LES ELEVES DE REYNES
Après la mort de Chaix , la direction de l'école d'Avignon devait être confiée à Reboul , qui l'avait emporté sur ses concurrents dans le concours qui eût lieu à cette occasion. Mais le talent sans protection arrive difficilement. M. Reynes venu de Montpellier obtint la préférence.
Les meilleurs élèves de l'école d'Avignon de cette période, sont : Chautard, Aousten , Grivolas et Delorme.
Chautard (Joseph-Thomas), né à Avignon , le 5 août 1821, d'abord élève de l'école , puis de M. H. Lehmann, est un peintre d'un bel avenir. La composition de ses tableaux n'est pas toujours irréprochable , mais c'est déjà un maître dans les lignes et la facture ; à l'Exposition du Concours Régional d'Avignon , parmi les cinq œuvres qu'il avait envoyées , nous avons remarqué son Denier de la Veuve, peinture un peu froide et dont le second plan avançait un peu trop, mais où régnait un joli sentiment. Sa Mater Dolorosa, style Scheffer et son Christ au tombeau, très-beau d'expression et de couleur qui annoncent en son auteur les plus brillantes qualités. Son Denier de la Veuve vient d'être acquis par le musée d'Avignon, qui possède déjà de lui un saint Jean- Baptiste.
Plusieurs compositions de Chautard ont figuré aux Expositions de Paris : En 1845 , Couronnement d'épines ; 1849 , David chantant devant Saïd; 1848, Pêche sur les bords de la Durance; 1850 , son Christ au tombeau, déjà mentionné, ainsi que son Denier de la Veuve, qui figura à l'Exposition de 1853. En 1855 Chautard a également exposé une Sapho et fait pour le ministère d'Etat, une Education de la Viirge. Parmi les autres travaux de cet artiste , nous citerons également— en 1860 — Mirande, légende de la Vierge, cartons pour vitraux. — 1861 , peintures murales à Riom 1« Présentation de la Vierge ; 2° Laisuz venir à moi les petits enfants ; et 3° Visitation , pour Notre-Dame de la Salette de Grenoble, carton de la Transfiguration.
Grivolas (Pierre), est un peintre de mérite, traitrant des sujets de genre, le paysage , le portrait et la peinture décorative. On cite celles qu'il a exécu-
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tées au Café Février d'Avignon. Son Intérieur de filature qui a figuré à notre grande Exposition, était lumineux et grassement peint, bien modelé et assez bien ordonné; au Concours Régional d'Avignon en 1858, Grivolas avait exposé six tableaux.
Delorme (Jean), fils d'un boucher d'Avignon, est doué d'une grande persévérance ; sept médailles d'argent obtenues à l'école d'Avignon, témoignent de son application. Delorme a travaillé deux ans à Lyon chez un peintre de mérite, Dupuy de La Roche , qui fut tué en Juin sur les barricades à Paris, où les événements de 1848 l'avaient poussé : il a fait le voyage d'Italie, et exécuté pendant ses trois années de séjour à Florence, un grand nombre de copies. De retour en France , il s'occupe plus particulièrement du portrait; son exécution est plus bourgeoise qu'artistique, elle brille par le soin et la propreté. Delorme' peut et doit se perfectionner, il a exposé 6 tableaux au Concours Régional d'Avignon en 1858.
Aousten, sculpteur et statuaire, doué d'un talent très sérieux — à la réputation, à Avignon — d'être trop modeste , et de ne pas savoir se faire valoir. Son mérite perce, néanmoins, car il a été chargé d'une partie des sculptures du nouveau palais de Justice de la ville de Marseille, dont toutes les grosses œuvres sont aujourd'hui terminées.
