‹ Annales de la peintureChapitre 20 sur 72 · LES PEINTRES DE L'EMPIRE D'ORIENT · texte numérisé non relu

LES PEINTRES DE L'EMPIRE D'ORIENT

opinion des philosophes païens et des premiers pères de l'église sur les règles de l'art.

Constantin avait proclamé dans le principe la liberté des cultes, mais il défendit bientôt les sacrifices, fit briser les idoles et démolir les temples de fond en comble. Les chrétiens se montrèrent ardents à exécuter les ordres du prince, les œuvres d'art furent confondues avec les dieux antiques, pendant plus d'un siècle l'univers retentit du bruit des marteaux qui brisaient les chefs-d'œuvre des Scopa, des Polyctète, des Callimaque et des Meryllinus.

Les successeurs de Constantin, et principalement Théodose, avaient suivi avec un tel entraînement l'exemple de ce dernier prince, que lorsque Honorius renouvela pour la quatrième fois l'ordre de détruire les idoles, il crut devoir ajouter c s'il en subsiste

encore. » Ainsi furent presque tous anéantis ces modèles éternels du goût.

Sous Constantin et ses fils, les véritables règles de Fart n'étaient cependant pas complètement oubliées ; les poètes, les orateurs païens et même les philosophes chrétiens en conservaient les théories, alors que les artistes les négligeaient si follement ; l'appât du gain avait enfanté chez eux la routine ; la nature n'était plus consultée « ils enseignaient ditLibanius à peindre vite » donnant de faux principes à leurs élèves et se faisant payer chèrement leurs leçons , pour vivre souvent dans la débauche.

A en juger par le texte des poètes et des orateurs de cette époque, l'opinion relative à la théorie du beau, était restée pure.

Aristénète, peignant une femme qui l'avait charmé, semble décrire la Vénus, chef-d'œuvre de Praxitèle. Héliodore compare Chariclée à une de ces statues majestueuses considérées par les anciens maîtres, comme les archétypes de la beauté : son Théagène a les traits et l'âme d'Achille.

Les saints pères parlant de la beauté humaine , la représentaient avec les mêmes caractères que So crate et Aristote, rien ri est beau que ce qui est bon ; ce principe fondamental se retrouve à chaque instant dans leurs livres, Lactance, saint Ambroise, saint Grégoire de Nicée, saint Grégoire de Naziance , Théodoret et les autres pères, saint Augustin et saint Clément ne négligent pas de le rappeler.

Citons quelques-unes de leurs paroles, aussi bien, sont-elles comme la vérité, utiles dans tous les temps.

e Aucun corps n'est beau s'il n'est conformé de la manière la plus convenable à sa destination. »

« Qu'est-ce que le beau? ce qui est en tout point désirable. »

Hle ET IV> SIÈCLE. 27

« Un des caractères de la beauté du corps , est d'offrir des signes de la beauté de l'âme. »

« Tu es belle mon amie, tu es belle comme la vertu.»

« La beauté ne saurait exister sans la symétrie et l'ordre, elle est plus admirable dans un tout que dans ses parties. »

«Le beau accompli consiste dans l'unité. »

A ces citations que nous pourrions multiplier, nous ajouterons celle-ci de saint Grégoire de Naziance.

« On n'est pas grand artiste parce qu'on étale dans un tableau de nombreuses couleurs semblables aux fleurs des prairies, l'habile peintre est celui qui nous présente des figures vraies, animées, parlantes. »

Ces maximes faisaient la critique des artistes du quatrième siècle, mais la cupidité remplaçait chez eux l'amour de la gloire ; la richesse était préférée à la beauté, l'antique simplicité grecque avait été proscrite par l'orgueil de Rome ; dans l'architecture , le poids des ornements avait remplacé la noblesse du style ; dans la peinture, le dessin était négligé, l'étude de l'anatomie dédaignée, aussi les contours des membres étaient devenus pauvres et lourds, les articulations manquaient également de justesse, seules les draperies conservaient quelques restes de style et les têtes quelque vérité d'expression.

C'est dans cet état de décadence que la peinture reconnue nécessaire avait été appelée par Constantin, à reproduire les types du Christ, de la Vierge et des apôtres, ainsi qu'à représenter les mystères de la religion chrétienne. Il eut fallu pour les dessiner des maîtres tels que les Pharasius et les Protogène, mais la Grèce avait dit son dernier mot, ses enfants étaient dégénérés ; aussi ces anciens types furent la plupart indignes des sujets offerts à la vénération publique.

L'ART CHRÉTIEN

Ve, VIe ET VIIe SIECLE.

LES PEINTRES DU MOYEN-AGE

Seul maître de l'empire par la chute de Valentinien, Théodose avait régné avec gloire et favorisé les arts, à sa mort en 395, une renaissance nouvelle semblait s'être produite, ou pour mieux dire la décadence éprouvait un temps d'arrêt.

Le paganisme aux abois n'existait plus comme religion de l'état. La peinture avait un seul but, celui d'orner les innombrables églises qui se construisaient sur tous les points du vaste empire romain, alors divisé entre les deux fils de Théodose.

Sous l'inspiration de la foi et du sentiment chrétien,

Ve, VIe ET VIIe SIÈCLE. 29

les artistes retrouvèrent encore quelques éclairs de leur antique génie et si leurs tableaux et leurs statues n'arrivèrent pas au degré de perfection de ceux des premiers maîtres, ils n'en exécutèrent pas moins encore pendant plusieurs siècles et parfois des œuvres d'un grand mérite.

Les symboles et les allégories attachés au culte chrétien avaient réveillé la verve poétique des Grecs, la multiplication des images religieuses fut incroyable, les églises étaient décorées avec une magnificence capable de faire oublier aux gentils convertis le luxe qui environnait leurs idoles.

La vierge tenant l'enfant sur ses genoux fut peinte après le concile d'Ephèse tenu en 431.

Les anges introduits dans les tableaux dès le iv* siècle étaient toujours représentés, jeunes, beaux, les pieds nus ou chaussés du cothurne, les ailes déployées, vêtus de blanc et portant un manteau également blanc et une tunique bleue. Ainsi les dépeint saint Grégoire de iSaziance.

Les figures des apôtres furent mâles et austères, celle du Christ tantôt noble et tantôt basse et triviale. Cette dernière particularité a besoin d'être expliquée, car pendant plus de douze cents ans les pères de l'église furent divisés dans leur opinion sur les perfections corporelles du Christ.

Saint Justin était persuadé que Jésus-Christ s'était présenté aux hommes avec des formes abjectes, auxquelles il devait son humiliation ; ces paroles fournirent de nouvelles armes aux idolâtres; Celse s'écriait : Jésus nétait pas beau! donc il n'était pas Dieu.

Saint Clément d'Alexandrie fut de l'avis de Justin, mais Origène son disciple prit un terme moyen et accusa Çelse de mauvaise foi. Vous citez, lui dit-il, ce

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passage d'isaïe ; nous l'avons vu, ses dehors étaient abjects, il n'avait ni beauté ni grâce ; pourquoi taisez-vous ces paroles de David.

Ceint ton épèe, roi puissant, à le plus beau des enfants des hommes, règne, triomphe par l'éclat attrayant de ta beauté.

