VU
62 ans avant Jésus-Christ, 13* année du pontificat d^Hyrcan II, à Jérusalem, 690 de Borne; Marcus Tullius Cicero, et C. Antonius Nepos, consuls '.
< Pour les dates et les fastes consulairesy nous avertissons que nous suivons les Annatet ecdesiastici veteris Testamenti (6 vol. in-fol. 1641) du P. Salian, sans autre raison, que nous y trouvons une concordance générale des faits, et sans vouloir discuter les divers systèmes des chronologistes, si peu d'accord entr'eux; à l'usage de nos lecteurs, nous notons ici les diverses dates données an contulat actuel de Cieéron et d^ Antoine.
A SigQuïus {Chronologifi de Tite-Live),
Fr. Fabricius {Historia Ciceronis),
Pigihius (Annales Romanorutn).
Sallanus {Annales veteris Testamenti},
Georg. Baiteros [Fasti consulares).
Panvinus (Fasti consulares),
Petau (Rationarium temporum),
Schuetzlus (Êlemordbilia mtœ Ctceronû).
Reimarus (Édition de Dion Cassius).
Le P. La Rue (Vie de Virgile),
Le P. Sanadon (Vie dUoraee).
Schœll (Bist, de la lixt, romain»),
On^oitque Scliuetzius, Sanadon, Schooll font de Tannée 691 de Rome, la 63* avant Jésus-Christ, le P. PeUu en fait la 62* ; Baiterus, que nous avons suivi dans notre précédent article, rapporte Tannée 68 à l'an 690 de Rome; Sallm fait de cette année la 62*, et o'est la date que nous suivrons dans le cours de notre travail. •
dé Rome
Avant J.-«.
336 TRADITIONS KT SUPERSTITIONS ROMAINES. 090 de Rome.
Cicéron découvre à Rome la conspiration de Catilina et en fait étrangler les principaux complices. — Pompée, commandant des armées romaines en Asie, met fln à la guerre contre Mitliridate, qui durait depuis 27 ans, prend Jérusalem et réduit la Judée en province romaine.
II. nature de I» rellsten païenne. — lies affnlrea romnlnes dirigées par lc« oraeles, les apparUlena, les démnmi, ele. -— De ^uel e«ela¥age le Ciirlfli a délivré lea hemmeaV
On ne se forme pas une idée assez exacte de la disposition religieuse des esprits sous l'empire du Paganisme. On se représente les Païens comme des espèces d'incrédules assez semblables à ceux de nos jours, ne croyant à rien, et jouissant d une indépendance complète. Mais telle n'était pas la disposition des esprits; les magistrats, les généraux, et on peut dire le peuple entier, étaient dominés , non par des superstitions, comme on le dit en générai, mais par la crainte perpétuelle des Démons. Ce que nous appelons superstition était appelé par les anciens crainte, lien du démon (Se«TtSat[xov(a)y crainte de quelque chose de divin (E&Xaêeioc ^epl to 6etov) selon la définition de Suidas : a Celui qui craint le démon ($et(ri$ai(j4<»v), dit Plutar- » que, se tourmente, craignant plus qu'il ne faut... C'est un » lien et un trouble s'emparant de l'âme et la troublant ^ »
Or, qu'étaient-ce que ces démons^ dont on avait si grande peur? Cicéron traduit ce mot par lares ^ en sorte que, dans sa pensée» d'ailleurs incertaine, c'étaient les âmes des morLs qui venaient faire ces divers avertissements. Plutarque les appelle indifféremment démons et dieux , et , sous ce nom , il nous apprend, ce qu'au reste nous allons voir , que les Romains craignaient tout :
a Celui qui craint les dieux (ôeoT) craint tout, l'air, la terre, » la nier, le ciel, les ténèbres, la lumière, le bruit, le silence, » les songes mêmes ^. »
xcd T(kpÇoi «ùrou rh yt/y^éoy ifioû r>,v Yuj^vxat rapaérrov àvd/utvrKi (Plut, traité de la superstition, c. 3, édition Tauclinitz, 1. 1, p. 384-38S).
' Reliquorum autem (deorum) quos Grsci â«ifi9)niç appeliant nostri (opinor) Lares; si modo hoc recte conversumviderl potest. (Gicero, Timaeus, seudemû versoy c. xi, trad. t. xxvii, p. 462.)
xXn^àvx, 9twir:Qy, ovtipov (Plut., ibid.y c. 3, p. 385).
62 ans avant J.-C. RAPPORTS DES ROMAINS AVEC LES JUIFS. 337
II faut lire tout le traité de Plularque sur la crainte des démons pour se faire une idée dé la tyrannie sous laquelle ils ne savaient Qiioi de divin (to 6sïov) avait courbé les esprits des bommes. Pour préciser ces craintes, nous aurons soin de traduire mot à mot les expressions qui ont rapport à ces esprits^ et que les auteurs confondaient sous le nom général de dieux ou de superstition.
Nous allons citer, beaucoup citer, voulant, comme nous Tavons dit, placer nos lecteurs au milieu même de la société romaine. Nous espérons qu'ils diront bientôt avec nous que le Christ a délivré le genre humain' d'un ennemi caché, mais tyrannique.
Cette année 62 avant Jésus-Christ est toute remplie de prodiges et de crainte des démons. Procédons par ordre.
La principale affaire qui agita les esprits à Rome dans le cours de cette année, ce fut la découverte de la conspiration de Catilina et la punition de ses complices. Examinons quelle influence y eurent les démons et les prodiges, d'après les auteurs païens.
Voici d*abord Julius Obsequens *, qui nous fait connaître quels avertissements avaient reçus les Romains.
a En cette année, beaucoup d'objets furent renversés par la » foudre. Elle tua, pendant un temps serein, VargunteiusPom- » peius. Un météore igné brilla au ciel du côté de TOccident. » Toute la ville de Spolète fut ébranlée par un tremblement de » terre, et plusieurs bâtiments s'écroulèrent. On rapporte, entre D autres choses, que, deux ans auparavant, la foudre avait » frappé au Capitole la louve de Rémus et de Romulus et ren- » versé avec sa colonne la statue de Jupiter, qui, sur la réponse des aruspices, fut replacée dans le Forum. Les tables des lois, » en airain, eurent leurs lettres fondues. Après ces prodiges,
» eut lieu la criminelle conspiration de Catilina ^.d
* Julius Obsequens; on igDore Fépoque où il a vécu; Schœll observe que
, quelques auteurs le croient du siècle d^Auguste, à cause de la pureté de son
style, tandis que d'autres le placent au 4* siècle, au temps de l'historien Paul
Orose. Ce qjoi'il dit est extrait presque en entier de Tite-Live; ses récits vont
depuis Tan 254 jusqu'en Pan 1 1 avant Jésus-CIirist.
' Fulmine pleraque decussa. Sereno Vargunteius Pompeius de cœlo exanimatur. Trabs ardens ab occasu ad cœlum extenta. Terrie motu Spoletum totum
338 TRADITIONS KT ftUPJBKSTITIONS ROM AIKBS. MO de RoDM.
Cependant Catilina brigue le consulat pour Tannée samate. Le jour des comices approche, et \oilà> d'après Plutarque S aa daimonion qui intervient pour empêcher cette élection.
a Le daimonion faisait prévoir ce qui allait arriver par des » tremblements de terre^ des tonnerres, des spectres ou appa- » ritioDS. Les avertissements venant des hommes étaient vrais^ 9 mais ne pouvaient servir de preuves contre un homme cé- » lèbre et puissant comme Catilina. «
Aussi Gicéron frappé de ces prodiges remit le jour de Télection \
Examinons maintenant quel fut le mobile qui guidait les principaux personnages qui jouèrent un rôle en cette année 62 avant Jésus -Christ.
t. — CaUlina. — Un sacrifloe humain.
Voilà quels étaient les bruits qui circulaient parmi le peuple;
voyons par quels moyens Catalina préparait son triomphe et
s'assurait de la fidélité de ses complices.
Écoutons d'abord Salluste ^ auteur contemporain : <t U y eut des gens dans le temps qui débitèrent, qu'après
» son discours , Catilina voulant exiger le serment de ses
concussum et quaedam corrnerunt. Inter alia relatam, biennio ante in Capitollo Ittpam Rémi et Homuli fulmine ietam, aignumqae JoTiseom columna di^ectuu). Anupiçum reaponso in foro repositum. TabuJœ legum «ne» litteris lique iactis. Ab bis prodigiis Catilinœ nefaria conspiratio cœpta (iuUas Obseq. Prodigiorum libellus^ cap . 1 22) .
^ Plutarque naquit à Gbéronée en Bëotiei 50 ans après Jésus-Christ. Il étndia la philosophie à Athènes, principalement sous Ammonius d'Alexandrie. — H Tint à Rome» où il enseigna la philosophifl à Fempereur Adrien. Ce prinoe remploya dans les afrah*es de l'État et le nomma consul» puis gouverneur de nilyrie. Dans sa vieillesse, il retourna à Chëronée, où il fut créé archonte et prêtre cC Apollon, C'est là qu'il composa ses principaux écrit». On voit que son témoignage est celui d'un homme grave et ayant en une grande Influence de son temps.
voî«, xac fd9/jL(Kvtv, etc. (Plut. Cicéron, c. 14, p. 1035).
