A. AUBERT ET SES ELEVES
A. A uber L fut nommé en 1810, directeur de l'école de dessin et du musée de Marseille, dont il était déjà professeur adjoint sous Goubaud ; son activité et sou talent relativement remarquable, pour son époque, dans notre ville , l'avaient naturellement désigné pour ce poste. M. le baron d'Anthoine, alors maire, fut en cette circonstance son protecteur. Aubert se voua tout entier à son art et à la tâche qui lui était imposée ; les cours de dessin reçurent, — grâce à lui, une nouvelle et plus vive impulsion-, aussi son école fut-elle féconde en sujets de mérite. Nous allons essayer de passer en revue le maître et les élèves.
Aubert ( Augustin Raymond ) , né à Marseille le 23 janvier 1781, était fils unique de Jean-François Aubert, un des six fondateurs du nouveau Lycée des Sciences et des Arts de cette ville ; sa mère se nommait Thérèse Bronde. Destiné au notariat — profession exercée par son père — sa vocation pour la peinture l'emporta ; sa liaison avec Paulin Guerin, cimentée plus tard par une étroite amitié, qui se prolongea sans la moindre altération jusqu'à la fin de leurs jours, ne fit que fortifier dans le principe, sa vocation. Après avoir étudié sous Guenin, Aubert partit pour Paris en 1802; il se mit alors sous la direction de Peyron d'Aix, mais au bout de deux années le besoin de rétablir sa santé le força de regagner la Provence, en 180i. A peine rétabli Aubert se remit au travail et ouvrit un atelier: il reçut en 1805 la commande d'un tableau représentant St-Pierre, pour une église des environs; cette première œuvre lui valut les encouragements de Chardigny. — En 1806 il peignit une Jeune muse tenant une lyre, et la Bénédiction Paternelle, qui furent remarquées. Le salon de Marseille, en l'an VIII de la république, avait déjà signalé ses premiers essais, se composant d'un tableau de chevalet représentant son Père, sa Mère et son propre portrait; plus un dessin des ruines de l'Abbaye de St-Victor. Cependant Aubert ne commença sérieusement sa carrière d'artiste qu'en 1810 , — époque où il fut nommé directeur.
Le premier Sacrifice de Noé à sa sortie de l'Arche, qui figure dans notre musée, dont M. le marquis de Montgrand alors maire, fit l'acquisition pour la ville, fut la première toile exposée à Paris par Aubert en 1817 ; elle obtint une médaille d'or. Les livrets de la capitale mentionnent également de lui, en 1819, une Scène du Massacre des Innocents ; Vue de la chapelle souterraine de l'Abbaye de St-Victor, acquises par la Société des
kô± EXPOSITIOiN DES BEAUX-ARTS.
Amis des Arts. — En 1822 , la Sainte-Trinité entourée d'une gloire d'anges, actuellement placée au-dessus du martre-autel de l'église de la Trinité (la Palud) ; la Visitation de la Vierge a Sainte-Elisabeth, placée dans l'Eglise de Notre-Dame-du-Mont; une Vue de Marseille, appartenant à M. le comte de Villeneuve. — En 182V, plusieurs autres paysages , reproduisant des sites des environs de Marseille. Aubert obtint une médaille à Lille en 1823 pour un paysage exposé par lui et qui fut acquis par la Société des Amis des Arts de cette ville. Le ministère de l'intérieur, lui commanda pour la ville d'Ussel, une Salutation Angélique, qui figura à l'exposition de 1827. — Le livret de l'Exposition de Marseille de 1836, lui donne le titre de membre de l'Académie et de la Société de Statistique et mentionne son tableau représentant le Martyre de St-Paul , apôtre, arrivé sous Néron, l'an 66 de Jésus-Christ , qui lui fut commandé par l'administration de la paroisse St-Paul de Beaucaire. — En 1838 Aubert exécutait une Transfiguration de Kotre-Seigneuf pour la paroisse St-Charles, qui figura à l'exposition de Marseille la même année.
L'âge et de longs travaux ayant affaibli la vue et la main d'Aubert , il demanda sa retraite en 1845. 11 se relira alors à la campagne , où il mourut le 5 novembre 1857.
Les connaissances d'Aubert étaient très variées, il fut reçu de l'Académie en 1812. Ennemi déclaré de l'envie, il applaudissait sans regret aux succès de ses concurrents; et les jeunes gens trouvaient encore en lui dans sa vieillesse les plus salutaires conseils et les encouragements les plus affectueux. — Aubert visitait encore de temps en temps les salles du musée, il s'arrêtait avec complaisance devant les copies des artistes ou des élèves qui venaient y travailler, et chacune de ses
paroles contenait d'utiles leçons. Nous nous rappelons nous-rnême avec bonheur celles qu'il nous^adressait, nous les avons pieusement recueillies, et nous sommes heureux de lui payer ici notre juste tribut de reconnaissance.
Aubert, nous l'avons déjà dit, à formé ou préparé des élèves du plus grand mérite. — Mantegna s'enorgueillissait d'avoir eu pour disciple, le Gorège ; le Perugin était fier de Raphaël et Ghirlandajo ne l'était pas moins de Michel-Ange. Sans les égaler à ces grands génies, Papety en première ligne , Beaume et Ricard , suffiraient a leur tour au besoin à la gloire d'Aubert. Nous allons tout d'abord nous occuper de Papety, un des plus illustres enfants dont Marseille puisse se glorifier.
Papety (Dominique), issu d'une famille h norable et considérée dans le commerce , naquit à Marseille le 12 août 1815; dès son jeune âge et bien que gaucher, il montra pour le dessin, une passion véritable. Enfant il consacrait ses heures de récréations à des études de trait et de perspective, sans que ses autres études classiques en souffrissent. — L'histoire surtout fixait son attention ; aussi , ses rapides progrès firent-ils concevoir des espérances , que l'avenir s'est chargé de réaliser. Ses parents ne s'y trompèrent pas, ils donnèrent à son éducation des soins tout particuliers qui développèrent au plus haut degré son intelligence d'élite; mais sa vocation pour la peinture se manifesta d'une façon tellement irrésistible , qu'ils le confièrent alors à Aubert, dont l'atelier était ouvert à de nombreux et brillants élèves.