Sous la direction de M. Reynes , l'école est peu à peu tombée dans un état de décadence presque complet, elle se relève actuellement t grâce au zèle intelligent déployé par son nouveau directeur M. Guilbert d'Anelle,
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qui à son entrée en fonction en 1861, a trouvé 33 élèves inscrits, dont dix seulement suivaient les cours. L'école compte aujourd'hui 300 élèves, dont quelques uns donnent des espérances ; les principaux sont : MM. Bourges , d'Avignon ; Guerin , d'Orange ; Jouveau , d'Avignon ; Grousset, de Mendes. Quand à M. Guilbert d'Anelle, il a fait ses preuves. Elève d'Horace Vernet , ses principaux ouvrages sont: 1* une Sle- Geneviève ; exposé en 1845 ; 2° Ste-Perrine ; 3<> St-Pierre ; 4<> St- Paul ( 3 mètres sur 2 ) , tous dans la chapelle de Ste- Pérrine , à Chaillot ; 5» le Christ emmenant St-Pierre ( 4 mètres sur 3 ) , placé derrière le maître autel de l'église du Petit-Bourg, près Paris ; 6° un portrait du feu roi , pour la légation de France à Copenhague ; 7° le portrait du colonel Guinard , de l'artillerie parisienne , a obtenu une médaille d'argent à l'exposition de Montpellier. Nous signalerons encore son tableau de Y Inondation en 1856 , offert par la ville d'Avignon à l'Empereur. M. Guilbert d'Anelle, faisait partie de la commission des Beaux- Arts de notre grande exposition. Son dévouement à cette œuvre a été remarqué et récompensé par une médaille de bronze.
Avant d'en finir avec l'école Avignonaise , nous examinerons encore le livret de son exposition régionale de 1858 où figure bon nombre d'artistes, autres que ceux cités précédemment et habitant cette ville. Nous nous contenterons de les nommer , n'ayant sur eux aucun renseignements : Barnouin, (Charles), élève de Reynes, trois tableaux; de Bernardy, de Carpentras, deux tableaux; Bourges, deux tableaux ;&Bouvier (Mme), un tableau; Brémond, (Félicien), élève de Reynes, deux tableaux ; Brès , (Auguste), élève de Reynes , deux tableaux ; Brunet, (Jean), élève de Reynes; quatre tableaux; Daruty, une marine; David, (Charles), quatre tableaux; Dlmas, (Antoine) également d'Avignon comme
les précédents, mais demeurant à Pari?, un tableau ; Duvernet, (Charles) , deux tableaux ; Garnier , Jean, deux portraits ; Geoffroy, d'Avignon, demeurant à Paris, un tableau ; Gresy (Prosper), demeurant à Avignon , quatre paysages. Ce dernier artiste dont nous connaissons parfaitement les œuvres , a un talent original , plusieurs de nos Musées du midi possèdent de ses œuvres.
biER , (Edouard), un tableau ; excellent paysagiste, dont la réputation est faite , et qui a exposé plusieurs fois à Paris et à Marseille , qu'il habite maintenant. Sa famille depuis longues années est fixée à Avignon où il est né (du moins nous le croyons) . Des Isnards , d'Avignon, deux paysages; Lescure, (Louis), élève de Reynes, deux tableaux ; Mauron, [Henry], un portrait; Méra , (Adolphe), un paysage ; Michel, (Henry), 2 études ; Reines, professeur de l'école, trois portraits et un paysage; Ricard (Louis), un tableau ; Ripert (Louis), cinq paysages, Roux (Madame), née Méra, deux portraits; Simoms (Jean-Baptiste), un portrait; Tourmer (Henry) , un portrait ; Valernes (Evariste de) , un tableau, donné au musée d'Avignon.
