INTRODUCTION
Nous aurions désiré nous étendre davantage sur les époques que nous venons de parcourir, et jeter sur elles déplus vives lueurs ; mais notre livre doit être nécessairement restreint ; nous avons voulu simplement étudier les diverses phases subies par la peinture depuis son origine afin que le lecteur puisse en suivre le mouvement et les influences jusqu'aux premiers temps de son développement en France.
Nous l'avons dit dans notre préface et nous le répétons ici : « L'Exposition des Beaux-Arts de Marseille, a servi de prétexte à nos recherches et de sujet à nos réflexions. »
En la parcourant, en examinant les œuvres qu'elle contenait, nous avons continué la môme étude jusqu'à
nos jours, nous avons déjà publié une grande partie de cette étude dans les colonnes du Nouvelliste de Marseille, nous allons la reproduire ici dans toute sa simplicité pour ne lui point enlever son à-propos, en y ajoutant toutefois certains détails, que faute d'espace nous avions réservé, notre livre ayant pour but principal de consacrer le souvenir de cette Exposition. Voici comment nous l'annoncions.
Marseille, lundi 3 juin 1861.
Après quelques jours d'interdiction au public , jours employés à l'organiser complètement, l'Exposition des Beaux-Arts de Marseille a de nouveau ouvert ses portes, hier dimanche.
Bien qu'aucune affiche officielle n'eût annoncé ce que nous qualifierons de grand événement, un nombre considérable de personnes s'y étaient donné rendez-vous , pour jouir d'un spectacle , nous le disons hautement , sans précédents dans notre ville.
En traversant ces immenses galeries peuplées de tant de chefs-d'œuvre de nos peintres provençaux , un sentiment d'admiration mêlé d'étonnement s'est emparé de nous. Nous savions le midi de la France riche en tableaux de ses maîtres anciens , mais en songeant que nous n'avions devant nous qu'un faible échantillon de ce qu'il possède, en nous rappelant tous ces trésors ignorés qui nous sont apparus tant de fois , éclairés d'un jour douteux et enfouis dans les églises du Comtat et de la Provence ; en nous rappelant aussi ces toiles admirables que nos amateurs , jaloux de leurs richesses , cachent aux regards de la foule ,
notre esprit est resté émerveillé, et, plus que jamais, nous avons compris , à l'aspect de ces splendides peintures , qu'une nation qui produit des artistes tels que ceux qui les ont exécutées, et qui honore et conserve si précieusement leurs œuvres, est bien digne de ses hautes destinées.
Mais si notre exposition est éminemment nationale, au point de vue du midi de la France , elle n'en possède pas moins également des tableaux de toutes les écoles , et nos peintres modernes y sont largement représentés ; nous essaierons prochainement de retracer la physionomie générale et de décrire les principales œuvres de cette magnifique exhibition, dont Marseille enregistrera avec orgueil le souvenir dans ses annales, car elle est la plus belle manifestation de l'antique génie de nos provinces, elle sert de base au présent, elle éclaire l'avenir !
IMPORTANCE DES EXPOSITIONS ET DES DIVERSES ÉCOLES DE PEINTURE DU MIDI DE LA FRANCE.
Si une nation fonde sa puissance et sa force sur la richesse de ses productions agricoles , l'étendue de son commerce , l'importance de son industrie , et le nombre de ses habitants . ce sont ses richesses morales et artistiques qui font sa gloire et sa grandeur. C'est là l'élément véritablement civilisateur qui en épurant son goût , en l'élevant elle-même . porte au loin son influence et asseoit d'une manière durable sa suprématie sur tous les autres peuples.
Tout ce qui tend à augmenter et à décupler les forces vives d'une nation, mérite donc de fixer l'attention des hommes d'État , des penseurs et de toutes les
ft> EXPOSITION DES BEAUX-ARTS.
intelligences d'élite, qui ont à cœur de développer parmi les masses le sentiment du beau et du bien, et qui sont jaloux de la grandeur de leur patrie.
