AMATEURS CELEBRES
XVir, XVIIIe ET XIV" SIECLE
VAlmanach des Artistes de 1776, à l'article concernant la ville d'Aix, s'exprime ainsi :
« Après la capitale, la Provence est la province du royaume où il y a le plus d'amateurs. Qu'elle doive cet avantagea la proximité de l'Italie, ou on a un goût particulier pour les arts, il n'est pas moins vrai qu'on les y cultive avec succès, puisque depuis longtemps elle est en possession de donner le jour à des artistes qui se distinguent dans cette carrière. »
Nous prenons acte de ces paroles, elles sont un éclatant témoignage rendu à l'intelligence artistique de nos contrées, et elles confirment leur vieille réputation. Ainsi dans nos précédents articles, on a vu Finsonius attiré à Aix, par Peiresc , cet homme universel, ce savant si distingué, une des plus grandes
école d'aix. 325
gloires provençales. Son cabinet était à cette époque, un des plus remarquables de l'Europe. Le cardinallégat qu'il reçut dans son hôtel vers la fin de l'année 1625 , en fut émerveillé et fit l'éloge de celui qui l'avait formé. Peiresc, né le 16 décembre 1580, mourut à Aix , le 24 juin 1637.
Huit ans après , naissait dans la même ville , un amateur non moins célèbre dans les fastes de l'art. Continuateur de Peiresc , il le surpassait encore parsamuniûcence envers les artistes dont il partageait les travaux. Peintre et graveur lui-même — Boyer Jean-Baptiste, seigneur d'Aiguilles, vit le jour à Aix, le 21 décembre 1645, il y mourut en 1709. Ami du célèbre Puget qui fut en quelque sorte son génie familier et son professeur, également lié avec tous les maîtres provençaux vivant alors, il prit sous sa protection du jeunes peintres et de jeunes sculpteurs à qui il reconnaissait d'heureuses dispositions , et pour les employer il fit bâtir son célèbre hôtel, vers 1675 , sur les dessins de P. Puget.
Toutes les merveilles de l'art y furent déployées. Sa superbe galerie de tableaux qu'il avait rapportée lui-même de l'Italie et qu'il fit graver sous sa direction par Coelmans et Barras, attirait à Aix, une multitude de visiteurs et d'étrangers. C'est ainsi que Lafage dût sur ses instances s'arrêter à Aix , où il exécuta pour lui plusieurs beaux dessins que Coelmans grava également.
Mais nous ne nous étendrons pas davantage sur des particularités qui retarderaient la marche de notre ouvrage , nous dirons simplement qu'après Boyer d'Aiguilles et le duc de Vendôme, protecteur de Daret, qu'ilemployaauxembellissementsdesonhôteljM. Boyer de Fonscolombe, M. de La tour, M. d'Albertas, M, de
Thomassin de St-Paul, M. de Meyronnetde Châteauneuf, M. l'abbé de Calîian, M. l'abbé Moutte, jouissaient en 1770 de la réputation de grands amateurs et possédaient des collections remarquables. Bien que ces cabinets aient été en partie dispersés , la ville d'Aix en conserve encore de précieux restes. De nos jours nous y avons vu des amateurs non moins distingués que les précédents réunir de précieuses collections en tous genres. Le nom des exposants et la liste des œuvres de nos maîtres provençaux exposées par eux, que nous donnons à la fin de notre livre, sont les faibles échantillons des trésors artistiques contenus dans les anciens hôtels de la ville d'Aix ou dans ses monuments publics, et indiquent assez l'antique splendeur de la capitale de la Provence.
Les beaux -arts dont le contact immortalise toute chose ici-bas , venaient s'épanouir dans cette cité sons l'influence vivifiante d'une protection éclairée. Les artistes, ces pontifes des beaux-arts embellissaient de leurs chefs-d'œuvre les nombreux hôtels aux élégantes façades et aux vastes appartements de leurs illustres Mécènes , puissants seigneurs jaloux de soutenir dignement l'éclat de leur blason ; aussi tous ces palais , pareils à ceux des villes d'Italie , étaient peuplés de tableaux, de fresques et des sculptures des maîtres, et la première révolution, avec ses confiscations, ses ventes et ses exactions en gaspillant la fortune de la noblesse proscrite, n'a pu faire disparaître complètement ces trésors amassés par les soins de plusieurs générations.