A PRECHE L EVANGILE EN ESPAGNE
Mariana rapporte que , « sous Tempire de Néron , ApoUo- » nius de Tyane, parcourant toutes les provinces de l'empire, » tint en Espagne^ alors arriva aussi saint Paul délivré de sa » prison. Ce voyage qu'il avait à cœur d'entreprendre, comme » il l'écrivit lui-même aux Romains, est confirmé par Tauto- » rite d'hommes illustres ^»
(Annales.) — Un aulre auteur, Didacus de Gea , s'exprime ainsi :
a Or, que saint Paul ail tenu sa promesse, je le prouve par » des preuves et des monuments qui persistent jusqu'à ce » jour. — . A Tortose , en Catalogne, une constante tradition » de cette Église assure que Paul y est venu , et qu'il y établit » éyêque Ruffus, fils de Simon le Cyrénéen. C'est ce qu'atteste » Ant. Beuter^l. I, c. i. 11 pénétra ensuite dans Tintérieur de » l'Espagne, et chez les Viennois, dans la ville de Lucron, il » renversa un superbe temple de Diane, et y fit taire un oracle » très-consulté par les Gentils. De plus il bâtit une église en » l'honneur de saint Michel l'archange , sur la pente d'une > colline tournée vers le nord, comme le rapporte Jean » de^ Armar dans son livre des Annales des Antiquités de » VEvêché de Calahorray et cela est confirmé par la constante » tradition des Viennois ^. »
{Annales.} — Le P. Bellus dit aussi :
a Paul ayant passé deux^ans dans les fers, fut renvoyé libre, n et alors, pendant 6 ans et plus il parcourut l'Espagne , qu'il » désirait toujours de voir , comme il le dit dans sa let- » tre aux Romains. De là il vint dans les Gaules et dans d'au- B très régions éloignées, comme on le trouve dans l'histoire et » la tradition de ces Églises ^. d
* Neronis imperio, Apollonius Thyanensis y magicis artibus claras , cum omnes proYincias luatraret, Hispaniam venit : tune Paulus apostolus e yinculis liberatas, ut ipse se in yotis habere ad Romanes scripsit, et magnorum vironim auctoritate confirmatur (Mariana, de JRébus Hispànicis (lib. iv, c. â), tom. i, p. 110).
^ Didacas de Gea: Àrcfueologia sacra principum apostolorum Pétri et Pauli^ p. 721 , in-4'*, Homse, 1636.
3 Exacte In vincuUs bienniO) Paulus liber dimittitur ; tom per sexennium et amplius «xcurrit per Hispaniam, qnam semper in animo habuit, ut coUigitur ex epistola ad Rom. Inde in Galliaiç aliasque longinquas regiones, ut habetar ex historia et traditione earum Ecclesiarum (Paulus Bellus, S. J. Brer
¥• 8ÉRUÎ. TOME V. — N*» 28; 1862. 164« vol. de la coll.) 19
Jean Chmu, avocat à Bourges au 17* siècle et auteur d'un ouvrage latin qui a pour tilre : Chrmologie des ÉvécMs de France , se range à l'opinion que nous soutenons. « L'apôtre » saint Paul, allant en Espagne, dit-il, établit l'église de » Vienne, par son autorité apostolique et par sa propre pré- » sence *. »
Nous pourrions citer encore d'autres historiens qui admettent la prédication de saint Paul en Espagne. Nous ne le fferon» pas cependant, pour ne point fatiguer nos lecteurs. Qu'il nous soit permis seulement de rapporter les paroles du savant Boêquel, d'abord évéque de Lodève et puis de Montpellier. Son sentiment a une valeur d'autant plus grande que, dans son Histoire de l'Église gallicane, il défend l'opinion de ceux qui retardent la mission des premiers évêques des Gaules jusqu'au 3« siècle.
