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CHAPITRE VII

DE 1778 à 1780

L'Académie avait fondé de grandes espérances sur l'obtention des lettres patentes qu'elle sollicitait et dont Tenvoi lui avait été annoncé; mais c'en était fait, le voile était déchiré : elle avait compté que le patronnage du roi encouragerait la munificence du conseil municipal à son égard ; cette illusion était tombée, on la payait avec un peu d'honneur.

Les professeurs s'étaient résignés, mais une autre épreuve non moins sensible les attendait: un des élèves de l'Académie, Louis Ghay, pein-

tre (l), couronné en 1759 et 1760, esprit bas et envieux, n'ayant pas probablement alors réussi à se faire agréer, avait adressé au ministre un mémoire appuyé de la signature de trois ou quatre membres associés de TAca- (jémie, qu'il avait entraînés ; mémoire contenant de graves accusations qui jetaient la plus grande déconsidération sur la compagnie toute entière.

Ce fut un rude coup ; quelques abus, il est vrai, s'étaient glissés dans Técole, mais il fallait que les professeurs prouvassent la fausseté des imputations qui pesaient sur eux et démontrassent le peu de gravité de ces abus; ils adressèrent donc à leur directeur perpétuel, d'André Bardon, les pièces nécessaires à leur

(1) Louis Chay figure parmi les adjoints à professeur de l'Académie, en 1789. Il est auteur de diverses peiiuures importantes au château Borelly. Ce sont: 1. le portrait de Brun architecte du château ; 3. le plafond du grand escalier représentant La lumière sou* le* irails d' Apollon conduisant le char du Soltil, précédé par l'Aurore ; 3. le plafond de la Bibliothèque, Apollon et les Muses ; 4. le plafond du (^raud salon, l'Apothéose de Psyché ; le plafond de lu chambre de M. ^otcW-^, Le Sommeil, Enfants endormis; 0. dans le grand salon doré un large panneau représentaat l'enlèvcmeot des Sabines d'après Pierre de Cortonne.

M. Borelly avait eu beaucoup à se plaindre de certains procédés peu délicats de cet artiste. Cependant après l'achèvement des travaux, il lui compta comme solde trente mille livres et lui assura en outre une pension de 1,500 livres sa vie durant. Chay fit à cette époque un nouveau voyage en Italie. A sou retour, il se fixa de nouveau à Marseille oii il occupa son emploi de professeur a l'Académie jusqu'à la ruine complète de cette institution, 1793. 11 est mort à Paris vers 1810.

défense, et ils recevaient de lui peu après la lettre suivante, contenant copie d'une lettre du comte d'Angeviller et datée de Versailles le 2G mars 1780, qui donnait à rAcadémie une complète satisfaction.

« M. d'Angcvillcr à d'André Bar du n.

» Je compte, Monsieur, que la lettre que j'ai écrite à M. Pierre, et que sans doute il vous a communiquée, vous a déjà entièrement tranquillisé sur l'impression que le mémoire du sieur Cliay pouvait avoir fait sur moi. Cependant comme je lui annonçais (iu«^ je me proposais de vous écrire et de vous marquer directement ma manière de penser, sur les imputations faites à l'Académie de peinture de Marseille, dans ce mémoire, je ne tarde pas d'avantage à le faire, «l'autant que la dernière lettre que vous m'avez écrit et qui contient divers certiticats et les rétractations relatives, ajoutent à la solidité de la justification que vous m'avez adressée par l'intermédiaire de M. Pierre.

» Je me fais donc; un plaisir de vous marquer que je ne re{?ard;^ le mémoire dont il s'agit que comme l'ouvrage d'une odieuse jalousie ou méchanceté, et qu'après les éclaircissements que vous vous êtes procurés, il ne me reste pas le plus léger nuage sur les abus graves et importants dont on accusait la compagnie ostimable dont vom-^ '*'r<»< \o directeur.

» Il n'y en avait qu'un léger sur lequel vous m'avez marqué votre avis, mais je vois par une des pièces jointe à votre dernière lettre, que sur l'observation que vous faites à l'Académie de Marseille, elle a aussi délibéré de le corriger, en supprimant ce jour de vacance du modèle, qui quoique peu important par lui-même, coupait l'exercice de manière à le rendre moins utile aux élèves; je vous marque donc ma satisfaction de la résolution qu'a prise l'Académie de Marseille de supprimer ce jour de vacance, quoique autorisé par ses anciens usages.

» Je crois devoir vous prévenir que les lettres-patentes relatives à l'Académie de Marseille sont actuellement et même depuis quelques semaines envoj'ées au Parlement de Provence pour l'enregistrement.

» Vous connaissez les sentiments avec lesquels je suis. Monsieur, votre très-humble et très-obéissant serviteur.

» Siff7ié : comte D'Angeviller, à l'original. »

» Voilà MM. les bonnes nouvelles que je viens de recevoir de votre bienfaisant protecteur, et que je me hâte de vous communiquer, vous comprendrez que lorsque dans certaines circonstances je vous ai écrit dans un style qui a dû vous paraître sévère, je n'écrivais pas au ministre avec moins de vivacité pour votre justification.

» Je vous félicite de voir que tous les dénouements

sont en votre faveur et vous réitère des sentiments de mon zèle et mon affection.

» Signé : d'André Bardon, à l'original.

» Paris, le lundi de Pâques 1780. »

Les lettres patentes que je publie ci-dessous dédommageaient enfin en partie les professeurs, par le brillant éloge de TAcadémie qu'elles contenaient , éloge qui réduisait à néant les calomnies dont elle venait d'être Tobjet.

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