Les expositions sont de nos jours un des moyens les plus puissants de stimuler l'activité et l'émulation des peuples. Aussi applaudissons-nous de toute notre âme à ces nobles manifestations , sur quelques points du globe que ce soit que nous les voyons apparaître.
L'Exposition Universelle qui a eu lieu à Paris en 1855, ainsi que ces exhibitions partielles , qui s'ouvrent tour à tour, dans chacun de nos départements , ont produit et produisent des résultats merveilleux ; elles ont montré à la France ce dont elle était capable , et elles sont là pour nous enseigner ce qui nous manque ; elles sont là aussi pour attester si notre industrie craint des rivaux, et si les autres nations de l'Europe l'emportent sur nous en génie et en illustrations de tout genre.
L'exposition des Beaux-Arts qui a lieu aujourd'hui à Marseille remplit non seulement au plus haut degré le but que nous avons indiqué plus haut, mais elle est encore excessivement intéressante à plusieurs points de vue , en raison de son caractère exceptionnel : sans parler du cabinet d'histoire naturelle si complet et si intéressant , et dont l'admirable classification ne laisse rien à désirer , grâce à la haute intelligence de son directeur et conservateur, M. Barthélémy Lapommeray , plus de trois ou quatre mille objets d'art de toute nature , fournis par nos églises , nos musées ou tirés des collections de nos amateurs , y figurent. Dans ce nombre , plus de seize cents tableaux, gravures ou dessins y occupent une superficie de trois mille mètres carrés.
Composée en majeure partie des œuvres de nos
artistes méridionaux qui, anciennement, tout entiers à l'art qui les captivaient, passaient leur vie ensevelis au fond de leurs provinces , cette exposition nous offre la curieuse étude de toutes les transformations subies par la peinture jusqu'à nos jours depuis Giotto et Cimabué, dont René avait appelé près de lui les émules et les élèves, et dont l'histoire toute entière s'offre à nos regards sans sortir du cercle de nos illustrations provençales ou des enfants adoptifs dé cette province : elle nous fournit l'occasion d'établir certaines dictinctions entre nos peintres du midi et ceux du nord de la France, nous permettant ainsi, en les reconstituant, de rendre à nos écoles , jadis si florissantes , leur valeur et leur influence primitives.
Mais avant de nous occuper des œuvres exposées nous croyons nécessaire , en présence du vaste sujet que nous abordons , de jeter dès le principe , un coup d'œil rapide sur notre grande école française , en faisant entrevoir une partie des subdivisions dont elle est susceptible et plus particulièrement les subdivisions qui se rattachent au midi.
Ce sont il est vrai des artistes nés sur tous les points de la France qui constituent notre école française , mais quelles sont les provinces qui lui ont fourni les sujets les plus remarquables , et dont les talents hors ligne ont ie plus contribué à sa splendeur ? Laissant de côté les Poussin , les Claude Lorain , les Lesueur et Jouvenet dont le dernier représente pour nous le fondateur de l'école normande , nous retrouvons dans le midi plusieurs autres écoles qui ont servi de point de départ aux artistes dont la France s'enorgueillit.
En 1670 , nous voyons à Toulouse, où de tout temps la peinture a été en honneur, Jean de ïroy qui fonde une école de dessin dans cette ville en concurrence
avec Hilaire Prader et dont le frère , Nicolas de Troy , peintre de l'ilôtel-de-Ville , a pour fils et petit-ûls, eu même temps qu'élèves , François de Troy et Jean- François de Troy qui deviennent, l'un , le plus grand portraitiste de son époque, directeur de l'académie , et l'autre également de l'académie auquel nous devons le magnifique tableau, représentant les forçats ensevelissant les morts à la Juliette , lors de la peste de Marseille. A côté de leurs noms, nous voyons ceux non moins célèbres d'Antoine Kivalz, né en 1667 , maître de Subleyras et de Vaienciennes , né également en 175D , qui lit école à son tour , et exerça sur le genre du paysage la môme influence que Vien , cet autre enfant du midi exerça sur la peinture historique (a).
jNous pourrions citer l'école de Montpellier où le célèbre Hyacinthe Rigaud vint d'abord étudier chez Pézet et qui a fourni les Raoux, les Bourdon, les Fabre (b) et les Vien.