Papety surpassa bientôt ses condisciples, couronné à tous les concours du musée de Marseille, il produisit
dès-lors deux tableaux qui firent sensation : Intérieur de l 'atelier d'Aubert et le Sinite Parvulos.
M. Je Forbin, directeur des Musées de France, qui visitait à cette époque celui de Marseille, en fut frappé. Papety , qui n'avait que 18 ans lui fut présenté et M. de Forbin l'engagea vivement à venir à Paris , c'était en 1833, — un grand peintre se révélait
Papety , animé du feu sacré de l'art , manifesta à partir de ce moment, sa volonté avec une fermeté respectueuse qui fit cesser l'opposition de ses parents, et il obtint d'aller terminer ses études dans la capitale. Là, il fut bientôt le meilleur élève de L. Coignet, qui ne craignit pas de lui confier en 1835, les parties les plus essentielles de son tableau représentant la Pairie en danger. — En 1836 il obtenait le grand prix de Rome , sur son tableau : le Frappement du rocher. — En 1837 , il partit en compagnie d'Oltin le sculpteur et de Boisselot notre compositeur Marseillais, grand prix comme lui. Ces trois jeunes gens allaient occuper pendant cinq ans leurs places de pensionnaires du gouvernement, dans la villa Medicis. M. Ingres avait la direction de l'école française de peinture à Rome. On parlait devant lui de Papety , que l'on présentait comme un élève hors ligne. — Elève, reprit l'illustre auteur de l'Apothéose d'Homère , élève ! Papety, ne l'a jamais été , il a été maître dès le jour où il a manié un pinceau.
Pendant son séjour dans !a ville éternelle, non content d'étudier les chefs-d'œuvre qu'elle garde [si précieusement, Papety parcourait les environs, dessinant tout les sites, les monuments de la campagne de Rome, ainsi que ses habitants aux costumes si pittoresques. Ottin, de qui je tiens ces détails, l'accompagnait souvent ; il était, me disait-il un jour, d'une habileté si
prodigieuse, qu'avant que je n'eusse moi-même choisi un sujet , celui que Papety avait commencé était déjà terminé et cela avec une correction sans égale. Nous ne pouvons mieux faire pour suivre la marche du talent de Papety que de nommer les toiles principales qu'il a livrées au public ou qui figurèrent aux divers salons de la capitale. Ainsi il exécuta en 1838 : le Moïse sauvé des eaux ; Saint-Joseph tenant l'Enfant , pour l'église Saint-Victor ; plus tard un autre Saint-Joseph et une Sainte-Philomène, pour la Major ; un Sacré-Cœur, pour Notre-Dame-du-Mont. — En 1840, le Festin des Dieux, copie de Raphaël (de grande dimension et commandé par le gouvernement). Les livrets de Paris mentionnent en 1841 : un Rêve de bonheur, terminé à Paris en 1842 et qui fit grande sensation , aujourd'hui au musée de Compiêge. — En 1844, Tentation de St- Ililarion. — En 1845, Guillaume le conquérant défend Ptolémaïs, au musée de Versaille ; Memphis, à Monseigneur le duc de Montpensier. — En 184G, Comolatrijc afftktorum ; portrait de M. Vivenel, architecte ; Solon dictant ses lois, commandé par le ministère de Tintérieur , pour le palais du Conseil d'Etat. Cette année là, Papety fit son premier voyage en Orient, il parcourut la Grèce et en rapporta un grand nombre de dessins pour le compte du gouvernement ; c'est alors qu'il visita les couvents du mont Athos, et qu'au prix de sa liberté qui lui fut ravie un instant et de sa santé profondément ébranlée , il fit les découvertes les plus précieuses, sur les monuments et les peintures de l'art byzantin.
Les livrets mentionnent encore de lui en 1847 : le Récit de Télémaque ; le Passé, le Présent et l'Avenir ; Moines caloyers décorant une chapelle du couvent d'Iviron sur le mont Athos ; plus six dessins d'après la fresque de Pantelinos, au couvent d'Aghia-Lavra
sur le mont Athos ; six dessins idem , et deux autres dessins: bas-relief, peint trouvé à Marathon ; statue Troyenne actuellement à Dresde. — En 1848, Portrait de Colletti , président du conseil des ministres à Athènes, pour la liste civile. Papety en fit deux répétitions , Tune pour M. Guizot , ministre des affaires étrangères , l'autre pour le musée de Versailles , plus trois dessins : 1° Armures des Seigneurs Français , Catalans et Turcopoles , trouvées à Chalkis en 1840 ; 2° Tombeaux et armoiries des Seigneurs Français , qui se fixèrent en Grèce à leur retour des Croisades ; 3° Etude sur le fronton occidental du Parlhénon.
En 1847 , Papety fit son second voyage en Grèce, il passa un mois à la cour du roi Othon ; il fit le portrait de ce souverain, celui de la reine et commença son tableau représentant l'Entrée du duc de Montpensier à Athènes. La Vierge consolatrice qui figure à notre musée était à peine achevée quand éclata la révolution de février 1848; cette œuvre avait été commandée par Marie-Amélie: les événements empêchèrent l'artiste de livrer le tableau. — En mai 1849, au moment où le choléra sévissait à Paris, Papety quitta la capitale, pour visiter le midi de la France ; il fut à Bordeaux , Toulouse, Montpellier, Arles et partout où il espérait trouver matières à des observations archéologiques, pour compléter l'ouvrage sur YArl cJtrêtien expliqué par ses anciens monuments, qu'il méditait depuis dix ans et qu'une mort prématurée l'empêcha si malheureusement de terminer. En juin de la même année, un séjour trop prolongé dans le territoire malsain de la Camargues décida chez lui le renouvellement des fièvres intermittentes, dont il avait déjà ressenti de vhes atteintes en Orient; il retourna dans sa famille; mais il était trop tard , Papety s'éteignit à l'âge de 34 ans, dans la nuit du 19 au 20 septembre 1849; sa fin fut
celle d'un chrétien fervent et résigné. Malgré les rigueurs du choléra on vit l'élite de la population accompagner à sa dernière demeure la dépouille de ce talent si fatalement brisé à l'heure où il allait s'élever à son apogée.
