CAMPAGNES DE CÉSAR
58 Première campagne, — César, instruit du projet des
Helvètes, quitta Rome et arriva avant eux à Genève, dont il fit couper les ponts. Ils lui demandèrent la permission de traverser le Rhône et la Province, voie la plus facile pour arriver chez les Santons. Ce passage leur ayant été refusé, ils essayèrent de le tenter de force, furent repoussés et se dirigèrent sur le Pas-de-la-Cluse pour traverser le pays des Séquanes et gagner la Saône au-dessous de Mâcon. César, prévoyant leur marche, partit pour Aquilée, en ramena trois légions et vint s'établir chez les Ségusiaves (Lyonnais), d'où il alla bientôt attaquer les Helvètes au moment où ils traversaient la Saône. II en détruisit le quart qui n'avait pas encore eu le temps de la franchir. Après avoir reçu la cavalerie éduenne, il se mit à la poursuite des émigranls, qui, peu de jours après, abandonnèrent la rivière vers Châlons, pour se diriger du côté de Cussy-la-Colonne. Ce fut sur ce point que César les joignit, détruisit leur armée, dont les restes malheureux se réfugièrent du côté de Langres. Les légions s'étant mises à leur poursuite, ils demandèrent à se rendre. Yu l'immensité de leurs pertes, César consentit à les renvoyer chez eux à condition qu'ils y reconstruiraient des maisons, ne voulant pas que les Germains s'emparassent de leur pays et ne devinssent ainsi trop voisins de la Province romaine. Les Éduens obtinrent qu'on leur laissât les Boïens,
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peuple en grande réputation de valeur, pour garder leurs frontières du côté de TAllier.
Cette affaire terminée, les Ëduens prièrent César de les délivrer des Germains, qui occupaient le tiers de la Séquanie, ajoutant qu'Arioviste, leur roi, mandait tous les jours de nouveaux peuples d'outre-Rhin pour se renforcer et pénétrer dans l'intérieur du pays. César envoya des messagers à Arioviste, du côté de Strasbourg, pour l'engager à respecter le territoire gaulois. Après avoir fait une réponse peu conciliante, ce roi sortit des terres que les Séquanes lui avaient concédées le long du Rhin et se dirigea sur Besançon. César le devança dans cette place, et, après l'avoir approvisionnée, marcha jusque sur le territoire d'Amage, voisin de Luxeuil, disent quelques-uns, où les Germains s'étaient arrêtés. Il leur livra une grande bataille, détruisit leur armée dont les débris s'enfuirent jusqu'au Rhin , qu' Arioviste traversa dans une barque. Cette défaite eut un grand retentissement en Germanie, et l'on ne vit plus dans la Gaule que des bandes sans consistance qui s'y rendaient plutôt par amour du pillage qu'avec le projet de s'y établir.
Deuxième campagne. — Durant l'hiver, les Belges s'imaginèrent, et non peut-être sans raison, que César, après les avantages de sa première campagne, tournerait ses armes contre eux et chercherait à les soumettre. Tous se liguèrent, et leur confédération se composa de ceux du Vexin, du Beauvoisis, de Soissons, de l'Amiénais, du Vermandois, de l'Artois et du Cambrésis.
César, revenu dans la Gaule au printemps, fut instruit de ces menées par les Ëduens. Il réunit ses troupes du côté de Besançon et se dirigea sur le territoire des Rhèmes (Rémois). Ceux-ci lui envoyèrent des messagers pour l'assurer qu'ils n'étaient pas entrés dans la ligue, dont ils craignaient même les entreprises, et lui offrirent leurs troupes comme auxiliaires. César fit mettre une garnison de Rhèmes dans Bibrax (Pont-Arcy), passa l'Aisne et s'étabht sur la colline de Chaudardes, située à un kilomètre de Pontaver. Ainsi se trouva
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couverte cette rivière qui protégeait la frontière septentrionale du pays rémois. Les Belges, sous les ordres de Galba, roi des Suessions, s'avancèrent contre César et investirent Bibrax. N'ayant pu s'en rendre maîtres, ils s'approchèrent du camp romain, tentèrent de l'attaquer, furent battus sur le bord de l'Aisne et mis en fuite.