Peut-être, ajoutait Origène, manquait-il quelque chose à la beauté du Sauveur ; mais l'expression de son visage était noble et céleste.

Au ive et ve siècle, les *avis furent partagés, Grégoire deNicée, Jérôme, Ambroise, Augustin, Chrysostome, Théodoret, enseignèrent cequesemblent attester les livres saints, que Jésus charmait, entraînait les hommes par la majesté de ses traits, autant qu'il les touchait par la sainteté de sa doctrine. C'est disaientils unanimement, l'ignominie de la croix et les tourments de la passion qu'Isaïe a annoncés sous l'emblème de la laideur du Christ. Voici comment quelques-uns d'entr'eux s'exprimaient : « Roi de gloire, image visible de l'invisible majesté du très haut, Jésus fut choisi entre dix mille ; les proportions de son corps étaient élevées et pures, tout ce qui était créé en lui était plein de grâce et de vérité. »

« Son père céleste versa sur lui à grands flots la grâce corporelle qu'il dispense aux mortels goutte à goutte. »

Saint Augustin disait : « Il était beau dans le sein de sa mère, beau dans les bras de ses parents, beau sur la croix, beau dans le sépulcre. » Et saint Grégoire ajoutait : « Il ne voila sa divinité qu'autant qu'il était nécessaire pour ne pas blesser les regards des hommes. »

Il semble qu'en présence de telles autorités il ne (levait plus y avoir place pour la controverse. Cepen-

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dant Basile le Grand et Cyrile, évêque d'Alexandrie, attachés au sentiment de saint Justin, continuèrent à enseigner que Jésus-Christ, par humilité, avait revêtu les dehors de l'esclavage, qu il était laid, et même dit saint Gyrile, le plus laid des enfants des /tommes, et leur enthousiasme entraîna l'opinion publique

Il est facile de concevoir combien la tâche des peintres devint alors difficile, en présence de cette divergence d'opinions.

La représentation des mystères de la passion offrait non moins de difficulté, l'image de Jésus crucifié pouvait être un sujet de scandale pour les faibles, aussi ne fut-elle exposée dans les temples en Grèce que vers la fin du vue siècle, et en Italie au commencement du vm% jusques-là il était exprimé par de pieuses allégories.

Un premier Christ sur la croix parut cependant en France au sixième siècle. Grégoire de Tours dit que de son temps, on en voyait un dans la cathédrale de Narbonne; le Sauveur était nu, l'évêque fit placer un rideau devant le tableau.

Cette innovation, dont la France avait donné l'exemple, ne devait pas être la seule, car vers le milieu du neuvième siècle, des artistes français eurent aussi les premiers l'heureuse hardiesse de peindre l'éternel sous les formes humaines.

Il restait aux peintres la facilité de représenter le Christ manifestant sa puissance par ses miracles, également revêtu de la forme humaine et enseignant, mais la difficulté d'exprimer les mystères donna naissance à l'allégorie qui répondait si bien aux sentiments des artistes grecs.

Ainsi pour rappeler la divinité de Jésus-Christ, ils le représentent tantôt en adolescent doué d'une grâce et

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d'une beauté surnaturelle foulant de ses pieds nus le lion et le dragon.

Pour honorer sa mission, sous l'emblème du bon pasteur, ils lui donnaient les traits d'un jeune berger sans barbe, d'une taille élégante, portant sur ses épaules la brebis qui s'était égarée.

Parfois ils le peignaient, soit sous l'emblème d'Orphée, soit dans la position de Daniel, entièrement nu et désarmant par sa grâce ravissante la férocité des lions, soit dans celle de Jonas pour faire allusion à son séjour dans le sépulcre, c'était encore un agneau soumis expirant au pied de la croix, ou un phénix radieux, vainqueur des ténèbres, s'élevant dans les airs, se posant à la cime d'un palmier qui servait à indiquer son sacrifice et sa victoire.

Les artistes pour exprimer la puissance surnaturelle de Jésus le représentaient quelques fois aussi comme un beau jeune homme imberbe, une baguette ou un sceptre à la main. C'est ainsi qu'ils l'offraient multipliant les pains, ressuscitant Lazare ou guérissant le paralytique, et sous le sceptre, entrant en triomphe dans Jérusalem ou paraissant devant Pilate.

Lorsque l'allégorie cessait, l'opinion de saint Bazile et de saint Cyrile l'emportait, la figure du Christ s'allongeait, elle devenait triste et vieille. Ce n'était pas l'effet de l'ignorance et du hasard, les artistes agissaient simplement selon leurs convictions religieuses.

Lorsque le concile quinisexte tenu à Constantinople en 692, ordonna de préférer la réalité aux images et de montrer le Christ sur la croix, les artistes n'abandonnèrent pas complètement le genre allégorique, le génie des Grecs semblait se refuser à peindre Jésus- Christ couronné d'épines, percé d'un coup de lance et en proie à l'agonie, les Latins eux-mêmes qui con-

Ve, VIe Eî VU6 SIÈCLE. 33

nurent plutôt ces peintures lugubres ne les adoptèrent qu'a regret.

NOTE

L'opinion que le Christ était laid dut s'accréditer avec d'autant plus de facilité, que la plupart des peintres grecs du moyen-âge faisaient partie de l'ordre des moines de Saint-Basile.

En vain saint Jean Damascêne et Adrien IC1 dans le huitième siècle, dépeignaient Jésus-Christ comme un nouvel Adam et doué des formes les plus accomplies ; en vain saint Bernard disait dans le douzième siècle, avec cette autorité et cet enthousiasme qui donnait tant de poids à sa parole, que la beauté du Christ surpassait celle des anges, qu'elle faisait l'admiration et la joie des êtres célestes, l'avis de ces écrivains illustres ne ramena pas les esprits.

Au xvne siècle on ne s'était pas encore entendu sur ce point, le père Vavasseur qui publia sa dissertation de forma Christi, à Paris en 1649, dit qu'à cette époque les femmes voulaient que le Christ fut beau, et les hommes qu'il fut très laid. Quant à l'opinion de l'auteur il n'était selon lui, ni beau ni laid. C'est également celle de D. Calmet dans ses com. sur Isaïe, saint Cyprien demandait aussi que l'on s'opposât à ce que les artistes donnassent à Jésus-Christ une beauté trop remarquable.

Léonard de Vinci de son temps, n'était pas le seul cependant qui affirmait que les peintres devaient représenter le Christ très beau. Aussi la tête de

Si NOTE.

son Christ de la cène de Milan offre un type plein de douceur, de noblesse et de beauté presque divine.

Michel Ange dans son jugement dernier, Raphaël dans un dessin dont Winckelmann fait le plus grand éloge, Annibal Carache dans son Christ mort sur les genoux de la Vierge et le Poussin, dans son tableau représentant un des miracles de saint François-Xavier dans l'Inde, eurent l'heureuse audace de puiser dans les chefs-d'œuvre de l'antiquité des modèles d'une beauté extraordinaire; mais d'amères critiques les eurent bientôt avertis qu'ils faisaient violence à l'opinion la plus générale de leurs contemporains.