Papety a laissé une grande quantité de dessins en portefeuille ; il avait consigné dans ces dessins ou aquarelles des observations artistiques, recueillies par lui en Italie, en Belgique et en Grèce. Ces portefeuilles contenaient également des dessins destinés a être exécutés au Panthéon, dans les travaux de décoration confiés à M. Chenavard. Ces dessins furent vendus à Paris ; voici ce que nous lisons à ce sujet dans Y Illustration:
« La vue de ces dessins si nombreux , l'examen de ces portefeuilles, si riches de documens de toute nature, recueillis pendant ses voyages , aura été un sujet d'étonnement pour le public. En présence de ces immenses travaux, Dominique Papety lui aura apparu comme un laborieux bénédictin. Ce n'est certes pas l'aspect sous lequel il devait s'attendre à trouver le peintre du Rêve de bonheur. On ne connaît généralement que le côté brillant de la carrière des artistes : on ne songe pas à tout ce qu'il leur faut d'efforts, de persévérance, de luttes pénibles pour se faire jour. Ici le tnlent de feu Papety se révèle sous deux aspects nouveaux. Dans ces dessins , le paysage et l'architecture sont traités avec une égale habileté. Tout semble digne d'intérêt à cet esprit curieux; et un crayon sur et facile vient en aide à son cosmopolitisme ardent et inquiet. Les musées, les églises, les monuments, les sites de la France, de l'Allemagne et principalement de l'Italie et de la Grèce, ont tour à tour provoqué ses études.
« Une suite d'aquarelles représentant les costumes des Etats-Romains et du royaume de Naples attirait surtout l'attention à l'exposition qui a précédé la vente. Ces aquarelles sont exécutées dans un excellent sentiment pittoresque. Mais c'est dans ses cartons surtout qu'il faut aller chercher les trésors accumulés par son activité : l'un de ces cartons contenait trois cent vingt dessins recueillis en 184G pendant un voyage en Grèce. Protégé par une escorte, il s'arrêtait partout où quelque objet intéressant sollicitait son crayon. C'est alors que l'amiral Turpin, commandant nos forces navales dans le Levant, ayant mis le brick \ Argus à sa disposition, Papety put aller visiter le mont Athos et y étudier les ouvrages des peintres byzantins, qui forment le lien entre l'art antique et celui de la renaissance. Dans ce coin perdu de la Grèce où M. Minoïde Mynas, envoyé en mission par M. Villemain, retrouvait, de son côté, des manuscrits précieux qui ont été publiés, le courageux artiste put copier , entre autres ouvrages, les admirables peintures du grand artiste byzantin Panselinos. Il nous le fit connaître par ses belles aquarelles exposées en 1847 et qui font aujourd'hui partie delà collection du Louvre. Là, il réunit des matériaux précieux pour l'histoire de la peinturo byzantine, si importante à étudier, puisque seule, elle régna pendant les époques de barbarie.
Le Journal des Débats a payé également son tribut au grand artiste , nous en reproduisons le passage suivant :
« Qu'il nous suffise de rappeler que Papety, dès ses premiers débuts, avait, par la savante pureté de son dessin et la gracieuse élégance de son style, marqué sa place au premier rang parmi cette pléiade de jeunes talents, l'espoir et l'orgueil de la peinture française.
s Deux tendances différentes, mais non opposées, se firent bientôt remarquer dans le talent de Papety. D'une part, un vif désir d'innover, qui se manifestaidans l'esprit [plus que dans la forme de ses compositions ; de l'autre, un ardent amour de l'art ancien à toutes ses époques.
« Par ses préoccupations archéologiques , Papety était vraiment un artiste de son temps, dans la bonne acception du mot, un artiste de son siècle, — siècle peu inventeur dans les arts ; mais compréhensif au plus haut degré et dont la tâche aura été, dans cette noble voie de l'esprit humain, de rétablir dans leur pureté les notions oubliées ou mal comprises des siècles antérieurs. Papety était donc ce qu'on pourrait appeler un artiste archéologue ; mais il l'était d'une manière intelligente , sans esprit d'exclusion comme sans parti pris. L'art indo-egyptien, l'art grec, l'art du moyen-âge et de la renaissance, il étudiait tout avec courage et une égale ardeur, cherchant dans les travaux du passé un souffle inspirateur pour ses propres créations. Cette tendance, en quelque sorte innée chez lui, était devenue encore plus marquée dans la seconde moitié de «a trop courte carrière. C'est à elle que nous devons les riches collections de dessins destinées par Papety à une publication successive et dont quelques-uns seulement ont été exposés au salon de 1847, et font aujourd'hui partie des collections du Louvre. Son ardeur d'investigation ne lui laissait ni repos ni trêve. Dans l'année 1846, après avoir fait sur les lieux une savante restauration du fronton mutilé du Panthéon, il avait, secondé par la bienveillance éclairée de M. Piscatory et M. l'amiral Turpin, exploré les couvents du mont Athos, ce que personne n'avait encore tenté. Il est aussi parvenu à réunir les éléments d'une histoire complète de la peinture byzantine du troisième
au onzième siècle. Il avait comblé une lacune de plusieurs siècles dans cette histoire, et en faisant connaître les belles époques, il lui avait assigné exactement son rôle et restitué son véritable caractère. La relation de voyage, insérée par lui dans la Revue des Deux Mondes, n'était qu'un extrait de ses nombreux travaux intéressans à la fois pour les artistes et pour les savans. A peine de retour à Paris, il fouillait les combles du Louvre , où il découvrit des fragments précieux de peinture antique dont personne ne soupçonnait l'existence. On conçoit ce qu'un talent éminent, mis au service d'une pareille activité, avait dû accumuler de travaux sur toutes les époques de l'art, à la suite de nombreux voyages à travers la Grèce, l'Italie, la France et l'Allemagne.
