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CONTEMPORAINS ET ELEVES D'ALBERT

>ous avons vu Aubert conserver la direction de l'école , de 1810 à 1845 ; dans cette période bien que les expositions de peinture ne se fissent pas régulièrement chaque année, les livrets de celles qui eurent lieu, nous indiquent un certain nombre d'artistes, qui florissaient dans notre ville. La plupart n'ont pas vu leurs œuvres figurer dans les expositions de la capitale, mais, il est avéré qu'il en est parmi eux, qui, s'il n'en ont pas tenté l'épreuve, doivent plutôt en accuser leur modestie et leur insouciance, que leur talent. Du reste forts ou faibles, ils appartiennent à la grande famille des artistes; à ce titre nous ne devons pas les oublier.

N'ayant que peu de renseignements sur leurs âges , nons débuterons par les plus anciens exposants.

Pélicot , peintre amateur , né à Marseille , élève d'Aubert, a exposé en 1818 : le Marchand de Marrons, (effet de nuit) ; et une esquisse du Couronnement de Marie de Médicis, d'après Rubens. Sa plus forte exposition eut lieu en 1832 , dix-huit de ses toiles sont inscrites sur le livret de cette année. Nous citerons les principales : une Famille de Savoyards , au pied de l'un des oratoires deN.-D. de la Garde ; l'Enfant mourant entouré de la même famille de Savoyards ; une Scène de l'opéra de Fra-Diavolo, Mlle Folleville dans le rôle de Zelmire chantant : Oui voila pour une servante unelaille, etc.; Jeune Turque et esclave Grecque; le Portrait de M. de Lamartine , fait en deux heures , lors de son passage à Marseille , et destiné à l'académie , ainsi que le portrait de Roche Latilla , peintre décorateur du Grand-Théâtre.

Raillv , élève de David, peintre de talent, membre de l'Académie de Marseille et du Jury des Arts ; a exposé beaucoup de portraits, — notamment en 1818 et 1832.

Relliard (Zéphirin), a exposé six portraits en 1818. Nous trouvons la même année Roudet , miniaturiste, et Constant portraitiste, dont les productions figurent encore sur les livrets de 1832, mais dans un genre différent; ce sont des vues de Naples et des vues de Marseille. Il en est de même de Lecuver , peintre et professeur de dessin , qui a exécuté des portraits, des paysages et des marines ; de Michel, miniaturiste ; de Rome, qui avait exposé également en 1818 : une Nature morte et une Vierge pressant une éponge.

Nous avons déjà consacré une petite notice à Lamy, Louis - Augustin ( pag. 409). Ce dernier eut deux fils peintres : Jean-Augustin et Antoine , lequel est a son tour père de deux autres artistes : nous allons les réunir.

Lamy (Jean- Augustin), peintre de natures mortes , né à Marseille en 1770, mort en février 1844 , élève de son père Louis-Augustin; fut admis au nombre des membres de l'Académie de Marseille en 1816, a exposé notamment à Marseille en 1818 : Intérieur d'hôtellerie, sur une table se trouvent déposés des légumes , du gibier et du poisson ; Extérieur d'Auberge ou le restaurateur champêtre.— En 1832, Intérieur de Cuisine; Marchande de Volailles; un Paysage (environs de St- Just). — En 1836, Intérieur de Ferme ; Paysage (effet de neige) ; Poissons. — En 1838, Fleurs du printemps ; Nature morte ; Femme portant un vase de Fleurs. — En 1840, Intérieur d'Hôtellerie.

Lamy (Antoine), né à Marseille en 1780, élève de son père Louis-Augustin , a exposé en 1832 , 1846 et à divers autres salons. Ce dernier existe encore , il a deux fils également peintres.