Filibien rapporte que ses ennemis reprochant au Poussin d'avoir donné à son Christ les traits d'un Jupiter tonnant , ce maître écrivait à M. Desnoyer : « Je ne puis et ne dois jamais m'imaginer un Christ » avec un visage de Torticoli ou d'un père douillet, » vu qu'étant sur la terre, parmi les hommes, il était y> même difficile de le considérer en face. »

Cette divergence d'opinions nous donne la clef de tous ces types divers qui ont servi à indiquer le Christ, et dont la laideur ou la banalité en quelque sorte calculée, ne saurait être un motif d'accusation contre les artistes qui les exécutaient. Nous exceptons cependant certaines de ces figures informes datant du moyen-ûge qui ne méritent en aucune façon le titre d'œuvre d'art.

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L'ART CHRÉTIEN

Ve, VIe ET VIP SIÈCLE.

LES PEINTRES DU MOYEN-AGE

Vers le commencement du cinquième siècle, malgré le bouleversement auquel était soumis l'Empire romain, l'admiration pour les chefs-d'œuvre de l'antiquité se soutenait, ils recommençaient à servir alors de modèles aux peintres les plus intelligents. Une foi robuste élevait leur esprit et les soutenait.

Les beaux jours de l'éloquence grecque étaient revenus avec les Grégoire, les Chrysostome, les muses latines florissaient de nouveau, interprétées par les Claudien et les Rutilius, les peintres étaient sortis de leur assoupissement. Le génie d'Apelle les guidait de loin encore une fois,

8fl lÏAtii CttKTtEN.

Lorsque les Goths envahiront la Grèce et l'Italie, les temples et les idoles étaient brisés ou enfouis. Seuls les monuments d'Athènes et de Rome restaient debout.

En 431, Alaric entrant dans Rome les respecta. La ville avait été il est vrai mise au pillage, mais aussitôt que ïe vainqueur eut abandonné ses murs, le luxe y reprit son empire , le cirque fut de nouveau ouvert à la foule , les palais des grands furent restaurés , les temples de Jupiter, de Pallas, dllercule , d'Esculape, suivant le récit de Rutilius Numa , auteur contemporain, furent de nouveau embellis par les arts et dignes par leur magnificence d'être le séjour des dieux.

De nouvelles églises attestant la piété des princes et des prélats chrétiens s'élevèrent de toute part. En 425, Placidie revenue de Gonstantinople à Ravèneavec ses enfants, fit construire dans cette ville l'église de Saint- Jean, revêtit le sol, les murs, les voûtes de mosaïques, orna de vitraux et fonda ensuite celle de Saint-Nazaire et Celse, la décorant dans le même goût ; les mosaïques de ces églises existent encore de nos jours après treize siècles.

Dans le même temps, divers monuments élevés par quatre évêques de Ravène furent également ornés de mosaïques et de peintures.

A Rome, Célestin Ier, sixte III, saint Hilaire, Simplicius, décorèrent avec autant de magnificence les églises de Sainte-Sabine, de Saint-Paul, de Sainte- Marie-Majeure, de Saint-Jean-de-Latran, de Saint - André. Les siècles comme pour les édifices de Ravène ont respecté une partie de ces monuments.

Les prélats des Gaules ne furent pas moins zélés. Sous les Bourguignons, Patient, archevêque de Lyon, rebâtit sa cathédrale l'enrichissant de marbres de

mosaïques et de vitraux, Perpétuus, évêque de Tours, éleva dans la sienne cent vingt colonnes. Numatius à Clermont suivit son exemple. L'ancienne épouse de cet évêque termina les embellissements de l'église de Saint-Etienne et fit couvrir les murs de peintures, dont les sujets étaient tirés de l'ancien et du nouveau testament.

Dans les provinces méridionales, les Ariens embellissaient les églises qu'ils avaient enlevées aux chrétiens: telle fut celle de Notre-Dame-de-Toulouse, dont les riches mosaïques subsistaient encore en 1713, lesquelles lui avaient valu le surnom de la Dorade (la Dorée).

La cour de Théodoric -II, qui siégeait dans cette capitale, offrait selon Sidonius Apollinaris, l'image de l'élégance grecque et de l'abondance gauloise.

Reiner fit exécuter dans l'église Sainte-Agate , à Rome, une mosaïque détruite en 1592. Attila se fit peindre dans un des palais de Milan, assis sur un trône, recevant des tributs que les empereurs romains prosternés déposaient à ses pieds.

Mais nous suspendons nos citations. De ce qui précède, un fait palpable se dégage, c'est que malgré les malheurs publics, l'art encouragé par ces travaux innombrables , loin de dégénérer depuis Constantin n'avait fait au contraire que grandir. Le dessin s'était amélioré, les figures étaient devenues plus sveltes et les attitudes avaient revêtu une certaine grâce, en un mot, elles étaient de nouveau inspirées de l'antique.

Alors furent exécutés les plus anciens ouvrages que nous possédons encore, tels sont les peintures des catacombes, de Sainte-Priscille et celle du cimetière de Saint-Calixte, à Rome.

38 l'art chrétien.

Sous le grand Théodoric, les arts prirent encore un plus vif essor. « Comment écrivait-il à Symaque , n'admirerions-nous pas ces beaux ouvrages de l'antiquité, puisque nous avons le bonheur de les voir ! conservez-les ; veillez sans cesse ; la dégradation de ces merveilles doit être un sujet de deuil pour le public. »

Rome où suivant ses propres expressions, il lui fut* encore permis d'admirer un peuple de statues et des troupeaux de chevaux de bronze devint l'objet particulier de l'affection de ce monarque intelligent. Toutes les villes de son royaume furent réparées et embellies; Ravène, Pavie, Monza, Naples, eurent de nouveaux bains publics, des temples, des palais, des portiques enrichis de peintures, de sculptures et de mosaïques. Sa statue équestre de bronze, d'une grandeur colossale et entièrement dorée, fut placée au milieu de sa capitale, ce qui prouve combien l'art du statuaire et celui de la fonte des métaux était encore dignement exercé.

Mais nous ne pouvons suivre M. Emeric David dans la nomenclature de tous les travaux exécutés dans ces époques étonnantes du moyen-âge et dont de nos jours on se fait une si fausse idée. Les mots de barbare prodigués à tous les peuples autres que les latins, par ce titre mal sonnant, égarent l'opinion. Chrétiens ou Ariens, tous étaient fanatiques pour les arts, les papes, les évoques et les souverains employaient leur influence pour asseoir leur domination, ou pour élever l'esprit des fidèles vers Dieu.

En France, malgré les guerres intestines sans cesse renaissantes, il est excessivement curieux de voir s'élever comme par enchantement toutes ces magnifiques basiliques dont les parois intérieures disparais-

V« VI* ET Vir SIÈCLE. 39

saient sous les travaux d'arts les plus compliqués et les plus dispendieux.

Ruricus , à Limoges , Childebert , à Paris (église Saint-Germain-des-Près et Noire-Dame), Gondebaud, Grégoire de Tours ainsi qu'une multitude de prélats se faisaient eux-mêmes au besoin architectes et peintres.