Mais la plus ancienne et la non moins célèbre est celle d'Aix, dont des Flamands furent les premiers fondateurs et à laquelle un Brugeois, Finsonius, fougueux élève du Caravage, et Daret, sont venus donner la plus vive impulsion, traçant la route aux Vanloo, aux d'André Bardon, aux Sébastien Barras, qui ont pour élèves les Constantin, les Granet, les Clerian, autour desquels viennent se grouper Arnulfi, Boyer d'Aguilles,Peyron, lesCundier, Duqueylard, deForbin, Gibelin, Gustave de Beaulieu et de Fons Colombe, presque tous enfants de cette ville célèbre.
Avignon, à son tour, a son école parfaitement distincte. Louis Parrocel, auquel succède son fils Pierre, qui va se perfectionner en Italie et dont l'influence s'exerce sur J. -B. Vanloo lui-même , voit par une suite
non interrompue délè>es, son genre se perpétuer en Sauvan et ses fils, arrivant ainsi aux Bidauld de Carpentras , à Balechou et Joseph Vernet, à leur tour élèves de ces derniers.
Nous devons mentionner aussi le nom de ces autres glorieux enfants du Midi : Sigaion et Subleyras, tous deux d'Uzès ; Theolon, d'Aigues-Mortes ; les Fragonard, Marguerite Gérard et Maliet, de Grasse; Baynaud Levieux , Natoire , Barbier , Waibonne , de JNimes ; Beattu, d'Arles; Nicolas Pinson, de Valence, et enfin Louis Michel, Julien Simon et Paulin Guérin, de Toulon. Aces anciens noms que de noms nouveaux n'aurions-nous pas à ajouter !
Marseille, bien qu'exclusivement ville de commerce, a néanmoins fourni aussi anciennement d'excellents peintres et surtout de grands sculpteurs.
Nous voyons au xve siècle, deux célèbres peintres en vitraux : Guillaume et Claude, tous deux de cette ville. Guillaume voit le jour à Marseille en 14-75, c'est en Italie qu'il étudie son art. Il devient si habile qu'on prend souvent ses ouvrages pour des peintures à l'huile.
En l'année 1666 Imbert (Joseph-Gabriel), un peintre non moins célèbre, reçoit également le jour à Marseille. Il laisse pour élèves , indépendamment de Duplessis, de Carpentras, deux Marseillais qui héritèrent en partie de ses talents, Claude Imbert, son neveu, ciseleur, dont les productions sont marquées au coin du génie, et Antoine Duparc, à la fois sculpteur, peintre et architecte, et dont Françoise Duparc est la digne fille- Parmi les professeurs de l'école ou membres de l'Académie de Marseille, nous pouvons citer aussi d'Agevilie, Verdussen, Bonnieu, Henry d'Arles, Fontainieu, Dagoan, Paul Martin, et de nos jours,
M. Aubert, qui a laissé des élèves tels qne Papéty, Nancy, Ricard, Beaume, F. Simon et Lagier.
Bien qu'appartenant à la grande famille de l'école française, notre école provençale a pins que jamais aujourd'hui une importance réelle et son cachet particulier. Elle a ses peintres de paysages et d'animaux, ses peintres de marine et ses peintres d'histoire et de genre, dont les expositions de Paris accueillent les œuvres avec la plus grande faveur. Quand nous aurons cité, indépendamment de Ricard, de Beaume et F. Simon déjà nommés, quand nous aurons cité Hébert (de Grenoble) , Jalabert (de JNimes) , Roqueplan (de Mallemort) , Bronze, Chavet et Léon Vidal (de Marseille) ; E. Loubon et les élèves de ce dernier : Renaud, Brest, Magy, Boze, Ponson, et nos peintres de marine; Tanneur, Barry, Suchet, Aiguier; puis ceuxde genre : Billet, Iluguet, Durangel, et tant d'autres qu'il serait trop long d'énumérer, nous aurons indiqué des talents originaux et des peintres de la plus grande espérance.