Lamy (Augustin), né à Marseille le 30 juin 1817, élève d'Antoine son père et d'Aubert , a débuté par exposer à Marseille en 1838. Depuis lors presque tous nos salons ont reçu quelques uns de ses tableaux. Il a exécuté pour l'église St- Joseph , les peintures décoratives du sanctuaire en collaboration avec son frère Joseph. — Les Evangélistes sont de sa main.

Lamy (Joseph^, peintre de portraits et de genre, né à Marseille en mars 1819, élève de son père Antoine et

d'Aubert ; a obtenu à l'école le 2me prix de modèle vivant, en concurrence avec Ricard Gustave , qui eut le premier. — Lamy a obtenu diverses médailles aux expositions de Montpellier et de Nimes, a débuté par exposer à Marseille en 1838 : une Vue du marché des animaux à Aix. — En 1840, Intérieur de la cathédrale de Marseille; Portrait de Famille. — En 1842, Retour de la Pêche. — En 1844 , Portrait du docteur Verdot. — En 1846, Déjeuner de canaris, etc. A continué d'exposer à tous nos salons marseillais jusqu'en 1861.

Romégas (J-B.), élève de l'école, peintre de paysages et de marines , a débuté par exposer à Marseille en 1836 : le Naufrage des bricks Faune et Silène (cote d'Afrique) ; un Paysage. — En 1838 , Roucas-Blanc ; Marine; Paysage; Portrait.— 1840 et 1844, diverses Mannes et Paysages — N'a pas cessé jusqu'à ce jour d'envoyer de ses œuvres à nos salons.

Rousset, élève de l'école, natif de Marseille; a exposé en 1836 , des Poissons ; un Effet de Lumière ; un Déjeuner; un autre Déjeuner.— En 1838, Bouquet de roses ; Poissons et divers ustensiles de ménage ; Apprêts d'un déjeuner de vendredi.

Dauphin (Joseph), élève de l'école a exposé en 1844, l'Intérieur du musée de Marseille. Cet artiste dont les débuts promettaient, est mort asphyxié par imprudence vers 1856.

Ravnaud (François) et Rabier, tous deux élèves de Técole ont débutés par exposer en 1844.

De 1832 à 1845 , nous citerons encore , parmi les élèves d'Aubert qui ont exposé à Marseille :

Trabaud, marines et portraits.— (P.) Bahis, portraits et tableaux de genre. — Jarry (Joseph) , dessinateur de la ville, aquarelles , dessins à la plume , sepia. — Bar, dessins à l'estompe et tableaux de genre. — Arnaud (Joseph) , d'Allauch , dessins et sujets de genre. Ce dernier fut plus tard professeur adjoint de l'école, il mourut subitement le 21 mai 1859. — Pascal (François), portraits et tableaux de genre. — Coulomb (Adrien), portraits.— Espérandieu, portraits, intérieurs de cloître et d'église.— Glize, nature morte et sujets d'histoire. — (M.-J.-B.) Olive, portraits, paysages et marines. — (M.-J.) Reynaud , portraits aux trois crayons et à l'huile. — Croze-3Iag>an , portraits et paysages. — Lalane, paysages. — Lauret , de Toulon, vues des monuments de Brignoles et tableaux de genre. — Ferrary, portraits. — (M.-J.) Rostant , copies

Les artistes dont les noms vont suivre ont habité également Marseille , mais nous ignorons s'ils sont élèves de Técole d'Aubert. Les livrets de 1832 à 1845 ne précisent rien à cet égard.

Gresy (Prosper), dont nous avons parlé à l'école d'Avignon, a débuté par exposer à Marseille en 1836. Depuis cette époque, ses paysages ont été vus à tout nos salons jusqu'en 1861.