« Nous venons d apprécier l'archéologue : le peintre n'était pas moins remarquable. Papety était un héritier direct de la grande tradition française. On peut dire qu'il descendait du Poussin. Pour eux, la composition pittoresque devait sinspirer d'un sentiment où d'une idée, et s'associer, se combiner avec lui. Divers critiques, choqués des interprétations maladroites ou forcées de cette théorie, l'ont violemment attaquée. Elle n'en contient pas moins le principe de beauté de Tordre le plus élevé, de celles qui dérivent de la partie la plus intellectuelle de l'art, des beautés de sentiments et d'expression. Papety pensait qu'un artiste doit s'inspirer de son milieu, interpréter et exprimer les aspirations de l'époque où il vit, être enOn, par l'esprit de ses œuvres, l'expression poétique de son siècle, en en traduisant les sentiments et les idées dans sa langue sympathique; le temps lui a malheureusement manqué. L'idéal qu'il poursuivait, il n'a pu le réaliser, lui qui avait la qualité essentielle pour l'atteindre, le mécontentement habituel de soi-même. Papety aimait la
gloire que Tacite appelle la dernière passion du sage. Il lui lardait d'avoir assuré complètement sa vie contre les besoins matériels pour entreprendre ce qu'il méditait, pour se vouer tout entier à l'accomplissement des travaux qu'il avait longuement préparés ou qu'il tenait déposés en germe dans sa pensée.
« Ses études, d'ailleurs, le rendaient propre à tout tenter avec succès. Maître de tous les temps et de tous les pays, architecture, paysages*, il avait tout étudié, tout compris, tout rendu avec succès. Ce qui est peu connu du public et ne le sera qu'après la vente de ses cartons, c'est qu'il rendait le paysage avec une vérité et une grandeur qui semblait le destiner à aborder ce genre avec un brillant succès. A son talent si éminent de dessinateur venait de se joindre, dans les dernières années de sa vie, celui de coloriste, déjà fort remarquable dans ses compositions de petite dimension. >»
Nous terminerons notre revue surPapetyen empruntant à la Gazelle du Midi, la lettre suivante, qu'elle a reproduite en 1847, adressée à M. l'amiral Turpin, commandant la slation navale du Levant.
« Monsieur I'Amiral,
» Les soussignés, membre de l'Institut, et artistes peintres, sculpteurs, architectes et graveurs , ayant appris par le compte-rendu de la chambre des députés du 13 juillet courant, que vous aviez mis à la disposition d'un de leurs confrères un navire de l'escadre , placé sous vos ordres, pour une excursion dans les parages où vous commandez, sont heureux de vous offrir lo. témoignage de leur reconnaissance et de la haute estime que leur a inspirée votre bienveillante intervention dans cette circonstance.
» Ils se font un devoir de vous certifier que le voyage de M. Papety au mont Athos a eu pour l'art un heureux résultat. Les copies que, grâce à vous, cet artiste a pu faire des admirables fresques de Penselinos, au couvent d'Aghia-Lavra, ont produit au Louvre une grande et utile sensation. Les applaudissements de la classe des beaux-arts de l'Institut donnés au compte-rendu du voyage de M. Papety, l'achat que le gouvernement a fait de ses copies ont confirmé l'accueil sympathique du public.
» Nous vous remercions d'avoir compris, monsieur l'amiral que ces conquêtes pacifiques ne sont pas moins glorieuses que les expéditions dont le sang et le deuil paient l'éclat trop souvent stérile.
» C'est à l'influence incessante des arts que la France peut attribuer la supériorité incontestable d'un grand nombre de produits de son industrie, et là où les esprits superficiels ne voient qu'une distraction, les hommes éminens comprennent une mission plus noble et un but plus élevé.
» Ils vous prient d'agréer, monsieur l'amiral, l'assurance de leurs sentiments les plus distingués et de leur plus haute considération.
» Ingres, Abel dePujol, Horace Vernet, Picot, Léon Coignet, Paul Delaroche, Barye, Zeigler, Préault, Dauzats, Constant Dufeux, Drascassat, Visconti, Justin Ouvrié, Brunet de Baines, E. Bertin, Hippolyte Flandrin, Belloc, Charles Rochet, Stienheil, Paul Flandrin, Gosse, Rouget, Vallon de Villeneuve, Petit, Ch. Lefèbvre, Louis Roquet, Claude Thevenin, Jadin, Pernott Bouton, etc.
« Paris, 16 juillet 1847. »
Roux (Polydore), peintre amateur et savant, né à Marseille le 19 juillet 1792, mort à Bombay le 12 avril 1833 ; avait exposé à Marseille en 1818, un paysage représentant une Vue de la Sainlc-Baume et une Tempête. Notre grande Exposition possédait une Marine de lui, appartenant à M. le marquis de Clinchamps.
Beaume (Joseph), né à Marseille en 1797 est un des premiers et des bons élèves formés par Aubert. A sa sortie "de l'école , Beaume alla à Paris prendre des leçons du baron Gros. Cet artiste à beaucoup produit, son œuvre est considérable ; il n'a pas cessé d'exposer à Paris depuis 1824 jusqu'en 1861. Ses grandes compositions qui lui font le plus d'honneur sont : Au musée du Luxembourg , la Mort de la Grande-Dauphine exposée en 1834. — Au Val-de-Grâce, Anne d'Autriche et la Sortie de l'Eglise. — Au musée de Versailles, combat deDiernstein (11 novembre 1805) ; la Bataille de Lutzen; le Passage du Rhin; la Bataille d'Oporto et plusieurs autres toiles. Une grande partie de ses œuvres a été reproduite par la gravure, nous citerons l'Orage pendant la Moisson, appartenant au baron James Rothschild; l'Invalide; la Mort de la Grande Dauphine , Paul et Virginie ; Moïse exposé sur le Nil ; une Fille de l'air; le Roi boit; la Folie repentante, etc., etc. Beaucoup de tableaux de cet artiste figurent au Palais de Saint-Cloud, à celui de Fontainebleau et dans les grands cabinets d'amateurs de Hollande et de Russie.
Beaume a obtenu une médaille de 2me classe (genre historique) en 1824; une médaille de ire classe en 1827; a été décoré de la Légion-d'Honneur, le 1er mai 183G. — Des cinq tableaux exposés par loi en 18G1 : la Chasse au Cerf et la Chasse au Sanglier , qui en faisaient partie, ont été achetés par l'Empereur.