' Salluste était né l'an 668 de Rome, 85 ans avant Jésus-Christ. 11 fut questeur à 27 ans, tribun à 33 ans ; exclu du sénat à 35 ans pour adultère, rébalûlité par César, qui le nomma questeur, puis préteur à 37 ans ; accompagne César en Afrique et devient propréteur de la Numidie ; meurt à Rome au milieu d'occupations littéraires^ 719 de Rome, 35 ans avant Jésus-Cbrisi, à l'âge de 51 ans (Schœll}.
62 ans avant J.-C. RAPPORTS DES ROMAINS AV£€ LES JUIFS. 339
» complices^ leur présenta à tous dans des coupes un mélange de vin et de sang humain; qu'après avoir fait ce serment avec » imprécation, ils en goûtèrent tov>s de la manière qu'il se prch B tique dans les sacrifices solennels; qu'alors il leur développa » son projet; et que cette action avait pour but d'affermir « leur fidélité mutuelle^ par la certitude réciproque qu'ils ag- » raient d'être tous complices d'un si grand crime. Mais bien » des personnes pensaient que ce trait^ et nombre d'autres » encore, étaient de l'invention de ceux qui croyaient pouvoir 2> calmer la haine qui s'éleva dans la suite contre Cicéron, » en exagérant l'atrocité du crime des scélérats qu'il avait » punis. Pour moi, je n'ai pas de preuves suffisantes d'un fait » si horrible *. »
Gomme on 1q voit, Salluste doute de la réalité de ce sacrifice humain^ tout en constatant le bruit qui en courait. Plutarque. au contraire, est tout à fait affirmatif :
« Tous les hommes pervers, dit-il, ayant trouvé un tel chef, » s'engagèrent les uns les autres non-seulement par toutes » sortes de serments, mais encore ils sacrifièrent un homme et » mangèrent de sa chair ^ . » î
Dion confirme le même fidt en y ajoutant quelques détails :
« Catilina força les plus distingués et les plus influents de » ses complices, et dans le nombre était le consul Antoine, à » se lier par d'horribles serments. Après avoir immolé un jeune » esclave, il jura sur ses entrailles, et les mangea ensuite avec » ses autres complices ^. »
* Paere ea tempestate qui dicereiit, CaUIinam, oratione habita, quum ad jusjorandum populares sceleris sui adigeret, humani corppris sanguinemyino permixtom in pateris circumtulisse; inde, quum post exsecrationem omnesdegustavissent, sicuti in solemnibus sacris ûeri consuevit^aperuisseconsilium suum; atqae eo dictitare fecisse quo inter 8e magis fidi forent, allus alii tanti facinoris conseil. NonnuUi flcta et bœc, et multa prœterea, existimabant ab lis qui Giceronis invidiam , quse postea orta est , leniri credebant atrocitate sceleris eonim qui pœnas dederant. Nobis ea res pro magnitudine parum conoperta est (Sallustius, Bellum Catiîinarium, c. 22).
' Kal xara0ûa-avT«s ôcvS/yaltov syaû^avro rûv vocpTcâv (Plut., Cicéron^ C. 10, édit.
Didot,p. 1033).
* Uo^^u y<kp riva xaT«6ua-a$, xal iitl Tfcv ^tcXAv^^/mv «wrow rà Spxioi itoi^ivoti^ «Trei- Tx i7itX<f'.yxyirj7Sv ccÙtx /xcrà rûv 6c>X(av (Dion, Hist, rom.t 1. XXXTH, C. 30, édit.
Reimartu, 1. 1, p. 131).
340 TRADITI0II8 rr 8DPBRBT1TI0NS ROMAINES. 690 de Rome.
Après eux^ Florus ^ dit de même : « On ajouta pour gage de D cetle conjuration le sang humain que Van but dans des coupesl » que Von fit passer à la ronde; crime épouvantable > si le for- » fait pour lequel on le buvait^ n'eût été encore plus grand'.)»
2. — Lentuliis. — - il croit à une prophétie qni lai attribue l'empire.— SoaTenirl probable de Daniel.— Un historien des Juifs son précepteur.
Telles étaient les pratiques religieuses de Gatilina et de ses]
complices ; mais il y en a un qui doit plus particulièrement
•exciter notre attention. 11 va nous apprendre qu'il y avait
une prédiction annonçant la venue d'un Dominateur su*|
prème.
Voyons d'abord ce que les historiens nous disent de ce priû< cipal complice :
Son nom était P. Cornélius Lenlulus Sura.
a C'était un orateur^ dit Gicéron^ qui imaginait et parlaitl w avec lenteur; mais la dignité de sa figure et les mouvements » de son corps pleins d'art et d'agrément^ l'éclat et la doucear » de sa voix formaient une grande compensation à sa len-| » teur '. »
Il avait été questeur urbain 17 ans avant^ en 673^ consul en 683; son peu de conduite l'avait fait exclure du sénat parles censeurs, mais il était sur le point d'y rentrer par la préture qu'il exerçait en ce moment, et il faut que sa conduite se fût réformée, puisque Galenus en plein sénat l'appelle un vieillard d'une conduite honorable ^.
Or voici comment il nous fait connaître qu'il existait à cette époque à Rome, une prophétie annonçant la future venue d'un homme à qui serait dévolu le pouvoir suprême.
On sait comment les députés des Âllobroges arrêtés par Cicéron dévoilèrent toute la conjuration de Gatilina; ils furent
* On ne sait pas Tépoque précise de la vie de Florus ; quelques-uns croient qu'il vivait sous Auguste , d'autres assurent qu*ll vivait encore sous Àdrieo, (117-138 après J.-C.) (SchœU).
' Additum est pignus conjurationis, sanguis humanus, quem circumlainm pateris bibére ; summum nefas, nisi amplius esset propter quod bibereot (Florus; HisL, 1. IV, c. i).
3 Cicéron, Brutw, c. 66, trad. t. ni, p. 646.
^ "Avdpx iTTisixi], yipowoi (Dion, Hist. Rom.^ I. XLVi, c. 20, in-fol., p. 463).
62 ans avant J.-C. RAPPORTS DES ROMAINS ATE€ I^S JUIFS. 3il
amenés devant le Sénats et voici ce qu'ils apprirent à Tauguste assemblée :
« Ils ont assuré que Lentulus leur avait dit^ d'après les » livres des Sibylles et les réponses des aruspices, qu'il était le » troisième Cornélius à qui étaient destinés ici le trône et le » pouvoir suprême; que Cinna et Sylla Pavaient précédé; » que la présente année était marquée par les Destins pour la » ruine de Rome et de TEmpire romain, comme étant la i0« » depuis Tabsolution des Vestales, et la âO*' depuis Tincendie » du Ciapitole K »
£1 comme Lentulus niait leur déposition :
« Ils lui ont répondu avec précision et sans se démentir; ils » lui ont dit par qui et combien de fois ils avaient été conduits; D lui ont demandé s'il ne leur avait point parlé des livres des 9 Sibylles* Lui, tout d'un coup, perdant la tète par Teffet du » crime, il a montré quel était le pouvoir de la conscience 'y » car pouvant nier ce dernier fait, il en a fait l'aveu auquel D personne ne s'attendait ^. o
Un autre auteur contemporain, Sallustey constate les mêmes faits:
« Gomme Lentulus (interrogé devant le Sénat) se tenait sur 9 la négative, les députés AUobroges lui objectèrent unanime- » ment, outre ses lettres, les propos qu'il avait continué de > tenir et d'autoriser par les livres des Sibylles : que la souve- 9 taineté de Rome était prédite atiâ; trois Cornélius; que Cinna » et Sylla en avaient déjà joui, qu'il était le troisième à qui » le Destin promettait d'être maître de Rome; que d'ailleurs » on était à la 20' année depuis l'incendie du Capitole, et que » les aruspices avaient souvent prédit, d'après les prodiges,
< Leotulum autem sibi confirmasse ex fatis Sibyllinis aruspicumque responsifly se eçse tertiom illum Gornelinm, ad quem regncm hujos urbis atque imperium pervenire esset necesse. Cinnam ante se et SuUam fuisse; eumdemque dixisse, fatalem hune esse annum ad interitum hujus urbis atque imperii, qui esset decimus annus post Tirginumabsolutionem, postCapitolii autem incensionem Yicesinuis. (Cicéron, 3* catilinaire, n. 4.— Trad. Pankouke, t. ix, p. 100.].
^ Qui cum illi breviter constanterque respondissent per quem ad eum, quo-
tiesqne venissent, quœsissentque ab eo, nihilne secum esset de fatis Sibyllinis
locutus ; tum ille subito, scelere démens, quanta conscientise vis esset, osten-
dit. Nam, cum id posset inûtiari, repente prœter opinionem omnium confessus
~ est. (Cicéron, t^td., n. 51, p. 105).
V sÉRiB, TOME V. — N'» 29; 1862. (64'= voL de la coll.) 22
3411 imADlTlONf ST MiPlKinTiOlfS ROHAIIISS. 690 d« Roms.