« Que saint Paul, dit*il, allant en Espagne, tï\t parcouru la )) Narbonaise, ce n'est pas une tradition nouvelle. Car, encore » que ce voyage de saint Paul en Espagne ne soit pas unii^er* » sellement reçu, néanmoins les auteurs grecs et latins qui » l'affirment sont bien plus nombreux que ceux qui le nient'.»
Nous avons établi notre thèse à l'aide de preuves assez décisives, A la question posée, nous pouvons donc répondre d'une manière affirmative. Cependant, pour enlever tout doute, examinons les objections que l'on fait contre ce voyage, et montrons qu'elles ne sont pas de nature à détruire la force des arguments que nous avons produits.
A la nuée Imposante de témoins qui affirment la prédication
viarum peregrinationum S, Pauli, p. 175, dan» Gloria Mttsaneiuium^ «Ive d9tpi$U}la diiparse Virginit seripta ad Meisanentet^ 10^4**. Messanœ, 1647.
On pout en outre consulter les écrïvatns espagnols qui défendent vivement oette tradition t~Lucas Tudensls in o^romco. --Tolet in cap. 33 Genetis et inlTalt,, 0. 2.— Morales, fcMt.,l.ix,o. 2,— etTrugUlus In thwaur .conctonol.. t. ii, et autre».
* Paulus apostolus, dum in Hispaniam iret, ecclesiam Vlennensem instlluit apostoUea auctoritate et per prœsentiam suam. Joannes Chenu, in EpiiC* Fien-
Il6ft.
3 Paulum in Hispantam proflciscentem, Narbouensem provinciam lustrasse non nupera traditio est. Nam lioet ilia Pauli In Hispaniam profectio, communi omnium sufflvgio non recipiatur, vincit tomen auctorom tam grtecorum <iuam laUnorum lUam aaserenUam numerus. HisL hcUs, GaU^f Ut. i» c. 4>
A PBÊGHi L'iVANGIUS Elf ESPAGNE. 205
de saint Paul en Espagne, on oppose le sentiment du pape saint Innocent !•' et du pape saint Gélase. Voyons ee qu'il faut en penser.
Le pape saint Irtnocent P', écriyanl à Oécenlius en Tan 409, lui disait : « Qui ne sait et qui ne remarque que tout ce que B le prince des Apôtres^ saint Pierre^ a donné par tradition à » TËglise de Rome et qui se conserve encore fidèlement chez ;» nousi doit être observé par tous^ et qu'il n'est pas permis d'y 9 mêler ni d'y introduire des choses ou dénuées d'autorité, ou p bien empruntées d'ailleurs T Car il est manifeste que per* » sonne n*a fondé des églises dans toute l'Italie, les Gaules, » l'Espagne, l'Afrique, la Sicile et les îles adjacentes, si ce n'est » les évêques que le vénérable Pierre et ses successeurs y ont » envoyé» ^»
De ce passage interprété d'une manière trop étroite, on a voulu conclure que l'Espagne n'avait pas été évangélisée par saint Paul. Mais nous dirons avec le pape saint Léon : a Tout » est commun entre saint Pierre et saint Paul, ces deux apô- » très que le choix a faits égaux et que la mort a rendus sem* » blables ^, d
C'est aussi le sentiment de Henri de Sponde, évêque de Pamiers: a Quand le pape saint Innocent, dit-il, prescrivant aux D autres églises de se conformer aux usages de l'Eglise rofi maine, semble assurer qu'à l'exception de saint Pierre au- » cun apôtre n'a prêché en Espagne, ni dans les autres con-
* Quis enlm nesciat aut non advertat, Id quod a principe Apostolorum Petro romansB eccleai» traditum est, ac nunousque castodltur, ab omnibus debere lenrari ; nec superduci aut introdaci aliquid, quod auctoiitatem non habeat, But aliunde accipere videatur exempium? PrsserUm, cum ait ownifeâtum in omnem Italiam, Galllas, HispanûUy Afrlcam atque Siciliam, insulasque interjacentes» nulium instituisse eccleslas, nisi eos quos venerabilis apostolua Pe« tros aut cyus successores constituerint sacerdotes (Innocentii I, EpisL 25, n. 2, dans Patr, lat^ t. 20, p. 552].