Bertrakd, (Jean-Baptiste), né à Marseille en 1807, peintre décorateur, élève de l'école , a inauguré à Marseille en 1836, le genre rocaille et Pompadour, dans le premier café richement orné de noire ville, celui de la veuve Ricard sur le Cours. Le Café Turc qui a servi de point de départ à ces spiendides établissements sans rivaux à Paris, qui embellissent notre ville, a été exécuté sur les plans et d'après les dessins de Bertrand. Cet artiste a eu pour élèves : EDgallière, Bronze, Coulanges et Jourdan.
Reymoxd (François), né à Marseille, élève de l'école et en particulier d'Aubcrt , a exposé pour la première fois en 1818, deux académies d'après le modèle et plusieurs copies. Cet artiste est aujourd'hui directeur de l'école de dessin de devers.
Nancy (Aug.), né à Toulon, 25 juin 1810, élève de l'école de Marseille, dont il obtint le premier prix de modèle vivant le 11 septembre 1830, fut nommé professeur dans la même école enl838;a débuté par exposer à Marseille en 1836, deux compositions représentant Leda et le Repos en Egypte.— En 1836, deux portraits. — En 1838, un Tableau de genre (effet de lumière). — En 18 W>, Repos de pêcheurs napolitains, etc. Doué d'un talent secondaire, les productions de cet artiste ne sont pas toutefois sans quelque mérite, il existe de lui a l'église St-Lazare et à celle de Notre-Dame-du- Mont de Marseille, plusieurs grands tableaux remarquables. — Nancy est mort le 15 octobre 1855,
Nègre, (Dominique-Alphonse), né à l'Ile-de-France, vers 1812, élève de l'école et de M. A. Faure, a débuté par exposer à Marseille en 1836 et 1840 des tableaux de genre, des paysages et des marines. Les livrets de
Paris mentionnent de cet artiste en 1839, le Repos dans les bois ; etc. — En 184G, la Chasse aux Gabions;
— En 1848, Barque partant pour la pèche aux huîtres.
— En 1852, Ruines du châleau de Roellebot. — En 1853, Fruits du midi (nature morte). — En 1855, Départ pour la Cn'mée. — En 1857, Naufragés sur l'Ile Ratoneau. — En 1859, Qui trop embrasse mal élreint; Rade de Marseille (soleil levant), deux natures mortes (fruits). — En 1SG1, la Vierge et l'Enfant-Jésus, destiné à l'église de Grand-îourg (Creuse) ; commandé par le ministre d'Etat; Embarquement le l'Empereur Napoléon III en 1851, sur le vaisseau le Napoléon, se rendant à Toulon. — Nègre aborde tous les genres avec assez de succès.
Blanc (Benoit Bénoni), peintre de portraits, né à Gémenos près Marseille, le 21 mars 1812. Bien que les règlements de l'école de dessin de Marseille n'admissent les élèves à suivre ses cours qu'au-dessus de onze ans, Blanc fut reçu à l'âge de huit ans (1820), en raison des dispositions surprenantes qui se manifestaient en lui. — Ses parents pauvres ne pouvant lui fournir les moyens de s'instruire , Blanc y suppléa ; à seize ans il faisait des portraits à l'estompe qui étaient fort goûtés ; il consacrait leur produit à acheter des livres, complétant lui-même son instruction et se passionnant pour la philosophie, la religion et la poésie qu'il unissait dans son ùme à son amour pour la peinture.— En 1832, désireux de développer son talent, Blanc partit pour Rome : admis dans l'atelier dllorace Vernet , il y faisait des progrès rapides. Ce maître ayant quitté l'école en 1835, Blanc ne tarda pas à revenir à Marseille pour de là se rendre à Paris. Le climat de Rome lui avait été fatal, il espérait trouver dans la capitale l'occasion de grandir et de se produire
mais une suite de funestes événements le forcèrent à renoncer à ses études. Il fallait vivre, la misère étouffa son ambition, mais non son génie comme portraitiste ; la lutte l'avait brisé, il renonça à ses espérances et à ses rêves et il se borna à faire des portraits pour vivre.
B. Blanc, aujourd'hui consolent philosophe , s'occupe d'anatomie comparée, d'archéologie, de géologie; il parcourt la France pour satisfaire son goût qui le porte vers ces études nouvelles, et ses crayons et ses pinceaux font les frais du voyage.
Blanc a habité Paris pendant onze ans, il n'y a exposé qu'une seule fois des portraits en 1848. — Il s'est tenu depuis à l'écart volontairement. Dans cet intervalle, il a fait à plusieurs reprises depuis 1842 de longs séjours à Sens, où ses productions fort bien accueillies, ontrendu populaire son surnom de Benoni. Le nombre de portraits au crayon ou au pastel exécutés par cet artiste est considérable à Paris, Marseille, Toulon et Àix ; ils brillent par le style et une ressemblance exacte est leur plus petit mérite. Parmi les personnes dont il a reproduit les traits et que nous connaissons, nous citerons en Provence : M. le comte Àmédée de Forbin ; divers membres de la famille de Castiilon; M. Bicard Berard, ancien maire de Pelissanne ; l'amiral Bruat ; le marquis de Tressemanne , la marquise et ses enfants, etc., etc.