Le nombre des artistes que nous venons de citer , indique clairement combien l'art de la peinture est en honneur dans l'ancienne ville des Papes , et combien le goût du dessin est répandu parmi toutes les classes de la société. A ce propos nous devons ajouter encore le nom de quelques dessinateurs , aquarellistes ou sculpteurs qui nous étaient échappés et qui ont exposé au même concours: Arnaud (A) , deux aquarelles; Arnaud (Victor), un portrait aquarelle; Bédouin (Mlle), Eugénie, deux dessins; Cournaud (MIle), Hélène : quatre dessins ; Cousin (Jean), un portrait; Eymard (Joseph), quatre sujets fleurs et fruits ; Laurent , Jean-Baptiste , de Caipentras , demeurant à Montpellier , dix aquarelles j
Laurent (Jules), son frère, deux lithographies ; Ponson (Mlle), Marie , trois dessins ; Rolland (Mme), Laure, trois pastels ou dessins ; De Serres (Mlle), Marie, une aquarelle ; Brunet (Gabriel), sculpteur, une figure allégorique et un buste ; Lerry (Jacques) , ornements et modèle de fontaine; Cournaud (Mlle), Honorine, St-Sebalds , ébauche ; Cournaud , un buste ; Faudrin , (l'Ange) , de Gadagne, un groupe pierre ; Lafitte, Levdier, Leblanc etlUiMONDi, tous d'Avignon, avaient exposés diverses sculptures, albâtres, bois ou plâtres. INous citerons encore un artiste appartenant au département, et nous lui consacrons une notice en raison de son mérite.
Sollier (Joseph-Eizéar-Noël) , né à Apt , le 25 décembre 1810, de Mathieu et d'Anne Carbonnel, a passé la plus grande partie de son enfance à Saignon où ses parents s'étaient fixés en 1815. Une précoce aptitude pour la sculpture lui faisait rechercher , comme objets d'amusements, des morceaux de terre glaise quil pétrissait avec ses doigts , ou la pierre qu'il façonnait avec-un couteau, imitant ainsi tout ce qui s'oiirait à lui. A l'âge de 15 ans, on l'engagea à choisir un état : il préféra celui de sculpteur et travailla en cette qualité pendant quelques années dans son village. En 1826 , M. Eyguisier , professeur de dessin de la ville d'Apt, lui reconnaisant de grandes dispositions, proposa à ses parents de lui donner des leçons de son art , le jeune élève ne tarda pas à remporter plusieurs prix et attira sur lui l'attention des autorités locales. En J834, il quitta Saignon et se rendit à Paris où, après avoir été admis dans l'atelier de l'illustre David d'Angers, il fut reçu en 1835 à TÉcole des Beaux-Arts : la modicité de sa fortune ne lui permettant pas de terminer ses études, il se livra à l'industrie pour payer sa pension ; le département de
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Vaucluse lui fit don d'une somme de 300 fr. Il obtint en 1839, la seconde médaille à l'école des beauxarts. Mais bientôt ne pouvant plus être maintenu dans cet établissement, vu qu il avait obtenu sa trentième année, il resta néanmoins dans la capitale, où ses productions ont obtenu des mentions honorables ; on cite de lui , le buste de M. E. en plâtre, d'une grande ressemblance, qui fut remarqué au salon de 1841. Ses Statuettes de la Esmeralda et de Daidha (gracieuses créations de M. Victor Hugo, dans JS.-D. de Paris, et de M. Lamartine, dans la Chute d'un Ange, ont été reproduites en bronze, ainsi que la statuette qu'il a faite de la célèbre danseuse Fanny Essler.
Voici encore deux sculpteurs Vauclusiens que nous étions sur le point d'oublier , et de plus quelques détails sur Guillermin, dont nous avons déjà parlé précédemment.
Rayolle ( Joseph ) , né à Apt, le 19 juin 1655 , avec d'heureuses dispositions pour la sculpture, quitta cette ville en 1670 , alla passer quatre ans en Italie et se rendit ensuite à Paris où, après avoir travaillé assidûment sous le célèbre François Girardon , il fut présenté au roi par le marquis de Viilecerf, surintendant des bâtiments , qui employa son talent dans les ateliers du Louvre. Rayolle resta dans cette position jusqu'en 1700, époque où il se retira à Apt. 11 mourut dans cette ville le 4 mai 1718 , après 18 ans de mariage, et fut enseveli dans la cathédrale près l'autel de (a chapelte de St-Roch. Parmi les ouvrages qui décorent les maisons royales , on peut citer , comme dus à son ciseau , une statue de Platon , en marbre — sous forme de terme ; — celles de Sencothoé , de Lycaon, plusieurs hamadriades , etc. Il exécuta entr'autres pour le dôme des Invalides la statue de St-Paul , des urnes , des
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fleurs de lys et autres ornements , et sculpta aussi la façade de l'aile gauche du château de Versailles — du côté des réservoirs.