' Nihil In Petro et Paulo sentlre debemus discretum ; quos electio pares, et pvslo fecit squales. — On comprend assez ayec quelle réserve doit être entendue cette expression.
{Annales.) — De quorum merltis atque yirtutlbus, quœ omnem loquendi superant facultatem, nihil dlversum, nibil debemus sentiro discretum; quia illos et electio pares, et labor similes, et finis fecit squales (S. Léo, nrmo S2, n*" 7 $ Pat. lat.f t. 54^ p« 427}.
» trées de rOccideot^ il ne faut pas penser qu'il ait voulu » séparer saint Paul de saint Pierre. Car^ dans l'affaire dont il » s'agissait^ la cause de saint Pierre paraissait être commune à » saint Paul. Celui-ci^ en effets a comme âaint Pierre prêché » à Rome^ et donné comme lui à cette église les rites sacrés du B Christianis me^»
De là vient que les disciples de Tun de ces apôtres sont souvent appelés les disciples de Tautre. L'usage de TEglise autorise encore cette interprétation. Elle ne célèbre jamais aucuoe lête de saint Pierre sans faire mémoire de saint Paul^ et réciproquement. Elle nous met ces paroles sur les lèvres : a L'a- » pôtre Pierre et Paul^ le docteur des nations^ nous ont ensei- » gné votre loi^ ô Seigneur ! Ces glorieux princes de la terre 9 s'aimèrent pendant leur vie et ne furent pas séparés lors de » leur mort^. »
Le témoignage du pape Innocent V ne peut donc être invoqué contre le voyage de saint Paul en Espagne.
On ne peut pas davantage nous opposer le sentiment du pape saint Gélase^ rapporté dans le décret de Gratien :
c( On ne doit pas croire , dit-il ^ que le bienheureux Paul T» nous ait trompés (loin de nous une telle pensée)^ ni qu'il n ait été en opposition avec lui-même, parce que^ après avoir D promis d'aller en Espagne , il ne put exécuter sa promesse , » empêché qu'il en fut par des raisons majeures, selon la D disposition divine. En ce qui dépendait de lui, il promit ce » qu'il avait réellement l'intention de faire. Quant aux secrets 1^ desseins de la Providence (étant homme ^ il ne put tous les » connaître^ bien qu'il fût rempli de l'Esprit de Dieu); il les » ignora par suite d'une disposition supérieure ^. »
^ Quod Innocentius, epistola sancta ad Decentium, ad EcclesisB Romans inS' titttta csteros provocans, omnino asserere videatur, nemlnem Âpostolorom, excepto Petro, Hlspanias et alias Occidentales ecclesias docuisse, haud putandum est, a Petro dividere Paulum voluisse. Nam in re de qua agebatîir, Petii causa commuais Paulo videbatur. Quippe qui et ipse, sicut Petrus, Roms docuerit, eamque ecclesiam sacris ritibus et insUtuUs imbuerit. Epitome Baroniif anno 61.
^ Petrus apostolus et Paulus doctor gentium, ipsi nos docuerunt legem tuam, Domine. — Gloriosi principes terrœ, quomodo in vita sua dilexerunt se, ita et in morte non sunt separati. Srev. rom.^ in suffirag. Sanctorum.
