CHAPITRE V
DE 1778 à 1780.
On a pu voir p«ir la supplique que j ai reproduite en note à la fin du chapitre précédent,dans quel état de pénurie était tombée TAcadémie.
Cette supplique si vraie dans sa naïve simplioité, et qui peignait i?loquenimont les an- ^niisses des professeurs, qui assistaient, faute d'un local sullîsaut, à la ruine de Tœuvre nationale, à laquelle ils avaient consacré une grande partie de leur existence, avait quelque choses de navrant, quand on pense qu'elle fut acceuillie froidement par ceux la même qui avaient mission de les protéger. Mais ou serait la gloire, s'il n'y avait ni lutte ii soutenir? ni sacrifices à accepter ? L'Académie de
peinture de Marseille devait recevoir le baptême de la douleur pour mériter la couronne que la postérité dispense ù ceux qui soublieut pour le bien général. Mais poursuivons.
Sur ces entrefaites, Monsieur, frère du roi, arriva ù Marseille le l" juillet 1777; jamais plus royale réception n'avait été réservée dans notre ville à aucun prince de la maison de Bourbon. Les chroniques du temps en font une merveilleuse description. L'Académie de peinture prit naturellement part à cette fête. Le premier monument qui devait frapper les yeux du Prince ù son entrée était Tûeuvre dun des professeurs aussi bien que celui sur lequel il devait à son départ jeter un dernier regard; monuments éphémères, il est vrai, mais qui n'en demandaient pas moins de la science et du goût ; Kappeller avait été chargé de leur exécution. C'étaient deux arcs de triomphe, l'un était placé à la porte d'Aix, et l'autre à la porte du Toulon (1).
Le premier était un portique d'ordre dorique d'environ 36 pieds de hauteur sur une largeur proportionnée, couvert d'emblèmes, de figures allégoriques, de devises et de trophées d'armes. Les figures les plus importantes
étaient : 1° cglle de la Provence, tenant d'une main ses armoiries et de Tautre une corbeille remplie d'oranges , de pommes , de grenades, etc., et 2° Marseille avec ses armoiries, tenant de la main droite une corne d'abondance et de l'autre une petite chaîne d'or attachée à un globe terrestre. On remarquait, en outre, le buste du prince couronné de fleurs par un génie, et au milieu de l'attique ses armes soutenues par une grande Renommée et le Génie de l'histoire groupés avec des trophées d'armes. Les pilastres, corniches, chapitaux, bases et piédestaux, étaient en relief et les figures et armes étaient isolées .
Cet édifice avait été fort admiré ainsi que celui de la porte de Toulon, portique d'architecture d'ordre toscan, à pilastres et arrière corps, dont l'attique portait les armes de Monsieur, surmontées d'une Renommée et dont les chapitaux des pilastres supportaient deux emblèmes : l'un Marseille sous la figure d'une femme qui s'éveille, et l'autre un vaisseau toutes voiles dehors, avec ces mots : Heu ! sic rapido fitgiunt mea gaudia curra, et vota sequntur.
Dans une lettre datée de Toulon, le 7 juillet 1777, le prince témoignait toute sa satisfaction,
pour la réception qui lui avait été faite, par la ville de Marseille ; mais déjà il avait eu occasion d'adresser à chacun des différents corps, admis à son audience peu après son arrivée, les paroles les plus affectueuses. Les députés des Académies des Sciences et de Peinture lui avaient été présentés, il avait promis sa protection à ces nobles institutions et rassuré l'Académie de Peinture sur Taccueil qui serait réservé à sa demande de lettres patentes. Et de fait le prince put se convaincre, pendant son séjour, de Futilité de cet établissement, en visitant le lendemain de son arrivée, 2 juillet, la grande manufacture de faïences du sieur Savy, dessinateur distingué. 11 avait loué la perfection de ses ouvrages, lui rendant justice ainsi qu'aux artistes qui les avaient exécutés et qui étaient eux-mêmes élèves de l'Académie, comme le premier , Savy en était membre depuis 1750, « accordant la faveur spéciale à cet établissement d'y placer ses armes et celle d'élever au '.'niiieit de la galerie sa statue. »
Le prince avait éprouvé la même satisfaction dans sa visite à la manufacture de porcelaine du sieur Joseph Gaspard Robert. Ceci mérite d'être vu, dit-il en apercevant un grand vase de porcelaine dont la forme, le dessin et la
sculpture, avaient fixé ses regards et les éloges les plus ûatteurs furent adressés au sieur Robert à ce sujet et pour ses autres produits, dont un service complet destiné pour lAngleterre captiva toute son attention. La légèreté du feuillage et des fleurs qui en ornaient toutes les pièces avaient été par lui grandement admirées.