Non comprise dans la région, nous ne dirons qu'un mot en note de l'école de Bordeaux, qui a fourni de si grands artistes (c), ainsi que de celle de Lyon (d), qui a produit Servandoni, Stella, Manglard, Hennequin, jacquand, Boissieu, Cochet, Revoil, Bonnefonds et dont les peintres de fleurs et de nature morte sont si renommés. Notre intention est de nous occuper plus particulièrement de tous les grands artistes de la région dont les œuvres figurent à notre exposition, nons réservant cependant de ne point laisser dans Tombre les noms de ceux qui lui sont étrangers, dont les produits remarquables sont un des plus beaux ornements de notre exposition.
Par ce simple exposé on peut se convaincre que notre école française tire la plus grande partie de ses
illustrations du Midi de la France, bien que nous n'ayons cité que les noms des plus saillants, et l'on peut juger de l'intérêt que présente notre exposition, qui possède des toiles de presque tous les artistes que nous avons nommés.
NOTES
(a) Fondée en 17*26 par un petit nombre d'amateurs et d'artistes, la société des arts de la ville de Toulouse fut, par lettres patentes de Louis XV, érigée en Académie en 1750.
Antoine Rivalz, MM. Cammas et Lucas ses élèves, et M. de Mondran, amateur zélé, furent les premiers promoteurs de cette institution si utile.
Cette Académie devint un collège public où les leçons étaient complètement gratuites, on y professait les arts comme dans les autres collèges on professe les humanités, on enseignait là, toutes 'les parties du dessin, la peinture, la sculpture, l'architecture, la géométrie pratique, la perspective et l'anatomie, la classe du modèle vivant avait lieu tous les jours.
En 1751, les diverses classes de cette Académie étaient fréquentées par deux cents élèves de toute profession ; ce n'était pas seulement des jeunes gens se destinant à exercer la peinture, la sculpture et l'architecture, mais menuisiers, charpentiers, maçons, bijoutiers, horlogers, serruriers, tous venaient puiser
a cette école une émulation nouvelle et ce goût et ce jugement que donne l'étude du dessin.
Tous les ans douze prix, et quelquefois davantage, étaient distribués, le premier consistait en une médaille d'or d'une valeur de 300 îiv., les autres étaient de 100 liv., de 60, de 30 et de 15 liv. Seize professeurs sous les ordres d'un directeur des Ecoles surveillaient les études.
L'Académie royale des beaux-arts de Toulouse était composée d'amateurs et d'artistes formant quatre catégories.
La première comptait un certain nombre de magistrats municipaux , fondateurs de l'Académie , représentant la ville , laquelle avait pris à sa charge l'entretien du superbe hôtel qu'elle avait affectée à l'Académie et qui contenait indépendamment des différentes classes et des cabinets pour la conservation des plâtres, dessins, livres et archives, dévastes salles pour les concours et pour les assemblées.
La ville payait en outre une somme de 3,000 livres qui jointe à ce que la province donnait, formait le revenu fixe de cette compagnie.
La seconde classe était composée de douze associés honoraires, gens de considération, dont le crédit ou la position officielle pouvait favoriser utilement les arts.
La troisième classe était formée de vingt associés, ordinaires amateurs, parmi lesquels on choisissait le modérateur, le secrétaire perpétuel et le trésorier, à ces derniers était réservé le soin de faire tous les discours et les analyses dans les séances publiques et particulières de l'Académie.
La quatrième classe comprenait les artistes hono-
ruires étrangers, et vingt-cinq artistes habitant la ville de Toulouse. Le directeur des Ecoles était élu par eux.