^ Beatus Paulus apostolus non ideo (^uod absit) fefellisse credetidus est, ant
A PRÊCHÉ i'ÉVANGlLB EN ESPAGNE. 297
Peut-on inférer de ces paroles que le pape saint Gélase ne croyait pas à la réalité du Yoyage de saint Paul ? Peut-on dire qu'il affirme que cet Apôtre ne l'a jamais entrepris ? Nous ne le pensons pas. À notre avis^ son langage ne signifie pas autre chose que ceci ; Lors même que saint Paul ne serait pas allé en Espagne, il ne faudrait pas l'accuser d'avoir manqué à sa parole^ car il ne tint pas à lui d'accomplir sa promesse. Quand il écrivait de Gorintbe aux fidèles de Rome ^ il était bien dans l'intention de faire ce voyage^ mais les persécutions des Juifs et les diverses captivités qu'il eut à subir soit en Asie^ soit à Rome^ l'en empêchèrent alors.
C'est ainsi que ces paroles sont interprétées par la Glose. Saint Thomas^ dans son commentoire sur le 1S« chapitre de VEpitre a\ix Romains, les explique de la même manière ^ Ceux-là donc s'appuient sur une base fragile qui^ pour rejeter le voyage de saint Paul en Espagne , invoquent le témoignage du pape saint Gélase I". Mais ce saint Pontife eût-il dit ce que les adversaires de notre sentiment lui font dire^ ce ne serait pas assez pour établir leur opinion, lien résulterait seulement qu'il pensait autrement sur ce points que plusieurs Pères de l'Eglise, plusieurs martyrologes et plusieurs historiens. Or, sur cette question de fait, ce n'est là qu'une voix isolée en op-* position avec une foule de témoignages.
Une question intéressante nous reste encore à traiter. Quel fut le fruit de la prédication de saint Paul en Espagne ? Malti lieureusemcnt, rien de positif ne nous est parvenu là-dessus. Saint Luc a retracé dans les Acles tous les voyages de l'Âpôtre des nations avant son entrée à Rome, mais là s'arrête son récit Ce qu'il fit plus tard, aucun écrivain ne l'a raconté; mais
8ibi extitisse contrarius, quoniam cum ad Hispanos se promisisset ituram, dispositione dlvina, majoribus occupatus e\ causis, implere non potuit quod promlsit. Qaantum enim ipsius voluntatis Interfuit, hoc pronuntiavit quod rêvera Toluisset efûcere. Qaantum enim ad Divini sécréta consilii (qus, ut homo, omnia non potuit, licet Spiritu Del plenus, agnoseere) superna prœtermisit dispositione prœventus. Corpus juris canon. Decreti 2* pars, causa 22, quœst. 2, c. Y.
* (inna^. — Nous avons cité de plus le témoignage formel de S. Thomas sur le voyage de S. Paul.
29ft PREUVES QUE S. PAUL
s(i rbistoire se tait y les légendes parlent. Sophrone de Jérusalem ek Hfétaphraste nous en ont conservé une, que nous nous garderons bien de passer sous silence. (Voici ce que dit Métaphraste : )
a Pendant que Tapôtre saint Paul prêchait en Espagne^ une 9 femme que sa naissance^ sa science et ses richesses ren^ 1» dàient recommandable^ ayant eu connaissance de la prédi- » cation évangélique^ désirait voir le héraut de la vérité ^ et it être instruite par lui des dogmes de la foi. Un jour, elle eut » comme une mspiration divine^ et elle se rendit sur la place » publique. C'était au moment même où saint Paul la travers » sait. Elle le vit s'avançant avec modestie et gravité. Son as- » pect la frappa^ et elle parvint à persuader à son mari de lui a donner Thospitalité dans sa propre maison. A peine l'Apô-* » tre y fut-il entré qu'un prodige surprenant s'opéra. Les yeux » de l'esprit de celte femme s'ouvrirent, et^ sur lefront de sod » hôte^ elle lut ces paroles écrites en lettres d'or : Paul, apôtre È de Jésus-Christ. A cette vue^ saisie de joie et de crainte tout 1» la fois^ elle se prosterne à ses pieds^ et verse un torrent de » larmes. Saint Paul lui enseigna la doctrine chrétienne /et d lui donna le nom de Xantippe. Après elle^ furent baptisés » Probus^ son époux (qui était connu de Néron, puis le fté* » fet Philolhéos, et. tous ceux qui habitaient ce pays*.)»