Dans nos provinces du midi, à Toulouse*, Saintes, Bordeaux et Clermont et dans celles du nord, à Tours et à Rouen , les Francs s'enorgueillissaient de n'employer que des artiste nationaux. * Ce ne sont point des artistes venus d'Italie, disaient-ils, ce sont des barbares qui ont exécuté ces grands ouvrages. »

Les Golhs de la Provence et du Languedoc se distinguaient entre tous, ils envahissaient eux-mêmes la France comme architectes ; ce furent des artistes provençaux qui bâtirent l'église de Saint-Pierre de Rouen, sous Clolaire 1er, ainsi qu'une multitude de basiliques; ils furent les premiers propagateurs du style roman.

Le sentiment chrétien poussé ù son paroxisme enfantait des merveilles, et lorsque ces mêmes peuples traités de barbares par les Latins se civilisaient, Rome la suberbe, tombait peu à peu dans une nouvelle décadence.

Juslinien , dont le faste oriental surpassait celui de Constantin, lui-même, avait aidé plus que personne à corrompre le goût de ses contemporains.

Tout était devenu lourd et insipide par l'effet d'une magnificence extraordinaire , il n'y eut plus de simplicité et par conséquent plus de véritable grandeur, l'éclat de l'or et le choc des couleurs étaient de nouveau le triomphe de l'art.

LesGoths, ces guerriers aussi spirituels que braves, peu instruits, mais disposés a le devenir, avaient été

kO i/art chrétien. .

détruits par les Lombards, nation alors féroce, indisciplinée et supertitieuse , qui eut grand peine à se polir ; la féodalité avec ses derniers ne tardait pas à envahir l'Europe.

Sous le gouvernement oppresseur de ces petits tyrans, un coup mortel fut alors porté aux arts, aux lettres et aux mœurs.

Cependant la peinture était encore cultivée à Rome, et chez ces mêmes Lombards , les arts servaient trop bien la politique des rois et des papes pour qu'ils fussent proscrits.

La reine Théodelinde, les papes Jean III et Pelage II, les protégeaient et Grégoire le Grand ne cessa d'inviter les évêques à multiplier les images.

Ses successeurs, Honorius Ie'*, Jean IV, Théodore Ier, Agathon , renouvelèrent les peintures des catacombes. Un grand nombre des églises de Rome furent ornées par eux de vitraux , de colonnes et de mosaïques.

Parmi nous, Dagobert, dont saint Eloi était ministre, faisait construire la basilique de Saint-Denis, prodiguant l'or , l'argent, le marbre et les pierreries dans cet édifice dont il couvrait les murs et les colonnes de tentures tissées d'or et enrichies de perles.

A Autun , Siagrius ; à Nevers , Saint-Colomban ; à Auxère, Saint-Didier et Pallade ornaient leurs églises de peintures et de mosaïques, pendant que Luitprand, roi des Lombards illustrait son règne par un grand nombre de monuments.

L'ART CHRÉTIEN

VI IK IX« ET Xe SIÈCLE.

LES PEINTRES DU MOYEN-AGE

La fin du septième siècle et le commencement du huitième furent marqués par deux événements qui contribuèrent avec le luxe inintelligent dont Justinien avait donné l'exemple , à opérer une révolution dans la peinture.

Le concile Quinisexte tenu en 692 d'abord , qui ordonna d'abandonner les emblèmes et les allégories dans la représentation du crucifiement du Christ, et ensuite la proscription des images religieuses , pronon-

*4 L ART CHRÉTIEN

cée par Léon l'isaurien , en l'an 726. Une persécution cruelle s'étendit alors sur les peintres grecs, elle dura cent vingt ans.

L'allégorie d'abord nécessaire, pour voiler les mystères de la nouvelle religion , s'était égarée dans d^ véritables hyérogliphes dont il fallait avoir le secret. Par un effet indirect du décret, le nu ne fut plus employé. — Daniel , Jonas , Jésus sur la croix furent vêtus , ainsi sont-ils représentés dans les catacombes du Ménologe de l'empereur Basile le jeune , peint vers l'an 984 , tandis que dans les catacombes de Saint- Priscille et de Saint-Calixte datant du v« et du vi« siècle, ces mêmes Daniel et Jonas sont entièrement nus.

N'ayant en quelque sorte plus a se préoccuper de la connaissance des formes du corps humain, les peintres firent de nouveaux ponsifs , adoptèrent une routine nouvelle , entraînant l'art dans une décadence plus rapide.

Ce fut après ce concile désavoué d'abord et ensuite reconnu tacitement par les papes, que les images du Christ sur la croix commencèrent à se multiplier.

Jean VII élu pape en 705, paraît avoir le premier consacré le crucifix dans l'église Saint-Pierre à Rome. Deux fois en 706 il y fit représenter ce sujet en mosaïques. Dans la première composition Jésus était velu d'une tunique , aux pieds de la croix se tenaient deux bourreaux dont l'un le perçait avec sa lance et l'autre lui présentait une éponge imbibée de vinaigre, la lune et le soleil se montraient à la fois dans le ciel , mais le Sauveur ne paraissait point souffrir. — Dans la seconde composition, les bourreaux étaient supprimés , deux anges en adoration se tenaient élevés aux pieds de la croix. Ce sont ces plus anciens types connus de nos jours qui inauguraient à cette époque, le retour des

VIIIe, 1X« ET Xe SIÈCLE. 43

artistes dans la voie la plus naturelle, celle de la peinture historique.

Eloignés de Rome et de Constantinople, centre des traditions, — les Français se livrèrent davantage à leur imagination. Chez les Grecs et les Italiens , la police religieuse s'exerçait avec rigueur ; aussi avons-nous vu les premiers crucifix àNarbonne au sixième siècle, et le père éternel représenté sous une forme humaine, au ixc siècle. Les premiers Christ empreints sur les monnaies de l'empire d'Orient datent de l'empereur Justinien II, après le concile Quinisexte.

Les iconoclastes en détruisant les images religieuses n'avaient pas le projet d'anéantir l'art. Léon l'isaurien et ses successeurs couvraient les murs de leurs fastueux palais de peintures, de mosaïques et les peuplaient de statues; la persécution ne sévissait que sur les artistes chrétiens.

En vain les bourreaux appelaient les peintres au martyre, la proscription dont ils étaient l'objet ne faisait au contraire qu'en augmenter le nombre.

Les papes intéressés au succès de cette lutte, fondèrent alors pour les moines artistes, qui s'enfuyaient de la Grèce, de vastes monastères. La guerre déclarée aux images , brisait les liens unissant Rome à Constantinople : les pontifes allaient employer l'influence de ces mêmes images pour augmenter leur pouvoir temporel.

Les bienfaits de Pépin avaient accru l'autorité du Saint-Siège, l'ancienne Rome sortit de ses ruines. La politique des papes consistait à exciter l'étonnement et la vénération de l'univers, elle appelait l'art avec toutes seg magnificences à son secours. Grégoire III,

44 l'aut crétien.

Adrien Ier et Léon III, après avoir anathématisé les Grecs schismatiques, embellissaient Rome et s'appliquaient à consolider et à faire aimer par ce moyen leur puissance mal affermie.

