans leur parti la plupart des nations vaincues dont ils reçurent les enfants en otages, et se rendirent maîtres de toute la Gaule.

L'Éduen Divitiacus, touché du triste sort de sa nation, était allé à Rome pour implorer le secours du sénat. Sa demande fut rejetée; mais elle appelait Rome à s'immiscer tôt ou tard dans les querelles de tous ces peuples et traçait à César la politique qu'il devait suivre pour délivrer les Éduens et leurs alliés de l'oppression brutale des Germains, qui auraient fini par menacer la Province.

Il n'y avait dans toute la Gaule que deux sortes de personnes qui jouissaient de quelque considération : les druides ou les prêtres, la noblesse ou les chevaliers, car le peuple était presque regardé comme esclave.

Les druides étaient chargés des choses divines et des sacrifices. Ils avaient soin de l'instruction et de Féducation de la jeunesse et prenaient connaissance de tous les différends, tant pubhcsque particuliers. Celui qui ne se soumettait pas à leurs décisions ne pouvait participer à leurs sacrifices. Qui-

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conque avait mérité ce châtiment était regardé comme un pestiféré que Ton évitait par crainte de contagion.

Tous les druides n'avaient qu'un seul chef et s'assemblaient chaque année sur les terres des Carnutes (Chartrains), dans un Ueu consacré pour ces assemblées. Ils n'allaient pas à la guerre ; ils étaient exempts de toutes charges, privilège qui engageait les pères à leur confier leurs enfants.

L'enseignement religieux des druides se faisait de mémoire. Ils se servaient de caractères grecs pour les seules affaires publiques et particulières.

Une de leurs principales maximes était que l'âme ne meurt pas, mais qu'à la mort elle passe d'un corps dans un autre ; enseignement qu'ils croyaient utile pour encourager la vertu et faire moins tenir à la vie.

Le second ordre, celui des chevaliers ou des nobles, était continuellement sous les armes, car il y avait des guerres presque tous les ans, soit pour attaquer soit pour se défendre. Cet état de choses, existant à l'arrivée de César, fut la cause principale de son immixtion dans les affaires du pays et par conséquent de la conquête.

Les Gaulois, superstitieux à l'excès, immolaient des hommes pour prévenir les dangers des grandes maladies et de la guerre. Ils choisissaient de préférence pour victimes des voleurs ou des hommes coupables de toute autre faute.

Leur grand dieu était Mercure, dont ils multipliaient les statues. Après lui les divinités les plus révérées étaient Apollon, connu sous le nom de Belly ensuite Mars, Jupiter et Minerve. Ils pensaient qu'Apollon avait la puissance de guérir, aussi croit-on que toutes les eaux qui ont des vertus topiques étaient consacrées à ce dieu sous des noms différents. Us attribuaient à Mars les dépouilles de l'ennemi et les déposaient dans un lieu consacré propre à cette destination; ils y avaient joint l'or dont s'empara César : preuve qu'il existait alors dans les principales villes de la Gaule des temples couverts dédiés à Mars ; que l'art avait progressé depuis ces pierres brutes, ces enceintes druidiques qui n'a-

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vaient d'autre tott que la cime des arbres et la voûte azurée des deux ; monuments grossiers et primitifs, voisins de Tépoque où les prétresses des Eymris se contentaient de faire des opérations magiques.

Les Gaulois se disaient descendants de Pluton, aussi mesuraient-ils le temps parle nombre des nuits et non par celui des Jours.

Ils ne permettaient pas à leurs enfants de paraître devant eux en public avant qu'ils ne fussent en état ou en âge de porter les armes.

Un homme, en se mariant, était obligé de mettre dans la communauté une somme égale à celle que sa femme lui apportait en dot. Ces deux sommes appartenaient au survivant. Le mari avait la puissance de vie et de mort sur sa femme et ses enfants.

Les funérailles étaient magnifiques pour le pays. On y brûlait tout ce qui avait été l'objet des afifections du défunt, Jusqu'aux esclaves et aux animaux. Ceci ne doit s'entendre que des funérailles des grands, car dans les tumuli gaulois on trouve rarement des ossements de chevaux.

La plupart des nations formaient des républiques bien réglées, d'autres avaient des rois; mais elles passaient avec une incroyable légèreté de l'un à l'autre de ces deux gouvernements.

Les Gaulois connaissaient l'art de cultiver la terre. César trouva chez eux de grandes ressources en blés et en bestiaux pour l'alimentation de son armée. Ils avaient des métairies répandues çà et là dans les campagnes. On voit encore dans les bois des fossés servant de clôture aux parcs dans lesquels vaquaient leurs animaux domestiques. Les mares que l'on rencontre isolées dans les bois ont presque toujours dépendu de ces métairies.

Les Gaulois opulents se livraient eux-mêmes à l'agriculture et faisaient cultiver leurs terres par des esclaves, anciens prisonniers de guerre qui passaient presque toujours à l'en-

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nemi aussitôt que la nation dans laquelle ils étaient retenus reprenait les armes (1).