L'Académie tout entière choisissait à son tour parmi ces vingt-cinq artistes , les seize professeurs chargés de la direction des classes et de l'enseignement.
Peu après rétablissement de cette Académie, le bon goût fit de rapides progrès dans la vaste province dont Toulouse était la capitale.
La connaissance du dessin et celle des proportions était universelle parmi les ouvriers,, la bourgeoisie et la noblesse. Aussi était-il bien rare de trouver dans des régiments, des officiers élevés dans les environs de Toulouse qui ne fussent pas en état de dessiner et de lever le plan d'une place, toutes les branches de l'industrie et tout ce qui tenait à l'art de construire, avait été régénéré par l'influence des beaux-arts.
Avant de nommer les premiers artistes et les amateurs qui fondèrent l'Académie de Toulouse, nous devons mentionner une coutume établie par eus dans le principe et qui était fertile en utiles enseignements.
L'Académie faisait chaque année une exposition, non-seulement des productions nouvelles de chacun de ses membres, mais encore des meilleurs morceaux de toutes les écoles tant anciennes que modernes
Les amateurs alors nombreux à Toulouse, qui possédaient d'excellents cabinets, se faisaient un plaisir de les mettre à la disposition des membres de l'Académie qui y choisissaient avec discernement et discrètement un certain nombre de toiles, dont ils combinaient l'exposition avec celle des ouvrages des artistes de la localité et celle des élèves de l'Académie,
Jamais aucun tableau n'était exposé une seconde fois. Chaque année ils étaient renouvelés.
Ces exhibitions, on le conçoit aisément, stimulaient l'émulation des artistes et elles présentaient de plus beaucoup d'intérêt au public.
Nous avons indiqué précédemment Jean deTroy, établissant dès 1670 une école de dessin à Toulouse, c'est-à-dire 80 ans avant la fondation de son Académie. JNous devons citer également Jean-Pierre Rivalz, né en 1625, mort à Toulouse en 1706, qui vint fort jeune en cette ville étudier la peinture sous Ambroise Frédeau» religieux du couvent de l'ordre des hermites de Saint-Augustin, lequel après avoir été nommé peintre et architecte de la ville à son retour de Rome, fît école à son tour et eut pour élèves le célèbre Lafage, Marc Arcis, bon sculpteur et son fils Antoine.
Antoine Rivalz, né en 1667 et mort à Toulouse en 1735, était allé comme son père se perfectionner à Rome où ses succès lui valurent le premier prix de l'Académie de Saint-Luc, et son couronnement au Capitole des mains du cardinal Albani , depuis Clément XI ; après avoir quitté la capitale du monde chrétien, Antoine vint se fixer à Toulouse en 1701, nommé à son tour peintre de l'Hôtet-de-Vilie, ce fut à son instigation que les Capitouîs établirent en 1726 pour ses élèves une école de modèle, d'où sortirent d'excellents artistes.
Les noms des professeurs de l'Académie de Toulouse étaient les suivants :
Rivalz, directeur et professeur de peinture ; Lucas, professeur de sculpture ; Labat de Savignac, chargé de la classe d'architecture ; les classes du dessin étaient dirigées par Rivalz, Pins peintre, Cammas, architecte, Labarthe, peintre, Gaubert et Labeirie,
ÉCOLE DU MIOL 85
Le géométrie et la perspective étaient enseignées par Dufoure ; l'anatomie, par Dujeon, peintre.
Les adjoints aux professeurs de dessin étaient Lucas, sculpteur ; Dujeon , peintre ; Bastide, peinlre et Cammas fils, membre de l'Académie de Saint-Luc de Rome.
Les artistes associés étaient : Blanchard, peintre; Capela , sculpteur; Francès , Eclieau et Hardy, architectes; Bontou, peintre en miniature; Loubeau, sculpteur; Noubel, sculpteur; Giry, peintre, dont on a pu voir à notre exposition de très beaux dessins ; Carcenac, architecte; Darbon, sculpteur et Yassac, très habile dessinateur, qui seul n'était pas académicien.