Le règne glorieux de Charlemagne ne fut pas moins utile aux arts, le grand empereur publia une loi pour maintenir la coutume exigeant que les églises fussent peintes sur toute leur surface; les envoyés royaux parcouraient chaque année plusieurs fois la province pour les inspecter, une église n'ayant pas reçue cette ornementation était considérée comme inachevée.

Suivant le sentiment des docteurs français, les peintures avaient un double objet, instruire le peuple et orner les monuments ; dans la pensée du prince elle en avait un troisième qu'il ne dissimulait pas, parler aux yeux et civiliser les Saxons devenus chrétiens.

Le grand nombre d'édifices élevés par Charlemagne donne la mesure du nombre des artistes existant alors dans ses états.

«Réparez vos églises, hâtez-vous, s'écriaient les prélats français, vous connaissez les ordres et la fermeté de l'empereur. » Ainsi s'étendait parmi eux une émulation nouvelle.

En Provence d'où les Sarrasins venaient d'être chassés, on bâtit les cathédrales d'Avignon, de Sisteron, de Digne, d'Embrun et notamment celle de Vence. Ebbon jeta les fondements de l'église de Rheims qu'Hinomar son successeur orna de peintures, de vitraux, de tapisseries et de mosaïques.

Angilbert, abbé de Saint-Riquier, rebâtit son église, Angelbert , archevêque de Milan fit couvrir le chœur de la basilique de Saint- Ambroise d'une mosaïque qui subsiste encore ; Rruun, peintre et poète et Madalulphe,

Vttl*, IX* fcf X* SIÈCLE» i&

chanoine de Cambrai, exécutèrent chacun d'importants travaux.

Les peuples étrangers à l'empire suivaient l'exemple de Charlemagne, — à INicée on venait de placer dans la cathédrale les portraits des trois cent dix-huit évêques, présents au concile , — a Naples , Anthénie faisait peindre l'église qu'il dédiait à Saint-Paul. L'Angleterre même commençait à s'occuper de beaux-arts.

Depuis le vne siècle, l'Angleterre se servait d'ouvriers français, l'histoire de saint Benoît, abbé de Wirmouth et de Jarrow, dans le diocèse de Durham, écrite par Bide le vénérable, nous apprend le fait suivant, relevé par M. Dusieux.

«Saint Benoît qui d'abord avait été moine à l'abbaye de Lerins, fit construire l'abbaye de Wirmouth, il vint lui-même en 675 chercher en Gaule des maçons pour y élever une église de pierre , à la manière des Bomains. Quand l'édifice fut à peu près terminé, il fit venir des vitriers, ouvriers jusqu'alors inconnus en Angleterre, ils mirent les vitres aux fenêtres etapprirenta ux Anglais à faire des lampes et des vases en terre de toutes dimensions, »

Les savants anglais les plus estimables reconnaissent eux-mêmes que leur pays doit l'architecture gothique à la France; Guillaume de Sens, choisi au concours, construisit en 1174 le chœur de la cathédrale de Cantorbéry, la cathédrale de Lincoln rebâtie en 1195, l'abbaye de Westminster , 1264, sont encore des œuvres françaises.

Mais n'anticipons pas sur les époques.

Le siècle de Charlemagne, qui vit élever tant de grands monuments, offrit cependant de nouvelles causes de décadence ; chez les Grecs, l'hérésie des empereurs d'Orient contribua à la corruption du goût3

46 l'art chrétien.

brûlant d'un amour fanatique pour des images qu'on lui voulait arracher, le Grec, persécuté abjura ses propres lumières et tout sentiment artistique, il se prosterna devant les tableaux les plus grossiers, les adora, les couvrit de baisers et ne se permit plus d'en considérer l'exécution.

En France , les guerriers bardés de fer et l'habillement des femmes aussi dépourvu de goût que les lourdes armures de ces temps paraissaient difformes, n'étaient point faits pour inspirer les artistes, l'empire de la beauté subsistait encore, mais la théorie du beau se perdait.

Aussi au neuvième et au dixième siècle, les peintres étaient devenus complètement étrangers à l'étude du corps humain, ils ignoraient ce qui en constitue la beauté. A ces époques d'exaltation religieuse, on eut accusé les artistes de blesser la religion et les mœurs s'ils eussent osé consulter des modèles nus ; la peinture ne méritait plus le nom d'un art, ce n'était plus qu'un métier.

Le mouvement imprimé par Charlemagne durait cependant encore. Charles le Chauve réitéra l'ordre de peindre toutes les églises, le goût se dégradait, mais on n'en continuait pas moins d'exécuter de grands ouvrages.

A Rome, Pascal, Sergius 11, Léon IV, Benoist III, Nicolas Ier, Adrien III ; Formose à Aquilée, la duchesse Gisèle à Naples et à Capoue, les évêques Anastasius et Hugo et de plus l'abbé Gisulphe, firent exécuter des peintures et des mosaïques que le temps a pour la plupart respectées.

A Auxerre, Angelme avait multiplié les tapisseries,

VIIIe, W ET X° SIÈCLE. W

Heribald son successeur couvrait de peintures les

murs de la cathédrale et de l'église Sainte-Marie,

s'efforçant en même temps d'inspirer à ses chanoines l'amour des lettres.

L'iconographie avait cessé en Grèce, Basile le macédonien, semblait vouloir faire oublier l'hérésie et les cruautés de ses prédécesseurs par la magnificence de ses monuments dont le nombre fut égal à ceux construits par Constantin et Justinien.

En Angleterre, Alfred le Grand cherchait à civiliser par le contact des beaux-arts, ses guerriers saxons, il appelait à lui des ouvriers de toutes les parties de l'Europe.

Alors vivait à Constantinople le peintre Lazare , envoyé par l'empereur Michel en ambassade auprès de Benoist III, et Méthodius Romani qui peignit à Nicopolis en Bulgarie, le jugement dernier sur les murs du palais du roi Bogoris, convertissant au christianisme par cette hardiesse ce prince et toute sa cour.

En Allemagne, les religieux de Richenaw et de Saint- Gall étaient en grande réputation. Tutilon, un de ces religieux, peintre, poète, musicien, ciseleur et statuaire, entreprit plusieurs voyages pour connaître les monuments et les sculptures qui existaient alors, laissant en divers pays des ouvrages qui l'illustrèrent.

La peinture sur verre et en miniature (a) prit aussi son essor sous Charles le Chauve et sous Louis le Débonnaire, l'historien du monastère de Saint-Benigne à Dijon, mentionne en l'an 1052, un ancien vitrail exécuté vers ce temps là.

Mais l'époque fatale marquée pour la fin du monde, dans la croyance populaire, approchait. Dès lors, l'entretien des édifices fut négligé. Le plus grand nombre tombait en ruine. Lorsque l'an 1000 eut

kS lshM CHRÉTIEN»

été dépassé, les esprits rassurés se livrèrent avec une ardeur fébrile à la passion de bâtir. Les anciens temples furent abattus pour faire place à d'autres basiliques plus vastes et plus riches. Alors furent reconstruits : l'église de Saint-Benigne à Dijon en 1001, la cathédrale de Rheims en 1005, celle de Tours en 1012, de Cambrai 1020. Orléans, Limoges, Autun, Avalon, Nantua, Poitiers, Perpignan et une foule d'autres villes suivirent l'exemple ; le monde rajeuni, dit un auteur contemporain, se couvrait d'une nouvelle parure.