)i que cette année serait ensanglantée par la guerre civile K b Un siècle après, Plutarque rappelle la même prophétie, et nous apprend qu'il y avait des gens qui faisaient profession de la chanter parmi le peuple.
c Cet homme, doué de cet esprit, excité par Gatilina, étaitde
» plus perdu dm$ de vaines e$pérance$ par d$ faux propkéte»
n etde9 magiciens, chanîani des oracles trcmpewrs H des pridk*
» lions, cçmme provenant des Sibylles, et annonçant : Qu'il était
» dans le Destin, qu'il y eût à Rome (rois Camétius pour nionar-
» ques; que deux, Ginna et Sylla, avaient déjà remfdi leur destin
» née, et qu'au troisième Cornélius qm restaii, U dimon (MfAova)
B venait offrir la monarchie; q u'il fadlait l'accepter toat desfiite,
» et ne point laisser échapper l'occasion comme Gatilina \ i
L'historien Florin confirme cette croyance en ces termes :
« Lentulus, appliquante sa personne la royauté promise par
« les vers Sibyllins à sa famiUe» dispœa dans tcmte la ville des
« hommesj» des torches et des armes, pour le jour pris par
» Gatilina ^. »
Quintilien ^ continue à confirmer les mêmes prophéties :
a La cause de la conjuration fut pour Lentulus en ce que,
« dans le livre des Sibylles et dans les réponses des arospices,
» il était dit que la domination serait accordée aux trois Cer-
» nélius, et il croyait être le troisième après Com« Sylla et
ù Corn- Cinna, parce que lui-même était un Cornélius ^>
I Ai Lentulum ditaimulaiitam cxwrguuBt, prêter littens, sermoDibai qios iUe habere solitua erat ex lU^ria SibyUinU» regani» Rom» tribm Coni«ilb pçn^ tendi ; Cionam atque SuUam antea ; se tertium esae cm Xatom foret urbU po^ tiri. Prsterea, ab incenso Gapltollo, illum esse vigesimum annum, quem sspe ei l»rodigiis harasplees respondissent bello clvili croentiim fore (Salluste, BelUa^ (Mlin,, ç. 47).
Cic^ron, c 17 ; édit. Didot, p^ i0â7).
' Lentulus desUnatuoi famiU» su» Sibyllinia Yoriibu^regiimii aibi TaticUuntr ad prsstUutam à GatUio4 diem, urbe toU viros, laicos» tela ditpoinli (Horai, llb, lY, c l).
* QuiatUien, né à Calaguris (Calahura), en Eapagne, Tan i% do notie ènv ouvrit une école de rhétorique à Rome sous Veapaalen« PUnc le kmo^ fiit mo élève} il composa aea ItutitutiQns de 92^ 94, et mourut qaetqoe tampaaprèi» Fan 118 deJésus-Cbrist.
^ Ut Lentulo (causa) coojurationis, quod librU SlbyllUiia araaplcnmqae re8«
63 ans avaol J.-G. BAPMRTS im ROWAINS AVEC VB» JUIFS. 343
EnflO) Appien ^ dit égalemei^t :
« Les députés Allobroges manifestèrent tout ce dont ils A avaientété d'accord avec Lenlulus^et^ quand il fat amené en: » leur présence, ils témoignèrent que Cornélius Lentulus leur » avait dit souvent que traie CornéUui deoaimt être manar^ 1» qu€S à Rome; que cela était déjà arrivé (Sour Ginna et pour » Sylia \t
Voilà donc qu'à Rome il y a des prophéties qui annoncent an Roi, un Dominateur; il y a des gens qui, sous le nom de magiciens, les répandent parmi le peuple* Ceci n'est pas une tradition cachée ; tout cela se passe en plein Sénat et se trouve intÎBiement lié aux plus grands événements* M/ Alexandre, qui nous a donné une édition si savante des Orades des Si* byUes^y ne pouvait manquer de citer cette prophétie, et voici ce qu'il en dit :
a Nous n'avons jamais réfléchi à ces trois Cornélius deLen-* » talus sans nous rappeler les Irots Cornes de la bdte dont il » est parlé dans Daniel, ch. vu, 8, 2i ^, cornes auxquelles il » est fait clairement allusion dans nos livres sibyllinsy L v,
ponsis dtminatio dari trihui Comeliis dtcébatur, teqae eum tertiam esse credflbtt» post SyilaiD, Gionainque, qui et ipse Gomelias erat (QuInUJ., InH. ora$. L V, c. 10).
^ Appien, d'Alexandrie, vécut à Borne sous Trajan, Adrien et les Antonins, de 98 à 160 de notre ère; il était avocat, puis proconsul, ou administrateur du fisc dans les provinces.
* Clç 6 KopviiÀioç A.ivrlos <?iroi iroA^leéxcç, sl/jLcipBai , rfêtç Kàpivillwt yt)^9^on Poi/uduv ftùvKfnxwç, etc. (Appien, Guerres civiles^ 1. ii, c. 4, édit. Didot, p. 343).
* XfA<rfiot 2i$uUc«xoi j Dracula Sibyllina, textu ad codices manuscriptos recognito, Haïanis Fupplementis aucto, cum Castalionis versione metrica innumeris pœne locis emendata, et, ubi opus fuit, suppleta; commentario perpétue, excurslbus et indicibus, curante C. Alexandre. 2 vol. in-8*; Paris, Didot, 1841-
* Voici le texte de Daniel sur les trois Cornes :
* Post hsec, aspiciebam in visione noctis, et ecce bestia quarta terribilis » atque mirabilis, etfortis nimis, dentés ferreos habebat magnos, comedens atque > commlnuens, et reliqua pediims suis conculcans; dissimiiis autem erat cœ- » teris bestiis, quas videram ante eam, et habebat eomua deeem. Considerabam » Gortiua et ecce cornu aliud parvulum ortum est de medio eorum, et tria de éornibus primis evulsa sunt a facie ^us (Daniel, c. vu, v. 7 et 8). »
Et dans rexplieation :
« Porro corî^ua decem ipsius regni, deeem reyes sunt; et alins coosurget post » eos, et Ipse posterior erit priorlboi, et tires reges homiUabit {ibid, 24), »
344 TRADITIONS ET SUPE18TITI0NS ROM ADIliS* 690 de Rome.
» 221 ^ Mais quand et comment Lentulus a pu avoir quelque » connaissance de ces trois Cornes, nous ne le savons point, et » nous ne clierchons guère à le savoir K »
Voilà ce que dit M. Alexandre. Nous ajoutons que ce serait cependant une chose curieuse que de savoir pourquoi les trois Comua de Daniel auraient été interprétées par les trois Corné" Uns. Est-ce qu'il y aurait eu dès cette époque une traduction lo/medelaBible?
Nous n'oserions Tafârmer^ seulement il faut remarquer que depuis longtemps il en existait une traductUm grecque. Mais un texte très-important^ et qui a échappé à M. Alexandre, va nous mettre sur la voie, et nous apprendre à quelle source Lentulus avait puisé ses espérances.
On lit dans Suidas :
a Alexandre de Milet, le Polyhistor, fut surnommé Corné" » lius, parce que, étant esclave, il fut vendu à Cornélius Len- D tulus. U devint son précepteur, puis il en fut afiEranchi. Il » était à Romeau tempsde Sylla, et avant. Il périt à Laurentum, » dans rincendie qui dévora sa maison. Hélène, son épouse, » ayant appris le malheur qui venait d'arriver, termina sa vie X» en se pendant. — Il fut grammairien, et l'un des disciples de » Cratès. U écrivit un grand nombre de livres, et cinq livres » «tir Rome. C'est dans un de ces livres qu'il dit quil y avait 1» une femme appelée Mosoy laquelle avait écrit la loi qui existe » chez les Hébreux ^. »
* Voici ces vers de la Sibylle :
'XlflTt fdyilv vApKxç yovi'jav ,'u9Ù9i0i A'jtxyvOv.
Vers que M. Alexandre traduit ainsi :
Âc primum triplex caput à radicibas una Falce metens, aliis deinceps hanc porriget escam, Ut carnes infenda vorent alimenta paternas Impari reges. (Dans Oracula StbylUna, 1. 1, p. 202.)
' Oracula Sibylîinay U ii, p. 181.
^ 'XXilw^pOi, b 'HLùhviOi, hç no>u(<rrop JTrexAqOi} xœc YiùpvhXioç^ âUti KopviiXCu AtvrovAu odxi'.atl(avi9^ùt^ ii:p<kBn. Kcd aùrÇ TraicToeyoaybs iyivtro, «îrae ^lAJw6tpo4ei7. TUv ^s h ?ûiii^ ini rnv ï.ùXXx ypô'JMv xvl èvl rcceTf.... Owro« 9wiyp«^s GiGXUt «ptBftou xpihm, xtxi Utpl Tdtfirji fiiQXix névrc. 'Ev toùtoiçXiyu câ$yuyT] ysyovey 'Ef/Mtise MwTÙ, ^t im 9iiyypccfi/iK ù irap' E€p«(oi( vô/iOç (Suidas, au mot 'AisÇcwàpoi} 11 répète le dernier trait à Tarticle Mwfw).