Hérail, a exposé des portraits et des miniatures. — Poleti (Y.), élève de ce dernier, a également exposé des paysages et des portraits. — Mlle de Sau\t-Jea> , paysages. — Swebac, tableaux de genre. — Béranger (Emmanuel), portraits, vue de Provence et vue d'Italie. — Blrgaoe (Louis), marines, — Chauvin, marines.—

(P.) Michelet, natures mortes et paysages. — Marlot (Mlle Emilie), Vierges et paysages.— Ricaud, paysages et marines. — Vivaldi , portraits. — Carpentras , sujets religieux , paysages, marines. — Berlioz (Charles), d'Aix, natures mortes. — Benjamin, scènes d'intérieur. — Besson , marines. — Bourgois , de Genève , de passage à Marseille en 1832, Intérieur d'écurie, Courtisans, Chanteurs.— Carrère , sujets historiques et tableaux de genre. — Chanuel , portraits et scènes familières. — Fraissines, intérieurs de temples, intérieur d'écurie. — Girardon , pastel et miniatures — Meyër, vue du port de Marseille. Il est une autre série d'artistes dont le nom est plus connu parmi nous que celui des précédents , et qui ont exposé à la même époque ; nous allons les citer :

Durant (Henri) , en 1838 a exposé : le Batelier ; la Rencontre; effet du Brouillard; Coup de Vent; Petit pont (aquarelle); les Grandes Dames (aquarelle) ; la Croix de pierre (sepia); la Madone ; Mine de plomb ; Souvenir de Toulouse ; Souvenir de la campagne de Rome.

Bosq, a eu quelque réputation. En 1832 il exposa des Portraits. — En 1836, Pêcheur malade et sa famille; les Moissonneurs ; Clair de lune ; Marine ; Soleil couchant , Marine ; Combat des Grecs et des Turcs ; sujet Pastoral ; deux Portraits. — En 1838, deux Portraits. — En 1844, Portrait en pied.

Tassy, d'Aix, considéré comme un amateur distingué et grand connaisseur, était établi marchand de tableaux à Marseille. Membre du jury des Arts et de la Société Artistique de notre ville dont il fut un des fondateurs ; il est mort il y a environ trois ans. Les livrets de Marseille citent de lui les œuvres suivantes , en 1832 ;

Roses; Fruits ; Tempête ; Portrait.— En 1838, Tabagie ; Bandit chez un Nécromancien ; trois Portraits. — En 1838, Fermier revenant du marché. — En 1840, l'Eté , paysage; le Lever de Louison ; Moine et Soldat buvant, (esquisse).— En 1842, deux Sœurs; un Nécromancien. Ta»sy a exposé encore pendant quelques années.

Portet, miniaturiste habile, a exposé, notamment en 1832 et 1838.

Broxzet, aine, a exposé en 1842 : le Christ appelant à lui les petits enfants.

Bronzet (Jean) , a exposé en 1842 : trois Portraits ; Danse des vieillards; Jésus chez Marthe et Marie. — En 1844, Retour de l'Enfant-Prodigue ; Marché , dans le département de la Lozère et trois portraits , dont un de Poize, graveur. Ces deux derniers artistes ont beaucoup travaillé pour les églises.

Colin (Alexandre) , ancien directeur de l'école de dessin de Nimes, a exposé à Marseille en 1836, une série de tableaux de genre. Cet artiste jouit aujourd'hui d'une brillante réputation. Il n'a jamais cessé d'envoyer de ses œuvres aux salons de Paris depuis 1824 jusqu'en 1861. Il a obtenu une médaille de 2me classe , genre historique , 1824 — 1831 et une médaille l'e classe en 1840. Colin est aujourd'hui remplacé dans la direction de l'école de Nimes par Boucoiran.

Roche Latilla, peintre décorateur, a formé des élèves à Marseille qu'il a habité longues années, il a décoré quelques unes de nos églises, et a beaucoup travaillé pour nos Théâtres. Il est mort en juillet 1858, à rage de 55 ans , à Cauvalat,

SCULPTEURS

Galimer (Nicolas), néàMarseille vers 1790, élève de l'école, puis de Bosio , a exposé dans cette ville en 181(3, un groupe , marbre, représentant Psyché et l'Amour. — Le buste de Louis XIV qui existe sur le faite de la façade de l'Hôtel-de-Ville de Marseille, est dû à son ciseau.

