‹ Annales de mathématiques pures et appliquéesChapitre 94 sur 106 · ANALISE · texte numérisé non relu

ANALISE

c'est le premier ou le dernier anneau qui est connu ,' c'est la synthèse ou l'analise qu'il faut employer.

18. Ou a comparé, avec beaucoup de vérité , ces deux méthode* a celles qu'on peut suivre dans la recherche et dans l'exposition des généalogies. Il est certain , en effet , que celui qui connaît bien une généalogie, pourra indifféremment la faire connaître aux

autres en descendant sans cesse du père au fils ou en remontant sans cesse du fils au père ; mais il n'en sera plus ainsi s'il veut lui-même découvrir use généalogie qui lui est inconnue. Il est évident, en effet , que ce sera uniquement en descendant sans cesse du père au fils qu'il parviendra à connaître les descendans actuels d'un homme qui a vécu dans des temps antérieurs; tandis que ce sera au contraire en remontant sans cesse du fils au père qu'il pourra découvrir quels devaient être , à une époque éloignée , les ancêtres d'un homme vivant qu'on lui désigne.

19. Il parait résulter clairement de ces notions que , de morne que l'analise est , tout aussi bien que la synthèse, une méthode de doctrine , la synthèse est à son tour, tout aussi bien que l'analise , une méthode d'invention (*) ; mais , tandis que , dans l'exposition des vérités déjà découvertes , ces deux méthodes peuvent être indistinctement employées ; on est forcé , au contraire , dans la poursuite des vérités nouvelles , d'employer exclusivement l'une ou l'autre, suivant que les recherches auxquelles on se livre ont un objet vague ou qu'elles sont relatives à une question déterminée. On voit enfin que , quelle que puisse être celle de ces deux méthodes que l'on se détermine à employer , dans quelque recherche que ce soit , son usage ne saurait jamais garantir le succès.

(*) Je- serait même «enté de -considérer la synthèse comme étant , plut proprement encore que l'analise , une méthode d'invention ; tant parce qu'il n'e»t rien de ce qui a été découvert par l'anal i»e qui n'ait pu l'être également par la synthèse , que parce que le hasard , le plut puissant et le plus universel de tous les ageos de découverte , procède toujours t^othtiliqucment.

ET SYNTHÈSE. 355 30. Dans la doctrine que je viens de développer , j'ai employé les- mots synthèse et analise suivant l'acception qu'on leur a uniformément et constamment donnée , jusqu'à la moitié du dix-huitième siècle (*)► C'est aussi celle qui est la plus rapprochée de rétymologic de ces deux roots (**). Mais depuis lors Condillac et les métaphysiciens de son école ont tellement embrouillé toutes ces notions qu'il n'est pas surprennant qu'on soii obligé aujourd'hui d'exposer , avec Beaucoup de soin et de détail , des notions qui auraient pu peutêtre passer pour triviales il y a environ un siècle. Examinons donc ^ et réduisons, s'il se peut, a sa juste valeur , la doctrine professée; sur l'anal ise et la Synthèse, par le chef de cette secte philosophique r dans l'ouvrage où il prétend nous donner les seuls véritables pré-» ceptes sur l'art de penser ; et qne ses trop dociles disciples ont cru un moment , sur sa parole , devoir produire une révolution dans l'esprit Humain.

21. Mais la doctrine de Condillac sur ce point est d'un examen d'autant plus embarrassant et plus difficile , qu'après avoir lu son livre en entier , on ne voit pas encore bien clairement ce qu'il entend proprement par analise et par synthèse ; tout ce qu'on peut en recueillir t c'est qu'il professe pour la dernière de ces deux méthodes le mépris le plus profond , et qu'il regarde l'autre , au contraire, comme la méthode unique , la méthode par excellence ; et on a d'autant plus

(*) Voyez , entre autres , l'Essai sur l'enseignement de M. LacIIOIX,

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(**) A s'en tenir à l'élymologie , le mot «\ntliisc veut dire eomposition , et le mot analise résolution ; et , sous celte acception , ce n'est guère qu'en chimie qu'ils peuvent être rigoureusement appliques; parce que ce nV»t guete qtie \ï qu'on rencontre des compositions et des décompositions proprement dites, t'n chimiste qui combine des substances simples pour en former un mixie , fait proprement une opération synthétique ; tandis qu'au contraire , s'il résout un mixte en ses principes , il fait une véritable analise. Hors «le là il faut , dans l'« mj loî de ces mots, se tenir constamment en garde contre l'abus des comparaisons,, qui est une des sources d'erreurs les plus communes.-

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