‹ Annales de la peinture; discours et fragmentsChapitre 7 sur 40 · PREMIÈRE PARTIE · texte numérisé non relu

PREMIÈRE PARTIE

Ue l'impurtanre des Arfistea proTençaax dans rnndqult*'

MEssieuR.>.

Je vais avoir riiomieiirde vous entretenir : De l'importance des artistes provençaux dans l'antiquité, de leur influence au moyen âge y de leur ori g inalité, et de leur action dans V Ecole française depuis le XI IP siècle jtisquà nos jours.

Un aussi vaste programme demanderait de longs développements. Vos moments sont précieux, je ne dois pas en abuser, je vais faire mes efforts pour être bref; j'entre en matière.

Quels étaient les peuples qui occupaient les contrées connues aujourd'hui sous les noms de Provence et de Languedoc, avant la domination romaine qui leur donna le nom de Provincia liomana? Je n'ai pas à m'en occuper. C.icéron, Pline, Sénèqae, Tite-Live, Suétone, Tacite, Stralion et Plularquo, nous fournissent sur elles de précieuses indications.

Il me suffira de constater que Marseille, fondée par des Phocéens 599 ans avant Jésus- Christ, n'avait pas tardé elle-même à peupler le littoral de la Méditerranée, fondant successivement des colonies telles que Nice, Antibes, Toulon, Hyères, en étabHssant de plus des comptoirs importants, le long du cours du Rhône en le remontant depuis Arles, Avignon jusqu'à Lyon, jetant ainsi, grâce à son commerce, au milieu des peuples barbares, les premières semences de la civilisation grecque.

Au moment où Brennus assiégait Rome, 390 ans avant Jésus-Christ, Marseille venait à son aide, et lui adressait des subsides. Dans sa reconnaissance, le peuple-roi proclamait cette ville la sœur de Rome, et il réservait, dans les solennités publiques, une place à ses envoyés parmi les sénateurs romains.

Marseille jouissait donc d'une grande indé-

pendance comme république ; les arts et les lettres y avaient acquis une grande supériorité; la langue grecque s'y conservait alors avec une telle pureté, que les Romains la choisissaient de préférence à Athènes pour le lieu de son étude. « Le latin et ITIébreu étaient des langues également familières à toutes les classes des citoyens : Varon, au rapport d'Isidore, et saint Jérôme, suri epitre de saint Paul aux Romains, appelaient ses habitants trilingues (*), » tandis que Jules César et Strabon ne les désignaient que sous le nom de doctes gaulois.

Elle fesait à cette époque Fadmiration des anciens : « Je ne te passerai pas sous silence, ô Marseille ! disait Ciceron, toi qui par la discipline et la gravité est supérieure, non seulement aux villes de la Grèce, mais encore à colles du monde entier; toi qui, lointaine et séparée par la langue et par la culture de toutes les contrées que les Grecs habitent, reléguée aux extrémités de la terre (m ultimis terris), assiégée par les flots de la barbarie gauloise, et cependant si sagement gouvernée

(*) Un viillon de faits.

MM. E^ger et Briitiet de ProsIt'S de l'Institut, pensent que les trois langues pailt^es à Marseille, étaient le grec, le latin et le celtique. Selon ces Savants, l'hébreu, était moins Tamilier aux Massa iotes.

par la prudence de tes principaux citoyens (optirnaius) , qu'il est plus facile de louer tes institutions que de les imiter {pro Flacco 56).

Marseille était alors le point de départ de la civilisation qui devait rayonner et jeter de si vives lueurs, peu à près, dans le Nord de FEurope, et que Tinvasion des barbares devait étouffer de nouveau.

M. Fauriel, dans son Histoire de la Gaule méridionale j a parfaitement éclairci ce point. Selon lui : « La Grè'ce avait mis lo pied sur le sol gaulois, et de bonne lieure le midi de la France, déjà visité par les Phéniciens, ces marchands divins, fut civilisé par les Rhodiens et les Phocéens. Jusqu'où s'étendit, où s'arrêta l'action civilisatrice des Massaliotes, ajoute cet historien, c'est une qu^îstion fort controversée par les érudits, mais que cette influence ait été large et rapide, c'est ce dont il est impossible de douter, quand on voit Marseille, grâce à l'amitié des Romains, étendre ses possessions des Bouches-du-Rliùne jusqu'à Lyon et aux montagnes des Avernes. »

Ce qui ne peut être révoqué en doute, c'est que Marseille conserva son autonomie pendant plus de sept siècles ; se gouvernant pendant cette longue période selon ses propres lois.