62 ans avant J.-G. RAPPORTS DES ROHAINS AVEC LES JUIFS. 345
Or, qui était cet Alexandre? c'était celui qui, outre le grand nombre d'ouvrages qu'il avait publiés sur l'histoire de presque tous les peuples du monde, avait aussi publié une histoire des Juifs (itepi louSafwv) dont il reste 2i fragments. Son ouvrage parait avoir été surtout une compilation d'auteurs plus anciens. C'est là qu'il cite Aristée, Artapan, Cléodème^ Démétrius, Eupolemus, Molo, Timockarès, Théophile^ Philon, Théodote, Èzéehiel^ poète tragique, qui tous avaient composé des ouvrages sur Vhistùire des Juifs. La critique a contesté la véracité de plusieurs de ces auteurs; mais il ressort clairement qu'Alexandre ât connaître aux Romains une partie de l'histoire juive, et, qu'à plus forte raison, il dut la faire connaître à Lentulus. C'est donc à lui que Lentulus dut la connaissance des trois Comua de Daniel qu'il appliqua aux trois Cornélius^ et la Sibylle dont il est parlé ne doit être autre que cette préfendue femme appelée jtfoso, laquelle avait éci;it la loi des Juifs. Cela nous parait un fait historique à peu près démontré ^
Cet Alexandre, d'après M. Muller, éditeur de ses fragments, vivait encore l'an 60 avant Jésus-Christ. Il était donc à Rome en cette année 62, et ce ne sera qu'après le supplice de son bienfaiteur qu'il se sera retiré à Laurentum, où il est mort. Nous n'avons pas besoin de prouver que ses ouvrages durent être connus à Rome.
Suétone nous apprend que, « à cause de sa grande connais- 9 sance de l'antiquité, plusieurs auteurs l'appelaient Polyhistor, » et quelques-uns plus signiflcativement, VHistoire 2.»
Servius ajoute que Sylla lui donna le titre de citoyen romain ^.
On le trouve de plus cité par Valère Maxime *, Pline ^, Plu-
* Voir les nombreux fragments d'Alexandre et de tous les auteurs cités ici dans Fragmenta historicorum grœcorum de Didot, t. ni, p. 207-243.
2 Gaius Julius Hyginus, Augusti libertus, natione HIspanus, studiose et audivit et imilatus est Cornelium Alexandrum, grammaticum grscum, quem propter antiquitatis notitiam, Poîyhistorem muiti, quidam Historiam Tocabant. (Suétone, de illustrihus grammaticis, c. 20.)
^ Hoc totum Alexander Polyhistor tradit, quem Lucius Sylla civitate donavit (Servius, J?net'de X, 388.
* Valère Maxime, YUi, 13, 7.
* Pline, Histoire nat., in, 16, 21 j vu, 49, etc.
346 nADinollS IT SCraMTITIOlf» 101IAIIIB8. 8t0 de BomS.
tarque S Elien ^ Diogène Laerce ', Ghalcidius S Macrobe ^ etc. — Les principaux fragments de sea livres dous ont été conservés par Josèphe, Eusèbe et Photius.
L'histoire des Juifs dut donc être connue de la plupart des auteurs latins de cette époque et de la suivante^ malbeureusement mèLée à bien des fables dans les histoires d'Akiandre. Mais on ne peut s'empêcher de lui rapporter une partie de rinfluence juive sur les' prophéties et sur les croyances qui avaient cours parmi les Romains, et que nous allons continuer à constater.
s. ^ Cicéron. -^ Iiiflaence des prodiges sur sa conduite. — Ses discours
religieux au sénat et au peuple.
Nous venons de voir quelles sortes de sacriâces Catilioa et ses complices faisaient en secret^ et dans quelles prophéties Leniulus mettait sa confiance; examinons maintenant quel est le grand mobile des actions du consul^ de Cicéron^ homme qui passait pour le plus sensé de cette époque.
Il avait fait arrêter les conjurés^ et avait les mains pleines des preuves de leur culpabilité. Et cependant il hésitait : la noblesse des coupables^ le grand nombre de leurs affidés le tenaient en suspens. Pendant ce temps, les vestales et les principales dames romaines célèbrent dans sa maison les mystères de la Bonne Déesse, et il s'est retiré chez Tun de ses amis. Écoutons maintenant Plutarque :
« Pendant que Cicéron était dans cette incertitude, il airiva 9 xxnprodige {fsy\\u(w) aux femmes qui faisaient le sacrifice dans » sa maison; l'autel^ dont le feu paraissait entièrement éteint^ » jeta tout d^m coup^ du milieu des cendres et des écorces brû- » léeS; une grosse flamme très-claire, dont toutes les autres » femmes furent fort effrayées. Mais les Vierges sacrées or- » donnèrent à Terentia, femme de Cicéron, d'aller dans le mo- » ment trouver son mari, et de lui commander de leur part » d'exécuter sans remise tout ce qu'il avait résolu pour le bien
* Plutarque, Des fleuves, c. x, 1 ; de 2a musique, c. 5.
> Elien, Nature des anifnaux, xtii, i .
' Diogène Laerce, i, 116; tu, 22, etc.
4 Chalcldius, Jn Plat. Timofum, p. 1&5, ëdit. Meursius.
& Macrobe, Saitum. l, IS.
tt «a» tva&t j.c. lAPFORTs un ROHAnm Avtc iJtt imire. ^47
ji de la pfttrie> tar la die$H (y%% Oi69) avait foit éclater une » grande lumière pour rassurer qu'il se tirerait heureuse^ » ment de tons les dangers qu'il envisageait^ et qu'il acquer- » rait une grande gloire. Terentia^ qui, de son naturel^ n'était » pas une femme molle et timide, mats qui avait au contraire » beaucoup de courage et d'ambition, et qui, comme Cicéron » le dit lui-même, partageait bien plus avec lui les soins du gouvernement qu'elle ne lui faisait part de ceux de sa mai^ » son, alla sur Theureméme lui taire ce rapport, et l'excita vi- » vement contre les coupables. Son frère Quintus en fit autant, p. aussi bien que Publius Nigidius, avec lequel l'étude de la » philosophie l'avait extrêmement Jié, et qu'il consultait le » plus volontiers dans toutes les affaires les plus grandes et » les plus importantes de la République ^ »
Dion rapporte la même circonstance ^ :
tf Cependant une foule d'hommes libres et d'esclaves, ceux- » ci par crainte, ceux-là par compassion pour Lentulus et ses » complices, se disposaient à les enlever pour qu'ils ne Subis^ » sent |>as la peine capitale. Cicéron, instruit de leur dessein, » plaça pendant la nuit une garde dans le Capitole et dans s le Forum* Puis, ayant reçu des dieux (du dimonp 7c«pdi tou » AaifjLovotS) un bon présage, dès l'aurore (car dans un sacrifice » célébré chez lui par les vestales, pour le salut de l'État, la » flamme s'était élevée plus haut que de coutume), il ordonna » au peuple de prêter serment entre les mains des préteurs, » et de s'enrôler, si on avait besoin de soldats. En même t temps» il convoqua le Sénat et tâcha de l'amener, par le » trouble et par la crainte, à décréter la peine capitale coûtre » ceux qui avaient été arrêtés» »
Plutarque continue :
« C'est alors, qu'à la tête du Sénat, Cicéron se transporta dans s les maisons où étaient les prisonniers, car on ne les avait pas » tous mis dans la même maison; chaque préteur en avait pris » un sous sa garde.. « Après avoir traversé la place, et étant ar-
^ Plutarque, Cicéron^ c. 20, édit. Didot, p. 1038; trad. Dacfer, t. vu, p. 288, in-12. Amst.,1724.
* DioaCaMtui, Hùt yom., L xxxYif, 1. 1)&, texte ettraddction de If. Grot, inspecteur de rAcadémie de Paris, t. iit. p. 233 ; Pari», Didot, 1860.
348 TRADITIONS BT MJnMTITKMIS SOVAIIOES. 090 de R«me.
» rivé à la prison, il livra Lmiulus à Texécuteur/ et lui com- » manda de le mettre à mort ^ ; » — et ainsi des autres.
Tel fut le mobile de Gicéron ; mais venons à un autre spec* tacie. Transportons-nous^ le 3 novembre, au Forum. Le peuple y est assemblé; mettons-nous au nombre des spectateurs agités par la grande découverte de la conjuration et de Tarrestation de tous ces hauts personnages. Le consul Gicéron >iént les haranguer. Écoutons :
a 11 est bien vrai, Romains, que toute m.a conduite dans cette 9 grande affaire semble avoir été dirigée par la sagesse et p l'inspiration des dietàx immorUis (Deorum immortalium mUu D aique consilio). Et Ton n'en saurait douter si l'on considère » qu'il parait bien au-dessus de la prudence humaine de mat- » triser de tels événements. Ils nous ont même protégés et se- » courus dans ces derniers temps d'une manière si frappante et si manifeste^ que nous pouvions, pour ainsi dii'e, les voir » agir de nos yeux. Gar, sans parler de ces feux que Ton a vus » briller la nuit du côté du couchant, de ce ciel enflammé, de n ces éclairs fréquents, de ces tremblements de terre, et de » tous ces autres phénomènes, qui, dans le cours de notre » consulat, semblaient annoncer de la part des dieux (canere » dii immortales viderenlur) , ce qui arrive aujourd'hui, il est » du moins un fait que je vais vous rappeler, et que je ne dois » ni omettre ni négliger.
» Vous n'avez pas oublié sans doute que, sous le consulat de » Torquatus et de Gotta (deux ans avant), le tonnerre tomba » sur plusieurs des tours du Gapitole, déplaça diverses statues » des dieux, renversa les figures de nos anciens héros, fondit » les tables d'airain où nos lois étaient gravées; le fondateur D même de cette ville, Romulus, en fut atteint; lui, dont il vous » souvient d'avoir vu au Gapitole la statue dorée, représentant i> ce héros encore enfant, cherchant à téter, et présentant la » bouche aux mamelles d'une louve. Alors les aruspices s^étant n asiemblés de tous les cantons de PEtrurie, annoncèrent toutes » sortes de calamités prêtes à fondre sur nous : massacres, in- I» cendies, abolition des lois, guerre civile et domestique, en » un mot, la ruine prochaine de Rome et de l'empire, si les
' Plutarque, Ihid, p. 291.