Barrv (François), né à Marseille le 3 mai 1813, élève de l'école, puis de Gudin ; a débuté par exposer dans sa ville natale en 1838 : Intérieur d'un Atelier de Forges et une Marine (naufrage à l'entrée de Bouc). Barry s'est acquis une belle réputation comme peintre de marine, On sait que Louis-Philippe l'avait en grande
estime. Ses œuvres sont généralement empreintes d'une certaine poésie. Il n'a cessé d'exposer à Paris depuis 18i0 et sans interruption jusqu'en 1861. Nous signalerons parmi ses œuvres les plus importantes : en 1841, Combat de YEurotas et de la Clorinde (27 février 1841), YEurotas, frégate anglaise de 56 canons , fut défaite parla Clorinde, frégate française de 44 canons ; Clair de Lune. — En 1842 et 1843, diverses Vues de Marseille ; Pêche au Thon. — En 1845 , Arrivée à Marseille du prince de Joinville et de la duchesse d'Aumale (5 décembre 1844) et diverses Marines. — En 1846 et 1847, François Ier visitant le Château d'If; Combat naval de Punto-Obligado (28 novembre 1845) ; Débarquement et prise des batteries de Punto-Obligado, ces deux derniers au musée de Versailles. — En 1847, Naufrages ; Coup de Vent ; Clair de Lune ; Grain. — En 1849, Après la Tempête ; Sortie du port de Marseille (soir) ; Navire en calme. — En 1850, six Marines. — En 1852, Navire échouant sur les rochers du Pharo, (le matin). — En 1853 , Entrée du port de Marseille (lever de lune). — En 1855, le Nouveau Parlement de Londres , etc. — En 1857, le Cardinal Patrizi à son débarquement à Marseille (le 6 juin 1856), ce prélat était convié pour le baptême du Prince Impérial. Ce tableau est actuellement à notre Musée. — Vue générale des Ports de Marseille, prise du Phare de la Réserve. — En 1859, Rade de Cherbourg: l'Empereur Napoléon III recevant la reine d'Angleterre à bord de la Bretagne (le 5 août 1857) , tableau aujourd'hui au musée de Marseille. — En 1861, Marseille, vue prise du château Impérial (matin) ; Léger Brouillard ; Effet du Soir et quatre aquarelles.
Barry à obtenu en 1840 une médaille de 3me classe et en 1843 une médaille de 2me classe; il est actuellement en Egypte.
Magaud (Dominique- Antoine), né à Marseille, élève de Léon Coignet et de l'école de Marseille, où il remporta le prix du modèle vivant en 1838.
Il avait exposé la même année dans cette ville : la Piscine probatique , Jésus-Christ guérit un homme malade depuis 38 ans ; et plusieurs Portraits. Les productions de cet artiste manquent de verve, mais elles brillent par la grâce et la finesse. Comme chez Barry la poésie y domine. Magaud a exécuté des peintures décoratives très remarquables pour les grands établissements de Marseille. Nous devons placer en première ligne son plafond du Café des Mille Colonnes , les panneaux et de plus !e plafond du Café de France . — page splendide ; et le plafond du Café des Deux-Mondes qui bien que plus important que le dernier, lui est cependant inférieur ; il vient d'exécuter également de grandes peintures pour le Cercle Religieux , — œuvres dont on dit beaucoup de bien. L'Athénée de Marseille possède plusieurs de ses toiles. Magaud a exposé à Paris depuis 1841 jusqu'en 1861. Nous citerons parmi ses tableaux les plus remarquables : en 1842 , Episode du Massacre des Innocents. — En 1845, le Christ au pied de la Croix, etc.— En 1846, Virgq divina ; Femmes à la fontaine, etc. — En 1847 et 1848, des Portraits. — En 1852, Mater Dolorosa. — En 1867, Saint-Bonaventure et Saint-Thomas d'Aquin; Demeure de Charles VI , etc. — En 1859, Dante conduit par Virgile , etc.— En 1861, Philosophie, dialogue entre St-Justin et le juifTryphon; Courage civil, Echevins de Marseille pendant la peste de 1720 ; Agriculture , Missionnaires au Paraguay; Musique, Palestrina présente sa messe dite de Marcel II, au pape Pie IV (1565). Ces derniers tableaux font partie de la suite peinte par Magaud pour la galerie historique du Cercle Religieux de Marseille. Ils ont valu à leur auteur une médaille de 3"'e classe.
Estachon (Louis-Antoine), né le 15 juillet 1819, à la Tour d'Aiguës (Vaucluse), élève de l'école et de Roqueplan, était fixé depuis plusieurs années à Marseille où il jouissait d'une réputation d'artiste habile ; nous le connaissions personnellement. Son intelligence artistique très développée , égalait l'aménité de son caractère. Nous ne l'avons jamais entendu critiquer les œuvres de ses confrères et nous eu avons nous même reçu des conseils empreints de la plus insigne bienveillance , à l'époque où nous fréquentions le Musée, qu'il visitait de temps en temps, et où parfois il venait copier quelques sujets. Estachon excellait dans la reproduction des natures mortes. Ses fruits surtout avaient un grand cachet ; les sujets de genre lui étaient également familiers; sa couleur un peu trop diaphane était trèsbrillante, elle exerçait une certaine séduction; son dessin était assez correct. C'est à l'époque où il se châtiait et où son nom commençait à se répandre que la mort l'a surprit à l'âge de 39 ans. Son décès eut lieu à Marseille le 15 mai 1857. Les plafonds du Café de l'Univers sont dûs à son pinceau, ils sont assez remarquables. Estachon a exposé à Marseille beaucoup de ses œuvres. Les livrets de Paris mentionnent également de lui en 1848 : Baigneuses ; Fruits ; Nature morte ; Légumes. — En 1849, Fruits ; Paysage (effet du soir). — En 1850, Chasselas romain et Fruits du midi, sur un bas-relief représentant un groupe d'enfants ; deux Portraits. — En 1852, Fruits.— En 1853 , Fruits. — En 1855, Fruits de Provence.
Lagier (Eugène), né à Marseille en janvier 1818, élève de l'école, puis de Paul de la Roche, est réputé pour ses portraits au crayon ; ses productions ont figuré à toutes les expositions de Marseille, depuis 1848 : Tableaux de genre ; Portraits à l'huile, etc. Les
4oâ EXPOSITION DES BEAOX-ARTS.
livrets de Paris mentionnent de cet artiste: en 1847, Portrait de M. J., artiste du théâtre Italien.— En 1848, Louis XI et Galioti ; Jeune Fille entrant au bain et quatre Portraits. — En 1852, un Portrait au crayon. — En 1853, deux Portraits.— En 1857, Berger calabrais ; Portrait de M. de S...— En 1859, la Lecture ; Portrait de M. de L... — En 1861, Nostalgie; Orphelins et Portraits au crayon.