Ci val (Mathieu), né à Marseille, élève de l'école ; a exposé en 1836, un groupe représentant un Combat de Bouledogues.

Garbeille (Philippe) demeurant à Marseille, a exposé en 1838, un groupe représentant un Enfant qui étrangle un chat, et un buste.

Déprez, né à Marseille, élève de l'école, a exposé en 1838, trois groupes, sculpture en bois : Aigle, Loup et Bécasse ; Renard surprenant des Cygnes ; Oiseaux et Serpent.

Consoîsove, demeurant à Marseille, a exposé en 1846. Apothéose de la ville de Marseille, essai de bas-relief; Melpomène, esquisse d'une des statues colossales qui devaient décorer la façade du grand-théâtre et du musée de la ville de Lyon. — En 1847 , Tète d'Éléphant pour support de balcon; un buste terre cuite.

Sardou (Ernest), né à Marseille, élève de l'école; a exposé en 1846, une statuette et un médaillon d'après nature. — - En 1847, Bustes, Médaillons, Statuettes plâtre.

Gàlard, né à Marseille, élève de l'école; a exposé en 1846, Eccc homo; Portrait. —En 1847, Jeune berger jouant de la llùte, modèle terre.

Rousseau de .Marseille , a exposé en 1847, Tête de Christ couronnée d'épines.

Simon fils, de Marseille, a exposé en 1847, quatre portraits.

Cailhol (François-Marius), né à Marseille, le 12 décembre 1810, mort en celte ville le 19 octobre 1853, élève de l'école (M. Aubert, directeur). — Son grandpère ancien chef d'atelier de sculpture à Toulon et son père exerçaient tous deux la profession d'ornementistes à Marseille, à l'époque où Cailhol vint au monde. La vue des ornements, des statuettes, dues en partie à Chardigny, ami de Cailhol , qui encombraient alors le magasin et qui frappaient ses yeux d'enfant, développèrent chez lui un goût tellement prononcé pour la sculpture, qu'il fut impossible de lui apprendre à lire et à écrire. A quatre ans il ne rêvait qu'à manier et pétrir de l'argile dont il faisait des caricatures , des bustes, des statuettes ou des portraits de ses camarades, enfants comme lui.

A l'âge de douze ans, son père le plaça chez un ortèvre, où il resta deux années ; mais sa vocation l'emporta, il ne put s'astreindre à un travail assidu. Les façades de nos maisons étaient à cette époque dépourvues d'ornements ; une reprise eût lieu, grâce à l'impulsion donnée par un architecte venu de Paris ; ce dernier fut imité d'abord par un de nos entrepreneurs bien connu , M. Durbec, et bientôt par tous les autres architectes. —Cailhol trouva donc l'occasion de travailler; habile dans le maniement des outils x

il gagnait des journées assez lucratives , et la liberté dont il jouissait lui permettait de suivre les cours de dessin et ceux d'anatomie qui avaient lieu chaque jour en hiver, à l'amphithéâtre de l'Hôtel-Dieu ; il s'était surtout passionné pour cette étude, qu'il poursuivit toute sa vie; aussi ses œuvres témoignent constamment de la science qu'il avait acquise dans cette partie. — En 1830 , dominé par son exaltation, il donna en plein dans les idées républicaines, et il négligea complètement ses travaux et ses études.