Strabon nous apprend que Jules César permit à la ville de Marseille de continuer à vivre dans sa première liberté, et qu'il voulut que ses citoyens et sujets fussent soustraits à la juridiction et A Tautorité des magistrats romains.

Dans la suite les empereurs romains la maintinrent dans tous ses privilèges : Pomponius Mêla, qui écrivait sous le règne de Claude, parle de Marseille, comme d'une ville grecque ayant conservé ses mœurs et ses usages, et Pline qui écrivait à la fin du premier siècle de notre ère, ne la cite que comme une fidèle alliée de FEmpire.

Marseille, depuis longtemps battait donc monnaie, et les médailles qui nous restent de ces époques, particulièrement celles qui portent la tète d'Apollon, peuvent être considérées comme des œuvres qui le disputent à ce que la Grèce avait produit de plus complet en ce genre. La tète de la Diane de Marseille, qui ornait également ses médailles, tirée des manuscrits de Peiresc, reproduite par Papon, rappelle également Tart grec dans sa pureté. Les temples d'Appollon, de Diane et de Minerve, où trônaient ces divinités du paganisme, avaient trouvé parmi ses citoyens, des artistes pour les exécuter, et ses nombreux vaisseaux que les

Romains avaient pris pour modèles, chefsd'œuvres de construction navale, dont la proue était surmontée du taureau, emblème de la ville, ou du lion qu'elle avait pris pour symbole de sa force, prouvaient que Tarchitecture tant civile que navale, ainsi que la sculpture était parmi eux en honneur.

L'éloquence n'y était pas cultivée avec moins de succès, Rome, la ville superbe, ne dédaignait pas de lui emprunter ses philosophes et ses orateurs. Castor, le plus éloquent de son siècle, surnommé Philonomée (livre romain), Lucius Plotius que Quintilion considérait comme un grand maître, Valerius Cato, portaient chez elle le véritable goût des lettres, et Gniphon, non moins docte que ces derniers, avait pour disciples et pour élèves Gicéron et Jules Gésar (I).

Lorsque les Romains donnèrent à la Provence et au Languedoc actuel (*), le nom de Provincia Uomana, le sol était donc préparé, et sous leur impulsion, pendant plus de quatre siècles, des monuments attestant la supériorité de nos artistes méridionaux, s'élevèrent de toutes parts; les Provençaux animés du désir de

(*} On doit y ajouter également une partie de la Gascogne.

la gloire, assimilés aux Romains, admis par eux à participer aux charges les plus élevées du sacerdoce et de la magistrature, sous Tempirede leur prospérité toujours croissante,voyait un jour, pour comble d'honneur, Constantin faire un moment d'Arles, le siège et la capitale du monde !

On conçoit dans quelle mesure le sentiment artitisque de ce peuple avait dû se développer: Il semble, disait Tacite, que ces Gaulois sont nés à Tombre du Capitole !

De son cùté, Pline assurait que de son temps, on pouvait prendre ce pays pour une portion deritalie,et de fait, les sénateurs qui en étaient originaires avaient la faculté d'y venir sans congé, malgré qu'il leur était expressément défendu de quitter Tltalie sans la permission de TEmpereur.

Ces paroles ironiques, que les plébéiens de Rome adressaient naguère aux Gaulois sous Jules-César, les accusant de vouloir troquer leur habit contre la pourpre romaine, n'avaient pas tardé à devenir une vérité.

La jeunesse romaine venait donc depuis longtemps se former à Marseille, je lai dit, ce fut bientôt le tour des Gaulois, les plus riches y envoyaient leurs enfants « c'est ainsi que la lan-

gue grecque pénétra jusqu'en Helvétie et que des académies se formèrent dans tout le midi des Gaules. On cite comme les plus célèbres celles d'Arles, de Narbonne, de Toulouse, de Bordeaux, de Vienne, de Lyon, d'Autun, de Poitiers et de Corbillon-sur-Loire, » monuments précieux attestant Tinfluence des Provençaux sur les mœurs et sur la civilisation générale de notre beau pays dont ils préparaient la renaissance .

