PUGET ET SES ELEVES
Puget (Pierre), né à Marseille, le 31 octobre 1622, fut de tous les artistes les plus illustres de la France , celui de son siècle qui a réuni au plus haut degré le plus de talents ; élève de son génie, il fut à la fois grand architecte, excellent peintre et sculpteur sublime. Sa famille était originaire de Trest, l'église de cette commune dans laquelle eût lieu le mariage de son père possède, sur les gradins de l'autel , deux bas-reliefs dus à son ciseau et représentant l'un : la Cène et l'autre le Christ chez Simon.
Puget consacra à la peinture les premières années de sa vie ; ami et émule de Pietro de Cortone qui fut son premier maître, il ne se distingua pas moins que lui. Bien que les règles de la perspective n'y soient pas toujours observées exactement , ses tableaux sont du plus grand style. Notre musée de Marseille conserve précieusement son Salvator Mundi, ainsi que les Baptêmes de Constantin et de Clovis anciennement placés dans la cathédrale. Achard donne la liste de ses autres toiles existant avant la première Révolution : to à Aix, dans une chapelle du Collège, Y Annonciation et la Visitation ; 2° chez M. de Fonscolombe, une Fuite en Egypte ; 3° à Marseille , au couvent des Visitandines, une Visitation de la Vierge; 4° à l'église de Château-Gombert , la Vocation de St-Mathieu :■; 5<> à Toulon , dans l'église des Capucins, deux tableaux
d'autel et 6° trois autres dans celle de la Valette , petit village peu distant de cette ville. Forcé par suite d'une maladie de renoncer à la peinture, Puget ne s'occupa plus que de sculpture. Ses principaux ouvrages dans ce genre sont X Hercule gaulois, les Termes qui supportent l'Hôtel-de-VilIe à Toulon , un bas-relief de Diogène, celui de St-CJiarles secourant les Pestiférés, au bureau de la consigne de Marseille , celui de Y Assomption de la Vierge , à la cathédrale , son Milon de Crotone, et son Andromède à Paris. Son œuvre à l'étranger et surtout en Italie est assez considérable, nous allons sur ce point laisser la parole à M. Dussieux.
« En 1659, Puget étant venu à Paris, alla travailler pour M. Girardin à sa terre de Vaudreuil, en Normandie , l'année suivante, Lepautre l'architecte, ayant vu ses ouvrages, engagea le surintendant Fouquet à employer un si habile homme pour les ornements de son château de Vaux. Comme le marbre était extrêmement rare à Paris , ce fameux ministre envoya Puget à Gênes, pour choisir autant de blocs de marbre qu'il jugerait à propos ; et c'est lui qui le premier a rendu le marbre si commun dans le royaume et nous a montré l'art de le travailler et de le tailler avec succès
Dans le temps qu'il travaillait à Gènes, à faire charger de blocs de marbre trois bâtiments , il fît pour M. des Noyers, X Hercule gaulois. . . La curiosité attira chez lui tout ce qu'il y avait d'habiles gens à Gènes.
Cet ouvrage lui acquit une si grande réputation , que la nouvelle de la disgrâce de Fouquet étant parvenue dans cette ville, les plus nobles n'oublièrent rien pour l'arrêter et y réussirent. Il n'eût pas plutôt coïisenti à leurs désirs, qu'il fut chargé de plusieurs ouvrages d'importance, qui font encore aujourd'hui Iç
plus bel ornement de celte ville. De ce nombre sont deux belles statues , qu'on voit à St-Pierre de Carignan, elles ornent deux niches du Dôme , Tune représente St-Sébastien et l'autre St-Ambroise, sous la figure du bienheureux A. Sauli, dont les ancêtres ont fait bâtir cette église. Elles sont de marbre blanc, de 9 à 10 pieds. Il a attaché St-Sébastien contre un arbre avec des cordes et a exprimé la grande faiblesse où le martyre l'a réduit, de sorte qu'il semble que les jambes de ce saint succombent sous le poids de son corps , tout percé de flèches. Il a décoré ce saint de toutes les armures qu'il portait, ce qui fait un tout si noble , si beau , si grand , qu'on ne saurait ne pas admirer ce chef-d'œuvre de l'art. Saint- Ambroise est représenté avec ses habits pontificaux, groupé noblement d'un enfant qui tient sa crosse pastorale, et relève sa chape , laquelle est travaillée et ornée très-artistement , aussi bien que l'aube de la ceinture. Il n'est pas dans toute l'Italie de plus belles pièces entre les modernes »
Dans le temps que Puget travaillait à ces belles statues, les pères Théatins voulurent faire peindre leur dôme. Plusieurs peintres se mirent sur les rangs. J.-B. Garlon l'emporta, mais il avait prié Puget, qui était son ami , de lui faire son dessin. On sut qu'il était le véritable auteur de ce chef-d'œuvre et Puget fit une partie des peintures.