Les professeurs de TAcadémie furent plus que tout autre sensibles à ces témoignages, car il était avéré que ces établissements devaient à TAcadémie seule le degré de perfection auquel était arrivé leurs produits. Ce dédommagement pour leur amour-propre avait de plus l'avantage de rappeler de nouveau Tattention du pouvoir sur leur institution.
Les services que rendait au pays TAcadémie devaient être un jour récompensés, c'était du moins la pensée qui soutenait sa constance ; mue par cet espoir et sous Tempire des promesses et des paroles flatteuses de Monsieur, elle ne crut pas devoir tarder davantage à adresser sa demande formelle de lettres patentes au ministre ; elle lui en envoya le projet longuement élaboré, dans le courant de Tannée' 1778. Le comte d'Angevillers, sachant qu'une auguste protection était acquise à TAcadémiev
prit cette fois à cœur cette demande, et le 30 janvier 1779, il écrivait au Conseil municipal de Marseille afin de connaître son opinion et savoir de lui le chiffre de la subvention qu'il serait disposé à accorder à cet établissement. A cette époque, les finances de la ville étaient dans un état peu prospère, on s'était habitué au dévouement des professeurs, on leur en tenait peu compte ou du moins une espèce d'indifférence s'attachait à l'Académie. La lettre du ministre causa une certaine émotion dans le Conseil ; les échevins délibérèrent le 6 mai et firent part de leur décision doux jours après à Mgr l'intendant de la généralité de Provence. Voici la lettre écrite par eux à ce sujet :
Marseille, le 8 mars 1779.
A Monseigneur de la Tour, (2)
< Les professeurs de l'Académie de peinture et de sculpture établie à Marseille depuis Vingt-cinq années, s'étant proposé d'obtenir de nouvelles lettres patentes, pour donner une consistance plus assurée à cet établissement et de plus grands fonds pour l'entretien, s'adressent à M. le comte d'Angevilliers, directeur des bâtiments de Sa Majesté, qui nous a fait l'honneur de nous écrire le 30 janvier dernier pour nous remettre Je projet des lettres patentes et pour lui donner
notre sentiment sur les demandes formées par cette Académie;
« Le mémoire qui vous a été rerais par les professeurs tend à obtenir un logement convenable et une augmentation d'honoraires.
» Cette affaire a été exposée au conseil tenu le 6 de ce mois.tout ce que le corps municipal a cru pouvoir faire pour favoriser cet établissement a été d'accorder à cette Académie une augmentation d'honoraires de mille livres, pour être ajoutée aux trois mille livres dont elle a joui Jusqu'à ce jour, en vertu de l'arrêt du conseil du 15 juin 175G et quant au projet des lettres patentes, le conseil a nommé des commissaires pour l'examiner et en faire rapport.
» Nous avons l'honneur de vous remettre ci-joint l'extrait de cette délibération sur laquelle nous vous prions, Monseigneur, de vouloir bien donner un avis favorable, si vous jugez qu'elle soit au cas d'être homologuée par un arrêt du conseil ; dans le cas contraire, nous vous prions de l'homologuer.
» Nous sommes avec respect.
» Monseigneur,
» Le maire, échevins et assesseurs de Marseille,
» Mazargues>— Ferrari,— E. Pnapollon,— Brès,— Henry, — Amauri.»
Ce supplément de subvention de mille livres était évidemment insuffisant; les professeurs suivaient avec le plus vif intérêt la marche de cette affaire, ils furent douloureusement affectés de la parcimonie du conseil ; aussi à peine connurent-ils sa décision, qu'ils protestèrent avec respect, mais énergiquement, contre ce qu'ils considéraient comme un déni de justice. La délibération que prirent alors les professeurs résume en quelque sorte leur existence ; elle peint trop bien Timportance de leurs travaux et la noblesse et la fierté de leur caractère pour que je ne la reproduise pa^ in extenso. Ils s'exprimaient ainsi :
Première délibération de l'Académie de Peinture de Marseille,du 9 mars 1779 fSJ.