Amien, Marcelin (liv. XV) est explicite à ce sujet; il reconnaît que « c'est grâce à Marseille et à ses colonies, que les études commencées par les Bardes et les Druides, ont fleuri chez les habitants incultes des Gaules. »

Le goût des lettres s'était propagé avec une telle rapidité, que sous Tibère, la ville d'Autun contenait déjà un nombre prodigieux d'étudiants en éloquence, et qu'au deuxième siècle les langues grecque et latine étaient devenues vulgaires à Lyon .

Des auteurs contemporains ont constaté avec une hauteur de vue et une éloquence remarquable, l'influence que je viens de noter. MM. J -J. Ampère, dans son Histoire littéraire de la France y M. Fauriel dans son Histoire de la Gaule Méridionale, M. Raoul

Rochette, dans son Histoire critique des colonies Grecques, M. Guizot, dans son Cours d'Histoire Mode7me, ont épuisé ce sujet. Il serait téméraire à moi, écrivain obscur, de me mesurer avec ces littérateurs illustres, je me contenterai simplement d'ajouter quelques mots, sur le côté artistique de ces contrées, laissé par eux dans le demi jour.

Les monuments merveilleux qui nous restent de la grandeur romaine soit à Mmes, à Arles, à Orange, ù St-Hémy et dans tant d'autres villes qu'il serait trop long d'énumérer, étaient-ils Tœuvre des Romains proprement dit, ou des Grecs appelés par eux? C'est une question qu'il convient d'éclaircir ici, car elle nous permettra de revendiquer pour les Provençaux, s'ils en sont les auteurs, la gloire de les avoir exécutés.

Quelques instants de réflexion sutlfsent pour résoudre cette question. La province romaine, régie par des proconsuls, et partie intégrante de l'Empire, voyait toutes ses villes, je l'ai dit, se couvrir d'Arcs de Triomphe, d'Arènes colos sales, de Thermes, de Palais, de Temples, de Théâtres, de Forums entourés de colonnades grandioses et de portiques majestueux, tous ornés de sculptures et peuplés de statues (5).

De tous ces édifices s'échappait une auréole de grandeur et de majesté, digne en tout point de la puissance de la maîtresse de Tunivers, puissance bien faite pour exalter le génie des artistes méridionaux admis à y participer et à en perpétuer le souvenir.

Mais, on le sait, Rome républicaine et guerrière dédaignait les arts ; le citoyen romain aurait cru déroger en s'en occupant. Ce furent donc des Grecs enlevés à leur patrie, alors soumise, qui, les premiers, y apportèrent le goût des beaux-arts. Mais déjà, chez ces derniers, la décadence avait fait un grand pas, et leur génie n'avait pas tardé de s'éteindre avec la perte de leur nationalité. Une nation jeune, où leur sang était mêlé, se levait à son tour à l'horizon de l'art : elle commençait à recueillir son liéritage. Cette nation c'était la Province Romaine, et sa renaissance datait du siècle d'Auguste.

Cette nation vive, ingénieuse, active, aimant la musique, et qui nous a légué la danse décrite par Homère, et gravée sur le bouclier d'Achille (3), accessible plus que tout autre aux jouissances que procurent les arts, et dont l'es-, prit était si prompt à s'exalter, soumise à la domination romaine, qui lui laissait toute sa liberté, et qui voyait disparaître chez elle les

derniers vestiges de la barbarie qui précédemment pesait sur elle, se livra, on le conçoit, avec un enthousiasme juvénile, à la culture des beaux-arts.

Pline ne laisse aucun doute à cet égard, car il dit formellement qu'il ne connaissait pas de son temps des artistes supérieurs à ceux des Gaulois pour la sculpture, et Papon affirme que ce furent des architectes Provençaux qui transportèrent dans leur pays les beautés et les magnificences de la capitale de Tempire.

Les artistes Provençaux contribuèrent donc puissamment aux embellissements de Rome.

Parmi les plus remarquables travaux qui leur furent confiés, nous pouvons citer le célèbre colosse destiné d'abord à représenter Néron, et qui depuis fut consacré au soleil. Constantin avait eu l'occasion de les apprécier ; il les employa ti son tour, et Bysance, la nouvelle capitale de l'Empire, qui, d'après le premier monarque chrétien, devait tendre à effacer l'antique splendeur de Rome, leur dut plus d'un monument.

