MACHINES
•apporter l'arbre de son moulin par une traverse Horizontale mobile. Un balancier, mû à main d'homme, peut agir sur cette traverse, tantôt à droite , tantôt à gauche , et fournit ainsi le moyen de changer l'engrenage à volonté.
Une circonstance heureuse facilite ce mouvement alternatif , et amortit le choc que la lenterne tend à exercer contre la roue dentée qu'elle va rencontrer. Le cordage qui tirait la drague , dans l'engrenage prêt à cesser , étant extrêmement tendu , aussitôt que la lanterne n'agit plus pour le faire tirer, se détend et donne au cylindre un mouvement rétrograde , qui est précisément celui que le changement d'engrenage doit lui communiquer ; les dents de la seconde roue se trouvent donc animées du même mouvement que la lanterne , et leur emboîtage réciproque est extrêmement facilité.
U faut voir sur les plans les moyens imaginés pour faire enrouler et dérouler uniformément les deux cordages qui déterminent le va et vient de la drague , pour faire dévier latéralement cette drague, afin qu'elle creuse successivement des sillons parallèles sur toute l'étendue de la surface à curer , etc. La forme de cette drague est aussi digne d'attention; les dessins en sont sous les yeux de la classe.
S. vin.
Machines diverses mues par le moulin à droguer.
Le curage de l'avant-bassin des formes n'est pas la seule fonction du moulin à draguer qui en remplit d'autres eneore , d'autant plus importantes qu'elles se rapportent à des objets de fabrication dont on a an besoin continuel dans les ports de marine militaire. Cest pour ces objets de fabrication que M. Hubert a adapté à son moulin d'autres machines qui emploient très-utilement la force du vent , pendant les intermittences du dragage.
La première de ces machines , placée au rez-de-chaussée , est un Uminoir d'une parfaite exécution , et dont la composition , quoique
D I V E R S F>S". 79 ne profitant pas d'idées absolument nouvelles , n'en offre pas moins plusieurs détails ingénieux. Un accident qui a un jour arrêté la rotation des cylindres , a donné lieu à une observation curieuse sur la force da moteur et sur la solidité de la machine. Un manchon de fer , gros comme la cuisse , servant à communiquer le mouvement au laminoir , s'est tordu d'un quart de circonférence , sur la longueur d'environ un mètre , et se serait infailliblement brisé t as l'action qui le tordait ainsi se fut continuée.
Un second mécanisme , établi au 3.m* étage du moulin , fait mouvoir des meules à broyer les couleurs dont on se sert pour peindre l'extérieur et l'intérieur des vaisseaux. Quatre Jeux de meules » accouplées deux a deux , sont ainsi mis en mouvement ; l mlérieurè de chaque couple est fixe , et la supérieure tourne auteur d'un axe vertical.
Enfin , M. Hubert a réuni aux machines précédentes un tour » tourner les essieux des poulies , placé au deuxième otage du moulin r et qui se meut aussi par la force du vent.
Cet habile ingénieur est l'inventeur ou te constructeur de plusieurs autres machines dont nous nous dispenserons de parler , et parmi lesquelles on distingue la machine à tailler lea vis et celle qu'où emploie pour changer les chiffres et les emblèmes des vitrages de» vaisseaux. Il fait exécuter en ce moment a Rochefort un moulin à scies qui aura le propriété de diviser les bois non seulement ea> parties planes , mais suivant des surfaces développables quelconques.
S. ix.
Observations et conclusions»
La classe remarquera sans doute avee satisfaction que M. Hubert^ s qui on doit les machines dont nous venons de donner une noticesommaire , et M. Dupin , l'un de ses correspendans , qui lui a- fais connaître ces machinée , et qui lui-même est auteur de plusieurs-
8o MACHINES
oun-agea qu'elle a couronné» de son suffrage ; sont deux ancîena élèves de l'école polytechnique. Il est maintenant peu de branches soit des hautes sciences, soit des ans utiles aux services publics et à la société en général , qui ne doivent aux hommes sortis de cet établissement célèbre , ou quelque découverte ou quelque amélioration. Le mémoire de M. Dupin , dont il n'a lu qu'un extrait à la classe , prouve , par la clarté des descriptions et des détails instructifs qu'il y a joints , combien ce jeune savant sait tirer parti de ses voyages.