« Le conseil municipal de Marseille, sur la lecture à lui faite d'une lettre écrite n. MM. le maire, éclievins et assesseurs, nos fondateurs, par M. le directeur des bâtiments de Sa Majesté, en date du 30 janvier dernier, d'un projet de lettres patentes portant règlement pour notre Académie, d'un mémoire présenté par MM. les directeurs et officiers et d'une note remise à MM. les éclievins et assesseurs assem-
blés le 6 du présent mois a délibéré en premier lieu, à la pluralité des suffrages, d'ajouter la somme de 1,000 liv. à celle de 3,000, ci-devant accordée à TAcadémie, qui, au moyen de ce, jouira annuellement de 4,000 liv. à compter du G janvier dernier, et pour laquelle elle sera employée dans l'état des dépenses annuelles de la communauté, sous Tautorisation de M. l'intendant, et en second lieu, à l'unanimité des suffrages, qu'il sera nommé quatre commissaires qui, conjointement avec MM. le maire, échevins et assesseurs, examineront le projet des lettres patentes pour en faire rapport dans le prochain conseil.
» A cet effet, M. le maire a nommé pour commissaire MM. Bérenger, de la Beaume, Grudère, Christophe et Ricaud.
» L'extrait de cette délibération dûment collationnée par M" de Jean, notaire et secrétaire de la communauté, ayant été présenté à la compagnie par M. le directeur.
» Le bureau extraordinairement assemblé à ce sujet cejourd'huiO mars 1773, a délibéré en premier Ueu, à la pluralité des suffrages, de former une députation pour aller en son nom remercier MM. le maire, échevins et assesseurs
de l'effet de leur proposition consignée dans la dt^libération du conseil municipal .
» Elle a chargé MM. les députés de faire observer à MM. les fondateurs que Tintention d^ Sa Majesté, interprétée par son ministre dans la direction des arts, est de pourvoir par Tarlicle 4 du projet des lettres patentes, tant au logement de TAcadémie qu'aux honoraires de ses officiers ; et dans cet objet la désignation de la somme que ces messieurs ont trouvé convenable pour remplir ce double objet, était et est encore conûé à leurs sages et prudentes dispositions.
» Dans cet état le bureau voit avec regret que 1,000 liv. sont bien éloignés de pouvoir tout à la fois fournir et à un logement propre aux divers arts qu'on professe dans cette Académie, aux dépôts de divers effets précieux dans tous les genres dont elle est dépositaire et aux honoraires de plus de vingt officiers chargés des fonctions les plus pénibles.
» Ces 0 fficiers, toujours remplis du même esprit qui excita leur zèle, il y a près de trente ans, pour fonder ce temple des arts, le second du royaume qui, depuis lors, a soutenu sans relâche leur constance et leur fermeté pour cuhiver ces mêmes arts avecles succès les plus
réels, d'autant plus flatteurs pour eux qu'en les comblant d'honneur ils sont jusqu'à présent leur unique récompense.
» Cet esprit patriotique, toujours vif et toujours ardent, ne les a pas abandonné, et la gloire d'avoir été les premiers et les seuls jusqu'à ce jour dans tous les temps et dans tous les états à former et à soutenir un établissement si honorable et si utile, en sacrifiant leur temps, leurs veilles, leurs soins et leur fortune même, est un avantage trop flatteur pour eux pour qu'ils ne redoublent pas leurs efforts pour le conserver à jamais en le transmettant à leurs enfants et à leurs élèves; et les officiers balançant avec cette gloire qu'ils perdraient s'ils acceptaient la faible répartition qui résulterait pour eux de la somme accordée pour des honoraires que leur nombre, forcément trop multiplié, ne pourrait que rendre trop modique.
» Le bonheur de servir leur patrie sans intérêt, comme aucune société artisque ou littéraire, ne servit jamais la sienne, ni dans Rome, ni dans Athènes, ces officiers sont enchantés de continuer le môme sacrifice au temps fâcheux, dont les circonstances présentes n'ont sans doute pas paru permettre a des administrateurs prudents, tous zélés et éclairés
qu'ils sont, do suivre tout ce que Tamour des arts et des talents a dû leur inspirer.