Pour récompenser lesRhèmes, qui l'avaient si bien secondé, César les combla de distinctions et de faveurs. Voyant cela, d'anciens alliés leur revinrent après avoir abandonné le parti des Ëduens.
Ces choses terminées. César alla promptement s'emparer de Noviodunum (Soissons), de Bratttspantium (Beauvais) et de Samarobrive (Amiens). Il quitta Samarobrive pour s'approcher de la Sambre, où il détruisit, dans une bataille rangée, la nation des Nerviens (P. deBavay). Il passa ensuite chez les Atuates, peuplade cimbrique laissée, avons-nous vu, sur le territoire de Namur à la garde des bagages, tandis que le gros de la nation marchait sur la Province. Les Atuates, retirés dans leur oppidum que la science moderne place à Falize, devant Huy-sur-Sambre, offrirent de se rendre ; mais César, ayant reconnu qu'ils cherchaient à se soustraire aux conditions du traité, s'empara de leur place et vendit tous ceux qui avaient porté les armes. La Belgique étant pacifiée, il ramena ses légions en quartiers d'hiver dans le pays chartrain et sur les bords de la Loire, puis il partit pour l'Italie.
M. Troisième campagne. — Ayant su, au moment où il quit-
^ tait la Gaule, que les cités maritimes se disposaient à faire la guerre au printemps, César donna l'ordre de construire un grand nombre de navires sur la Loire. Tout étant prêt à son retour pour entrer en campagne, il envoya trois légions dans le pays des Unelles (Cotentin), qu'elles soumirent après un sanglant combat sur le territoire de Montcastre, et deux autres dans le midi, qui défirent les Aquitains. Quant à lui, il marcha contre ceux de Vannes, pendant que sa flotte descendait la Loire pour les attaquer devant le Morbihan.
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Après avoir détruit les navires des Vénètes, César fit égorger leur sénat et vendit à l'encan tout le reste de la nation. Cette expédition terminée, il suivit la rive maritime pour aller dans le nord de la Gaule ravager les terres des Ménapiens; puis il envoya ses troupes hiverner à Évreux, à Lisieux et chez les peuples où l'on avait précédemment fait la guerre, c'est-à-dire dansie Cotentin.
Quatrième campagne. — César, qui était allé comme de coutume en Italie, sut en rentrant dans la Gaule, que deux nations germaniques, les Tenchtères et les Usipètes^ avaient franchi le Rhin et s'étaient établies dans la partie du pays des Ménapiens qui s*est appelée Gueldre. Il rappela ses légions campées chez les Ëburovices et les Lexoves, et se dirigea du côté de Juliacum (Juliers) où il rencontra l'armée germaine. Après l'avoir détruite, il en poursuivit les restes jusqu'au confluent de la Meuse et du Rhin, où ces malheureux périrent après s'être précipités dans les deux fleuveô.
César, rentré dans son camp, sut que des escadrons germains avaient traversé le Rhin pour entrer chez les Sicambres. Il se porta sur le point où ce passage avait eu lieu (Andernach), y jeta un pont et arriva sur la rive droite. S'étant avancé dans l'intérieur du pays, il apprit des Ubiens que toutes les populations hostiles s'étaient retirées au loin dans les bois. Ne voulant pas trop s'engager, il revint du côté du pont, rentra dans la Gaule pour aller au port d'Itius (Wissant), où tous ses navires étaient assemblés. Il mit aussitôt à la voile, descendit dans l'île des Bretons et revint à Itius après avoir obtenu la soumission de plusieurs peuples. Les troupes furent réparties en quartiers d'hiver chez les Belges. Nous lisons dans les lettres de Cicéron à Atticus que le frère du grand orateur avait débuté en qualité de tribun dans cette expédition.
Cinquième campagne. — Avant de partir pour l'Italie, César avait ordonné à ses légions de construire un grand nombre de navires pendant l'hiver, désirant entreprendre l'année suivante une seconde campagne dans la même tle.
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Ses troupes, placées chez les Belges, étaient donc échelonnées sur les bords de la mer, de la Somme et de la Seine.
Il les rejoignit au printemps, visita tous les chantiers où ses navires avaient été construits, en trouva plus de 600 tels qu'il les avait commandés et ordonna, après avoir félicité les soldats de leur travail, de les réunir au port d'Itius.
