FONDATION DE L'ACADÉMIE DE PEINTURE
L'Académie de Peinture et de Sculpture de Marseille, à dû son établissement à l'émulation de plusieurs peintres sculpteurs et dessinateurs qui se réunirent en 1753, pour dessiner le modèle vivant. M. le duc de Villars protégea cette académie naissante, l'académie de Paris l'adopta pour sa fille et en agréa la direction générale.
Les artistes qui avaient jeté les premiers fondements de l'académie , formèrent bientôt de leurs propres deniers une école à dessiner et l'ouvrirent au public.
L'institution d'une telle école qui tendait à fournir aux manufactures de Marseille des dessinateurs qu'on ne pouvait alors se procurer qu'à grands frais, fixa l'attention des échevins ; frappés des avantages qui
en pouvaient résulter, ils obtinrent du roi en 1756, un arrêt du Conseil, qui autorisait la ville de Marseille à appliquer à cette école une subvention annuelle.
Cet établissement prit alors une forme nouvelle, l'émulation fut plus active, les artistes cédèrent leur titre de fondateurs aux échevins et prirent celui de professeurs qu'ils honorèrent dignement.
La compagnie se composait d'un directeur perpétuel, choisi parmi les membres de l'académie royale de Paris, d'un directeur recteur ; de divers professeurs chargés de l'enseignement du dessin, de la peinture et de la sculpture , plus d'un secrétaire perpétuel et d'un nombre illimité d'académiciens et agréés.
Elle comptait dans le principe parmi ses membres des amateurs honoraires tels que Messieurs Vatelet, receveur général des finances ; de Calvière, lieutenant général; Blondel d'Agincourt; Souflot , architecte du roi.
Une exposition publique des ouvrages des académiciens avait lieu tous les deux ans à la Saint-Louis. Le dimanche suivant l'académie adjugeait dans son assemblée publique des prix aux élèves qui les avaient mérités.
D'André Bardon professeur de l'académie royale de Paris et commissaire délégué avait été élu directeur perpétuel de l'école de Marseille.
M. Yerdiguier sculpteur, en était le directeur recteur; les académiciens artistes et professeurs étaient :
M. Kapeller, peintre; Bertrand, sculpteur statuaire; David, paysagiste excellent; Nicolas, statuaire; Moulinneuf, peintre d'histoire , secrétaire perpétuel ; Zirio , mort en 1776 et remplacé alors par Henry d'Ageville , architecte; Revelly, peintre d'histoire ; Arnaud, peintre ; Rey, peintre ; Lepètre, constructeur de navires ,
professeur d'architecture navale et Dorange, chancelier , maître en chirurgie , professeur de l'anatomie relative au dessin.
Parmi les agréés de l'académie, nous citerons: MM. Barrigues de Fontainieu ; De Paul , lieutenant général ; Salze ; Germain ; le Bailli de Bevel ; Farranc ; Magnan ; don Bruzetin ; Roussier ; Guys et Michel, possesseurs de modèles précieux du Puget et de Mathias. — Rouviêre ; Michel ; Dufourneau ; Laurent ; Dagnan ; Fourre ; Latour et Taurel étaient de simples amateurs non associés à l'académie, mais possédant comme les premiers des collections remarquables.
Maintenant nous allons dire ce que nous savons sur les artistes dont nous avons pu recueillir ies noms et appartenant directement ou simplement affiliés à 'école de Marseille. En examinant les œuvres que nous connaissons d'eux, en notant les particularités les plus saillantes de leur existence et les diverses phases et ransformations subies par cette même école sous Tinfluence des événements et des révolutions, nous aurons une idée du mouvement de l'art dans cette ville depuis la fondation de son académie de Peinture jusqu'à nos jours. Nous débuterons par d'André Bardon, le premier directeur de cette académie.
D'André Bardon (Michel-François), naquit à Aix en 1700, d'un père très-honorable, ancien consul d'Aix et procureur du pays. Sa mère née Bardon , nièce du commandeur de ce nom, lui fit par son testament un devoir de porter ses armes et son nom, qu'il ajouta à celui de d'André. Ses parents , qui le destinaient au barreau et à la magistrature héréditaire dans la famille, l'envoyèrent à Paris pour y étudier le droit et prendre ses degrés. La contagion qui désola la Provence en 1720 et 21, l'arrêta dans la capitale beau-
coup plus longtemps qu'il ne pouvait le prévoir, de sorte qu'ayant fini son cours, il se trouva sans occupation. Le. goût pour le dessin dont la nature l'avait doué , se révéla alors en lui. — J.-B. Vanloo, son compatriote lui en donna les premières leçons, et il eut ensuite pour maître dans la peinture: Detroy , le fils.
D'André Bardon devint bientôt compositeur fécond et facile. Assidu aux exercices de l'Académie, il concourut pour le grand prix et le remporta. Ses succès lui inspirèrent le dessein d'aller se perfectionner à Rome. Lors de son passage en Provence où sa réputation l'avait précédé , M. le duc d'Albertas lui proposa de faire les tableaux qui devaient décorer la salle d'audience de la Cour des Comptes , dont il était premier président. Sensible à l'honneur qu'on lui faisait, Bardon promit de s'en occuper, dès qu'il serait revenu d'Italie. Quoiqu'il eut fait le voyage à ses frais, M. le duc d'Antin qui était instruit de ses talents le fit admettre au nombre des élèves-pensionnaires du roi , sans qu'il eût recherché cette faveur.