Parmi les œuvres sculpturales les plus splendides de ces époques, qui nous soient parve-

nues, et dont les auteurs sont restés inconnus, pour n'en citer qu'une, le groupe du Laocoon, exécuté sous Tibère, reproduit avec une fidélité scrupuleuse, par Jean Baptiste Tubi, autre enfant du Midi (mort en 1700) qui orne les jardins de Trianon, et qui n'est, on le sait, cette fois, qu'une reproduction très libre du Laocoon plus antique exécuté au temps de Phydias, et aujourd'hui conservé en Allemagne. Sont-ce là des statues grecques ? Je parle du Laocoon du Vatican ! C'est un point qui n'est nullement éclairci.

En considérant attentivement le caractère des œuvres de quelques-uns de nos sculpteurs Provençaux les plus célèbres et où brillent les qualités distinctivcs que semble leur communiquer notre beau soleil, la verve, la fierté d'allure, l'indépendance de l'exécution, lesquelles, comme dans les statues de Puget, se concilient avec la noblesse et la beauté dans la force, et la sublimité de l'expression dans la douleur, j'ai, malgré moi, fait un rapprochement, et j'ai trouvé une analogie singulière entre la manière dont l'auteur inconnu a traité ce groupe immortel du Laocoon, et celle de

notre illustre sculpteur provençal Puget, bien que sous le rapport de la vérité et du pittoresque dans Texécution, le plus jeune remporte sur son aîné ; mais il y a à mon sens sur ce môme groupe Tempreinte du caractère méridional que je viens d'esquisser

Ce caractère, dont je parle, hrille également d'une manière saisissante, dans les bas-reliefs ornant le mausolée antique de Saint-Remy. Au génie cahne et froid et cependant si plein de grandeur des Grecs, a succédé une fougue étrange : on y lit, à travers les ravages du temps, Temportement du génie, passant avec une négligence dédaigneuse sur les règles et n'obéissant quïi Timpulsion qui Texalte, et de fait, à Taspect do ces terrildes mrlées, où rien ne pose, où tout est action, où hommes et chevaux dans toutes les postures sont enlevés avec une verve incroyable, on comprend que l'artiste subissait un entraînement irrésistible. Eh bien ! ces magnifiques ébauches sculpturales offrent à leur tour une étonnante analogie, avec la manière si fière, si impétueuse et si splendidement colorée de notre peintre de bataille Provençal, celui dont on disait d'une

manière si pittoresque qu'il était le seul qui sut tuer son homme (4), en vérité, Messieurs, il semble s'en être inspiré et ses tableaux présentent les mêmes défauts. Ce sont la deux tempéraments d'artistes identiques. Il sont de la môme famille et de la même école, et le même pays les a vu naître.

On m'objectera que les œuvres sculpturales datant do la domination romaine, trouvées soit en France, soit particulièrement sur tous les points de Tltalie, et dont l'Angleterre a disputé à prix d'or à ces contrées, une partie des précieuses reliques, sont pour la plupart signés de noms grecs. Eh! qu'importe cela? Ne saiton pas que la langue grecque, comme j'ai eu déjà l'occasion de le constater précédemment, était plus familière que la langue latine, à nos ProvLMiçaux; l'attestation de Pline qui ne connaissait pas de sculpteurs supérieurs aux Gaulois ne sufïit-elle pas? Qu'on ne se hâte pas de m'accuser d'enthousiasme, qu'on examine froidement, j'ai tout à gagner à cet examen. Parcourez simplement nos musées d'Aix, d'Arles, d'Avignon, au bas de la plupart des socles veufs de leurs statues, des débris, des frontons

des monuments, des tombeaux et de pierres funéraires antiques : au milieu des inscriptions latines qui les couvrent, vous trouvez cependant, ça et là, des inscriptions grecques? Nos médailles marseillaises n'en portaient jjus d'au. très; et par un reste d'habitude que les siècles qui se succédaient, ne semblaient pouvoir déraciner, nos Provençaux, qu'on me passe ce mot barbare, grecquisaient ou grécisaient les noms romains

J'en appelle au témoignage d'un illustre archéologue, M. Mérimée, lui-même a relevé H Avignon de ces inscriptions dont les noms romains, tels que Quintus, Erenius, Secundus, étaient suivis de désinences grecques, tels que Quintos, Erenios, Secundos. Cette confusion n'a donc rien qui nous étonne ; mais il importe pour l'honneur du pays de la faire cesser.