» En cet état, Messieurs les députés sont expressément chargés d'assurer à ses respectables fondateurs combien la compagnie est persuadée qu'ils n'ont été gênés que par ces fâcheuses circonstances dans la fixation d'une somme évidemment insuiïisante pour fournir tout à la fois et à un loyer qui ne peut que devenir considérable dans la suite et à des honoraires d'un nombre d'ofliciers autant multiplié que nécessaires aux divers objets d'enseignement auxquels elle s'est volontairement engagée.
» La Compagnie vous supplie môme, messieurs, de vouloir bien ne pas trouver mauvais qu'elle refuse avec respect cette donative en tant qu'elle sera appliquée à remplir ce double objet.
» Mais considérant que les 3,000 liv. dont la communauté fut autorisée à doter l'Académie pour les dépenses de son entretien en 1756, étaient sufïisantes alors pour remplir cet objet, logée qu'elle était alors gratis dans l'Arsenal, les approvisionnements pour son entretien ont doublé de prix depuis cette époque. Cette somme est donc insuffisante aujourd'hui pour ses dépenses annuelles. La Compagnie reçoit donc cette pension avec satisfaction et reconnais-
sance, comme un supplément devenu nécessaire à son entretien annuel et journalier.
» MM. les députés sont chargés de prier MM. les fondateurs de ne pas perdre de vue un établissement dont personne mieux qu'eux ne connaît Futilité et l'avantage, d'assurer ces Messieurs de toute la reconnaissance de la Compagnie et de la ferme intention dans laquelle sont tous les officiers de redoubler leur attention, leur zèle et leurs soins pour l'honneur et le progrès des arts.
» Leurs vœux se joindront toujours à ceux de ces dignes magistrats pour le retour de ces temps heureux et sereins qui permirent, il y a vingt et un ans, à leurs prédécesseurs, de prendre une délibération dont l'effet eut à jamais consolidé ce temple des Arts dans notre patrie si rien ne l'eut entravé ; le conseil de ville avait voté 3,000 liv. en faveur de l'Académie, pour être ajouté aux 3,000 liv.- qui lui avaient été accordés en 1756.
» Il eut été heureux que cette délibération eut été mise sous les yeux du Conseil de Ville du 6 mars 1779.
» A cet effet, M. le directeur a nommé pour député MM. Moulinneuf, Dageville, Kapeller et Henry, lesquels en qualité do commissaires
nommé par le bureau pour poursuivre la présente affaire, à la charge d'en rendre compte à la compagnie, se porteront en qualité de députés à THôtel de Ville pour remplir les vœux de l'Académie îi tous ces égards, et pour remettre une copie de la présente délibération, dûment coUationnée, à MM. les maires échevins et assesseurs pour y avoir tel égard qu'ils verront bon être, les priant d'en donner communication et d'en faire faire lecture au prochain conseil .
» 11 a été finalement et unanimement décidé de consigner dans la présente délibération, les sentiments d'amour, de recpect et de reconnaissance qu'ont excité dans la compagnie, les bontés dont son illustre protecteur est dans l'intention de la combler, d'offrir à ce digne mécène les hommages les plus sincères et de l'assurer que c'est chez elle quô se forment les vœux les plus vifs et les plus ardents, pour la conservation précieuse du respectable successeur de Colbert.
» Collatioimé par nous,
» MOULINNEUF,
» Professeu7^ et Secrétaire perpétuel. »
C'était là un langage noble et digne, mais il ne devait pas trouver d'écho dans des esprits prévenus.
NOTES
(l) Ce genre de construction était loin d'être sans précédents dans notre ville, parmi les plus remarquables, je dois citer l'Arc de Triomphe qui fut élevé au milieu du Cours, lors des réjouissances publiques qui eurent lieu à Marseille le 25 Septembre 1729 à l'occasion de la naissance du Dauphin, dont la nouvelle parvint à Marseille le 12 du même mois. Les l'êtes qui eurent lieu à cette époque égalèrent en magnificence celles données à Monsieur. L'Arc-de- Triomphe dont je parle fut conservé pendant plusieurs années. Les archives nous en ont transmis la description suivante. Il fesait honneur aux artistes qui l'avaient exécuté, et il prouve ainsi qu'il en existait alors à Marseille de très capables :
» Cet édifice composé de deux ordres, avait depuis le socle jusqu'au fronton qui le couronnait, 54 pieds de hauteur, sur 36 de largeur; ses deux principales faces étaient tournées, l'une vers la porte Royale, l'autre vers celle de Rome, il y avait au milieu de chacune un grand arc, dont l'ouverture était de 37 pieds de haut sur 20 de largeur.