Bardon mit à profit les six années qu'il resta dans les écoles de la capitale du monde chrétien. A son retour, il voulut passer par Venise, et ce ne fut qu'après six mois entiers consacrés à étudier et à admirer les chefs-d'œuvre que cette ville renferme, qu'il se détermina à en sortir. Arrivé à Aix , il se mit à l'ouvrage qui lui avait été réservé , pendant son absence. Pour agir avec plus de sûreté , il avait engagé M. A. Slodtz , son ami, élève comme lui de l'Académie de Rome , à modeler sur ses dessins , quelques-unes des principales figures , destinées à entier dans le grand et principal tableau qu'il se proposait d'exécuter. On y voyait l'empereur Auguste qui prononçait la peine de mort contre les personnes
convaincues de péculat et les faisait jeter dons le Tibre. Dans les tableaux placés entre les croisées , il représenta la religion , l'équité et les autres vertus qui doivent habiter le sanctuaire de la justice. Ces productions méritèrent à d'André père, dans une assemblée municipale, où il assistait en qualité de procureur du pays , un compliment selennel de félicitations par l'orateur de la ville , d'avoir donné un tel fils à la patrie.
Après s'être fait admirer et applaudir pas ses compatriotes , d'André reprit la route de Paris , il fut admis à l'Académie en 1735. Son tableau de réception représente la cruelle Taille qui fait passer les roues de son char sur le corps du roi son père. Ce tableau se distinguait parmi ceux qui ornaient les salles de l'Académie.
Vers l'année 1744 ou 1745 , le désir de revoir sa patrie, joint à la nécessité de défendre son patrimoine , l'engagea à solliciter la place de contrôleur des peintures des galères de Marseille ; et il l'obtint avec 900 livres d'émoluments. Il se montra alors musicien et bientôt après poète. Son génie était propre à tout. Il fit exécuter à Aix , par le concert public le premier ouvrage de musique de sa composition. Cette académie crut aussitôt devoir se l'associer ; d'André en reconnaissance, décora la salle du concert, qui est dans l'Hôtel-de-Ville, de cette ingénieuse perspective que les connaisseurs admirent. Les autrichiens ayant fait une irruption en Provence par le Var , dans le mois de décembre 1746 , Bardon composa sur ce sujet un poème, qui fut publié en 1750
Ce fut dans cette même année 1750, que l'Académie des Belles-Lettres de Marseille, l'ayant reçu au nombre de ses membres , il prononça un beau discours sur
l'avantage de l'union des Arts et des Lettres , dont il fournissait, dans sa personne, une preuve bien honorable. Non-seulement il se rendit assidu à toutes les assemblées que sa présence animait ; mais encore il conçut et exécuta le projet de l'Académie de Peinture , qui eut l'avantage d'être la plus ancienne de toutes celles des Provinces : il en fut le fondateur et le directeur perpétuel. Quelques années après , le roi ayant jugé à propos de transférer la marine à Toulon, Bardon prit le parti de retourner à Paris; et la place de professeur d'histoire dans l'école des élèves protégés du roi, étant devenue vacante par la mort de Lépicié, il y fut nommé. — Personne n'était plus propre que lui à cet emploi important, étant en même temps peintre et homme de lettres. Dès ce moment il se consacra tout entier à l'instruction de ses élèves ; il abandonna le pinceau, et ne quitta plus la plume. C'est aussi pendant ce temps , et pour leur utilité , qu'il composa la plupart de ses ouvrages. Celui qu'il jugea être le plus nécessaire à ses élèves, fut un Cours complet des Usages et Costumes des anciens peuples , avec estampes. Il voulut par un autre ouvrage leur apprendre à traiter convenablement chaque trait d'histoire.
Au milieu de ses occupations et de ses travaux littéraires, d'André eut en 1770, une attaque d'apoplexie , mais qui lui laissa cependant la faculté d'écrire , pendant les treize dernières années de sa vie. Il mourut à Paris , dans le mois d'avril 1783 , n'ayant cessé jusqu'à ses derniers moments de travailler à un Traité d'Anatomic en faveur des jeunes peintres.
Outre les académies de Paris et de Marseille, il était encore membre de celles de Rouen et de Toulouse. Cet homme justement célèbre était d'un naturel vif, gai, franc et enjoué , de mœurs honnêtes qu'il respecta
toujours dans ses tableaux et dans ses ouvrages littéraires.
Achard , dans ses Hommes illustres de la Provence , donne la liste de ses ouvrages imprimés, formant sept volumes et dont l'un deux est orné de 360 planches. d'André Bardon a également publié un grand nombre de pièces fugitives. En 1750 il fit don à l'Académie des Sciences et Belles-Lettres de Marseille , de son poème sur le Passage du Var ou Y Incursion et la déroute des Autrichiens en Provence ; le Triomphe des talents et des Arts dans la Grèce, poème ; le Sacrifice d'fphigénie, poème ; Costumes des anciens peuples ; 1776 , Traité de la Peinture. — Dans son Histoire de l'Académie de Marseille (2me volume), J.-B. Lautard donne les dates de la présentation de ces derniers ouvrages à l'Académie.
Kapeller , était en 1777 , directeur recteur de l'académie de Peinture de Marseille ; Verdiguier, peintre et géomètre, ayant quitté cette ville. — Kapeller a formé des élèves qui se distinguèrent. Ce fut lui qui charmé des dispositions d'Henry, d'Arles — ville où il avait exécuté de nombreux travaux— détermina sa vocation. UAlmanach des Artistes de 1776 , dit : « On doit aux soins de Kapeller le goût et l'amour des arts qui se perpétuent à Marseille, on lui sait gré d'avoir mis autant d'intérêt à éclairer les amateurs dans leurs recherches, qu'il met d'affection dans l'accueil qu'il fait aux jeunes artistes ; il fut ainsi que M. Beaufort, peintre du roi et membre de son Académie de Peinture et de Sculpture de Paris, l'un des fondateurs de celle de Marseille.» Kapeller continua la précieuse collection héraldique d'Antoine Nicolas.
Revelly, peintre d'histoire , avait précédé Kapeller comme directeur recteur de l'Académie.
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Aulagnier , savant architecte et professeur à l'Académie , mourut en 1769.
Compian (abbé), prévôt de l'église Cathédrale de Marseille , artiste distingué et possesseur d'une belle collection de tableaux , mourut en 1770 , membre de l'Académie.