Quelques auteurs latins ont pu aider à cette confusion, quand elle était naturelle pour le peuple. Ne voyons-nous pas de nos jours l'Angleterre, dans ce même bas peuple, donner le nom de Frenchmen à tous les habitants du continent, qui mettent le pied sur son sol

hospitalier? Je dirai plus, cette confusion était inévitable. Nos artistes Provençaux portaient eux-mêmes des noms grecs pour la plupart. A Tappui de cette assertion j'en citerai un seul, mais un des plus célèbres entre tous. L'auteur du colosse du César dont j'ai parlé plus haut, et qui déjà avait fait ses preuves dans les Gaules en y élevant le colosse de Mercure, Zénodoros (Zénodore) était son nom.

Là peinture seule à cette époque, paraît avoir été quelque peu dédaignée. Les artistes dans cette branche des beaux-arts ne s'exerçaient guère que dans la confection des mosaïques, dont il nous reste de nombreux spécimens, qui témoignent encore de leur habileté. Mais des tableaux peints, oa n'en trouve aucun vestige. Les auteurs sont à peu près tous muets sur ce point. A peine citent-ils, comme exception, un chevalier et un proconsul romain qui s'occupaient de peinture (5). Quoiqu'il en soit de ce dernier point, les arts, je l'ai dit, avaient acquis, dans la Province Romaine, alors que la .Grèce était dégénérée, un degré de perfection presqu'égal à celui du siècle de Périclès.

Justin, dans son livre XLIII, nous en fournit la preuve. « Un si grand lustre, dit-il, fut répandu sur les hommes et sur les choses, qu'il semblait, non pas que la Grèce eut émigré en Gaule, mais que la Gaule eut été transportée en Grèce ! »

Paraphrasant cette citation de Justin, où les paroles retentissantes de Sertorius, j'ajouterai avec M. J. Aicard, Tun des collaborateurs de l'Encyclopédie nouvelle: ii])eux siècles s'étaient à peine écoulés depuis la conquête de César, que Rome n'était déjà plus dans Rome, elle était toute entière dans notre beau pays ! »

Je termine ici , Messieurs , cette première partie de mon discours, que je diviserai en autant de périodes, que son titre contient de paragraphes distincts. Quant à ces époques lointaines dans lesquelles je vous ai entraîné avec moi, pour reconstruire leur histoire, je l'avoue, des documents plus précis que ceux sur lesquels je me suis appuyé sont rares, et bien qu'ils soient pour moi concluants, et qu'ils me paraissent irréfutables, c'est en méditant de plus au seuil de ses splendides portiques, à

Tombre de ses monuments majestueux, aidé de ces indications éparses échappées à la plume distraite des historiens de l'antiquité ; c'est en considérant des chefs-d'œuvre tels que la Vénus d'Arles et le buste de la Tête sans nez, types provençaux par excellence, que l'illustre Pradier voulait réparer, lui, le seul statuaire de notre époque assez digne pour ne pas en trop affaiblir le sublime caractèrej c'est en examinant ces médailles marseillaises, ces camées, ces vases antiques, ces statuettes, dont le musée d'Avignon conserve les précieuses reliques, arrachées au sein des décombres qui les avaient dérobées aux mains sacrilèges des Iconoclastes et des Sarrazins, que je me suis demandé, sans parti pris, sans préjugé de race, sans orgueil national enfin : ces œuvres que nos historiens attribuent généralement aux Grecs, leur appartiennent-elles ? Avaient-ils donc seuls le monopole de l'art? Non, Messieurs, perçant la nuit des siècles ou il demeurait enseveli, j'ai évoqué le souvenir de nos artistes ! leur fantôme resplendissant des clartés

du génie méridional, que reflètent encore ces antiques et majestueux débris, m'est apparu ! il est venu me confirmer, à quelques exceptions près, que c'était bien là leur œuvre ? que Tesprit qui les animait ne s'était pas éteint, qu'ils l'avaient transmis à leur postérité.