L'abbaye de Cluny fut construite en 1088. Les lois promulguées par Charlemagne et maintenues sévèrement par ce prince étaient tombées en désuétude ; la décoration des églises était abandonnée au zèle des supérieurs ecclésiastiques, les riches tentures et les tapis remplacèrent les peintures, tandis que l'esprit de réforme repoussait tous les embellissements.

Les deux premiers abbés de Citeaux, n'ornèrent leurs autels que de croix de bois et de chandeliers de fer ; les habits pontificaux tissés de soie et d'or furent proscrits , d'autres réformateurs exigeaient que les monastères n'offrissent aux regards rien que de pauvre , de vil et d'abject.

Le synode d'Arras, tenu en 1025, disait cependant que les peintures des temples étaient le livre des illétrés; la lutte fut longue et vive, mais la peinture moins encouragée ne sortit point de l'état de dégradation où elle était tombée.

Seule l'architecture, favorisée par des circonstances particulières, s'affranchit de la routine, où le goût s'était appauvri ; et se livrant à des conceptions neuves produisit des chefs-d'œuvre de hardiesse et de légèreté, qui font de nos jours et feront à tout jamais l'admiration des siècles.

Ville, IXe ET Xe SIÈCLE. 49

A dater du onzième siècle commençait la lutte courageuse du génie contre la barbarie, il préparait la révolution qui devait dans l'Occident rappeler les arts à leurs vrais principes (b).

NOTES

(a) Il faut compter parmi les peintres en miniature français, italiens ou allemands du neuvième siècle Eribert contemporain de Louis le Débonnaire, Suitramne et Modestus, moines de Saiut-Gall et parmi ceux du dixième, Marcellus, religieux du même couvent et Heldric, abbé de Saint-Germain d'Àuxerre, mort en 1010. Vers l'an 950 vivait aussi au monastère Saint- Gall, l'illustre Notker, peintre, médecin et poète ; en 990, dans la même abbaye, florissait le peintre Jean, né en Italie, appelé à Aix-Ia-Cbapelle par OthonllI, et dont les travaux exécutés pour ce prince, lui valurent le titre d'évèque de Liège ; Hugues du couvent de Moutier-en-Der, peintre et statuaire, exécuta en 999 de nouvelles peintures dans l'église de Châlons-sur- Marne. Dunstan, évêque de Cantorbery, contemporain de ce religieux, avait la réputation d'excellent facteur d'instruments et d'habile peintre. Quelques-uns de ses ouvrages existent encore.

(b) Le peintre Eraclius, italien, et le moine Théophile qui ont laissé tous deux sur la peinture, des traités écrits en latin, appartiennent à cette époque.

Au dixième siècle, sous Léon le philosophe et sous Constantin Porphirogénète, la Grèce était encore le séjour des peintres, des statuaires, des mosaïcistes, des fondeurs et des architectes les plus habiles de

oO note*»

l'Europe. Vers Tan 965, saint Nicou élevait Une église magniûque dans les environs de Sparte et l'ornait de peintures qui égalaient , disait-on , les œuvres de Zeuxis et de Polygnote. En 977, Venise jetait les fondements de la basilique de Saint-Marc, sous la direction d'artistes grecs. Vers 984, Basile le jeune faisait peindres on célèbre ménologe, prodige de style et de goût, si on le compare aux ouvrages français et italiens du même temps.

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L'ART CHRETIEN

XIe ET XII* SIÈCLE.

LES PEINTRES DU MOYEN-AGE

La peinture était dégénérée, mais elle ne cessait pas cependant d'être pratiquée. Nous allons encore essayer de suivre son mouvement pendant la période indiquée en tête de notre article, de noter les artistes qui se distinguèrent à cette époque et les grands qui les protégèrent.

Nous trouvons en 1023 , — année de sa mort , — saint Bernward , évoque de Hildesheim , protecteur éclairé des arts et peintre lui-même , qui avait exécuté de sa propre main des mosaïques dans son

5â l'art chrétien.

église et couvert de peintures ses plafonds et ses murs. Ce prélat avait formé des élèves qu'il conduisait dans les cours, où il était envoyé en ambassade, leur faisant dessiner ce qu'il rencontrait de plus curieux ; Godehard son successeur, fonda dans son palais une école de peinture et d'écriture. Meinwerck, évêque de Paderborn, créa un établissement semblable, il forçait ses élèves à étudier Virgile, Horace et Saluste.

Burchard, évêque de Halberstadt, ayant reconstruit sa cathédrale, l'embellit, dit son historien , de toutes les pompes de la peinture.

Othon, évêque, de Bamberg, fit exécuter dans son église, réparée après un incendie, des peintures, aussi belles que celles qui V ornaient précédemment.

Geoffroy, évêque d'Àuxerre , enrichit la sienne de peintures et de vitraux, Humbaud, son successeur y plaça de nouvelles peintures. Richard, abbé de Saint- Venne, fit représenter à l'entrée de son cloître l'empereur Henri IV, lui demandant l'habit religieux ; l'abbé de Cruas et saint Wolphelm couvrirent de mosaïques, l'un, le sol du sanctuaire de son abbaye et l'autre son église en dehors et en dedans.

Plusieurs peintres français et allemands, obtinrent à cette époque une assez grande réputation : tels furent Adelard II, né à Louvain, élu abbé de Saint-Tron en 1055. Herbert, moine de Rheims, mort fort jeune en 1060, et que ses rares talents firent longtemps regretter; Roger son contemporain, moine du même monastère ; Bernard , qui orna de ses peintures le dôme de l'église de Lobbes, ïhiémond, peintre sculpteur, professeur des belles-lettres, nommé archevêque de Salzbourg, en 1090.

Lorsque Bernard, abbé de Quincy, fonda près de Chartres, le monastère de Saint-Sauveur, une foule

Xle ET Xlle SIÈCLE. 53

de sculpteurs, de peintres et de doreurs vinrent se ranger sous sa discipline.

A ces maîtres dont M. Emeric David nous fournit la liste ainsi que de ceux qui vont suivre, combien de noms à ajouter s'ils n'étaient ensevelis dans l'oubli. Vivant sous la règle et la discipline, les peintres n'avaient alors en vue que d'honorer Dieu, une gloire éphémère leur importait peu. A nous de consacrer le souvenir de ces pieux et laborieux travailleurs.

Cherchons donc encore ceux dont l'histoire nous a transmis le souvenir.

En Angleterre, sous le règne de Guillaume le Conquérant et sous celui de ses deux fils , nous voyons. Lanfranc, né en Lombardie, un des littérateurs les plus renommés de son siècle, devenir archevêque de Cantorbery, rebâtissant son église et la couvrant de tapisseries et de peintures dont la beauté ravissait, disaiton, les esprits. Anselme, son successeur, Lombard comme lui rebâtit le chœur et plaça dans le ciel une belle peinture. Ernulf, moine français, évêque de Kent, décora le plafond de sa cathédrale de peintures qui charmaient tous les yeux. Avant la conquête Aldréd, archevêque d'Yorck, avait fait dorer et peindre le plafond de la sienne.