Jareme (abbé de), l'un des chanoines comte de St- Victor , excellent mécanicien et bon architecte , mourut également en 1770, membre de l'Académie, il fil bâtir le château de Besse (département du Var), sur ses plans, c'était une construction très remarquable.
D'Age ville , architecte, professeur d'architecture et de perspective , associé correspondant de TxVcadémie royale d'Architecture de Paris , selon YAlmanach des Artistes de 1776 et 1777, il est désigné dans l'ouvrage de M. Lautard comme membre de l'Académie de Peinture de Marseille et comme ayant remporté en 1781, le prix des sciences , proposé en 1777 par l'Académie des Belles-Lettres de cette ville, le sujet proposé était : Quelles sont les causes qui concourent à combler le port de Marseille et les moyens de réparer et de prévenir ce dommage. En 1788 , d'Ageville était directeur de l'Académie royale de Peinture et d'Architecture, etc., toujours selon M. Lautard qui indique les mémoires qu'il offrit à l'Académie des Belles-Lettres dont il était alors associé régnicole , et qui traitaient: des monuments publics de Marseille ; des moyens de rendre navigables les embouchures du Rhône] de la mécanique ; de la peinture; du dessin, etc. D'Ageville était l'ami de J.-B. Vanloo auquel il a consacré une notice historique dans l'ouvrage d'Achard (Hommes illustres de la ProveuceJ.
Verdussen (Jean-Pierre), selon le livret de notre exposition, fut directeur de l'école de dessin et de peinture de Marseille, avant la première révolution; nous ne savons jusqu'à quel pointée titre de directeur attribué à Verdussen est justifié. Les œuvres de ce maître sont très répandues dans le midi, on remarque dans leur exécution plusieurs manières qui donnent la mesure des diverses phases subies par son talent. Malgré toutes nos recherches nous n'avons pu rien trouver de précis sur lui. Le dictionnaire de Chaudon et Delandine lui consacre un article reproduit par Barjavel, mais où il existe une erreur de date flagrante. Nous le reproduisons textuellement, en soulignant l'erreur. « Verdussen, Jean-Pierre, membre de l'académie de peinture de Marseille , mort le 31 mars 1763, un des plus célèbres peintres de batailles, suivit Victor Àmédée III , roi de Sardaigne, qui l'avait attiré près de lui en 1774 , parcourut diverses cours de l'Europe , rentra en France et se fixa à Avignon où il se signala par des chefs-d'œuvre. » Si ce maître est réellement mort en 1763; il est fort difficile d'admettre qu'il avait suivi Victor Amédée en 1774 ; ce que nous pouvons dire avec certitude, c'est que Victor Amédée III né en 1726, régna de 1773 à 1796.
Henry (Jean), peintre de marine, professeur de l'Académie royale de Peinture , Sculpture et Architecture civile et navale de la ville de Marseille, naquit à Arles le 14 septembre 1734. Son père commis aux bureaux des fermes , lui donna une éducation conforme à sa position, dans l'idée de lui transmettre son emploi ; mais, un goût naturel pour le dessin auquel il se livrait sans maître, et ses cahiers toujours remplis de barques et de paysages jetés sur le papier, témoignaient de sa vocation.
Une circonstance heureuse lui fit rencontrer Kapeller, qui fut plus tard un des premiers professeurs, puis directeur de l'Académie de Peinture de Marseille. Henry mit tout en œuvre pour être admis dans son atelier et il y réussit. Kapeller, ayant terminé les travaux qui lui avaient été commandés à Arles et charmédes grandes dispositions du jeune Henry, l'emmena avec lui à Marseille , où pendant cinq à six ans , il s'attacha à les développer.
Lorsque l'Académie de Peinture et de Sculpture fut établie en 1753, Henry, alors âgé de dix-neuf ans, vint y dessiner en qualité d'élève et il y obtint au premier concours la première couronne. Ce fut à cette époque que J. Vernet peignit les deux superbes vues du port de Marseille. En arrivant il demanda à Kapeller , un de ses élèves , pour avoir soin de sa palette et de ses pinceaux. Henry instruit de cette demande, obtint la faveur d'être admis auprès de ce grand homme, il ne le quitta plus jusqu'à son départ.
Pénétré de l'esprit et de la manière de ce peintre , Henry prit à son tour son essor , redoublant d'application , on le vit chaque jour dans le port , sur les quais , aux ateliers , aux chantiers de constructions , dans un bateau , près des vaisseaux qui arrivaient ou appareillaient pour leur départ , y dessiner leurs manœuvres diverses . et toutes ses études sont devenues des dessins précieux; après Vernet, la nature fut sont seul maître. S'élevait-il une tempête dans le golfe , Henry accourait sur le rivage pour en saisir tous les aspects ou bien bravant lui-même l'orage, il aifrontait la mort et les flots furieux pour se mieux pénétrer de ces grands spectacles de la nature. Un travail aussi opiniâtre devait porter ses fruits. Henry ne tarda pas à se faire connaître par quelques petits tableaux de chevalet : une Chaise à porteur, hasard singulier, dont
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il peignit les panneaux, devint la base de sa réputation naissante ; bientôt prenant un vol plus élevé il acheva avec un grand succès la décoration d'un salon dans la maison de M. Jean-Baptiste Rey. — M. Rey satisfait au dernier point se fit le mécène d'Henry ; il l'envoya à Home, fournissante sa dépense pendant deux ans. A son retour Henry se présenta à l'Académie ; il y fut agréé en 1755 et reçu en 1756. Son morceau de réception — un de ses meilleurs ouvrages — est une Tempête , elle figure actuellement dans le musée de Marseille. — En 1776 , la mort de M. Zirio laissa une place de professeur vacante à l'Académie. Henry réunit les voix en sa faveur et remplaça Zirio , l'emportant sur plusieurs concurrents.
Henry, en étudiant d'après les ouvrages de Vernet, avait su s'approprier la belle manière de ce peintre. Sa touche était hardie, elle tenait de la vivacité de son génie. Deux célèbres amateurs en Provence, M. Guys et M. Fortis, avaient occupé Henry, l'un pour divers tableaux de chevalet et l'autre pour des travaux de décorations.