Poitevin , Alexis , né à Roussillon-les-Apt , le 27 juin 1764 , d'Alexandre et Suzanne Bontemps , s'acquit sans études préliminaires, sans encouragements et sans protection , la réputation méritée de sculpteur habile. Il travailla beaucoup pour les propriétaires de son arrondissement. Son pays natal lui doit une statue de St-Michel, en bois, et des fonds baptismaux en plâtre , qui ont obtenu l'approbation des connaisseurs. On cite aussi de lui un bas-relief ( le sacrifice d'Iphigénie), qui embellit la maison de campagne du docteur B., à Saignon , et le même sujet traité à St-Saturnin , chez M. Ducïos. I! fit pour la ville d'Apt une statue de St- Pierre — posée le 10 mai 1710 , sur la fontaine de la place de ce nom — un buste en marbre du dernier évêque , Eon de Gily , dans la sacristie de l'église paroissiale, et les douze apôtres, en terre cuite (mutilés vers 1785), sur des piédestaux , le long des murs de l'ancienne chapelle des Pénitents Noirs. On raconte de cet artiste qu'étant à Paris , ville où l'on assure qu'il remporta un prix de sculpture , et ayant lié conversation avec six maçons qui construisaient un bel édifice, il leur demanda s'ils ne pourraient pas l'occuper. La bonhomie et la simplicité de son allure le firent prendre d'abord pour un imbécile, et l'on se moqua de lui ; puis , sur ses nouvelles instances , le chef du chantier lui commanda dérisoirement une auge a cochon , placé à l'écart avec son bloc de pierre ; Poitevin transforma celui-ci en une auge entourée de six pourceaux et du maître qui les faisait boire : l'allusion fut sentie par les sept mystifiés , et la raillerie fit place à l'admiration. En 1814 , il achevait, à St-Saturnin-les-Apt, les
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quatre saisons dans le salon de M. Bontemps , son parent, lorsqu'on vint le prier de se laisser transporter — car il était alors vieux et perclus — à St-Christol , arrondissement de Carpentras , pour y consacrer son talent à l'église de cette commune. Il sculpta à cette occasion un maitre-autel orné de 22 figures, d'une gloire couronnée, etc., ainsi que deux grandes statues (St-Christophe et St -Julien de Bribude, patrons de la localité), et tout cela pour un prix très modique. On sait qu'à Nirnes il exécuta pour 3,000 fr. sur la façade de THôtel-Dieu des bas-reliefs et des statues qu'on évalue à une somme bien plus importantes. Il est aussi l'auteur du grand escalier de l'hôpital de Marseille et de diverses productions qui furent confiées à son ciseau à Montpellier, à Avignon et ailleurs. Né pauvre et ayant vécu sans ambition , il est décédé en 1816 dans le Gard , laissant deux enfants à qui il a légué presque l'indigence. — Voyez Boze , Histoire de Vèglise d'Api , pag. 125; l'Echo de Vauclmc , du 22 juillet 1830; la Revue Aptésienne, du 22 mai 183G ; le Mercure Aplèsien , du 27 juillet 18H ; M. Clément, Première Instruction du despotisme en matière de Religion, pag. 107 ; Barjavel.
Guillermïn (Jean) , habile sculpteur, au xvue siècle, habitait Avignon où peut être il était né ; il est l'auteur du fameux Christ en ivoire, signé de lui , appartenant à la confrérie des Pénitents Noirs, de cette ville. Barjavel lui consacre une longue notice , et raconte la manière dont cette œuvre devint la propriété de ces pénitents. D'après le Dictionnaire Historique de Chaudon et Delandine , Jean-Baptiste Guillermin, serait né à Lyon, et serait l'auteur du crucifix admirable existant au Yal-de-Grâce , et serait mort en 1699.