En 1831, Latilla, peintre du théâtre , avait fait la connaissance de Cailhol. Emerveillé de ses grandes dispositions, il l'engagea vivement à se remettre au travail ; ses progrès furent dès lors très sensibles. Cailhol exécuta à cette époque toute l'ornementation, tant intérieure qu'extérieure du couvent et de la chapelle des Petites-Mariés, aujourd'hui démoli. Ce couvent était situé sur l'emplacement qu'occupe la gare du chemin de fer. Il fit également dans cette période un grand nombre de médaillons, de statuettes et de bustes, parmi lesquels nous devons citer celui du général Sébastiani; celui de monseigneur de Mazenod ; celui de Méry, le poète; celui de J. Autran ; celui de Castil-Blaze, dont il fit la statuette de souvenir et le buste de M. Berthaud, secrétaire de la chambre de commerce. Cailhol réussissait également les animaux, et particulièrement les chèvres, les chiens et les bœufs. Pour arriver à une reproduction plus exacte, il réunissait chez lui une véritable ménagerie, dont certains hôtes étaient impitoyablement voués à la mort, pour être disséqués de ses mains. Mais au moment où il aurait pu se créer une position, le goût des voyages se développa chez lui avec une telle intensité, qu'abandonnant sa famille, ses travaux et la ville où sa réputation commençait à se consolider, il s'embarqua

en 1837, sans argent, sur un navire suédois en partance pour Rio- Janeiro , et comme payement de son passage il se chargea d'une multitude de sculptures, pour orner le bâtiment; il fit ainsi pendant la traversée le médaillon du capitaine, celui de sa femme, avec des ornementations, sur l'arrière et sur la poulaine dudit navire ; la statue en pied du capitaine, de deux mètres cinquante de haut, — qui placée à l'avant, indiquait de la main la marche à suivre.

Arrivé à Rio- Janeiro, le hasard lui fit rencontrer un compatriote, nommé Sardou , établi ébéniste. Cailhol sans ressource vit ses services acceptés ; il exécuta donc pour lui un grand nombre de sculptures sur bois, et entre autres : trois Enfants de grandeur naturelle , soutenant une immense vasque dans laquelle était placés des fleurs et des bouquets destinés aux habitués fréquentant le café, pour lequel ce meuble artistique avait été commandé.

Cette innovation eut un grand succès à Rio- Janeiro, et la réputation de Cailhol fut faite. Un M. Secretan , le prit chez lui et l'occupa à une multitude de travaux; mais l'inconstance de Cailhol reprit le dessus. — Se laissant entraîner par son goût pour les aventures, il partit pour le Mexique. Dévalisé en route par les sauvages, il dut la vie à la générosité du chef, dont il reproduisit les traits. Après trois mois de route faite à pied, en compagnie d'un faiseur de portraits en cire, il arriva enfin a Mexico, où pour vivre, il dut faire dans les cafés des silhouettes en papier noir.

Après avoir visité Philadelphie, Boston et les principales villes du nord, pendant les trois ans de séjour qu'il fit en Amérique, il s'embarqua pour Londres. Un anglais charmé de ses caricatures , paya son voyage et le conduisit à la grande manufacture de Carton pierre d'Oxford Street, dont il devint bientôt le di-

recteur. Mais au bout de deux années, Cailhol revenait à Marseille pour quitter de nouveau, en 1843, sa ville natale.

C'est dans cet intervalle de 1842 à 1843 qu'il exécuta le bas-relief qui appartient à M. Pastré , représentant un marché d'Esclaves et ceux qui figurent à l'hôtel de M. V. Régis ; ce dernier lui avait commandé en outre : un Lion d'une grandeur colossale qui devait être coulé en bronze.