Parmi les nombreuses marines et paysages sortis de son atelier on citait une toile existant dans le cabinet de M. Rouvier , lieutenant du roi , dans la ville de Vence et une autre chez M. Michel de Léon, trésorier général de France , représentant toutes deux une Tempête d'une force égale a celle de son morceau de réception à l'Académie.
A son retour d'Egypte , le duc de Chaulnes, arrivant à Marseille et ayant eu l'occasion d'apprécier le mérite d'Henry , le chargea d'arrêter et de refaire môme en partie une suite considérable de dessins qu'il avait esquissés lui-même d'après les antiques et les monuments divers qu'il était allé étudier et admirer dans la patrie
de Pharaons. Le duc de Chaulnes conserva toujours beaucoup d'estime et d'amitié pour cet artiste et ne cessa jamais de l'honorer de sa protection.
Henry à peint également dans l'hôtel de M. de Paul, lieutenant général civil honoraire de Marseille , huit grands tableaux qui ornaient une vaste galerie.
Henry avait un cœur excellent, il aimait à se rendre utile , il eut de nombreux amis qu'il sut garder ; il conserva toujours pour J. Vernet une respectueuse amitié et cet attachement vif et sincère que ce maître inspirait à tous ses admirateurs. Vernet de son côté aimait beaucoup Henry. M. Campion amateur distingué et jouissant d'une fortune assez considérable fut également un des amis les plus sincères et un des protecteurs les plus zélés d'Henry , auquel il rendit des services éminents.
Notre artiste lui était tellement attaché que lorsque M. Campion fut enlevé aux lettres et aux arts , qu'il honorait si bien , il tomba dans une sombre mélancolie , triste avant-coureur dune mort prochaine. — Henry s'était marié depuis peu; il succomba le 14 septembre 1784, des suites de la taille de la pierre , maladie dont il était attaqué.
D'Agoty (Gauthier), de Marseille, mort en cette ville en 1785 peintre et graveur , inventa la manière de graver et d'imprimer avec les quatre couleurs, il écrivit quelques bons ouvrages sur son art et laissa plusieurs enfants qui excellèrent aussi dans la gravure (Statistique des Bouches- du-Rhône, t. m, pag. 314 et 333).
Laurent (Pierre), graveur de paysages et d'animaux, né à Marseille en 1739, mort à Paris le 30 juin 180G ; n'a eu d'autre maître que Balechou dont il n'a reçu que
as
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peu de leçons. On a de lui : Une jeune femme tenant un agneau sous le bras et passant un gué ; une Vue du Colysée; des têtes d'études de Chèvres et de Moutons, d'après Berghem ; des Bœufs dans une prairie, d'après Paul Potter ; un Manège, d'après Wouvermans; le Passage du Rhin par Louis XIV, d'après Vandermeulen ; le Déluge, d'après Poussin ; la mort du chevalier d'Assas , d'après Casanova ; le Retour de la bataille d'Ivry d'après Bounieu. Il a publié en 1802 avec M. Robillard la belle collection connue sous le nom de Musée Français. Les différentes planches dont se compose cet ouvrage — qui a valu à l'auteur une médaille d'or — on été vues à l'Exposition des produits de l'Industrie en 1806.
Bounieu (Michel-Honoré) , peintre d'histoire , de genre et graveur en manière noire, naquit à Marseille en 1740, il fut élève de l'école de Marseille, puis de Pierre. Agréé à l'académie de 1767, il exposa depuis à tous les salons ; celui de 1785 mentionne seize de ses toiles ; on lui doit la Naissance de Henry IV ; le Retour de la bataille d'Ivry, gravé par Pierre Laurent; le Supplice d'une Vestale, le Déluge, l'Amour conduisant la Folie , etc. Son tableau d'Adam et Eve , qu'il grava lui-même fut acheté par Paul Ier et celui de Betzabée , gravé par Benoist , fut acquis par le duc de Chartres. — De 1792 à 1794, Bounieu fut conservateur du cabinet des estampes à la Bibliothèque Nationale, et àpartir de cette époque il fut nommé professeur de dessin à l'École des Ponts-et-Chaussées — place qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1814.
Bounieu (M1Ie Emilie), fille du précédent et depuis dame Raveau, hérita en partie du talent de son père, elle a exposé de 1800 à 1819 des tableaux d'histoire
et des portraits qui furent appréciés. (Voy. 2me vol. de M. de Baudicour où l'œuvre de Bounieu est décrite).
Boze (Joseph), né à Martigues le 17 janvier 1745, mort à Paris en 18*26, peintre d'histoire et de portraits; débuta par le portrait de Marie-Antoinette qu'il fit de mémoire et qui lui valut accès à la cour de Louis XVI. Boze obtint le titre de peintre breveté de la guerre sous le ministère du cardinal de Brienne, il fit alors le portrait de Louis XVI. L'artiste eut à partir de ce moment un atelier dans ies appartements de Versailles et tous les membres de la famille royale posèrent successivement devant lui. Son attachement au Bourbons faillit lui être fatal ; le 9 thermidor le rendit à la liberté, après onze mois de captivité. Le Moniteur du 6 janvier 1826, dit que Boze victime de la révolution n'existait sous la Restauration qu'au moyen d'une pension à lui accordée par Louis XVIII, pour services rendus. On doit à Boze de posséder les traits des personnages historiques de son temps, il avait à la Sorbonne , un atelier, salon perpétuel , orné de portraits de personnages appartenant à tous les partis; ainsi à côté des ministres de Louis XVI, on voyait Marat, Robespierre, Mirabeau, ce dernier en pied a été reproduit par la gravure. La bataille de Wagram peinte par cet artiste laissait quelque peu à désirer. Boze a fait avec succès des pastels et a abordé également plusieurs genres. Le musée de Versailles possède quelques uns de ses portraits.