Cette conversion n'a pas seulement pour garant l'autorité de Sophrone et de Métaphraste. On lit dans les Menées des Grecs : a Mémoire des saintes femmes Xantippe et Philoxène, sa i sœur. Elles étaient d'origine espagnole, et vivaient du temps D de Claude César. Xantippe épousa Probus qui gouvernait D cette contrée. Elle fut instruite par le bienheureux Paul, » lorsquU évangélisa VEspagne, et avec elle reçurent la vraie » doctrine son époux et plusieurs autres. Philoxène fut enle- » vée par un homme pervers^ mais, par la grâce de Dieu^ elle » se conserva pure. Elle avait été baptisée par saint Paul^ et » convertit plusieurs personnes à la foi* Ayant rencontré l'a- » pôtre Onésime^ elle résolut de rentrer en Espagne^ sa pa« » trie. Après une longue navigation^ et à travers une molti-
* {Annales,) — Siméon Métaphraate, dans la Vie de S. Faul et dans, las UToMf de Bivaïius sur Dexter {Pair, lat.y t. 31 , p. 191).
A PRÊCHÉ l'Évangile sn sspagne. 299
» tude de périls^ ell6 rejoignit sa sœur Xantippe avec Rébecca » qui l'avait accompagnée partout. Elles vécurent longtemps » encore^ et^ après avoir mené une vie heureuse et remplie de » Yertus> elles retournèrent au Seigneur ^ i>
Quelques historiens espagnols donnent à Tépoux de Xan* tippe les noms de Lucius Sabinus Probus» D'abord gouverneur de la province où vint prêcher saint Paul , il devint plus tard évêque de Ravenne en Italie. Celte Eglise célèbre sa fête le 10 novembre 2* »
On n'a pas d'autres détails sur ce que saint Paul fit en Ed^ pagne. On sait seulement que^ de retour à R6me, il envoyai de concert, avec saint Pierre, sept évêques pour conquérir ce pays à la foi. Le Missel MozaraMqu^ célèbre eu style pompeux a la mémoire de ces sept flambeaux allumés par le ciel sur lu }) confins de f Espagne, afin de chasser de cette terre la nuit de «rinfidélité, et d'y répandre, après les Apôtres, la connais** » sance de l'Evangile^. »
Le Martyrologe romain en parle aussi au 15 mai. « En Es-^ B pagne, on solennise la fête des saints Torquat, Gtésiphon ^ ». Second^ Indalèce, Cœcilius, Hésychius et Euphrasius,qui » furent ordonnés évêques à Rome , par les sainte Apôtres, et « envoyés par eux en Espagne pour y prêcher la parole de » Dieu*.» Or, ces saints apôlres sont saint Pierre et saint Paul, comme récrivait saint Grégoire VII au roi Sanche, et comme le témoigne dans ses Annales, Bordin, archevêque d'Avignon : «Torquat, Gtésiphon, etc., dit-il, ayant été ordonnés par » saint Pierre et saint Paul, et envoyés par eux en Espagne, » semblables à sept brillants flambeaux, illustrèrent ce paj'S » par leur prédication et par leur martyre *^. »
' Àeta Sanctofum, t. ii februarii, p. Sô7.
2 Ibidem, p. 422.
' (Oratio), Hi sunt septem faculaei, hujus Hesperiœ finlbuainditSi ad effugandam ejus terrse (tetrs) noctis infldellutem cœlitus missa* MittaU Mozarab,^ p. 320 {Patr. lat,, t. 85, p. 735).
* In Hispania, Sanctorum Torquati, Ctesiphontis, Secandi) Indaleciœ^Gœoilii, Hesychii et Euphrasii, qui Romae a sanctis Apostolis Episcopi ordinati, et ad prsdicandum verbum Dei in Hispanias directi sunt {Mart» rrnni) 15 maii.