62 ans avant J.-G. RAPPORTS DS8 ROMJklIlfi AVEC U» JUIFS. 349
» dieux {DHimmortales), apaisés par tous les moyens possi- » blés, n'employaieut leur toute-puissance pour fléchir la ri- » gueur même des DesHm (suo numine propè fcUa ipsa fleœii- » serU). D'après leurs réponses^ on célébra des jeux puUies B durant dix jours^ et Ton ne négligea rien de ce qui pouvait » rendre les dieux (Deos) favorables. Les mêmes aruspiees or- » donnèrent de faire une statue de Jupiter d'une plus grande » proportion^ et de la placer dans un lieu élevé, la face tournée B vers Torient^ contre Tordinaire^ assurant que, quand cette B statue que vous voyez^ regarderait le soleil levant et aurait » les yeux fixés sur la place publique et sur la salle du sénat, B alors les complots formés contre la sûreté de Rome et de B Tempire paraîtraient au grand jour et se montreraient à dé- B couvert aux yeux du Sénat et^du peuple romain. Les consuls )) en charge en donnèrent aussitôt Tentreprise a des statuaires; B mais on mit si peu d'activité dans le travail, que l'ouvrage » n'a pu être mis en place ni par les consuls qui nous ont pré* B cédés^ ni par nous-méme avant le jour où nous sommes.
B Maintenant^ Romains^ qui pourrait être assez ennemi de la B vérité^ assez aveugle, assez dépourvu de sens i)our ne point B allouer que tout ce que nous voyons, et surtout celte ville, B est gouverné par la puissance et la volonté suprême des dieux B immortels {Deorum immortatium nulucUque potestate adminis- » trari)? En effet, quoique les aruspiees eussent annoncé des B massacres, des incendies, la destruction même de la Répu- » blique, et ces horreurs, tramées par des citoyens, bien des » gens, vu l'énormité des crimes, regardaient de pareils atten- B tats comme impossibles; et, cependant, vous les avez vus» B non-seulement imaginés, mais presque exécutés par des ci- B toyens parricides. Et n'est-ce point évidemment par un effet B de la volonté du grand Jupiter que , ce tnaltn, on mettait la B statue en place, dans le moment où, par mes ordres, oncon- B duisait, à travers le Forum, dans le temple de la Concorde, B les conjurés et leurs indices ? Et c'est après qu'elle a été B posée, la face tournée vers vous et vers le Sénat, que les B complots formés contre notre sûreté commune ont été ma- B nifestés et mis en évidence; c'est ce qui rend encore plus B odieux et plus dignes du dernier des supplices ces^ hommes
duo TKADmora R «jytWITtOlfS WOmMtas. 690 d» RMMI.
» sacrilèges qui se préparaient i porter leurs feux destnictears » noti-seulement dans nos maisons, mais dans les temples » même des dieux. Dire que je les en ai empêchés» ce serait de » am part une arrogance rèycdtante. C'est Jupiter^ c*est cediea s qui a lui*mème arrêté leur fureur (iUe, iUê JupUer rMiUt) ; a c'est lui qui en a préserré et le Capttole, et ces temples^ et a Tous-mémes. Oui^ Homains, ce sont les dieux immortels qui s ontéclaifé» qui ont soutenu mon courage, et m'ont fait parn venir à de si importantes découTertes ^^ »
Telle était la religion romaine, telles étaient les réTélations qu'ils croyaient divines. Séparés de la tradition, de l'histoire réelle, ils étaient guidés par des événements et des voix provenant on ne sait d'où. Dion constate ainsi l'effet produit par ce discours :
a Le peuple approuva ces mesures ; surtout, parce qu'an à moment où Cicéron parlait de cette affaire, en pleine as- » semblée publique, la statue de Jupiter fut replacée dans le » Capitole, la face tournée du côté de l'orient et du Forum, s suivant la prescription des augures. Ils avaient déclaré que » l'existence d'une conspiration serait révélée par l'érection de » cette statue, et, comme son rétablissement coïncidait avec la » découverte du complot de Gatilina, le peuple glorifia ces » dieux (ce quelque choee de dttm, ti ôttov), et se montra plus » insité contre ses complices K »
Telles étaient les préoccupations religieuses du peuple et tels les moyens de gouverner des magistrats. Mais voici un événement plus important encore.
Avant de citer le document suivant, rappelons-<fious : i* que Valàre Maxime nous a déjà appris que, 76 ans auparavant, les Juifs étaient si nombreux à Rome que les consuls avaient craint qu'ils ne corrompissent la religion et les mœurs romaines; S"" que, i2 ans auparavant, le Sénat avait fait rechercher dans tout l'Orient tous les livres prophétiques, et que plusieurs de ces livres, rejetés par le Sénat, étaient demeurés entre les
< Cicéron, 3« CatilifMtre, n. 8 et 9; traduction de M. Binet» revue par M. Lemaire ; OEuvres, t. ix, p. 113. Nous ne publions pas le latin, parce que ce texte est très-commun.
* Dion, 1. xxxvii, c. 84; trad. t. m, p. 381.
CI «M avant J.-G. AA^roilTS DBS RÔMAIIVS AVEC ISfl IttIFS. 8!(1
mains du |>euple^ ou plutôt de la plupart des Romaiirs lettrés; 3* souvenons-nous que les traditions Bibliques seules, et les lÎTres des Juifs en particulier, conservaient la promesse d^un libérateur qui devait sauver les peuples et dominer le genre humain. Et maintenant écoutons ce que nous racontent les historiens romains.
On lit dans Suétone :
c Jtdim Marùihui nous apprend que, quelques mois avant la » naissance d'Auguste (né le S3 septembre de cette année), on 9 vit publiquement à Rome un prodige, lequel annonçait que D la Nature enfaniait vn Roi au peuple rùmain. Le Sénat effrayé, » décréta qu'aucun des enfants nés cette année ne serait élevé; » mais, ceux des Sénateurs qui avaient des femmes grosses, » prenant chacun pour soi cette espérance, firent en sorte » que le sénatus^consulte ne fût pas porté au Trésor et demeu- » rat sans force ^ »
L'ouvrage de JtUius Marathus ne nous est pas parvenu, ce nom même n'a été conservé que par Suétone qui le cite deux foîs^; mais nous savons que c'étiait un affranchi d'Auguste, son ami, et son historien. Son nom indique qu*il était Syrien ou Juif> et l'on pense qu'il était l'auteur des Mémoires de la vie iïAugu&te ^, que ce prince avait faitcomposer sous ses yeux.
On voit donc ici, pour la première fois, et en termes exprès, la mention, par un auteur païen, d'un Roi qui aUait naître, pour gouverner te peuple romain. Qui pourra dire que cette opinion n'est pas venue de ces livres prophétiques apportés à Rome là ans auparavant? Suivons dans l'histoire romaine les traces nouvelles de cette prophétie.
Suétone ne nous dit point quel était ce prodige qui parut alors; il nous dit seulement :
* Auctor est JuUus BlaraUius, antè paucos qaam (Augoatus) nasceretar manmprodigivm Ronue factum publicè, quo deountiabatur Regem populo romano Naturam parturire. Senatum exterritum cenatiisse, ne qnis illo anno genitos edncaretur ; eos» qui gravidas oxores haberent, quod à se qulsque spem traheret, carasae, ne Senatusconsultum ad serarium deferretur (Suet., Xti^., 94).
^ Ici, et c. 79, où il est dit : Statura brevis, quam tamen Julius Marathus libertus etiam in Memoriam ejus quinque pedum et dodrantis fuisse tradit.
' Hoc etiam Augustus in lib. II de Memoria vit/e suâs complexos est(SerTiii8, Eglog, IX, 47).
352 TRADITIONS BT SUPERSTITIONS ROMAINES. S90 de Rome.
« C'est une chose connue, que le jour de la naissance d'Âu- >» guste, Octavius (son père) Tint tard dans le Sénats où Toq » délibérait sur la conspiration de Catilina : P. Nigidius ajant » appris la cause de ce retard^ et s'étant informé de l'heurt » de racœuchemeut, déclara qu'il qu'il était né un MaUre à la » terre *• »
Dion ajoute quelques détails nouveaux :
a L'enfant était à peine né, que le sénateur Nigidius Figulas » lui prédit la souveraine puissance. Figulus, en effets était, » parmi les tiommes de son temps, celui qui connaissait le » mieux Tordre du ciel, les différences des astres, les influences » qu'ils exercent, soit lorsqu'ils tournent séparément, soit lors- » qu'ils se mêlent les uns aux autres dans leurs conjonctions B et dans leurs oppositions; et cette science le fit accuser de ia- » donner à des pratiques oceuites \ Or donc, Octavius étant ce » jour-là, à cause de la r.:;i?s^ance de son fils, arrivé trop tardau p Sénat, qui, par hasard, tenait conseil en ce moment, Figulus, » qu'il ren contra, lu i demanda la cause de son retard ; et, quand » il en eut appris le motif, il s'écria : Tu nous as donné m » maUre. Puis, comme Octavius, troublé de cette parole, vou- » lait tuer l'enfant, il l'en empêcha, disant : Il est impossible » que cet enfant subisse un pareil sort. » Voilà ce que Ton racontait ^.