Boze (Mlle Fanny), fille du précédent, douée d'un talent assez remarquable, a reproduit les traits de plusieurs personnages de la république , contribuant par ce moyen à adoucir les juges de son père, et sa captivité — Mademoiselle Boze est morte en 1856.
DU XVIIIe AU XIXe SIÈCLE
DESTRUCTION DE L'ACADEMIE ET CREATION DU MUSEE DES ARTS TRANSFORMÉ EN LYCEE.
L'Académie de Peinture de Marseille, eut jusqu'au 21 août 1793, une existence complètement indépendante de l'Académie des Belles-Lettres de cette ville.
La révolution étendit ses ravages sur cette institution et les tableaux et les modèles qui décoraient les salles furent dispersés, enlevés ou détruits, ainsi que les papiers, les registres et les meubles.
En 1795, il fut créé une commission près du district, sous le titre de Commission des Arts, composée de littérateurs et d'artistes. Ses fonctions consistaient à dresser des inventaires à garder et conserver les livres, tableaux et objets d'art, que l'on enlevait des églises et des maisons religieuses pour être mis dans les dépôts du département.
L'utilité reconnue de cette commission lui ayant fait prendre plus de consistance, ses membres décidèrent avec l'approbation de l'autorité , d'ouvrir des cours de grammaire, de mathématiques, d'histoire naturelle et de dessin.
C'est à cette époque, vers le milieu de l'année 179G que l'école publique de dessin fut reconstituée, sur un nouveau mode d'organisation et sous la direction de Guenin, peintre. — En 1798, Fontainieux fut adjoint à Gueuin , tous deux présidèrent à la formation du musée des arts^ en compagnie de Claude-François Achard, Aubert, Audibert et Odossaint.
En 1799 — date de la formation du Lycée des Sciences et des Arts, les membres du musée déjà nommés vinrent s'adjoindre à cette nouvelle société, qui reçut dans son sein les artistes suivant: D'Antoine, sculpteur; Forty, peintre qui fit hommage au lycée de deux tableaux représentant Jacob au moment où il reconnaît la robe ensenglantée de Joseph ; Poize, habile graveur; Chardigny, sculpteur; Blanchard, peintre et Gaffodio, dessinateur estimé.
L'ordre et la paix commençaient à renaître. En 1801 le général Bonaparte , Ier Consul , se faisait recevoir membre associé du lycée , ainsi que M. Charles de la Croix qui devenait membre titulaire dans la même année.
Charles de la Croix fut le premier préfet des Bouches-du-Rhône , il avait prit les rênes de l'administration le 10 germinal an VIII (31 mars 1800), il les quitta le 9 prairial an XI (29 mai 1803) et le 18 dudit mois de prairial M. le conseiller d'Etat, Thibaudeau le remplaça et conserva ce poste jusqu'à la fin du premier empire.
Charles de la Croix donna la plus vive impulsion aux
embellissements de Marseille. De 1800 à 1803, furent créés : la place Monthion ; le Cours Bonaparte et un grand nombre de Boulevards tous plantés d'arbres , ainsi que les quatre fontaines , celle de Belsunce au haut de la rue Paradis — qui n'existe plus — celle d'Homère au haut de la rue Première Calade ; celle de Puget, rue de Rome et celle anciennement appelée De la Croix — aujourd'hui fontaine de la place des Fainéants. Le Théâtre Français fut également construit à cette époque sur les plans de Giraud Destinval de Marseille ; l'ouverture en eutj lieu le 26 fructidor (13 septembre 1804).
L'impulsion était donnée , l'Académie des Sciences , des Belles-Lettres et des Arts, admit cette même année parmi ses membres ( 1804 ) , Lamy père et Giry , anciens membres de la première académie , tous deux Peintres et Reattu, ancien pensionnaire de l'Académie de Peinture à Rome. Désormais les élèves de l'école avaient des modèles à consulter et les cours de dessins n'eurent à subir depuis lors aucune interruption.
GuENiN(Joachim), né à Versailles, peintre de genre, habitait Lyon en 1776 ; membre du Lycée des Sciences et des Arts de Marseille et nommé administrateur du musée et professeur de dessin à l'école publique en 1796, il fut le premier maître de Guerin, de Toulon et d'Augustin Aubert.
Le livret de l'an VIII de la république mentionne de lui plusieurs portraits et l'esquisse d'une Assomption dont il avait exécuté le tableau pour la Chartreuse de Pierre Jettée (frontières de la Savoie). M. Achard avait donné sa démission de conservateur du musée le 21 germinal an XI , Guenin fut chargé de cet emploi
et on lui adjoignit plus tard , Fontainieux. Le musée ne contenait alors que cent quarante et un tableaux.
J. Guenin avait passé plusieurs années en Espagne , c'est à son retour qu'il fut nommé directeur de l'école : il mourut en 1816.
Fortis ou Forty , dont nous avons parlé à l'école d'Aix, comme ayant laissé dans cette ville de forts beaux dessins , était de Marseille , s'il faut s'en rapporter au livret de l'exposition de cette ville de Tan VIII. — Voilà la nomenclature de ses titres : membre de l'Institut national de France , conservateur du musée , professeur de dessin à l'école centrale du département des Bouches-du Rhône et membre du Lycée des Sciences et des Arts de Marseille. — Forty avait exposé cette même année son tableau de Jacob reconnaissant la robe de son fils Joseph, qui avait valu à son auteur sa réception à l'Académie de Peinture de Paris — tableau dont il fit don , comme nous l'avons déjà dit, au Lycée des Arts de Marseille. Le livret de Tan VIII mentionne également les œuvres suivantes : Ganimède préparant une coupé de nectar ; un Vieillard lisant ; Epaminondas refusant les présents du roi de Perse ; esquisse d'un tableau qui lui était commandé par l'Assemblée Législative; plus quatre grands portraits et cinq ovales. Forty avait également exposé les dessins suivants : Arsinoé , veuve de Lysimaque , expose sa vie pour sauver ses fils que Ptolémée Céranne veut faire assassiner (sanguine) ; le berger Paris offrant la pomme (trois crayons) ; cinq études de Têtes , d'après nature.