Après ces données que nous puisons dans les Commentaires de César, nous emprunterons celles qui vont suivre aux historiens de Tépoque postérieure et à l'étude des faite archéologiques.

Les porcs des Gaulois étaient conduits par bandes dans les plaines et surtout dans les foréte, où ils se nourrissaient de faines et de glands. Cet usage s'est longtemps perpétué dans le droit de parcours que les abbayes et les seigneurs du moyen âge accordaient à leurs vassaux.

Les Celtes utilisaient le fumier et la cendre pour l'engrais des terres et appropriaient la marne à l'accroissement des produits agricoles (2). Ce sont eux qui les premiers ont adapté les roues à la charrue, inventé la herse et le crible à crin (3).

Us savaient aussi tisser la laine et fabriquer l'étoffe avec laquelle ils confectionnaient leur vêtement national. Les Âtrébates (d'Arras) passaient pour les plus habiles dans ce genre d'industrie.

Les hommes simplement habillés portaient un pantalon plus ou moins large qu'ils appelaient bracca^ nom qui s'est conservé dans celui de bragues que donnent encore les paysans de Normandie à ce genre de vêtement. Le sagum, qui leur couvrait le reste du corps, était une espèce de blouse bariolée de diverses couleurs, formant des dessins carrés ou disposés en losanges.

Les deux sexes portaient des bracelete ou des boucles d'oreilles en bronze quelquefois doré ou argenté ; des torques ou colliers de boules de verre et d'ambre ; souvent de simples plaques d'or, ornements qu'ils ont conservés pendant la domination romaine (4).

(4) Cœs. deBell. Gall., Ub. I.

(î) Plin., lib. XXXIV, cap. xvii.

(3) Strab., Hb. IV.

(4) strab., Ub. IV.

Les riches particuliers et les artisans habitaient déjà les villes où se tenaient les rois , les sénateurs et les états. La plupart de ces villes étaient fortifiées de murailles composées de quartiers de roches mises à sec et retenues par des poutres disposées en échiquier (1).

Les maisons des villes, généralement en bois, étaient enduites de torchis et dressées sur un simple lit de pierres sèches. Elles différaient peu de celles des campagnes. Strabon dit qu'elles étaient construites avec des planches, des claies, et terminées par un toit cintré couvert d'un chaume épais (2).

L'occupation habituelle des Gaulois était la guerre. Ils avaient, en outre, un goût si prononcé pour la chasse qu'ils faisaient, au retour, des espèces de marches triomphales, portant des têtes d'animaux qu'ils avaient forcés ou tués. C'était avec un trait en bois fort adroitement lancé de la main qu'ils faisaient la chasse aux oiseaux (3).

Leurs armes ont d'abord été en silex , à l'époque qu'on appelle Yâge de pierre. Ils en fabriquèrent plus tard en bronze, d'après un modèle venu de la Grèce et de l'Italie. Leur épée était en fer à l'arrivée de César. Les rares échantillons qui en ont été recueillis démontrent qu'elle avait la longueur de l'épée romaine et qu'elle était arrondie à l'extrémité. On ne doit donc pas la confondre avec les lames d'épées ayant 80 centimètres de long, trouvées dans le tombeau de Childéric , dans les sépultures du pays de Caux et les fossés d'Alise-Sainte-Reine, lesquelles sont d'origine germanique, comme le prouvent les haches et les umbo de boucliers recueillis près de ces épécs.

Les Gaulois usaient de l'arc, de la fronde et d'une lance qu'ils nommaient mataris. César ne leur met jamais le javelot dans les mains.

{\) Cae». de Bell. Gall., lib. VII.

(2) Strab., Hb. IV.

(3) PoBsidonias, ap. Athen., lib. IV.

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Les Celtes se servaient de boucliers en osier ou en bois recouverts de cuir (1). Ils ne tardèrent pas à apprendre l'art de se retrancher (2), de fortifier le lieu où ils mettaient leurs bagages (3), de lancer des vases d'argile et des traits enflammés sur les baraques des camps romains (4). Ils savaient aussi escalader les remparts ennemis en remplissant les fossés de terre et de fascines.

Quand ils voulaient commencer la guerre, ils convoquaient les états sous les armes, et tous les hommes susceptibles de les porter étaient obligés de se rendre à rappel. Celui qui arrivait le dernier était massacré en présence de la multitude assemblée (5).

C'était par les marchands qu'ils savaient ce qui se passait chez les peuples voisins, ou par des hommes apostés dans les campagnes, qui s'avertissaient des événement par des cris, de sorte qu'une nouvelle parvenait à 100 lieues du point de départ en moins de vingt-quatre heures (6).

Les peuples de Lectoure avaient organisé un corps de leurs plus braves fantassins, qui portaient le nom de solduriers (7).

liCs duels étaient communs parmi les Gaulois. Le célèbre voyageur Possidoni us, qui les visitait du temps de Marins, dit qu'ils se provoquaient après le repas, et que ce qui n'était d'abord qu'un jeu aurait dégénéré en sanglant combat si les spectateurs ne les eussent séparés pour leur éviter la mort (8).