Ce Nigidius, comme on le voit, n'était pas un homme ordinaire; Cicéron rappelle a un homme d'une science hors ligne, » jouissant de la plus grande dignité et autorité chez les Ro- » mains, le plus savant et le plus saint de tous ^. x>
Plutarque nousa déjà dit que Cicéron aTavaitassociédansses » études philosophiques, et qu'il usait beaucoup de ses conseils » dans les affaires de la république*^. » Il dit ailleurs :
* Quo natus est die, quum de Oatilln» conjuratione ageretur in caria, et Octaviufi ob oxoris puerperium serius adfuisset, nota ae vulgata res est, P. Nigidium, comperta morœ caussa, ut horam quoque partus adceperit, adflnnasse, Dominam terrarum orbi natum (Saeton., Ibid).
2 Keeè xxrsè roOro xxe aîrtav» &s riva; àrto^phTOuç ^utTpiSàç irocov/tivo;, «^ (Dion Gassius, Hist. rom.^ I. xlt, c. 1; trad., t. y, p. 343j.
3 Ibid.
* Cum doctrina singulari, tum auctoritate inter Romanos maxima... onns omninm doctissimus et sanctissimus (Cic. Àd familiar., 1. iv, Epist. 13).
* Plutarque, Cicéron, c. 20, édit. Didot, p. 1038.
62 ADS avant J.-G. RAPPORTS DES ROMAINS AVEC LES JUIFS. 353
« Cicéron avoue lui-même que les résolutions si sages el si 9 vigoureuses qui^ pendant son consulat^ sauvèrent la Répu- » blique , avaient été concertées avec le philosophe Nigi- » dius *. »
Aulu-Gelle l'appelle a le plus savant des Romains^ après B Yarron^ et un homme qui excellait dans les études des 9 bonnes sciences^ et que Cicéron vénérait à cause de son es- » prit et de ses connaissances ^. »
Nos lecteurs ont remarqué surtout cette accusation de s'adonner à des pratiques occultes dont on ne doit pas parler, selon Texpression grecque. Cicéron semble y faire allusion dans ces paroles où il dit de Nigidius : a Quoique cet homme fût versé » dans la connaissance de tous les autres arts^ qui sont dignes » d'un homme libre, surtout, c'était un investigateur ardent » et diligent de ces choses que la nature a couvertes d'un » voile ^. »
C'est d'après toutes ces indications qu'Eusèbe appelle Nigidius un pythagoricien et un magicien *. Au reste, ce que nous voulons constater ici^ c'est l'importance publique des prodiges et des prédictions, les dispositions d'esprit des personnages les plus élevés; voilà pourquoi nous continuons à enregistrer les prodiges cités à l'occasion de la naissance d'Auguste. Voici de nouveau ce que nous dit Suétone :
a Je lis dans les traités d'Asclépiade Mendès sur les choses » divines ^y qu'Atia étant venue au milieu de la nuit dans le » temple d'Apollon pour y faire un sacrifice solennel, fit poser 9 sa litière et s'endormit, pendant que les autres matrones » s'en retournaient; que tout à coup un Dragon se glissa vers
* Plutarque, Si un vieillard doit s'occuper de Vadministration publique, c. 27, trad. t. x, p. 296.
' Homo, ut ego arbitror, Jnxta Varronem/doctissimus.... homo in studiis bonarom artlum praecellens qaem M. Cicero ingenii doctrinarumque nomine smnme reveritus est (Aulus Gell. Noct atH, h iv, c. 9; I. xi, c. ii,p. 145 et 330 de redit, in-4-).
■ Fuit enim vir ille cum cœteris artibus, quœ quidem dlgnae libero essent, omatus omnibus, tum acer investigator et dillgens earum rerum, quic a natura involats videntur (Cicéron, Timœus c. 1, t. xxvii, p. 433).
* Eusèbe : Chron. an 710.
^ Cet Aflciépiade écrivait an 1" siècle après Jésus-Christ, peu de temps après le règne d'Auguste (Voir Frag, hist. grsecorum^ de Didot, t. ni, p. 306).
354 TlADinONS Wt «OTBMTrnOMS mOVAimBS. 690 éè Rome.
n elle, et p6u après se retira; qu^elle so réveilla et se purifia » comme si elle sortait des bras de son mari; qu'enfla une » tache qui parut sur son corps imitait Timage d'un DragOD> » et n'en put être effacée^ si bien qu'Atia s'abstint à jamais p des bains publics* Auguste naquit dans le dixième mois^ » et pour cette raison, il fut regardé comme le fils d'Apol* » Ion ^D
Voici un autre prodige conservé encore par le même auteur :
« Atia rêva^ avant d'accoucher^ que ses entrailles s'élevaient » vers les astres, s'étendaient sur tout le ciel et couvraient toute » la terre. Odavius, père d'Auguste^ rêva aussi qu'un rayon « du soleil sortait du sein de sa femme ^* »
Tel est le véritable tableau de l'état où la religion païenne avait réduit les esprits.
Finissons par un dernier trait fourni par Dion Cassius :
« Pendant le reste de cette année, les Romains n'eurent » point de guerre à soutenir; Us purent donc renouveler, » après une longue interruption, YAugure du saltU. C'est une » sorte de divination qui a pour but de rechercher si le dieu {le dieu, 6 6ebç) veut qu'on lui demande le salut du peuple; p comme si c'était une impiété que de la demander avant d'en p avoir obtenu la permission. Elle avait lieu, tous les ans, le p jour où aucune armée ne se mettait en campagne, où on p n'était en présence d'aucun ennemi, où on n'avait pas à p combattre. Pour cette raison, elle était suspendue lorsque p les dangers se succédaient sans interruption, et surtout penp dant les guerres civiles; car, outre que les Romains auraient p bien difficilement trouvé un seul jour libre detoutempêche-
* In Asclepiadis Mendetis ^MÏoyoofiiiKM libris lego Atiam, quum adaonmme ApoUinis sacram média nocte venisset, posita in templo leetica, dum c^oa; matron» domum irent, obdonni«ae; draconem repente ixrepsisse ad eam, pauloque post egressum; illanique expergefactam, quasi a concubitu mariti, purificasse se : et statim in corpore ejus elstitisse maculam, Telut df^lcti draconis, nec potuisse un({uam exigi ; adeo ut mox publieis iMdneis perpetuo abs- Unuerit. Augustum natum mense decimo, et ob boc Ai^Uinis ÛUum eiintimatum (Suetonius, Octavivs Augustus^ c. 94),
3 Eadem Atia, prius quam pareret, somniavit intestina sua ferri ad tiden, eiplicarique per omnem terrarum et cceii ambitum. Sooiniairit et pater Octa- Yius, utero Atis jubar soUa exortom (Soeton.» i&û|^.
«2 «m «Tant J.-G. BAI>PORTS DBS ROMAINS AVBC VBA /UIFS. S55
> ment^il eût été fort absurde^ qu'au lîKMûent où ils sdfai- 9 saiôiit YolontaireineEit mille maux les uns aux autres par les » dissensions ciyiles^ et où ils devaient en souffrir d'inéviia^ » bles^ autant par la victoire que par la défaite^ ils priassent B les dtetiâ? (le divin^ tou ôe(ou) de les sauver.
Il V Augure du salut pot donc être célébré alors, mais H fut s douteux. Plusieurs oiseaux ne s'envolèrent point du côté 9 favorable^ et Taugure dut être recommencé. D'autres mau^ s vais présages apparurent : la foudre tomba plusieurs fois » par un temps serein^ la terre éprouva une violente secousse^ 9 d^ simulaeres humains (ct&oXa M^dlmto^) se fMmUrèrem dam 1» beaucoup d'endroits, des traits de flamme s'élevèrent vers le & ciel du côté du couchant; de sorte que tout le monde^ même y> rhomme le plus grossier^ pouvait prévoir ce qu'annonçaient s de tels signes ^ »
Le fi^ère de Cicéron rappelle ce fait quand il lui dit> à peu près 20 ans plus tard :
«L L'augure P. Glaodius vous annonça^ pendant que vous » étiez consul; par V Augure dovUux du salui \ qu'il y aurait « une triste et turbulente guerre domestique. Cette guerre^ en » effets éclata peu de mois après^ et vous pûtes l'étouffer en » peu de jours ^ »
Passons à un autre genre de faits«
IV. Ai^p«ff4 tf«0 laoMalii» «vce le» Julfflif et lafltienee d« p««9le 9hmÊm% ae Me«i p*«r «•«••vrer les «r««ltt«s« prÈ* mJUwtm «ur le temple «•«^vérimt 4« m9màm4
Nous allons maintenant commencer et continuer^ sous ce titre^ les preuves de la grande influence que les Juifs ont eue sur les Romains^ influence incontestable^ et dont cependant on ne dit pas un mot dans les histoires romaines ou juives; laissant ainsi dans l'ombre les bienfaits de la Révélation et du Christianisme.
* Dion, 1. XXXVII, c. 24, trad. t. m, p. 201-205.
' La tniduetioB OtimtnaU» rerue par M. Venger} supprime oette mention
^Tibi P. Claudius augur consalinuatiavit» addobitato SalutU augurio, bellnm domesticum triste ac turbulentum fore -, quod paucia post meDsibaa exortum paueioribus a te est diebus oppressum (Gicero, De divinatione^ 1. 1, e. n).