Bouquet (Emile), né à Lyon le 22 mai 1819, est venu fort jeune ù Marseille, élève de l'école de cette ville et de celle de Lyon. — Ses principales œuvres sont : l'Hospitalité , sujet Louis XV, exposé à Paris en 1848, à Nîmes en 1850 et qui obtint ea cette ville une lre médaille d'honneur (cabinet de lord Thomas Wild). Départ du marquis de Nerli , pour la guerre de l'Indépendance (Sienne), collection du comte Borghèse. Une Embuscade de Zouaves et diverses études d'après les grands maîtres Italiens (cabinet du général Fox). Un Menuet (Londres). Paolo Ucello, grande étude (cabinet de M. Baker, Londres). Le Déjeuner, sujet Louis XV, exposé à Paris en 1856 (cabinet du duc de Trévise). Le Baptême du Christ , grand tableau pour le ministère d'Etat, exposé à Paris en 1859 , ainsi que : Parrain et Marraine , époque Louis XV. Une Escarmouche (au ministre d'Etat), exposé à Lyon en 1860. La Toilette du Favori , sujet Louis XV comme le dernier, appartenant à son frère le docteur Bouquet et divers portraits à Marseille. Cet artiste a exécuté sur la commande du ministre d'Etat, un grand tableau représentant le Départ de St-Louis, et la Régence de la reine Blanche de Castille,pour la décoration de la chapelle de l'Ecole Militaire à Paris.
Bouquet est aujourd'hui fixé à Lyon, mais la plus grande partie de sa famille habite Marseille , son plus
jeune frère , Camille Bouquet . rédacteur en chef du Phocéen, est un de nos plus spirituels écrivains marseillais ; ses articles , généralement empreints d'une élégance aristocratique, brillent par la verve, la finesse, la grâce du style et, tout à la fois, malgré leur apparence légère, ils décèlent en leur auteur un observateur aussi judicieux que profond.
Billet (Etienne) , né à Marseille le 26 décembre 182.1, élève de l'école jusqu'en 1842, puis de Léon Coignet, est resté également quelques années sous la direction de Droling, membre de l'Institut ; a débuté par exposer à Marseille en 1842, plusieurs portraits et dessins. Les livrets de Paris mentionnent de lui en 1848 : Nymphes endormies surprises par des faunes ; deux Portraits , dont l'un de Monseigneur >'audo , archevêque d'Avignon. — En 1849, trois Portraits et Dernier banquet des Girondins , qui fut remarqué. — En 1830, Conversation interrompue ; l'Agraffe ; Jeune dessinateur ; deux- Grands Politiques; Portrait de M. Charles Leroy. — En 1859 , Femmes arméniennes à la fontaine. — Billet à exécuté également les portraits en pieds des divers membres de la famille Murât et pour le prince Jérôme. Le portrait en peid du duc de Reischtadt. Aujourd'hui cet artiste, changeant de genre, est devenu un de nos peintres orientalistes. ;Nous avons eu occasion de louer un de ses tableaux représentant une Caravane dans le désert, qui figurait à l'exposition de Marseille en 1860.
Olivier (Achille), peintre de marine, élève de l'école, né à Marseille vers 1821 ; mort d'une manière tragique en 1848 à Paris, lors des événements.— Fait prisonnier par les insurgés, la barricade derrière laquelle il était détenu ayant été prise par la troupe, Olivier se précipita vers les soldats, les accueillant comme des libéra-
teurs ; mais ceux-ci ne virent en lui qu'un ennemi et malgré ses protestations il fut conduit à quinze pas et fusillé! — Olivier a beaucoup travaillé pour M. Guizot, premier ministre. Les livrets de Paris mentionnent de cet artiste en 1855 : suite du Naufrage du navire la Trinité. — En 1846, Retour de l'Ile d'Elbe, débarquement de Napoléon Ier au golfe Juan (le 1er mars 1815 à quatre heures et demie du soir). — Eu 1847, les Naufragés. — En 1848, Marine, débris de radeau.
Ricard (Louis-Gustave), né à Marseille le ler septembre 1823, élève de Léon Coignet et de l'école où il obtint en 1840 le prix du modèle vivant. Ricard a surtout étudié à Rome où ilestresté plusieurs années ; il s'y ût remarquer par divers portraits et quelques copies des grands maîtres ; revenu à Paris en 1850, il marqua bientôt sa place parmi les artistes de mérite; aujourd'hui Ricard est un de nos grands portraitistes ; il est fort connu en Allemagne et dans presque toute l'Europe qu'il a parcourue. Les galeries du prince Demidofif, de la princesse Olga , du baron Uothchild , possèdent plusieurs de ses œuvres , il en est de même des principaux cabinets de Paris. Les livrets des expositions de la capitale mentionnent de lui en 1850 : Jeune Rohémienne et huit Portraits. — En 1852 , Jeune Fille et deux Portraits. — En 1853, une Etude; Portrait de Mllc Clauss ; Portrait du docteur Phillips. — En 1855, dix Portraits. —En 1857, huit Portraits. — En 1859, dix Portraits, dont l'un de Son Excellence le président du Sénat. Il a obtenu une médaille de 2me classe en 1851 et une médaille de l,e classe en 1852.— Les Portraits de la famille Grandval qui ont figurés 5 notre grande exposition, ainsi que celui de Loubon si grandement ébauché; ont été généralement admirés, ils ont témoigné parmi nous de la hauteur du talent de cet artiste.
Engalière (Marius), né à Marseille le 9 août 1824, mort à Paris le 16 mars 1857, peintre de paysages, élève de l'école, puis de Bertrand et de Ciceri, promettait un grand artiste. Nous reproduisons ici une partie de l'article que lui a consacré la Gazelle du Midi, du %% mars 1857, et signé du nom de D.-L. Rivière, ami du défunt; elle dira mieux qu'une froide analyse de son talent ou une pâle biographie, ce qu'était Engalière.
«Marius Engalière, jeune peintre marseillais, de beaucoup de talent et du plus grand avenir, vient de mourir à Paris, à l'âge de 31 ans à peine. Marius Engalière, qui s'était fait une réputation méritée comme paysagiste, vient d'être enlevé d'une manière soudaine et inattendue, à ses parents, à ses amis, aux arts, à sa ville natale enûn, qui se serait enorgueillie un jour de ses succès, si la mort ne l'eût ravi prématurément.