On le chargea ensuite de la conduite de l'AIbergo de Poveri ou Hôpital général de Gênes , édifice aussi élégant que magnifique : Puget plaça au maître-autel de cet hôpital une statue qui représente Y Assomption de la Vierge , avec un beau groupe d'Anges.
Il fit aussi une belle statue de la Vierge pour le palais Babbi; la chapelle St-Louis roi de France,
dans Téglise de l'Annonciade , est encore un de ses ouvrages. 11 en donna le dessin qui est très-remarquable, et de plus il en fit construire la moitié à ses dépens.
Il entreprit ensuite un bas-relief de V Assomption pour le duc de Mantoue. Pendant qu'il était occupé à cet ouvrage, il lui arriva une affaire qui le dégoûta de Gênes et lui fit prendre la résolution de quitter cette ville. Il fut arrêté sans raison par des sbires, comme il allait à minuit porter des lettres à la poste , et jeté en prison. Délivré le lendemain par l'intervention de plusieurs nobles de ses amis et malgré la punition des sbires, Puget, décidé à sortir de Gênes se retira dans son atelier et brisa à coups de marteau quelques ouvrages et quelques modèles ; ses amis parvinrent à le calmer et obtinrent qu'il ne partirait qu'après avoir achevé les ouvrages commencés. Il termina le bas-relief de Y Assomption et l'envoya au duc de Mantoue qui lui fit proposer, par une espèce d'ambassade solennelle, de venir dans ses Etats ; il allait s'y rendre lorsque ce souverain mourut.
Cependant le chevalier Bernin qui avait vu les ouvrages de Puget en parla avec tant d'éloges à Colbert, que ce ministre lui donna l'ordre de revenir en France, et le nomma directeur des ouvrages qui regardaient les ornements des vaisseaux, avec 1,200 écus de pension.
« Il se disposa donc à partir quoiqu'il trouvât de plus grands avantages à Gênes, car la famille Sauli lui donnait tous les mois 300 livres et lui payait encore ses ouvrages ; celle de Lomellini de Tabarque les mêmes appointements , aux mêmes conditions. De plus , les Doria projetaient de faire une église paroissiale. , . et voulaient lui en donner la conduite.
Le Sénat avait délibéré aussi de faire peindre la grande salle du conseil, et ordonné que Puget en ferait les dessins. Les sénateurs Sbrignola et Grillo, qui en étaient chargés par le Sénat, furent le prier d'y travailler : mais il s'en excusa, leur protestant que tous les avantages du monde ne le dispenseraient pas d'obéir à son prince. Les Génois furent très-sensibles à son départ; ils l'accablèrent de présents, lui firent plus d'honneur que jamais , et eurent par la suite des relations particulières avec lui, preuve certaine du cas qu'ils en faisaient. »
Puget quitta Gênes après y avoir travaillé huit ou neuf ans : il arriva a Toulon en 1669.
Malgré ses occupations pour les sculptures des vaisseaux, Puget Gt encore deux ouvrages pour Gênes : le premier est le modèle de l'église de l'Annonciadc de treize à quatorze pieds de haut, conservé dans l'ancienne sacristie de cette église ; mais ce modèle n'a jamais été mis enexécution; le second est le modèle d'un baldaquin pour le maître-autel de l'église de Carignan commencé à Gênes et achevé à Toulon. Ce magnifique travail conservé dans la maison de Puget à Marseille, puis placé dans la salle de l'Académie des Arts de cette ville , était, au temps de Mariette, en assez mauvais état : il y a été, dit-il, mal conservé.