Quant aux machines de M. Hubert , leur utilité ne saurait être révoquée en doute , puisqu'elles sont toutes exécutées , employées a des travaux d'une grande importance , et que leur succès est parfaitement constaté par l'expérience. Les seuls objets de discussion auxquels elles peuvent donner lieu sont donc relatifs soit à ia nouveauté des mécanismes, soit aux améliorations dont quelques-uns d'entre eux pourraient être susceptibles. Nous ferons, à cet égard, les observations suivantes :
1. ° Dans la machine à éprouver la force des cables, le moyen d'évaluer l'effort qui a lieu , a chaque instant de la durée de l'expérience, nous parait neuf ; mais nous désirerions que la machine pût, en même temps , mesurer avec exactitude les allongemens correspondans du cable.
2. # Nous sommes convaincus que M. Hubert a tiré de son propre fond l'idée ingénieuse de son compteur; mais le célèbre Al. R.EICHEMBACH, do Munich , a employé , depuis plusieurs années , un mécanisme semblable , dans les salines de Bavière.
3*° 11 nous semble que , dans la machine à percer les parcs à boulets , on pourrait supprimer la vis , en complétant la mèche par une pièce en métal qui ne ferait que glisser , et qui serait en arrière de toute l'épaisseur du manchon qu'on veut enlever. Cette pièce rapprocherait la forme de l'outil de celle du foret pour les métaux , qui rend l'épaisseur du copeau indépendante de la pression. Au reste , cette machine n'en est pas moins très-ingénieuse et remarquable, par des détail» nouveaux. La forme donnée au tranchant de la tar-
DIVERSES. 8t rière o/Fre une nouvelle preuve de l'utilité que les arts peuvent tirer de la géométrie descriptive.
4* Le porte-foret de la machine a percer des trous cylindriques dans le bois a quelque rapport avec celui que M. Leturc a adapté , il y a environ 3o ans , à la poulicrie établie à Brest ; mais le mécanisme de M. Hubert mérite la préférence , pour 1a simplicité et la solidité.
5. ° L'application du mécanisme précédent à rincrustement des dez des poulies nous parait également heureuse et nouvelle.
6. * M. firunncT, mécanicien français, établi en Angleterre, a em« ployé , a l'amirauté de Londres , une machine fort ingénieuse pour mortaiser les caisses des poulies , dont la description et la gravure se trouvent dans l'Encyclopédie de Re'ss ; ce moyen est différent de celui que M. Hubert a imaginé , et il serait à désirer qu'on eût quelques expériences propres à faire connaître les mérites respectifs des deux mécanismes.
On a employé , depuis long-temps , des va et vient quî ont plus ou moins d'analogie avec celui que cet ingénieur a adapté au levier de la machine dont nous parlons , parmi lesquels on peut citer celui de l'anglo américain White , décrit dans un rapport sur la machine de Marly , rédigé par deux d'entre nous ; mais le pignon ; mobile dans le mécanisme de "White, est fixe dans celui de M.' Hubert^ et ce dernier mécanisme est de plus remarquable par un moyen neuf et ingénieux , employé pour maintenir la position et la verticalité de la denture mobile , pendant chaque montée et chaque descente.
Les formes données à la partie tranchante des ciseaux sont aussi dignes d'attention,
7.0 Le système général des machines que le moulin à vent établi près des formes de Rochefort fait mouvoir, est une conception très* remarquable et qui honore son auteur, tant par l'heureuse combinaison des mécanismes que par l'art et la perfection de l'exécution. Deux d'entre nous ont va le jeu de ces machines , dont on a obtenu
3a MACHINES DIVERSES.
Vut le succès désirable , et dont la marine militaire retire les avantages réunis et de l'économie dans la dépense et de la perfection du travail. Nous noua bornerons à citer , parmi les améliorations nouvelles qu'elles présentent , la forme de la drague. Cette dragué était anciennement tin petit traineau , armé d'un tranchant mobile auquel M. Hubert a substitué une espèce de roue a aubes , dont les augets t après s'être remplis de vase , dans la partie à curer » laissent échapper cette vase , dans le lieu destiné à son émission.
Nous pensons que le mémoire descriptif de M. Dupin lui mérite les remercimens de la classe, et doit être imprimé parmi ceux des sa vans étrangers , en y joignant les gravures de ceux des dessins joints à ce mémoire qui seront jugés les plus propres à en faciliter rinlelligence.
Signé Safé , Motard , de Prony , ràpporteur. La classe approuve le rapport et en adopte les conclusions. Paris, le 5 février 1816.
Certifié conforme a l'original , par le secrétaire perpétuel , chevalier de la légion d'honneur „
Signé Delambrb.