Boet , aîné , architecte , faisait construire l'hôtel du Luxembourg. —Ce fut dans un des salons du rez-dechaussée, que ce lion fut modçlé. Méry et tout nos artistes vinrent le visiter ; c'était un morceau de sculpture remarquable , le moule fut en partie manqué et Cailhol inconstant n'eut pas assez de volonté pour réparer un dégât insignifiant ; aujourd'hui cette œuvre a disparu. Il fit également pour ledit hôtel une statue, plâtre, qui tenait en main un flambeau. Elle était placée dans le jardin , mais le temps l'a également en partie mutilée. Deux autres bas-reliefs que lui avait commandé M. Régis sont restés inachevés. Cailhol les avait abandonnés pour faire le voyage d'Egypte , où il passa deux années. Là il s'occupa de nouvelles études anatomiques, sur les animaux et les hommes de ces contrées. Ce fut à son retour en 1845 qu'il produisit ces innombrables groupes terre-cuite représentant des bédouins aux prises avec des lions, des chameaux, des arabes voyageant ; il exécuta en 1848 la statue de la Liberté , de 12 pieds de haut, placée sur la plaine St- Michel. — Cailhol s'étant encore occupé de politique , abandonna de nouveau Marseille en 1851 bien qu'il ne fut pas compromis ; la peur seule dicta sa décision, il partit pour Rome.

Les marbres seuls étant admis aux expositions des Amis des Arts de cette ville, une exception fut faite en

faveur de Cailhol, qui vit tout les animaux, terre-cuite, qu'il avait exposés, achetés par la même Société. 11 y exécuta également , Paris tenant la pomme , grande statue destinée à l'exposition de Paris.

La Gazette du Midi a consacré à cet artiste un article nécrologique assez étendu ; il y est dit que Cailhol a exécuté à Rome : une Venus recevant la pomme, nous venons de dire nous même, — sur les indications que nous a fourni son frère, en mentionnant cette statue : Paris tenant la pomme. Ne sachant à quelle version nous arrêter à ce sujet; nous laissons subsister cette contradiction.

« C'est, dit la Gazette, en consacrant à cette œuvre capitale tout ce qu'il avait de force de corps et d'imagination que Cailhol a succombé ; huit mois de travail opiniâtre ont achevé de ruiner sa santé , déjà si frêle , et il est revenu mourir à Marseille deux mois , jour pour jour , après son départ de Rome où il laissait achevé le plâtre de sa Venus. A Rome il vivait au milieu des artistes de l'Académie française qui avaient su apprécier tout ce qu'il y avait de remarquable dans cette organisation d'élite. II avait dans cette ville des élèves qui le regretteront longtemps , et son mérite comme sculpteur commençait à y être si bien jugé qu'on lui faisait déjà les honneur de plusieurs tentatives d'empoisonnement qu'auraient commises sur lui des concurrens jaloux; en réalité ces bruits n'avaient aucun fondement. Cailhol n'est mort que d'une maladie de fatigue compliquée d'une de ces fièvres que le climat de Rome donne trop souvent aux étrangers.»

Nous ajouterons que nous connaissions très particulièrement Cailhol ; il nous a maintes fois , — de sa vie aventureuse, — raconté les épisodes que nous en avons retracés et que son frère , nous a confirmés. Nous aimions à l'entendre raisonner de son art, il y avait chez

lui un enthousiasme étrange, et une originalité incroyable , il était réaliste dans la plus forte acception du mot; mais réaliste parfois jusqu'à la trivialité, aussi s'était-il aliéné les gens de goût qui lui pardonnaient difficilement ses excentricités. Infatigable, d'une frugalité d'anachorète, au milieu d'un travail, sans trêve ni repos, par goût ou par tempérament , le jeûne perpétuel et volontaire qu'il s'imposait pendant sa vie , a entretenu chez-lui, une sorte d'exaltation intellectuelle qui explique parfaitement les écarts d'imagination auxquels il s'est livré, et dont on lui a fait un crime. Nous ne parlons ici de Cailhol qu'au point de vue artistique, insouciant pour tout ce qui tenait au confort de l'existence et désintéressé au dernier point, jamais le désir du lucre ne fut son mobile. Cailhol, comme sculpteur était un génie, mais tout à la fois un fanatique.

XIXe SIÈCLE

FONDATION DE LA SOCIETE DES AMIS DES ARTS, RECONSTITUEE PLUS TARD SOLS LE TITRE DE SOCIÉTÉ ARTISTIQUE.

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