NOTES EXPLICATIVES

(1) Parmi les hommes célèbres des ces époques, on peut citer, avant J.-C., Pithéas et Euthimènes, philosophes et cosmographes étonnants pour le temps où ile vivaient. Thimarcus, Androcides, Tarchon, Aristoclès, Meréchinus, Aristodème et Sparchon auteurs célèbres dont les œuvres sont perdues ; comme médecins, Démosthène et Alcépiade, dont Galien fait mention. Quelques-uns de leurs travaux se trouvent dans les ouvrages d'Aétius et d'Amide. (Voyez Ruffl, page 306.)

On peut ajouter ceux dont parle Papon. T. 1er, p. 600. avant J.-C, Erathostènes ; Quintus Roscius, l'acteur le plus accompli qui fut jamais, ami de Ciceron, Talon et Gyarèse. Cornélius Gallus, fameux poète, Trogue Pompée, un des savants les plus dis-

tingués de l'époque, Oscius, célèbre orateur, Agrotos, qui ne plaidait qu'en grec, à Rome, Pacatus, son contemporain, et Julius Grœcinus. Jusqu'en l'an 8G de J.-C, Claudius Quirinalis, fameux rétheur, Pétrone, poète, courtisan et homme d'Etat, Grimas Charmis, Valerius Paulinus, Favorin, professeur de belles lettres, et Julius Agricola, le célèbre conquérant de la Grande-Bretagne.

Papon parle également de Pytheas et d'Euthymènes qui vivaient à Marseille 350 ans avant l'Ère chrétienne, le premier était le plus savant Géographe, et le plus habile astronome de l'Occident, il avait écrit un traité sur les causes du flux et du reflux de la mer, qu'il attribuait à la lune ; Il avait expliqué les causes des vents réglés de l'Océan, et laissé une description des étoiles, qui de son temps, étaient voisines du Pôle Boréal. Ses voyages sur mer au Nord de l'Europe, sont restés célèbres, l'un d'eux a été décrit par Strabon.

Quant à Euthymènes, il avait écrit un traité sur la Géographie. Il avait longé les côtes de l'Afrique jusqu'au Sénégal. Les découvertes et les voyages de ces deux navigateurs, contribuèrent puissament au progrès du commerce de Marseille.

Erathostènes, était à son tour savant mathématicien et astronome, il avait composé environ 130 ans avant J.-C. une histoire des Gaules en 33 livres, au

moins, citée par Etienne de Bysance ; ouvrage perdu et qu'on ne saurait trop regretter, il était écrit en grec.

Lucius Plotius avait ouvert à Rome une école de réthorique, vers l'an 90 avant J.-C, il eut tant de succès que Cicéron, alors enfant, regrettait dans la suite de n'avoir pu suivre ses leçons. Ce témoignage et celui de Quintilien donnent la mesure de sa valeur.

Valerius Cato était poète et grammairien, né vers l'an 105 avant J.-C, il fut ouvrira Rome une école publicpie, ou l'on venait «n foule pour jouir de sa parole ; on prétend qu'il était encore meilleur poète que grammairien : de là ces deux vers qu'on fit ii sa louange.

Cato grammaticus laiina siren qui solus legit, ac facit poè'tas.

Gniphon était professeur d'éloquence en langues grecque et latine à Rome. C'était alors un art très important dans une république, ou la parole décidait quelquefois du sort du monde entier. Il s'était fiiit une brillante réputation. Ses premières leçons à Rome avaient été données par lui , dans la maison même de. Jules César, qui fut un de ses élèves les plus assidus. Ciceron, alors prêteur, se faisait un plaisir de l'aller entendre et de se mêler parmi ses disciples.

(2) Le Forum d'Arles contenait la statue de l'Empereur Auguste, celle d'Adrien, celle de Recilius Titus Pompeianus, protecteur de la colonie. Il ne reste dans le musée d'Arles que le piédestal de cette dernière, sur lequel est gravée l'inscription honorifique.

On trouve également dans les caves soit du collège, soit de diverses maisons de la cité, une multitude de piédestaux privés de leurs statues.

Le Forum contenait les statues de tous les hommes qui avaient bien mérité du pays.

(3) La Farandole.

(4) Joseph Parrocel, surnommé des Batailles.

(5) Turpilius, chevalier, et Antistius Gabeo, proconsul de la Gaule narbonaise, an 98 de notre ère.

Fabius, surnommé Pictor, dont les ouvrages existaient au temps de Claude, vivait b. Rome 304 ans avant J.-C.

PREMIER DISCOURS

AU CONGRÈS SCIENTIFIQUE DE FRANCE A AIX-

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