Poize (Pierre), graveur, membre du Lycée des Sciences et des Arts de Marseille , né à Beaucaire ; a exposé en l'an VIII et en l'an XI, un certain nombre de
cadres contenant des empreintes de cachets en creux et en relief; des sceaux, médailles et gravures à Feau forte , etc.
Blanchard (Laurent), né à Valence, membre du Lycée des Sciences et des Arts de Marseille , a exposé en Fan VIII, un tableau de chevalet et deux portraits.
Giry (Jean-Baptiste) , né à Marseille le 23 novembre 1733, mort le 11 octobre 1809 en cette ville; d'abord élève de Goste puis de Vien, fut reçu en 1770 membre de l'Académie de Toulouse et le 20 août 1780, membre de l'Académie de Peinture de Marseille, où il occupa la place de professeur ; en 1804, il obtint de nouveau un fauteuil au Lycée des Sciences et des Arts de la même ville. Giry a exécuté des tableaux à Fhuile et de remarquables peintures décoratives. Il fut Fun des premiers professeur de Constantin ; il existe de ce maître, des peintures au château de Ganges (Hérault) ; ses panneaux peints à Fhuile dans un salon de M. Rivet de Marseille , représentent les propriétés de M. Villier : un Christ (au Rôve) arrondissement d'Aix ; ce tableau a été peint lors de son émigration pendant la terreur. Sept dessins , sujets divers de cet artiste ont figurés à notre Exposition. Ils se distinguaient par une grande habileté de main.
Le livret de Marseille de Fan VIII, mentionne de Giry les dessins suivants : lo Moïse frappant le rocher ; 2° le Christ porté dans le tombeau ; 3° FArchange-Michel terrassant le démon; 4° un grand Paysage, vent furieux avec figures et animaux ; 5° Eglise souterraine de St- Victor; 6° deux autres Paysages sous le même numéro. Giry avait exposé également en Fan XI : 1° un tableau Paysage, ruines antiques avec figures et animaux ; 2<> dessin sur papier peint relevé de blanc , sujet tiré du
quatrième livre de l'Apocalypse ; 3° St-Jean prêchant (lavé au bistre) ; 4° Paysage avec figures et animaux (encre de Chine) .
Lamy (Louis-Augustin) , né à Marseille le 28 août 1747 , mort en juillet 1831 ; membre de l'ancienne académie de Peinture , nommé de nouveau en 1804 , membre du Lycée des Arts de cette ville , a exposé en Tan VIII , un grand tableau représentant une vue des environs de Barjols ; un autre paysage formant pendant avec cascades d'après nature. En l'an XI un paysage représentant le pont des Augustins à Barjols. Nous retrouvons encore son nom sur le livret de Marseille de 1818.
Reattu (Jacques) , peintre né à Arles, le 11 juin 1760, mort dans la même ville , le 7 avril 1833.
Les monuments et les sites historiques qui abondent dans la vieille cité de Constantin, portèrent de bonne heure Reattu à les dessiner. Ce goût devint une passion, et le jeune artiste alla étudier à Paris en 1773. 11 travailla d'abord dans l'atelier de Jullien ; distingué ensuite par Reynault , il obtint en 1791 à l'académie royale , le prix de Rome , que lui valut son tableau la Justification de Suzanne. Son séjour dans la métropole chrétienne est marqué surtout par deux œuvres : Orphée redemandant Eurydice; Prométhée dérobant le feu du ciel. Lorsque les événements politiques amenèrent la fermeture de notre école à Rome , Reattu passa à Naples où il demeura chez un digne négociant français ; revenu à Marseille, Reattu peignit : l'Apollon, Neptune , les Ouragans et l'Echelle mystérieuse. L'administration lui donna domicile à Marseille, dans une belle maison située sur la place Royale. Reattu y exécuta : l'Incendie de la demeure d'Alcibiade ; la Ville de Marseille faisant construire le Lazaret; le Triomphe
de la Liberté ; la Mort de Lucrèce ; Mercure et Argus ; Ixion attaché sur la roue par les Euménides.
En 4818 , il composa sa toile de Narcisse et Echo , cette môme année lui vit confier la décoration du Grand-Théâtre de Marseille. Bientôt l'admirable plafond , Apollon et les Muses répandant des fleurs sur le temps, fut salué par les applaudissements enthousiastes de nos concitoyens et des voyageurs. Ce chef-d'œuvre existe et sera certainement employé dans quelqu'un de nos monuments. En 1824 Reattu fut nommé membre correspondant de l'Institut de France. En 1828 il exécuta pour la ville de Beaucaire trois tableaux de l'Histoire de St-Paul, placés aujourd'hui dans l'église consacrée cet apôtre.
Reattu , heureux et aimé de tous , fut emporté par une attaque d'apoplexie à l'âge de 72 ans. Le Plularque Provençal contient une longue et très intéressante biographie de ce maître , elle est signée de Jules Canonge, le poète de INîmes.
Lebrun (Jean-Baptiste Topino) , peintre d'histoire né à Marseille, élève de l'école , puis de David, et condamné à mort en 1801 pour avoir conspiré contre la vie du Ier Consul. L'ouvrage le plus estimé de cet artiste, enlevé jeune à la peinture, est la mort de Caïus Gracchus, tableau qui fut acheté par le gouvernement; il fait partie de collection du musée de Marseille.