356 TRADinORS ET SUPERSTITIONS BOMAIHBS. 690 de Rome.
En cette année 62 avant Jésus-Gbrist^ se présente le grand fait de la prise du temple de Jérusalem par Pompée; mais, avant d'en rapporter les détails^ il est utile d'etposer quelle était la situation de la Judée et quelle fut la cause de Tintervention de Pompée.
AUxandre Jannée, en mourant^ laissa le trône kAUMndra, sa femme^ qui nomma Hyrcan II, son fils ainé^ grand-prétre,et donna le commandement des troupes à Aristobule^ le cadet. — Celui-ci complota contre sa mère^ s'assura de diverses places, et se fit proclamer roi. — Alexandra meurt au milieu de ces troubles et institue Hyrcan son héritier universel (66 ans avant Jésus-Christ).
De là^ guerre entre les deux frères^ suivie bientôt de la soumission d'Hyrcan.
Mais riduméen ArUipas ou AnlipaUr conseille à Byrcan de se réfugier auprès d'Hareth^ roi de l'Arabie Pétrée et de lui demander de le remettre en possession de son pouvoir. Hareth entre en Judée, s'empare de Jérusalem et force Âristobule a se réfugier dans le temple (l'an 64).
Scaurm, lieutenant de Pompée, délivre Aristobule et le fait reconnaître pour roi. Mais Pompée étant venu à Damas, les deux frères et Antipater se présentèrent à lui pour plaider chacun leur cause. Pompée décide en faveur d' Aristobule, mais les Juifs ne veulent pas ratifier les promesses d'Aristobule et ferment leurs portes aux Romains. Pompée retient Aristobule prisonnier et va mettre le siège devant Jérusalem.
Les partisans d'Hyrcan ouvrent les portes aux Romains, et les dissidents se retirent sur la montagne du temple.
Tel était l'état de la nation juive, quand Pompée vint en personne pour réduire cette partie des Juifs qui s'était déclarée contre les Romains.
Voici quelques détails de cette guerre, d'après les historiens païens * .
Commençons d'abord par le texte suivant de Diodore, précieux en cela qu'il a été découvert tout récemment par le cardinal Maï, et qu'il a rapport à la comparution de Hyrcan et d'Aristobule devant Pompée :
* Voir quelques détaUa de plus dans la Palestine de M. Munk, p. &83'&37.
62 ans ayant J. G. RAPPORTS DES ROKAINS AVEC LES JUIFS. 357
c( Pompée^ pendant son séjour à Damas^ en Syrie^ reçut la vi- » site d'Arislobule, roi des Juifs, et de son frère Hyrcan^ qui B se disputaient la royauté. Plus de deux cents Juifs des plus » notables se rendirent auprès de Yimperator; ils lui repré- » sentaient que leurs ancêtres^ préposés à Tadministralion du B temple^ avaient envoyé une députation à Rome, et obtenu Y> du Sénat la présidence des Juifs libres et indépendants, que » cette nation ne devait pas^ être gouvernée par un roi^ mais » par un grand-prêtre ; qu'Aristobule et Hyrcan régnaient » contrairement aux lois de la patrie et avaient asservi les ci- » toyens Contrairement à la justice ; qu'enfin ils n'aidaient ac- » quis la royauté que soutenus par un grand nombre de mer- I» cenaires^ et à Vaide de violences et de nombreux meurtres. B Pompée différa le jugement des deux frères qui se disputaient » la royauté; mais il adressa à Hyrcan de vifs reproches pour » avoir violenté les Juifs et offensé les Romains; il ajouta^ que B Hyrcan méritait un avertissement plus sévère, mais qu'en » raison de l'antique clémence des Romains^ il lui pardonne- B rait à condition qu'il serait désormais plus soumis ^ b
Nous avons dit comment cette mauvaise disposition de Pompée à l'égard d'Hyrcan changea, lorsque celui-ci lui eut fait ouvrir les portes de Jérusalem. Écoutons d'abord les détails donnés par Dion Cassius :
a Pompée se rendit en toute diligence dans la Syrie en Pa- B lestine dont les habitants avaient dévasté la Phénicie. La B Syrie-Palestine était gouvernée par deux frères, Hyrcan et B Aristobule, qui se disputaient la dignité de grand-prêtre de B leur Dieu : on ne sait quel est ce Dieu,,et cette dignité confère B le pouvoir suprême dans ce pays ^. Cette rivalité remplissait B les villes de séditions. Pompée réduisit sous sa puissance, B sur-le-champ et sans combat, Hyrcan qui n'avait point de B forces suffisantes. Quant à Aristobule^ il l'enferma dans un B cbâteau^fort et le contraignit à traiter. Puis, comme Aristo- B bule ne lui livrait pas le château, ni les sommes qu'il avait
^IModore; fragm. da liv. xl, découvert par Mai, dans Script, vet, t. ii, p. 128 ; trad. Hoeffer, t. iv, p. 463.
^ Mot à mot : « qui se disputaient pour le sacerdoce; » (c'est ainsi qu'on appelle chez eux la royauté) de leur dieu (quel que soit d'ailleurs ce dieu) rou vfSTifO\t 6sov (itxts TTori ouroç tortv).
V SÉRIE. TOMB V. — N* 29; 1862. (64* voL de la coll.) 23
358 TBADmONS BT SUPKBSnTlONS ROHAfflU. 690 de Roms.
» promises en capitulant^ il le fit prisonnier. Dès lors^ le reste 9 de la Syrie fut facile à conquérir ; mais Pompée eut de » grands obstacles à surmonter au siège de Jérusalem.
» Reçu par les partisans dlByrcan, il fut aisément maître de » laville même; mais la prise du Temple, dont le parti con- » traire s'était emparé, lui coûta beaucoup d'efforts. 11 était situé R sur utfe hauteur et entouré de remparts qui le rendaient plus » fort. Si ceux qui l'occupaient l'aVaient défendu tous les jours » avec la même vigilance, Pompée n'aurait pu le prendre; » mais ils suspendaient le combat pendant les jours qui portent D le nomdeSatum$; parce qu'ils ne font rien ces jours-là. Cette » interruption fournit aux assaillants le moyen d'ébranler les » remparts. Les Romains^ ayant remarqué l'usage dont je viens » de parler^ ne poussaient point sérieusement l'attaque pendant le reste de la semaine , mais lorsqu'arrivaient périodiquement B les jours de Saturne, ils donnaient l'assaut de toutes leurs 9 forces. Ainsi le temple tomba au pouvoir des Romains ^ le V jour dédié à Salumey sans que ses défenseurs fissent aucune » résistance. Tous ses trésors furent pillés^ le pouvoir suprême » fut donné à Hyrcan et Aristobule emmené en captivité ^. « Plutarque dit aussi à ce sujet :
« Les Juifs, un jour de sabbat^ que les ennemis vinœnt plan- » ter des échelles au pied de leurs murailles^ et les escalader^ » restèrent immobiles^ couverts d'habits déchirés, et pris dans » leur superstition comme dans un filet ^. »
Dion prend occasion de ce récit pour donner une courte notice sur les Juifs, leur religion et leur dieu. Quoique Dion ait écrit vers Tan 227 après notre ère^ elle est assez importante pour que nous la consignions ici :
a Tels sont les événements qui se passèrent alors en Pales- » tine : c'est l'ancien nom de la contrée qui s'étend depuis la » Phénicie jusqu'à l'Egypte, le long de la mer intérieure ; mais )) elle en prend aussi un autre. Elle se nomme Judée et les » habitants s'appellent Juifs.
n Je ne connais pas l'origine de ce second nom, mais il » s'applique à d'autres hommes qui ont adoptétles institutions
1 Dion, HùtRom. 1. xxxvii» c. 15 et 16, trad., t. m, p. 175,
' Tfi 'JtifiSonjâovitf vwStStfjÀvoi (Plutarque, De la mpeutition^ c. viii).
62 a08 avant J. G. RAPPORTS DES BOMAINS ATEG LES JUIFS. 359
» de ce peuple^ quoiqu'ils lui soient étrangers. Il y a des Juifs » même parmi les Romains : souvent arrêtés dans leur déve- » loppement; ils se sont néanmoins accrus au point qu'ils ont » obtenu la liberté de vivre d'après leurs lois. Ils sont séparés » du reste des hommes par toutes les habitudes de la vie^ » mais surtout parce qu'ils n'honorent aucun des autres Dieuà) ; » ils en adorent avec ferveur UN particulier. Jamais il n*y eut aucune statue à Jérusalem] ils regardent ce Dieu comms inef- » fàbk et invisible, et ils célèbrent son culte avec un zèle qu'on D ne trouve point chez les autres hommes. Ils lui ont érigé un » temple très-vasle et très-beau^ mais qui n'est ni fermé ni » couvert. De plus, ils lui ont consacré le jour de Saturne : ce 9 jour-là ils se livrent à de nombreuses pratiques qui ne sont » usitées que chez eux, et ils s'abstiennent de tout travail sé- » rieux. Quant aux détails sur ce Dieu, qui il est, d'où, vient » quon Vhonore de la sorte, sur la crainte religieuse quil tnspire 1^ àce peuple j ils ont été donnés par plusieurs écrivains et ne sont » point du domaine de cette histoire ^ »
Tacite aussi dit à cette occasion :
a Pompée fut le premier Romain qui dompta les Juifs. Il en- » tra dans le temple par le droit de la victoire. C'est alors qu'on V connut que le Dieu honoré dans ce temple n'avait aucune » image : le sanctuaire vide, rien dans les lieux secrets =*. »
Yoici maintenant comment le juif Josèphe raconte la prise du temple, rectifiant quelques erreurs des écrivains romains :
a Pompée attaqua la place du côté du septentrion et entre- » prit, pour ce sujet de combler le {ossé et la vallée. Ce travail » fut si grand, tant à cause de leur extrAne profondeur, que D di la résistance des Juifs et de l'avantage qu'ils avaient de » combattre d'un lieu éminent, que les Romains n'en seraient
I Kocl iiàlivB' 5rir«v fjAv «XX v 6swv oùSivx rt/awTiv, titx $i rivoe to^pûs o-i^ou- 9iv OùS* ôtytxXfioc oùSiv iv oeOroT$ irore rec( ^Upoto^ùfAOïç àt0>;Ov. àf>ptttùv S\ $^ xac àiiiri ecùrov vo/tcÇovrcg f7v«i, iwpwaorflfTtJ? àyOpt/situnt 6mjrMÙov7i,,„ Kal rà /iw xatT* ixhvov, rlç ri ivrty xxï 50ev ^T(ai iTifiriBri, iituç vt itÊpi ocùvhv ftrr^vivrat, TtoXXoXi Tt tïprrcKi x«l ùù$ïvT^$& tJ Wropitfi Ttpovijxti (Dion, 1. xxxvil, C. 17,
trad., t. m, p. 181).