Avant de se rendre lui-même dans ce port, et sans perdre de temps, il part pour le pays des Trévires, où deux factions se disputaient l'autorité : la première était dirigée par Induciomare, chef du parti national ; la seconde par Cingétorix, son gendre, tenant au parti romain. Induciomare leva des troupes qu'il renferma dans les Ardennes. Cingétorix, au contraire, vint trouver César. Voyant cela, Induciomare fit la même démarche ; mais le général romain conféra l'autorité à Cingétorix. Induciomare se soumit, mais la diminution de son crédit augmenta son ressentiment.
Ces arrangements pris. César alla rejoindre ses navires qu'il trouva réunis à Itius, sauf quarante construits dans la Marne, chez les Meldes, lesquels avaient été retenus par une tempête et des vents contraires. Après avoir laissé des troupes à la garde du port et des cantons voisins, il faisait embarquer ses légions, lorsqu'il apprit que l'Éduen Duranorix, ne voulant pas le suivre en Angleterre, avait pris la fuite avec la cavalerie de son pays. Il envoya les escadrons romains à sa poursuite. Ils l'atteignirent, le tuèrent et ramenèrent au camp les cavaliers éduens.
Tout étant prêt pour le départ de la flotte, César fait lever les ancres et touche à l'île des Bretons. Il descend à terre, repousse les insulaires, les poursuit et traverse la Tamise à vingt lieues de son embouchure pour entrer dans les États de Cassivellaunus, chef de l'armée ennemie. Après s'être emparé de \ oppidum de ce roi et avoir reçu la soumission et les otages de plusieurs peuples, il revient à ses navires et rentre dans la Gaule.
Il éparpille ses troupes chez plusieurs nations, afin de pourvoir à la disette des vivres qui régnait alors. Quinze
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cohortes vont ch^ les Éburons^ dans Atuatuca (Tongres), sous les ordres de Sabinus et de Cotta ; une légion se porte avec Cicéron chez lesNerviens, du côté de Mons. La seconde, avec Labiénus, à Maquenoise, sur la frontière des Rhèmes^ Enfin les autres restent avec César dans le Belgium^ c'est-àdire à Amiens, à Beauvais et dans les quartiers voisins.
Ambiorix, roi des Éburons, avait d'abord fait bon accueil à Sabinus et lui avait même fourni des vivres; mais bientôt, gagné par les Trévires et les Germains, il fit prendre les armes à tout son peuple et le conduisit devant le camp d*iltiiatuca. On parlementa des deux côtés. Ambiorix permit aux cohortes de sortir pour aller rejoindre César ou Cicéron. Sabinus, malgré Tavis contraire de Cotta, sortit de son retranchement : funeste parti, car ses cohortes, bientôt attaquées en chemin, furent écrasées. Lui-même et son collègue tombèrent sous le glaive en combattant.
Les Éburons, fiers de ce premier succès, se portent sur le camp de Cicéron, avec les Atuates qu'ils soulèvent en traversant leur territoire. Ambiorix propose au général romain, comme il avait fait à Sabinus, de partir pour aller rejoindre César. Cicéron refuse et se défend, au contraire, avec acharnement pendant plusieurs jours. Il était près de succomber, lorsque César, instruit de sa position, quitta Samarobrive pour aller à son secours. Sa marche étant connue des Éburons et des Atuates, ils abandonnèrent le siège et vinrent à sa rencontre. César les battit, les mit en fuite et dégagea son lieutenant.
Pendant que ces choses se passaient, Labiénus, campé sur la fronUère des Rhèmes, sut par Cingétorix que Induciomare devait venir l'attaquer avec l'armée des Trévires. 11 se tint sur ses gardes, manda la cavalerie des États voisins, et, un jour que Induciomare s'était approché du camp, il lança contre lui ses escadrons, qui Tatteignirent et le tuèrent au passage d'une rivière. Sa tête fut apportée à Labiénus.
Après avoir dégagé Cicéron , César revint avec lui dans le Belgium et passa l'hiver à Samarobrive. Ces nouvelles
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38 ANNiJiES DE LÀ GAULE
ayant été mandées à Rome, le sénat prescrivit quinze jours de prières publiques.