Les amateurs possédant les collections les plus importantes de Toulouse étaient :
MM. de Montdran, de Marcassus, de Castel, d'Arquierde PeHepoix,l'abbéde Sapte, Foulquier, graveur et peintre amateur.
A ces peintres de l'école de Toulouse que nous venons de citer, nous devons ajouter Jacques Gamelin, auquel M. Prosper de Baudicour consacre une longue notice dans son second volume qui vient de paraître, faisant suite au Peinlre graveur français de M. Robert Dumesnil.
Sous la direction du chevalier Rivalz, peintre distingué, fils du célèbre peintre Antoine Rivalz, J. Gamelin fit de rapides progrès, au bout de cinq ans, il remporta le grand prix de l'Académie de Toulouse, ce n'était là que le prélude de ses succès à Paris et à Rome. Reçu membre de l'Académie de Saint-Luc, il fut plus tard professeur et enfin directeur de l'Académie de Montpellier. Né le 3 octobre 1737 à Carcassonne, il mourut en cette ville le 12 octobre 1803.
travaillant au tableau de la bataille de Mareugo. — On lui rendit à sa mort les plus grands honneurs.
Nous abrégeons à dessein cette notice, nous renvoyons le lecteur à l'ouvrage de M. P. de Baudicour, qui contient en outre des détails sur un bon nombre de nos artistes du midi. A propos de pareilles publications, nous ne pouvons que rendre justice à ces hommes laborieux et infatigables qui fouillant dans le passé consacrent leur temps et leurs veilles à conserver à la France le souvenir de ses gloires éteintes.
(B)La ville de Montpellier doit à Fabre la création de son musée, nous devons à notre tour lui consacrer quelques lignes, non-seulement en souvenir de sa munificence, mais encore en raison de son talent.
François-Xavier-Pascal Fabre, peintre d'histoire et graveur, naquit à Montpellier en 1766, il fut élève de Jean Goustou et de David, et remporta le grand prix de l'Académie en 1787, il resta à Rome jusqu'en 1793 et y fit d'excellentes études, puis après avoir passé un an à Naples, il alla se fixer à Florence où il devint professeur de l'école des beaux-arts ; ce fut dans cette ville qu'il exécuta tous ses travaux ; il se lia avec le poète Alfieri et avec la comtesse d'Albani, qui le prit en grande affection, et qui en mourant en 1824 l'institua son légataire universel.
Deux ans après, Fabre revint à Montpellier et fit présent à sa ville natale de la riche collection qu'il avait rapportée ; pour la placer, la ville fit bâtir un musée qui porte son nom; en 1837 il fut nommé chevalier de la Légion-d'Honneur, puis officier, et enfin en 1830 il fut créé baron; il mourut le 16 mars 1837, on voit de lui au musée de Montpellier trente-huit de
ses productions, histoire, paysages, portraits et dans celui de Paris, son grand tableau de Néoptolème et Ulysse, qui a les honneurs du grand salon.
M. P. de Baudicour, décrit dans son deuxième volume, douze pièces gravées par lui.
KCOL1C DE BORnEAUX.
(c) L'établissement de l'académie de peinture, sculpture et architecture de Bordeaux, date de 1768.
Quelques artistes et M. Donat, avocat général en même temps qu'amateur distingué, en furent les premiers fondateurs. Animés de l'amour du bien public ils consacrèrent leur temps et une partie de leur fortune à soutenir cet utile établissement, dans lequel existait une classe spéciale réservée à l'étude de l'architecture navale, appliquée à la construction des vaisseaux marchands.
Ces professeurs désintéressés donnaient chaque jour des leçons gratuites de dessin d'après la bosse et le modèle vivant, et deux fois par semaine on enseignait dans l'académie les principes de l'architecture civile.