Pendant que ce mouvement se produisait en Angleterre, sans voir augmenter peut-être le nombre de ses artistes, l'Italie semblait vouloir sortir de sa torpeur.

On exécutait à Rome en 1011, dans l'église Saint- Urbain , alla cafarella , des peintures qui existent encore. A Florence, en 1013, à Saint-Miniate, on plaçait dans une mosaïque une tête du Christ, d'un style

54 l'art chrétien.

évidemment grec , différent de tous les types connus jusqu'alors, et le plus noble que le moyen-âge nous ait transmis.

Popo, patriarche d'Aquilée , faisait représenter vers l'an 1030 dans le chœur de sa cathédrale, l'empereur Conrad-le-Salique, Henri jeune, fils de ce prince, nommé dans la suite Henri III, les saints protecteurs de la cité, le baptême de sainte Euphémie, et divers autres sujets qui furent détruits en 1733 et recouverts par d'autres peintures.

Vers le même temps vivait en Toscane le peintre Luc, confondu dans des temps postérieurs avec l'évangéliste.

En 1066, l'abbé Didier jetant les fondements des nouveaux édifices du mont Cassin, appela des artistes grecs pour obtenir des ouvrages d'un goût moins corrompu. L'abbé du monastère de la Cava et celui de Subiaco, ainsi que plusieurs autres imitèrent l'exemple de Didier.

Fières de leur nouvelle jeunesse, enrichies par un commerce très étendu, les républiques de Venise, d'Amalphi, de Pise, de Lucques, de Gènes, de Milan, sentaient leur orgueil grandir à la vue de chaque monument consacré à l'utilité publique, une vive émulation animait ces nobles cités.

Lorsqu'en 1063 , les Pisans voulurent bâtir leur dôme, Buschetto, architecte et statuaire, fut envoyé par eux en Grèce, il leur rapporta une immense quantité de colonnes, des bas-reliefs et des marbres de toute espèce.

Vers le même temps , Lucques , Pistoie et d'autres villes fondèrent leurs cathédrales. Venise à l'exemple de Pise, transporta dans son sein de riches dépouilles

Xle ET Xlle SIÈCLE. 55

de l'Archipel et du Péloponèse. Buschetto, noblement encouragé fonda une école de sculpture, qui, s'étant maintenue sans interruption produisit cent cinquante ans plus tard, l'illustre Nicolas Pisan.

Les arts de fondre les métaux, de modeler, d'émailler, de nieller, de damasquiner , avaient pris un grand essor. — La fabrication des châsses, exigée par le culte des reliques, les bas-reliefs des devants d'autels, l'usage fastueux des portes de bronze ou d'argent, perpétué dans les temples à toutes les époques du moyenâge et celui des grands pupitres de cuivre doré qui ornaient les chœurs, tous ces travaux les favorisaient. Les miniaturistes trouvaient également à exercer leur talent, nos collections publiques possèdent beaucoup de manuscrits ornés de miniatures datant du xie siècle. Les crucifix en ronde bosse s'étaient alors très multipliés sans que les églises latines abandonnassent complètement l'usage plus ancien de peindre ou de graver l'image du Christ sur le bois ou sur le métal de la croix.

Telle était la marche de l'art en Italie, lorsque les premières croisades portèrent contre la Syrie toutes les forces de l'Occident.

La France délivrée en partie d'une foule de seigneurs turbulents , voyait l'autorité royale s'affermir, et les communes consolider leur administration. Mais elle s'épuisait en hommes et en argent, tandis que l'Italie lui laissant la gloire de conquérir les lieux saints , voyait ses petites républiques augmenter leur population et leurs richesses , ne considérant alors les croisades que comme un sujet de spéculation.

En France, les arts furent donc délaissés. Cependant

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quelques prélats embellirent encore leurs églises et leurs palais de vastes peintures. Les murs du réfectoire et de la chapelle du cimetière de l'abbaye de Cluny en furent couverts, l'abside de l'église fut revêtue d'une peinture mêlée de mosaïques et d'ornements en bronze doré, précieusement conservés de nos jours.

Suger enrichit la basilique de Saint-Denis de tous les genres d'ornements connus à cette époque. Ce furent des artistes français et lorrains qui exécutèrent les peintures des vitraux, retraçant les victoires des premiers croisés, la prise de Nicée, celle d'Antioche, celle de Jérusalem.

Sous le pontificat de Pascal II, le chœur de l'église d'Enay , reconstruit à Lyon par ce pape , fut orné d'une mosaïque.

A la mort d'Heribrand, abbé de Tuy, on représenta sur les murs de son église un miracle opéré par son intercession. Pierre, abbé de Grammont, fit peindre l'infirmerie et les cloîtres de son monastère. Guillaume, évêque du Mans, orna une de ses chapelles de peintures, qui non seulement, dit-on, charmaient la vue y mais paraissaient animées.

Ce genre de magnificence était cependant restreint, la réforme monastique devenait de jour en jour plus intolérante. L'ardent abbé de Clairvaux, le spirituel Abeilard, saint Dominique, saint François-d' Assise ne cessaient de déclamer contre ces décorations qu'ils appelaient un luxe coupable ; une lutte très vive s'engagea entre les moines de Citeaux et ceux de Cluny dont la somptuosité choquait les réformateurs, toutes les nouvelles institutions religieuses se rangèrent sous la bannière de ces derniers. Héloïse elle-même qui attachait tant de prix au portrait de son époux, soumise à une règle inexorable , n'osa placer aucune pein-

Xle ET Xlle SIÈCLE. 57

ture dans son oratoire du Paraclet, sinon l'image du Christ, tracée grossièrement sur une croix de bois.

Le nombre des peintres de la France et de l'Allemagne était diminué, Yazelin II, abbé du monastère de Saint-Laurent de la ville de Liège, qui acquit une certaine célébrité, eut peu de rivaux illustres.

L'Italie au contraire redoublait d'ardeur, la doctrine de saint Dominique et de saint François-d'Assise fut en partie éludée, même dans les monastères fondés par ces rigides instituteurs, car il existait au xnie siècle de grandes peintures dans le couvent de l'un d'eux, à Turin.

A Rome, les papes s'illustraient par de grands travaux. Caliste II a laissé des monuments qui se voient encore. Les Pascal II, les Honorius II, les Innocent II, les Innocent III, les Anastase, les Eugène, les Adrien, les Clément, placèrent dans les églises des Santi Quatro-Coronali, de Saint- Chrysogone, de Sainte- Marie en Transtevère, de Saint-Eusèbe, de Saint-Grégoire, de Sainte-Marie-Majeure, des peintures et des mosaïques, la plupart respectées par le temps.

Grimoald, abbé de Peschière fit peindre sur les murs de son palais des sujets tirés de l'ancien testament.

A Ferrare, dans la cathédrale, dont en 1135 on jetait les fondements, on représenta des anges et des prophètes, dans l'abside et dans le grand arc ; à Vérone, à Pise, à Bologne, Guido, Ventura et Piétrolino, peintres, exécutaient d'importants travaux dont quelquesuns sont conservés , — Ventura était de Bologne , certains de ses tableaux portent les dates de 1197 et de 1217, — ceux de Guido et de Piétrolino, de l'an 1110 à 1120.