« Lundi 16 mars .après une séance de travail à l'école des Beaux-Arts, cet infortuné jeune homme est retenu à diner et passe la soirée chez son compatriote et ami M. Nègre, artiste distingué et homme d'un caractère aimable; puis, en entrant chez lui, il tombe raide mort sur le plancher de sa chambre ; frappé d'une apoplexie foudroyante.
« Celui qui écrit ces lignes connaissait Engalière depuis longues années ; il avait pour ainsi dire, vu naître et grandir les belles facultés d'artiste et les rares qualités de cœur de cet intéressant jeune homme , auquel la Providence avait départi les dons les plus heureux de l'intelligence avec les grâces naturelles les plus parfaites: qu'il lui soit permis , en sa qualité d'ami intime et de compatriote , de jeter quelques fleurs sur sa tombe à peine fermée, en publiant cette courte notice biographique.
« Marius Engalière appartenait à une famille d'artisans
honnêtes de notre ville. Dès l'âge le plus tendre, il avait montré des dispositions naturelles pour les arts du dessin ; on le surprenait pendant qu'il était à l'apprentissage d'un état manuel , crayonnant des figures sur les murs de son atelier.
« Son père, comprenant sa vocation , le confia à un peintre en bâtiments et lui fit suivre les cours gratuits du Musée , dont il parcourut toutes les classes avec les plus brillants succès, sous la direction de M. Aubert* Plus tard, il entra comme décorateur dans les ateliers de M. Bertrand , dont il devint, encore enfant, le meilleur ouvrier. A l'âge de la conscription , il subit la chance d'un mauvais numéro et fut mis dans la réserve.
« Il partit alors pour Paris, où il fut accueilli avec bonheur par M. Gicéri, l'habile décorateur. Quelque temps après il fut requis pour le service et incorporé dans un régiment d'artillerie en garnison à Toulouse. C'est là qu'il contracta une infirmité malheureuse. Le tir du canon, dans lequel il excellait, lui fit perdre l'ouïe et il fut bientôt réformé et congédié.
« Pendant sa vie militaire, Engalière n'avait point abandonné l'étude des beaux-arts. Toulouse est une ville essentiellement littéraire, savante et artistique. Là, les hommes de goût abondent. Les artistes y sont fêtés, estimés, honorés. Engalière devint enfant adoptif de Toulouse. Les grandes familles aristocratiques se firent un plaisir de lui donner les plus nobles encouragements et le comte de Caraman, fut son mécène pendant toute sa carrière d'artiste.
« Les notables du négoce et de la finance ont rarement de ces faiblesses pour les arts et pour les artistes- Un poète satirique parle quelque part de ces villes :
Où l'on voit le commerce insolent.
Estimer le coton bien plus que le talent.
« Grâce à Dieu, le goût des arts se propage et avec le progrès, il faut l'espérer, les artistes recevront partout des encouragements.
« Engalière ne tarda pas à se faire une réputation méritée.
« Aux expositions de Toulouse , de Bordeaux et de Marseille , ses ouvrages furent bien accueillis , et achetés à des prix avantageux. Après avoir réalisé quelques économies , il entreprit un voyage long et périlleux dans les provinces les plus reculées de l'Espagne, explorant les sites les plus sauvages et les plus pittoresques, tenant d'une main son pinceau et de l'autre une carabine pour se défendre. Il rapporta de ces pérégrinations une mine inépuisable de sujets pour ses tableaux. Plus tard il parcourut encore une partie de l'Italie pour faire des études.
« A l'Exposition Universelle de 1854, il figure pour une remarquable toile représentant une Vue d'Alicante , prise de la route de Malaga et deux grandes gouaches presque improvisées et d'un effet pittoresque et charmant reproduisant, l'une le pont aqueduc de Roquefavour, l'autre les nouveaux Ports de Marseille dans l'avenir, vus à vol d'oiseau. Ces deux derniers tableaux avaient été commandés par M. le Ministre des travaux publics.
« C'est comme peintre de paysage à la gouache que notre regrettable compatriote excellait. II était sans rival en ce genre. Quelle touche ! Quel coloris î Quel feu ! Quelle vie dans ces admirables petites pages. II avait l'heureux talent de donner à ses compositions la vigueur de la peinture à l'huile , mariée au velouté incomparable de la gouache. Engalière m'écrivait à la date du 3 janvier dernier: «M. le Directeur des Beaux- Arts à Paris m'a conseillé de faire toute mon exposition
à la gouache, il ne connaît, m'a-t-il dit, personne en France capable de me disputer la palme. Je traiterai le Marché de Valence ; une Fabrique de Sparterie à Crévallente (Espagne); et la Vue de Monaco , dans des gouaches d'une grande dimension. » Chose déplorable pour la mémoire de cet artiste, ces tableaux restent peut-être inachevés !
« Depuis la mort de Papety, ravi aux beaux-arts et à son pays avant d'avoir atteint l'apogée de son talent , Marseille n'avait pas éprouvé de perte aussi regrettable. Dans un genre à part, Engalière était un artiste d'élite qui certainement serait parvenu à un rang très distingué dans le monde des arts,»
Les livrets de Paris mentionnent de cet artiste en 1853 : Vue générale de Grenade , prise de la montagne des Gitanos ; Vue prise à Crévallente (Espagne). — En 1855, Vue générale de Grenade, prise de la route de Malaga et en 1857, Vue de Monaco, gouache, — qui bien qu'inachevée, fut admise à l'exposition et qui fut achetée par la ville de Toulouse. Le musée de Marseille possède aujourd'hui sa Vue de Grenade.
Engalière aimait à visiter la classe du modèle vivant que fréquentaient également en 1852 plusieurs de ses bons amis et que dirigait et dirige encore E. Loubon. C'est là que nous l'avons connu nous même et ce fut dans une de ses visites que F. Simon fit de lui ce splendide portrait au conté qui a figuré à notre grande Exposition.
XIXe SIÈCLE.