Voici les noms de ces fondateurs et de ces professeurs qui méritèrent si bien de leur patrie et dont la mémoire doit être conservée. Donat amateur, Batanchon peintre, Lavau graveur, Leupol, Toul et Lépine peintres, les frères Vernet sculpteurs, Lartigue architecte, Chaliffour, Roberteau ciseleur, et d'Ambigle dessinateur.
L'académie sadjoignit peu après comme nouveaux
membres Cessy sculpteur, Dandrillon peintre, Bonfin architecte , Deschamps , Cabirolt et Vernet le jeune, tous trois sculpteurs, Sicardy peintre en miniature, Corrège peintre d'histoire, professeur de l'académie de St-Luc, Lothe architecte, Brinzage peintre, Henry peintre en miniature, Bicœur et Chevaux peintres de genre, Turrier etLacour tous deux peintres, et Lavau le jeune, sculpteur-ciseleur de l'académie royale de Madrid.
Les membres agréés étaient Pipi, Taillisson, Labatie tous peintres et Aujolet-Pagez, directeur de l'académie de peinture et de sculpture de Poitiers.
Les professeurs d'anatomie étaient les docteurs en chirurgie, Grassard et Gouteyron flls, adjoint.
(d) Lécole de dessin de Lyon, date seulement de 1757. Elle était administrée par douze amateurs directeurs et par les artistes professeurs dont les noms suivent.
Amateurs directeurs :
L'Intendant de la généralité ; le Prévôt des marchands ; l'abbé de la Croix ; Genève , ancien échevin; Monlong, ancien échevin; Gras , trésorier de France; De la Cour, ancien échevin; De la Tourette , ancien conseiller à la Cour des Monnaies ; Bordes de l'académie des sciences de Lyon ; De Boissieu , trésorier de France ; Baron du Soleil, procureur du roi; Souchay, négociant.
Professeurs :
Nonotte de l'académie royale de Paris, premier pro-
fesseur et peintre de la ville; Perache, sculpteur et architecte de l'académie de Lyon.
Adjoints aux professeurs :
Villione, peintre d'histoire; Bley, peintre d'histoire; Coget, peintre d'histoire; Gonichon, peintre de fleurs et Darbier géomètre, de l'académie de Lyon.
La ville de Lyon possédait à cette époque un nombre considérable d'architectes et d'artistes en tous genres. — Nous citerons parmi les peintres Bidauld, Douet, agréé de l'académie de Paris et Guérin, — parmi les sculpteurs : Biaise statuaire , Clément Jayet et le célèbre Perache, qui a laissé son nom à tout un quartier de la ville.
La cité Lyonnaise a été de tout temps renommée par son goût pour les beaux-arts, elle a vu naître successivement des artistes qui ont acquis une certaine célébrité, dans la peinture, la sculpture, l'architecture et la gravure, elle est la patrie des Vivien , des Coysevox des Thiery, des Coustou, desChabry,desDelorme, des Lamonce et des Stella que nous avons déjà mentionnés, ainsi que Servandoni, Manglard, Jacquand, Boissieu, Cochet, Révoil et Bonnefonds; les Audran, les Drevet, les Blanchet, les Spierre , les Sarrabats, les Perrier, les Vander Cabel, les Frontier, ont également illustré la ville de Lyon.
Nous devons mentionner aussi Jean-Louis Desprée, peintre et graveur, né à Lyon vers 1740, il était professeur de dessin à l'école royale militaire, lorsqu'il concourut pour le prix d'architecture en 1776 et il obtint le premier, Il se rendit alors à Rome où il fut employé par l'abbé de Saint-Nom, pour son voyage pittoresque de Naples. En 1783, Gustave III, roi de Suède, charmé de ses talents l'emmena avec lui, et
lui confia d'importants travaux . Il peignit entr'autres pour ce monarque en 1790 la bataille navale de Suenksund qui fut fort admirée et mourut à Stolkolm en 1804.
M. Prosper de Baudicour,dans son deuxième volume, décrit son œuvre gravée.