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Parmi les peintres de ces temps, nous devons citer Barnabas. mort en 1150 et deux Bizzamano, ayant vécu vers les années 1184 et 1190. André Rico de l'île de Candie dont la galerie de Florence possède un tableau signé Andréas Rico pinxit in XI seculo était un des maîtres les plus estimés de l'époque.

Les Italiens recherchaient plus que jamais les tableaux faciles à transporter des artistes grecs; l'usage de peindre les coffrets, les armoires, les sièges, comme au quatrième et au dixième siècle se propageait avec les richesses et le luxe. Tel était l'état de l'art en Italie, lorsque Frédéric Barberouse conçut le projet d'abolir les administrations municipales des villes qui l'avaient reconnu pour suzerain ; la Lombardie presqu'entière se souleva, Milan fut pris par l'empereur et démoli de fond en comble.

Lorsque les Milanais, soutenus par la ligue lombarde rentrèrent victorieux sur le sol de leur antique cité, ils consacrèrent le souvenir de leur triomphe sur des bas-reliefs de marbre exécutés par Anselme, dont le peuple dans son enthousiasme fit un Dédale ; ces ouvrages grossiers attestaient la corruption du goût régnant alors, mais quelqu'informes qu'ils fussent, ils associaient de nouveau la sculpture aux grands événements politiques et ce qui était encore plus important et plus remarquable, aux intérêts et aux passions des peuples.

Soumis à la critique d'une nation entière, comme l'étaient jadis les peintres et les statuaires Grecs , animés par l'amour de la patrie , les artistes allaient donner un libre essor à leur imagination, et retrouver libres d'entraves, les lois éternelles du goût.

XIe ET Xlle SIÈCLE. 59

NOTES

La règle de saint Benoît avait autorisé dès les premiers temps du moyen-âge la culture des beaux-arts dans les monastères, aussi les grandes abbayes de Saint-Gall, de Mont-Cassin et celle de Cluny et de Saint-Denis furent célèbres parle zèle qu'on y déployait. L'ordre de Cluny se livrait surtout à l'ornementation des manuscrits, aux peintures murales et à l'exécution des vitraux peints, ses moines étaient aussi sculpteurs, orfèvres, ciseleurs , fondeurs et musiciens.

Il existait également dans plusieurs villes du midi de la France, des abbayes, véritables pépinières d'artistes. Il y avait notamment à Avignon, dès la fin du xie siècle, dans le couvent de Saint-Ruf, toute une école d'architectes, de sculpteurs et de peintres.

Ce fait ressort clairement d'un acte en texte latin, conservé dans les archives du département de Vaucluse, et traduit par M. Achard, archiviste d'Avignon. C'est assurément comme il le dit lui-même, — le document le plus ancien qu'on possède sur l'histoire des peintres de nos pays.

Il résulte de ce document, qui est sans date, mais qui ne saurait être d'une époque postérieure à l'année 1117, que l'église Notre-Dame-des-Doms, d'Avignon, est bien du xie siècle, puisque l'abbaye de St-Ruffut donnée en 1038 par Benoît, évêque d'Avignon, à quatre chanoines de Notre-Dame-des-Doms qui voulurent vivre dans une règle plus étroite, et que le conflit qui a donné lieu à l'acte dont il s'agit provenait des réparations qui eurent lieu lors de l'établissement de ces nouveaux religieux dans cet ancien local qui venait de leur être concédé.

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Dans cet écrit, les chanoines réguliers de Notre- Dame-des-Doms se plaignent de ceux de l'église suburbaine de Saint-Ruf ; ils les accusent de s'être émancipés de leur tutelle, de se considérer comme les possesseurs de la maison de Saint-Ruf, pour l'agrandissement et la perfection de laquelle le chapitre de l'église supérieure a dépensé plus de mille sous de son bien , ils leur reprochent de ne plus envoyer, comme par le passé, leurs habiles tailleurs de pierres, leurs sculpteurs, leurs dessinateurs, pour travailler à la construction de l'église Majeure. Ils racontent enfin, en terminant, ce trait révoltant d'ingratitude :

«Un chanoine de Notre-Dame avait adopté le fils d'un de ses cousins, et cet enfant lui avait été livré à la condition que, nourri et instruit, il demeurerait toujours auprès de son protecteur, sans avoir d'autre volonté que la sienne, Le chanoine reçut son jeune disciple; il lui enseigna l'art de la peinture, qu'il cultivait lui-même (artem suam pictoriam edocuit), et il lui donna même des maîtres chargés d'étendre ses connaissances.

« Le premier usage que fit de sa raison l'enfant devenu homme, fut de sanctionner la promesse de son père, assurant à son maître qu'il ne le quitterait jamais.

» Parti pour un voyage, le disciple dès son retour, rejoignit le chanoine de Notre-Dame; il se voua à Dieu, à la sainte Vierge et au prévost du Chapitre, auquel il fit don d'une superbe mule achetée sur ses économies. Le prévost lui donna à son tour une cellule dans sa propre maison, comme il l'eût fait à l'un de ses clercs, et il l'autorisa à venir tous les jours avec les frères prendre ses repas dans le cloître.

Le jeune peintre demeura ainsi trois ans, aidant souvent le prévost du fruit de son travail et heureux

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d'une obéissance à laquelle personne ne l'avait forcé. Mais les religieux de Saint-Ruf, ayant eu occasion de connaître et d'apprécier le talent du jeune artiste, mirent enjeu les louanges, les caresses, et ces promesses flatteuses qui leur avaient déjà réussi pour entraîner plusieurs de leurs frères ; et après avoir obtenu de sa part , une promesse , ils finirent , par l'enlever nuitamment avec tout ce qui lui appartenait. Au récit de ce forfait, les chanoines et le prévost s'irritèrent, ils menacèrent les religieux de Saint-Ruf; ceux-ci, sans s'émouvoir, répondirent aux envoyés qu'ils s'en rapporteraient à l'évêque... »

Nous ne poursuivons pas plus loin notre citation. Seulement on peut voir par ce récit, qu'au xie siècle un des chanoines de Notre-Dame-des-Doms exerçait la peinture et que cet art était si fortement prisé, que les religieux de Saint-Ruf ne dédaignèrent pas de descendre à de déloyales manœuvres pour enlever au chapitre supérieur l'élève formé par le chanoine. Le nom de ces deux artistes n'est pas venu jusqu'à nous , car dans tous les couvents, la règle exigeait l'humilité, et les auteurs des œuvres d'art ne se faisaient pas connaître.

« Ces moines artistes, dit M. l'abbé Crosnier, dans son iconographie, se mettaient à l'œuvre sans avoir échauffé leur imagination par la considération des beautés molles et efféminées, leurs frères revêtus de leurs sacs de bure, les joues creusées par le jeûne et les macérations, le front rembruni par les méditations des vérités éternelles , étaient leurs modèles; ne nous étonnons pas de l'austérité de leurs œuvres, s

Au xme siècle, l'art se sécularisa, les artistes signèrent alors le plus souvent leurs ouvrages, le catalogue publié par le comité des arts , en constate plusieurs milliers.

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