On cite encore, plusieurs œuvres de Puget à Gênes, que M. Bougerel ne mentionne pas. A Notre-Dame-des- Vignes, au maître-autel, l'Ange , le Lion, l'Aigle et les Bœufs symbole des Evangélistes.— *A l'église de Saint- Cyr, le grand autel avec son tabernacle, sa table ornée d'Anges et d'Enfants, en bronze doré. — A l'église de St-Philippe de Néris, à l'Oratoire du Saint une statue de marbre la Sainte-Vierge sur l'autel. — Au palais Spinola, sur la terrasse^ l'enlèvement d'Hélène, groupe
en marbre. Puget en parlant de ce groupe dit qu'il qu'il n'en a fait que le modèle. — Une Vierge pour le palais Carrega. — La Fontaine du palais Brignoli.
Puget forma école à Gènes : entr'autres élèves, il eut Daniello Solars , Génois ; de retour en France , il exerça de 1668 à 1679, les fonctions de directeur des constructions navales du port de Toulon. M. V. Brun qui vient de publier un livre fort intéressant intitulé: Les Maîtres Sculpteurs et Peintres du port de Toulon, donne la liste de tous les artistes qui se sont succédés dans la direction des ateliers de construction, à l'arsenal de cette ville, il dit que le nombre et l'importance des ouvrages exécutés par Puget, ou exécutés sous ses yeux, pour l'ornementation des navires de la Marine Royale, est considérable. Le Monarque, Y Ile-de-France, le Sceptre, la Thérèse royale , la Madame, le Jolly, le Ruby, tous vaisseaux de premier et deuxième rang, et plusieurs autres furent décorés par lui ; il travailla , à la même époque aux sculptures des galères de Marseille, cumulant à la fois les deux emplois de maître sculpteur de l'arsenal de ce dernier port et de celui de Toulon. Ce fut dans cette période que Puget exécuta ses cariatides de l'hotel-de-Ville et l'Andromède et le Milon de Crotone , achevés à Marseille où il s'établit enûn ; il fit de grands et de vastes projets d'édifices et d'embellissements , pour cette ville qui serait aujourd'hui une des plus belles cités du monde, si ses plans avaient été suivis. Son groupe du Milon de Crotone qui lui avait été commandé par Colbert fut exécuté en 1673. On sait la sensation que produisit sur Louis XIV et toute sa cour, l'aspect de ce chefd'œuvre, ainsi que celui de Persèe et d'Andromède Ces deux groupes, aujourd'hui au musée du Louvre, malgré l'immense succès qu'ils obtinrent, dédommagèrent pourtant à peine leur auteur des frais qu'il avait fait pour eux,
Pierre Puget eut pour élèves : Antoine Duparc , Christophe Veyrier, Baptiste, Marc Chabry, Mathias et son fils François Puget.
La Biographie Universelle de Michaud contient un article très important sur la vie et les œuvres de Pierre Puget, et signé du nom de Emeric David ; cet article a été imprimé séparément à Marseille en 1840, par M. Barile (formant brochure).
Le bulletin semestriel de la Société des Amis des Sciences, Belles-Lettres et Arts de Toulon (20e année, n° 1) , est entièrement consacré à retracer la vie de Pierre Puget , il contient à la fin une ode de Ch. Poney sur ses Cariatides. — L'auteur est M. J. Henry archiviste ; ces deux brochures sont excessivement intéressantes.
Puget (François), étudia la peinture sous la direction de son père , qui l'envoya prendre à Aix des leçons deFauchier. Ce fut lui qui reçut commission d'accompagner, dans son transport à Paris, le Milon de Crotone, qui fut présenté à Louis XIV, environné de toute sa cour. Lorsqu'on découvrit la statue , la reine émue à l'aspect de ce groupe imposant, s'écria : Ah! le pauvre homme ! — Hommage spontané rendu à la vérité saisisante de l'ouvrage du grand sculpteur marseillais.
Avant 1830, il existait dans la collection du roi, un tableau de François Puget , où étaient peintes huit figures vues à mi corps ; c'étaient les portraits de Lulli, de Quinault et de plusieurs autres poètes et artistes du siècle de Louis XIV, l'auteur s'y était peint luimême: François Puget, mort en 1707, nJa eu qu'un fils , nommé Pierre Paul, qui fut architecte ; celui-ci avait voué une sorte de culte à son aïeul , il habitait sa maison rue de Rome , où il avait établi une galerie
entièrement ornée d'ouvrages de Pierre Puget. — Pierre Paul est mort sans enfants. La branche issue de Gaspard, frère de Pierre subsiste encore.