Fontainieu (Prosper-François-Irénée, Barriguesde), membre de l'Académie de Marseille, peintre de paysages. Cet artiste est né à Marseille le J7 juillet 1760, où sa famille originaire du Portugal , était établie depuis près de deux siècles. Jeune encore il fut destiné à la marine royale où pendant dix-huit ans de service , il ne cessa de se montrer avec honneur ; il était ensei-
gne de vaisseau , lorsque de 1778 à 1782 — ■ éclata la guerre de l'Indépendance Américaine, il servit en cette qualité sous l'amiral d'Estaing ; il assista à plusieurs combats mémorables , tels que ceux de Rhod-Island , devant Gibraltar et de la Grenade , à la hauteur des Bermudes où il fut blessé. Il avait rang de lieutenant de vaisseau à la Révolution ; à la Restauration, Fontainieu fut promu au grade de capitaine de vaisseau et décoré de la Croix de St-Louis. Forcé de s'éloigner pendant la tourmente révolutionnaire il se rendit en Italie et fit a Naples la connaissance de Denis , peintre de paysages , alors fort estimé. Sous la direction de Denis , le marin distingué devint presque tout-à-coup un artiste , que l'étude de la nature devait bientôt compléter.
Fontainieu avait envoyé en 1817 à l'exposition de Paris , son tableau représentant le Village de la Cava, (royaume de Naples), aujourd'hui dans notre musée, il obtint une médaille d'encouragement. M. le marquis de Montgrand , alors maire en fit l'acquisition pour la ville. Il exposa à Paris également en 1801 une Vue prise à Naples et en 1814 un Paysage avec cascades , environs de Grasse (Provence), il existe également de cet artiste plusieurs toiles dans les galeries du Luxembourg et de Fontainebleau. Les livrets de Marseille mentionnent de lui en l'an Xi : 1<> un Paysage de composition; 2° une Cascade (royaume de Naples) ; 3° Bords de l'Arno (Toscane) ; plus cinq compositions , paysages et marines. — En 1838, le Lac Nemi (environs de Rome), et les Cassines de Florence. Ces deux derniers tableaux étaient peints depuis plusieurs années , car, Fontainieu est devenu aveugle en 1822 , il mourut le 28 septembre 1850.
Fontainieu (Adolphe), fils du précédent, né à Marseille , a exposé en cette ville en 1838 : 1° Cérémonie
funèbre dans les catacombes de l'abbaye de St-Victor à Marseille ; 2° Prière à la Madone (Rome) ; 3° Vue prise dans le fort St-Nicolas , à Marseille ; 4° Vue de la rade de Marseille , prise de chez M. P.-H.-R. au quartier St- Joseph (paysage) ; 5<> Intérieur de la Cathédrale de Marseille (aquarelle).
Il avait exposé également à Marseille en 1836 : un Intérieur de la Chapelle Royale, à Palerme (Sicile), plus sept dessins faits en Italie d'après nature.
SCULPTEURS
Antoine ou d'ANTOiNE (Etienne), sculpteur, naquit à Carpentras, le 20 février 1737 ; sa première éducation fut totalement négligée , et il savait à peine lire et écrire. Fort jeune encore, il vint avec ses modestes parents habiter Marseille où on l'occupa d'abord au métier deformier pour souliers, bientôt après, comme il avait un goût prononcé pour le dessin, il fut admis au nombre des élèves de l'Académie de Peinture, qui venait d'être établie dans cette ville ; là, se développèrent rapidement ses dispositions naturelles, et il remporta le prix de différentes classes élémentaires.
Une circonstance qu'il se plaisait à raconter excita vivement son émulation , et hâta la marche de ses progrès. L'académie visitée , à certaines époques de l'année, par l'autorité municipale, aimait à montrer un nombre assez considérable d'élèves, surtout dans la salle d'étude du modèle vivant : pour que ceux-ci fussent plus nombreux , on recourait quelquefois à ceux des autres classes et le jeune d'Antoine se trouva dans cette catégorie ; l'heureux début qu'il fit dans cette section importante, lui valut l'avantage d'y être conservé, et depuis il continua à dessiner d'après nature.
De plus en plus passionné pour cet art, il quitta
son premier métier , il s'appliqua soigneusement à modeler et se plaça chez un faïencier, qui lui faisait confectionner des vases , des guirlandes , des pots à fleurs, des figurines et autres objets se rattachant à sa partie de prédilection ; enfin à l'âge de vingt ans, il se voua tout entier à la sculpture, et il acquit bientôt une réputation, pour ses modèles en terre cuite et même pour quelques ouvrages en marbre.
Une de ses premières productions , fut une Minerve assise, de grandeur naturelle, qu'il exécuta pour M. Guys, négociant à Marseille.
Il embellit aussi de ses œuvres la maison et la belle villa du vicomte de Flotte et celle du marquis d'Arnisia, où parmi les statues et les groupes en terre cuite de notre artiste, un Narcisse et Y Enlèvement d'Hélène avaient réuni les suffrages les plus honorables.
D'Antoine brûlait depuis longtemps du désir de visiter l'Italie, il n'attendait pour ce voyage que le secours de ses économies ; ce fut vers la fin de 1766 qu'il partit pour Rome ; arrivé dans cette ville, il mit une telle activité dans ses études qu'il fut atteint d'une grave maladie ; au bout de deux ans, sa santé rétablie, il remporta le grand prix du Capitole, sur un modèle en terre cuite et de ronde bosse, représentant Jupiter, Junon et la Nymphe lo métamorphosée en Vache. — Dans l'intérêt de sa santé il revint à Marseille , précédé par la considération due à ses talents, il fit plusieurs bustes fort remarquables. C'est probablement à cette époque, qu'il fut choisi sur plusieurs concurrents, pour sculpter le beau mausolée que les Garpentrasiens firent élever à leur bienfaiteur, d'Inguimbert.
Ce monument en marbre de Carare est incrusté dans le mur occidental du chœur de la chapelle de l'Hôtel- Dieu : outre le buste du prélat, porté sur un cippe, au sommet de l'œuvre, l'artiste a représenté dans un style
414 EXPOSITION DÈS fiEAUX-ÀRTS.
suave, la Foi et la Charité ; à droite on lit : d'Antoine carpent, invertit et fecil, 1774.
D'Antoine appelé ensuite à Montpellier , sculpta le groupe monumental des trois Grâces qui surmonte la fontaine située en face du Théâtre.