^ Hispaniam quoque Torquatus, Cteeiphon etc., et Euphrasius, ab Apostolis Petro et Paulo ordinati et illuc missi, velut septem splendidissima luminaria, partim prsedicaUone, parUm martyrio illustrarunt (Bordin^ Annales)»
Ces sept évoques, dit encore le savant Mabillon^ ordonnés à Rome par les Apôtres eux-mêmes^ furent envoyés en Espagne. C'est la tradition des Espagnols^ tradition aussi ancienne qu'elle est constante^ et que V Hymne du Bréviaire mozaràbi'que ^ rapporte clairement.
Après toutes ces preuves^ auxquelles il nous semble difficile d'opposer quelque argument valable» sera-t-il permis de se demander si l'Espagne a jamais vu saint Paul ? Nous ne le pensons pas. Jl faudrait pour cela méconnaître toutes les règles de la critique. Que d'autres rejettent donc sur de vaines conjectures la réalité de ce voyage. Deux Papes semblent les soutenir^ mais nous avons pour nous le témoignage clait* et formel de plusieurs Papes et de plusieurs Pères de TEglise. Leurs témoins sont muets, et ils déposent en leur faveur^ plus par ce qu'ils taisent^ que par ce qu'ils disent; les nôtres parlent/ et leurs paroles décisives ne laissent rien à désirer.
Que Ton ne s'étonne pas du prix que nous attachons à ce point d'histoire; il a une très- haute importance. S'il est avéré, en efifet,-que saint Paul a visité l'Espagne, 11 ne sera plus permis de croire qu'il ait négligé la Gauky notre patrie; alors on sera forcé d'abandonner le sentiment des critiques du siècle dernier qui retardent jusque vers Fan 250, sous le consulat de Dèce et de Gratus, la fondation de nos Eglises françaises.
yabbé Maxime Latou.
(Annales.)— Ajoutons en terminant, que, contre ce voyage de saint Paul en Espagne, Tillemont n'a pu citer d'autre témoignage que celui de l'hérétique Pelage qui, dans son commentaire de l'Ëpitre aux Romains , dit simplement :
^ Hi, qui post Apostolos iu Hispanias Evangelium propagarunt, ab ipsis Âpostolis ordinati et in Hispaniam missi perhibentur. Hsec constans est et vetusta Hispanorum persuasio, quam hyninus breviarii Mozarabum aperte tradit. Misi. Mosardb.y p. 573.
(Ânmales.) Voici le début de cette ]\vmne :
Urbis Romuleae jam toga candida, Septem Pontificum destina promicat, Missos Hesperis, quos ab apostolis Âdsignat fldei prisca relatlo.
{Brev. gothicum^ die 1 maii; Pair. ?ae., t. 86, p. 1112)»
A PRÈCBi L'ÂVANGILB EN ESPAGNE. 301
a S'il est allé en Espagne^ on le regarde comme incertaine» Nous aurions désiré joiiidre à cette dissertation un extrait de celle que le P. Bivariifô a publiée pour prouver que YEpitre de saint Paul atix Hébreux a été adressée spécialement aux Juifs d'Espagne pour les consoler de n*avoir pu effectuer son voyage aussi tôt quMl l'avait promis ^. Mais cet article est assez long, et nous ferons connaître une autre fois ce travail à nos lecteurs.
À. BONNETTY.
^ Utrum in Hfspania fuerit, Incertain habetur (Pelagiiui, Comm, In Epist, ad Bomoiiof, c. XY, dans les OEuvret de S. Jérôme (Fatr, lat , t. 30, p. 713). — Tillemont, Htse. ecch^ 1. 1, p. 609^
' Cette disaertaUon a pour Utre : Quod epûtolaPauIt adUt^œot icripta sU ad BtUfTâsos Hispanix, dans les Notes sur Dexter^ Pair, îaU^ t. 31 , p. 205).
302 TBADU€nOH DU HOCVBAV TESTiKENT
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