Baptiste, élève de Puget, a sculpté dans les panneaux du chœur de l'Eglise de St-Maximin , les actes de plusieurs saints et saintes de l'ordre de Saint- Dominique.
Marc Chabry, né en 1660, à Barbentane, peintre et sculpteur comme Puget son maître, a rempli Lyon sa ville adoptive dune multitude d'ouvrages, il fut nommé par Louis XIV, sculpteur du roi dans cette belle cité.
Mathias, élève de Puget un des plus habiles sculpteurs sur bois qu'ait jamais possédé Marseille , est l'auteur du magniûque buffet d'orgues de l'ancienne église de la Major , considéré par tous les amateurs comme un chef-d'œuvre.
Veyrier (Christophe), sculpteur, né à Trest en 1630, fut un des élèves les plus habiles de Pierre Puget qu'il accompagna en Italie. — Veyrier, du reste, ne quitta jamais son maître qui ne dédaignait pas de lui confier ses ouvrages même les plus importants. Dans ce nombre on peut compter l'écusson de l'Hotel-de-Ville de Marseille , qu'il exécuta sur le modèle du maître ; au bureau de la Consigne un Enfant en marbre, demi-relief. Aix possède de lui à l'église des PP. de l'Oratoire, un Jésus; celle des Carmélites, deux bas-reliefs en marbre et chez divers amateurs de cette ville, un Faune ; un Lysimachus et un Milon dévoré par un Loup. Ces dernières figures sont en pierre , elles présentent un faire
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que les grands maîtres ne désavoueraient pas et qui se ressent bien de l'école .où Veyrier s'était formé.
Christophe Veyrier fut nommé en 1686 , directeur des ateliers de sculpture de Toulon , il occupa cet emploi jusqu'à sa mort , qui eut lieu en cette ville le 11 juin 1690 , à l'âge de 59 ans. 11 laissa un fils qui entra dans le génie militaire. Veyrier a exécuté dans la chapelle de Corpus Domini de Toulon , des travaux de sculpture du plus grand style.
Clérion (Jacques), né à Trest , fut un bon sculpteur, il travailla pour la cour, quelques uns de ses ouvrages existent encore dans le parc de Versailles. On distingue parmi eux : une statue de Jupiter; une Junon et une Vénus d'après l'antique. Le Bachus de la salle de Trianon est encore de lui ; il y avait également de sa main deux bustes qui existaient avant la révolution , à l'église de St-Jean à Aix. Clérion avait épousé Geneviève Bologne , qui peignait l'histoire, les fleurs et les fruits et dont les talents lui avaient valu une place à l'Académie. Clérion la perdit en 1708 ; il mourut en 17U.
Jean de Dieu , né à Arles , se distinguait à la même époque à Paris et dans le même genre que Clérion , il travailla également pour Versailles , ses ouvrages fort estimés lui valurent le titre de sculpteur ordinaire du roi.
Vassé (Antoine-François), sculpteur du roi et membre de l'Académie royale de Peinture et de Sculpture , né à Digne en 1683 , occupa une belle place parmi nos artistes du Midi ; les décorations du chœur de l'église
Notre-Dame-de-Paris, le bas-relief de son maître-autel et la figure qui est à la chapelle de la Vierge de cette métropole , sont dus à son ciseau habile ; il exécuta de nombreux travaux pour le roi de Prusse , à son château de Sans-Souci. Yassé mourut le 1 "janvier 1736, laissant un fils sculpteur comme lui.
Vassé fut commissionné pendant nombre d'années par la marine , pour l'ornementation des vaisseaux. Il envoyait ses dessins de Paris à Toulon (de 1720 à 1736).
Vassé (Louis-Claude), s'acquit autant de célébrité que son père ; élève de Bouchardon , il devint également sculpteur du roi et professeur à l'Académie , il exécuta de grands travaux pour l'empereur de Russie. II eut pour élève Lecomte (Félix), né à Paris en 1737 et mort en 1817, qui remporta en 176i, le grand prix de sculpture sur un bas-relief représentant le Massacre des Innocents.
XVIIIe ET XIXe SIECLE.