Les impôts étaient affermés à celui qui en donnait le plus haut prix. On les établissait sur les terres , sur le passage

(4) DdBell. 6all.,lib. II.

(2) Jbid., Ub. m.

(3) Ibid., Ub. I.

(4) Ibid., Ub. V.

(5) Ibid., Ub. V.

(6) Ibid,, Ub. VII.

(7) Ibid., Ub. m.

(8) JuUan. epist. ad Max.

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des ponts par les personnes et les animaux (1), et sur les marchandises qui entraient dans les villes ou qui étaient transportées d'une nation dans une autre.

Les peuples de TArmorique possédaient un grand nombre de navires au moyen desquels ils rendaient tributaires tous ceux qui naviguaient dans leurs eaux.

Les Gaulois avaient de grandes voies pour communiquer d'un peuple à l'autre ; elles gravissaient les montagnes en ligne presque directe pour arriver dans les plaines. Ces routes sont maintenant nos chemins caves que l'art moderne s'est efforcé d'élargir ou a évités. La difficulté des communications contraignait souvent d'opérer les transports à dos de cheval (2).

On remarquait sur toutes les rivières des ponts en bois posés sur de solides pilotis (3) , puis des ponts de bateaux et des radeaux.

Les sépultures gauloises se manifestent par quelques hcmuli ou monticules en terre couvrant des galeries formées de pierres superposées à sec. On trouve dans ces galeries des squelettes et des urnes d'une pâte grossière renfermant des cendres et des ossements qui ont subi l'action du feu , preuve que ces peuples brûlaient et inhumaient simultanément leurs morts.

Les médailles celtiques, un peu concaves d'un côté et convexes de l'autre, sont en or, en argent ou en bronze mélangé de plomb et d'étain. Elles présentent souvent la tête informe d'un chef gaulois, garnie de cheveux bouclés, d'ornements fastueux et inexplicables (4). Elles sont souvent imitées des monnaies macédoniennes. La Minerve et beaucoup d'autres attributs paraissent être des copies

{\) De Bell. Gall., lib. I.

{%) Strabon., lib. IV.

(3) De Bell. Gall., lib. I.

(4) iËaeis prœtorea galeis cum magiiis appendiciis ad prolixam os tentationem factîs capita muniunt. (Diod. Sic.)

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serviles des deniers consulaires. Le sanglier'seul est un type tout à fait gaulois.

Nous avons laissé les Éduens et leurs alliés aux prises avec les Séquanes renforcés de Germains ; l'union de ces deux derniers peuples menaçait Findépendance et la tranquillité de la Gaule. 11 n'y avait pas d'année où il n'y eût des guerres soit pour attaquer soit pour se défendre. A cet état de choses s'ajoutèrent les prétentions des Helvètes, descendants des Galls, premiers envahisseurs de nos contrées. Ces peuples, trop à l'étroit en Helvétie , projetèrent de passer le Rhône pour aller s'établir chez les Santons (peuples de Saintes) . Après avoir fait des provisions de blé , brûlé leurs villes et leurs bourgades, ils partirent au nombre de trois cent soixantehuit mille, femmes et enfants compris, marchèrent entre le Jura, le lac Léman, et se présentèrent devant Genève.

Nous raconterons les guerres qui vont suivre d'après les récits que César a laissés de ses campagnes, récits qu'il adressait à la fin de chaque année, en forme de rapports, au sénat, et qui ont été réunis, croyons-nous, pour composer le livre connu sous le nom de Commentaires. A cette époque , le gouvernement romain , après avoir envahi les petites nations d'Italie, désirait s'adjoindre toutes celles du monde connu. Rome était toujours divisée en deux partis irréconciliables : le parti aristocratique et celui des démagogues. Marins avait fait prévaloir le dernier à force de sang et de proscriptions. Le patricien Sylla l'avait abattu en proscrivant les proscripteurs à leur tour. Catilina avait succombé en voulant relever le parti de Marius; Pompée gouvernait la république.

n se trouvait alors à Rome un ambitieux de naissance illustre, ayant fait la guerre sans éclat, et dont le désir était pourtant d'égaler les exploits de Pompée. C'était César qui, pour arriver à ses fins, avait pris part à la conjuration de Catilina en confident muet et d'une manière indirecte, il est

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vrai, mais toutefois suffisante pour qu'il en profitât si elle eût réussi. Il avait le pied dans les deux camps, caressait Pompée et fréquentait le tribun Clodius, ardent soutien de la démagogie. C'était par leur entremise qu'il sollicitait un commandement important pour rentrer dans Rome à la manière de Marius et de Syila. Pompée et Clodius, qui désiraient l'éloigner, obtinrent pour lui le gouvernement de la Cisalpine d'abord, auquel ils firent bientôt ajouter celui de la Transalpine.

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