» Le premier ordre était placé sur un socle de marbre brun de trois pieds de hauteur, d'où s'élevaient quatre pilastres saillants d'un marbre jaspé
dont les bases et les chapiteaux étaient d'or, portant une corniche qui régnait tout autour et qui servait d'imposte à l'ouverture de l'arc ; les plus voisins de cette ouverture formaient un avant-corps, et des piédestaux de marbre blanc ornés de moulures d'or, qui s'élevaient du socle y étaient adossés. L'entrée d'un des pilastres était remplie de panneaux et de cartouches à devise dont les bordures étaient d'or sur un fond de marbre gris, dont tout l'édifice était bâti, et tout l'entablement était de marbre blanc, excepté la frise qui était de lapis, enrichi de tous les ornements de son ordre.
» Des pilastres accouplés et saillants, qui s'élevaient dessus, dont les bases et les chapiteaux étaient aussi d'or, formaient le second ordre qui était couronné d'une corniche de marbre blanc,règnant tout autour, de laquelle s'élevait un fonton triangulaire, dont le tympan était de marbre noir ; les entre deux de ces pilastres étaient remplis de cartouches à devises suspendues à des festons de fleurs, attachés par des masques bronzés aux volutes et aux chapitaux.
> Dans la face tournée vers la porte Royale, on voyait dans le frontispice, les armes du roi soutenues par deux grands génies, et dans un riche cartouche, qui formait la clef -de l'arc, on lisait cette inscription en lettre d'or: Publicœ lœtitiœ monumentum Massillia civUas posuit. MDC.XXIX.
Sur le sommet du fronton qui couronnait tout l'édifice, s'élevait une grande et belle figure, riche-
ment drapée, représentant Marseille, tenant le portrait de Mgr le Dauphin, avec ces mots qu'on lisait dans un cadre d'or sur son piédestal de marbre jaspé: Massillia voti compos.
•» Sur les deux piédestaux du fronton à coté de Marseille, on voyait k droite une figure réprésentant la religion habillée en vestale, tenant un vase d'or qui exhalait des parfums, et à gauche la justice tenant une balance d'une main et un faisceau d'armes de l'autre.
» Sur la corniche de l'arrière-corps du premier ordre, d'un côté on voyait Apollon et de l'autre Minerve élevés en pieds accompagnés de tous leurs attributs, et devant les pilastres de l'avant-corps sur les piédestaux qui s'élevaient du socle, était placé Mercure d'un côté et Thetis tenant un vaisseau à voiles enflées, avec des coquillages, des perles et du corail à ses pieds.
» Tous les cadres et cartouches étaient remplis de peintures symboliques; ceux dont étaient embellis les pilastres supérieurs contenaient ces quatre devises :
» La première avait pour corps un aigle volant et un aiglon un peu moins élevé, avec ces mots, Superas docet ireper auras.
» Pour corps de la seconde, on avait peint Alcide dans le berceau étouffant deux serpents, avec ces mots : Nune Alcides mox Hercules.
» Le corps de la troisième était formé d'une corne
d'abondance présentant trois roses et un lys audessus, et ces mots en faisaient l'âme : Dives som copia cornu.
» La quatrième avait pour corps un dauphin couronné sortant de la mer, environné d'une multitude d'autres poissons, avec ces mots : Patriis regnahit in undis.
> Sur le piédestal d'où s'élevait la figure de Minerve, on avait peint dans un cadre d'or une ancre où était entortillé un dauphin, avec ces mots : Firmat et ornât, et sur celui d'où s'élevait Thétis, la planète de Jupiter et un de ses satellites, avec ces mots : Monstrat minor ignis iter.
