‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 114 sur 149 · LES SEPT PROPOSITIONS DU SAINT-OFFICE · texte numérisé non relu

LES SEPT PROPOSITIONS DU SAINT-OFFICE

Siège de^ informations exactes sur le sens qu'il fallait attribuer au jugement du

Salnt-Ofllce. Le 13 mars, M. l'archevêque de Tours écrivait à M. l'évéque de

Nantes (Jaquemet), la lettre suivante :

« Tours, le 13 mars 1S62.

B Monseigneur^ o) Je n'ai pu \ous écrire de Rome que d'une manière bien succincte à propos des renseignements que vous m'avez prié de recueillir. Arrivé à Tours depuis quelques jours, je proflle des premiers moments de loisir pour vous donner sur ce sujet quelques autres détails.

» Malgré les grandes préoccupations du moment, les controverses soulevées sur le sens des 7 propositions condamnées le 1 8 septembre par le Saint-Offlce ont atti ré l'attention des esprits à Rome même, surtout parmi les hommes qui s'appliquent aux études philosophiques.

» J'ai interrogé un grand nombre de prélats les plus instruits et les plus compétents sur ces matières, ceux en particulier qui étaient le plus en mesure de connaître le sens et l'objet du jugement qui a été rendu. Ils m'ont tous ex* primé la conviction que l'intention du Pape et de la Sacrée Congrégation na point été de toucher aux opinions enseignie$ dans les écoles et connues sous le nom. d'Ontologisme. Cest le Panthéisme qu'on a eu en vue et quon a voulu atteindre, ainsi que vous Vavez pensé tout d'abord.

» Voilà, Monseigneur, sur la question capitale que vous vouliez avant tout éclaircir, ce que j'ai recueilli aux sources les plus sûres et les plus autorisées.

» En ce qui concerne la doctrine elle-même, j'ai cru reconnaître que, à Rome comme ailleurs, les esprits sont partagés. Ou emploie des termes différents de ceux qui sont en usage chez nous; mais il y a là deux écoles qui répondent à celles qui existent en France. Les uns professent le système /^énpatéticien, et les autres sont platoniciens. On trouve de part et d'autre des hommes éminenls; les congrégations religieuses elles-mêmes prennent parti pour l'une ou l'autre opinion.

» Au reste, les controverses présentes ne me paraissent *pas différentes de celles qui ont été agitées pendant tout le moyen âge, et dont on trouve déjà la trace dans les écrits des Pères les plus illustres de l'Eglise grecque et de TEglise latine.

l'ontologismb et le traditionalisme^ 327

» Peul-être lea préventions qui se sont élevées en quelques occasions contre VOntologisme tiennent-elles en grande partie à la nouveauté du mot^ qui a pu faire croire aux esprits qui ne pénètrent pas au fond des choses que ce terme exprimaft une doctrine nouvelle. Mais à Rome, où Ton procède avec tant de sagesse et dé mattii^ité, on ne s'arrêtera pas à Texpression , on examinera la doctrine; et comme cette doctrine a été jusqu'ici librement professée dans les écoles, et qu'elle compte parmi ses partisans des hommes non moins distingués par les plus hautes qualités de Tintelligence que par leur attachement à la foi catholique , il n'est pas présumable qu'elle soit jamais de la part du Saint*Siége l'objet d'une censure.

» Je crois donc que Votre Grandeur peut être tranquille sur l'enseignement philosophique donné dans son séminaire, qui est du reste celui d'un grand nombre d'établissements ecclésiastiques.

» Au demeurant. Monseigneur, nous ne sommes pas de ces esprits qui veulent à toute force avoir raison ; nous ne demandons qu'à connaître la bonne doctrine pour nous y attacher. Amicm PlcUo, magis arnica veritas.

D Agréez, Monseigneur^ la nouvelle assurance de tout mon dévouement et de mon tendre respect.

» Signé : J. Hipp., archevêqm de Tours. »

On ne peut qu'applaudir à la sagesse de ces paroles. Elles nous confirment ce que les Annales ont dit plusieurs fois et, dès le débnt , des controverses avec M. l'abbé Maret, que le comment de la connaissance humaine est un mystère que Dieu n'a pas voulu faire connaître à l'homme, de même qu'il a ca;ché comment l'âme agit sur le corps. Mais il est des propositions émises sur la raison, sur l'âme, sur les rap[)orts dé l'âme avec Dieu, qu'il est bien important de préciser, et sur lesquelles on peut demander des décisions à Rome et aux évêques. Ainsi, sans vouloir remonter à d'autres assertions déjà plusieurs fois signalées dans les Annales, que doit-on penser de celle-ci ?

1* La lumière intelligible des Ontologistes, lumière qui éclaire notre esprit dans la conception de toute Tenté métapbysique, cette lumière est-elle Quelque

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