Ce grand ouvrage et quelques autres tel qu'une Bacchante , très belle ligure de grandeur naturelle , l'occupèrent pendant plusieurs années. Dans le pacte conclu avec la ville de Montpellier, il fut stipulé que d'Antoine recevrait une pension viagère d'une partie du prix de ses ouvrages , dont il laissait le capital à la ville, il s'était ainsi ménagé une petite fortune jiour l'avenir.
D'Antoine partit alors pour Paris qu'il ne connaissait point, il y épousa vers 1782, une jeune veuve, mère d'une fille de deux ans , il revint à Marseille avec sa nouvelle famille , rapportant de la capitale une très jolie collection de tableaux , dont il orna une maison de campagne qu'il avait achetée , au haut de la rue Paradis , mais la perte de son épouse et la révolution qui ne tarda pas à éclater , en le privant de la pension que lui faisait la ville de Montpellier, rendit sa position pénible ; ayant cependant repris courage , il se remit au travail et lorsque l'ordre fut rétabli en 1800 , il fut désigné parmi les artistes que le préfet des Bouchesdu-Rhône , De la Croix , chargea d'embellir Marseille. Il exécuta alors les bustes de Puget et celui $ Homère qui ornent deux de nos fontaines publiques. Guénin, directeur de l'école de dessin , lui confia également la restauration de tout les plâtres qui avaient appartenu à l'ancienne Académie et qui se trouvaient dégradés ou mutilés.
D'Antoine aimait les jeunes gens passionnés pour les Arts et ceux qui vivaient dans son intimité eurent tous
ÊCOLË DE MARSEILLE. 415
à se louer de son cœur et de ses qualités privées. Il fut lié entre autres avec Paulin Guérin, qui par ses talents s'est acquis un grand nom, et dont la Consigne de Marseillepossède le remarquable tableau de la Peste, ainsi qu'avec Augustin Aubert qui a précédé Loubon dans la direction de l'école de peinture de Marseille. Ce fut sur les instances de ces deux premiers que d'Antoine exécuta un nouveau modèle de son groupe de Jupiter aujourd'hui conservé dans le cabinet de la famille Marini , il avait été membre de l'ancienne Académie de Peinture de Marseille, il fut reçu en cette qualité dans celle des Sciences , Belles-Lettres et Arts de cette ville.
Sa pension de la ville de Montpellier lui avait été restituée : grâce également à ses travaux , il jouissait d'une modeste aisance , lorsqu'en 1809 il succomba à une attaque d'apoplexie.
Le livret de l'exposition de Marseille en l'an VIII de la République donne une liste des ouvrages de d'Antoine qui y figuraient , elle est ainsi conçue :
« N° 37. — Modèle en terre cuite : Projet d'un monument public. »
Ce modèle représente l'Océan embrassant;le globe de la terre et venant se joindre à la Méditerranée , le Languedoc représenté par un génie , touche d'un bras l'Océan et de l'autre la Méditerranée. Cette allusion ingénieuse au canal du Languedoc, qui unit et rapproche les deux mers , frappa les commissaires des états , qui projetèrent de faire ériger ce monument sur la place principale de Montpellier. Les changements dans les formes administratives ont anéanti ce projet.
« Zs'° 38. — Groupe en terre représentant Jupiter , Junon et lo. »
L'auteur a représenté Io sous la forme d'une vache ; c'est le sujet d'une métamorphose d'Ovide : ce morceau remporta le prix de l'Académie de Rome ; lorsque l'artiste y perfectionnait ses études.
« N° 39. — Modèle des trois Grâces , placé sur la fontaine de Montpellier, exécuté par cet artiste et dont le dessin est exposé sous le n° 9. »
Dans ce livret de l'exposition de l'académie de Marseille le 17 fructidor an XI de la République, d'Antoine prend le titre de président de la classe des Reaux-Arts.
A son groupe de Jupiter, à celui de Y Océan et à son dessin de la fontaine de Montpellier qui furent exposés de nouveau , nous devons ajouter : 1° un groupe en terre-cuite représentant la Justice, la Sagesse et la Prudence , posées sur la boule du monde , 2° une Pleureuse tenant une urne renfermant les cendres de ses aïeux (grandeur naturelle) , qu'il avait exécuté à Paris ; 3° deux Portraits en médaillon ; 4° modèle en terre cuite d'une Bacchante. Cette même année d'Antoine fit don à l'académie du buste de Puget, de celui du chevalier Paul , et de celui de Pythéas , pour être placés dans la salle des séances ordinaires , ces trois bustes étaient moulés en plâtre.
Espercieux (N.) , statuaire , né à Marseille en 17G0 , mort à Paris en 1839, n'a pas eu de maître; a exposé en 1802 , la statue de la Paix , de deux mètres de proportion , pour le gouvernement ; buste de grandeur naturelle de M. Redouté. — En 1804, buste du chef de brigade Shulkowsky ? pour le gouvernement. — En 1806 , les bustes de Lebrun, membre de l'Institut, de Molière et de Racine. — En 1808 , ceux de l'Impératrice mère ; de Lethière , directeur de l'école de Rome ; de Lemercier et de M. Arnaud, académiciens;
statue de Napoléon. — En 1810 ; statue de Corneille ; les quatre bustes de la fontaine St-Sulpice ; la Victoire d'Austerlitz , pour l'arc de triomphe du Carrousel. Cet artiste a aussi exécuté pour le Corps Législatif un basrelief de 26 pieds , représentant les clefs de Venise , remises à Napoléon en 1812 ; Ulysse reconnu par son chien. — En 1814, statue de Voltaire ; l'Envie expirant sur le tombeau de Racine. — En 1817, statue de Sully. — En 1819, Philoctète en proie à ses douleurs, statue en marbre pour la maison du roi; Diomède enlevant le Palladium. — En 1824, Jeune homme entrant au bain, modèle en plâtre.
Le musée de Marseille possède le buste d'Espercieux, par Elshoect Charles , ainsi que ses modèles plâtre , du Philoctète , de son jeune baigneur , plus une nymphe sortant du bain.
XIXe SIECLE.