» Dans les cartouches qui au-dessus de Mercure et de Thétis, remplissaient les entre-deux des pilastres de premier ordre, on voyait ces deux autres devises :
» L'une avait pour corps trois hommes regardant un aro-en-ciel et tournant le dos au soleil levant avec ces mots : Dat signa et fœclerapacis, le corps de l'autre était un soleil naissant et trois étoiles qui commençaient à disparaître et ces mots en faisaient l'âme : Majora daMt sol lumina terris.
» Dans la face tournée vers la porte de Rome, on lisait dans le frontispice de marbre noir, cette inscription en lettres d'or. Serenissimo Galliar. Delphino,nato 2)rid., non. sept conss.n. Joan Ravel, Grands, Martin .Tac, Remusat^ Joan Romano. MDCCXXIX.
» Sur la clef de l'arc un riche cartouche contenait ce dystique :
Expcclate diu, per te gens francica nectit. Perpétuas paci Ixtitx que moras.
» Sur le tympan on voyait s'élever trois grandes figures en pieds sur leurs piédestaux richement peintes. Celle du milieu, qui paraissait sur le sommet, représentait la France tenant d'une main les armes du Dauphin, de l'autre des chaînes de fleurs dont elle enlaçait la Paix et la Joie représentées par deux autres figures placées à ses côtés. La paix placée à droite, avait à ses pieds trois génies ; l'un lui présentait une branche d'olivier; l'autre, une corne d'abondance et le troisième brisait des lances et des flèches. La Joie tenant à la main un caducée, avait à ses pieds des feux d'artiflce, des pavots et des instruments de musique.
» Sur les piédestaux qui s'élevaient du socle, adossés aux pilastres du premier ordre, on voyait de chaque côté une grande figure, à droite était celle du maréchal duc de Villars, gouverneur de Provence, armé d'une cuirasse et d'un bouclier, tenant le bâton de commandement ; à ses pieds un petit génie portant l'écu de ses armes. Sur le piédestal on lisait ces vers :
La guerre au plus haut point avait porté ma gloire.
C'est à mes soins qu'on doit la paix; Mais son plus sûr garant et le plus plein d'attrait
Manquait à ma double victoire, Ua héros en naissant y mit les derniers traits.
» A gauche Marseille sous les traits d'une nymphe, dans une attitude majestueuse, regardant le portrait du dauphin que la France présentait du haut du tympan, auquel elle adressait ces vers inscrits sur le piédestal.
Moi qui dans des temps moins heureux
Mettais ma gloire k n'avoir point de maître,
Au bonheur d'obéir au roi qui vous flt naître,
Se bornent aujourd'hui mes voeux;
Comme il est mon héros, vous deviez un jour l'être,
Mais ne vous pressez pas le plus tard c'est le mieux.
» Deux grands génies s'élevant sur la corniche du premier ordre tenaient chacun un cartouche à devise; on avait peint sur l'un une colonne supportant une partie d'un édifice, avec ces mots : Columenque decusque et sur l'autre des illuminations et des feux d'artifices, avec ces mots : pectora ardentius.
» Dans deux autres cartouches placés en dessous dans les entre-deux des colonnes.on lisait d'un côté ces mots : oléas fœcundat ab ortu, surmonté d'oliviers recevant les rayons du soleil levant et de l'autre • cantu preàbusque vocatus, surmonté d'un vaisseau sur la poupe duquel Amon jouait de la lyre et sur Teau un dauphin.
» Les entre-deux des pilastres supérieurs contenaient quatre autres devises : 1» Sous l'emblème de la joie un lion, un aigle et un léopard regardant le soleil levant avec ces mots : unum suspiciunt omnes; 2» un dauphin sur la surface de la mer, avec ces mots : mole mînor,sedma^'estate verendus; 3» com-
me emblème de la joie, deux bergers élevant leurs mains vers le ciel à la vue d'une pluie qui tombe, la terre étant couverte de fleurs desséchées avec ces mots : precibus cœlestia\ 4" trois étoiles dont l'une plus éloignée touchée par les rayons du soleil naissant et ces mots pour âme : pulclirior exibi sîprœcessere minores.
» Cet arc de triomphe, ajoute le rapport déposé aux archives, par la beauté du dessin, la magnificence de sa structure et la réussite de l'exécution avait fixé tous les regards, etc. »
La description de ce monument m'a paru digne d'être conservée.
( 2 et 3 ) Extrait des archives de la Préfecture.)