^ Romanorum prlmus Cn. Pompeius Judseos domuit, temp^umque jure victoriae ingressus est. Inde vulgatum : nqlla intus Deûm effigie, vacuam sedeni, et inania arcana (Tacite, Bût., 1. v, c. 9). — (Au dedans, aucune image des dieux.)
360 TRADITIONS ET SUPERSTITIONS ROMAINES. 690 de Rome:
o jamais yenuH à bout si Pompée^ qui sayail que les Juifs ne » trayaillaient à rien le jour du Sabbat qu'à ce qui était néces- » saire pour soutenir et pour défendre leur \ie^ n'eût com- » mandé à ses soldats de cesser en ces jours-là tout acte d'hos- » tilité; et de se contenter d'avancer toujours l'ouvrage. Aiosi il D fut acbevé : et la vallée étant comblée^ Pompée fit élever » dessus de bautes tours qui n'étaient pas moins fortes et spaf> cieuses que belles ; et en même temps qu'il battait la place » avec des macbines qu'il avait fait venir de Tyr^ les soldais » dont ces tours étaient garnies^ repoussaient à coups de traits » ceux qui défendaient les murailles. L'incroyable valeur que V les Juifs témoignèrent durant tout ce siège et qui coûta tant D de travaux aux Romains^ donna de l'admiration à Pompée^ y» et il ne considérait pas avec moins d'étonnement qu'au Y> milieu même du péril et de la plus grande chaleur descom- » bats^ ils observaient toutes les cérémonies de leur religion; B et offraient chaque jour des sacrifices à Dieu comme s'ils x> eussent été en pleine paix.
D Enfin^ après trois mois de siège durant lequel tout ce que » les Romains purent faire fut d'emporter une tour. Pompée » prit le temple d'assaut. Cornélim Faustus, fils , de Sylla^ fut » le premier qui y entra par la brèche, et Furius et Fabim, X» suivis de leurs compagnies^ y entrèrent après lui. Alors les 1» Juifs environnés et attaqués de toutes parts furent tués par » les Romains lorsqu'ils s'enfuyaient dans le temple, ou qu'ils » faisaient quelque résistance. Plusieurs des sacrificateurs qui fi étaient occupés aux fonctions saintes de leur ministère les » virent sans s'étonner venir l'épée à la main, et préférant le » culte de Dieu à leur vie, se laissèrent tuer en continuait à x> lui offrir de l'encens et les adorations qui lui sont dues. Les » Juifs du parti de Pompée n'épargnèrent pas ceux de leur » propre nation qifi avaient suivi Aristobule, et la plus grande » partie de ceux qui échappèrent à leur fureur, ou se précipi- » tèrent du haut dés rochers, ou mirent le feu à tout ce qui » était à l'entour d'eux, et se lancèrent dans ces flammes, qui » étaient un effet de leur désespoir.
» Ainsi 12,000 Juifs y périrent; et il n'en coûta la vie qu'à p très-peu de Romains; mais plusieurs y furent blessés.
62 ans avant J.-G. RAPPORTS DBS ROMAINS AVEC LES JUIFS. 361
» D'une si extrême désolation et au milieu de tant de maux X» joints ensemble^ rien ne toucha les Juifs d'une si Yi\e dou- » leur et ne leur parut si insupportable^ que de voir cette » partie la plus intérieure du temple^ nommée le Saint des » SaintSy exposée aux yeux des étrangers et des profanes^ ce » qui n'était encore jamais arrivé. Pompée y entra avec les » siens^ ce qui n'était permis qu'au seul grand sacrificateur ; D et ils y virent le cbandelief^ les lampes et la^table d'or^ tous » les vaisseaux aussi d'or dont on se servait pour faire les en- 3 censeraents, une grande quantité de parfums très-précieux^ » et l'argent sacré qui montait à 10^000 talents. Pompée ne I» toucha à aucune de ces choses^ ni à rien de tout le reste B consacré au service de Dieu; et le lendemain de la prise du » temple il commanda à ceux qui en avaient la garde de le » purifier et d'y offrir les sacrifices accoutumés.
» Gomme Hyrcan l'avait extrêmement assisté dans ce siège j» et empêcbé une grande multitude de Juifs de se déclarer » contre les Romains en faveur d'Arialobule, il le confirma » dans la charge de grand sacrificateur, et par une conduite » digne d'un homme élevé dans une si grande autorité^ au » lieu d'employer la force pour se faire craindre, il gagna par » sa douceur et par sa bonté le cœur et l'affection |u peuple.
» Le beau-père d'Aristobule^ qui était aussi son oncle, se p trouvait entre les prisonniers. Pompée fit trancher la tête à B ceux qui avaient été les principaux auteurs de la révolte, » donna à Cornélius Fausius et aux autres qui s'étaient signa- » lés dans cette guerre les récompenses les plus glorieuses » qu'une valeur extraordinaire peut mériter ; imposa un » tribut à Jérusalem et à toute la province, ôta aux Juifs les B villes qu'ils avaient prises dans la basse Syrie, les mit, comme » les villes grecques, sous la juridiction du gouverneur qui » commandait pour les Romains dans cette province ( de » Syrie), et ressgrra ainsi la Judée dans ses limites ^ »
En racontant les mêmes faits dans les Antiquités juives, Josèphe y ajoute les détails suivants :
* Josèphe, Guerre des Juifs contre les Romains, 1. 1, c. 5, traduct. cTArnauldy t. lY, p. 27-29. — L. I, c. 7, n. 3-7 ; t. ii, p. 20, édition grecque-latine de Didot. 1S47.
362 TRADITIONS BT SUPBRSTITIOIIS MHAINIS. 690 de BoinA«
« On peut juger par là que] est notre zèle pour Dieu et pour B l'observation de nos lois, puisque Tappréhension d'être
• forcés ne put détourner les assiégés de la célébration de » leurs sacrifices. Ses sacrificateurs ne manquaient un seul » jour d'en offrir à Dieu sur l'autel, le matin à neuf heures^ » sans que le péril, quelque grand qu'il fût, les leur pût faire
*» interrompre. Et lorsqu'après trois mois de siège le temple
• fut prisun jour de jeûne en la 179' olympiade, sous le consulat » de C. Antonius et de M. Tullius Gicéron, quoique les Ros mains tuassent tous ceux qu'ils rencontraient, la frayeur de » la mort ne put empêcher ceux qui étaient occupés à ces di- » vines cérémonies de continuer à les célébrer, tant ils étaient » persuadés que le plus grand de tous les maux était d'aban-
• donner les autels et de manquer à l'obserration de lears » saintes lois. Et pour montrer que ce que je dis n'est pas un » discours fait a plaisir pour relever la piété de notre nation^ j» il n'y a qu'à voir ce qu'en rapportent tous ceux qui ont parlé » des actions de Pompée, comme Strabon et Nicolas, et parti- » c;ulièrement Tite-Live qui a écrit l'histoire romaine ^ »
Malheureusement, ni les Mémoires historiques (OiroiAi^fAora toToptxi], en 47 livres de Strabon ^, ni les Histoires (toTop(ai) en 144 livre^e Nicolas de Damas, où il avait écrit celle d^Hirode en particulier ^, ni la partie où Tite-IAve parlait de cette époque ne sont parvenus jusqu'à nous. Les documents les plus importants nous manquent, mais il nous en reste assez pour prouver que les Romains ont eu connaissance de la religion et des livres des Juifs. C'est ce que nous verrons mieux dans le chapitre suivant, où nous donnerons un tableau succinct des écrivains juifs, latins et grecs qui existaient à cette époque.
Remarquons en finissant : l"" l'ordre que Pompée donne de purifier le temple et de faire au Dieu très-haut les sacriflcesaccoutumés.Tout cela fut fait au grand jour, et l'on peut dire que toute l'armée romaine, ses officiers surtout, connurent le Dieu des Juifs et les rites par lesquels on l'honorait.
* Josèphe, Àntiq. jud., 1. xiv, c. 8, trad., t. n, p. 439.— C. 4, n. 3, 1. 1, p. h^, édit. Didot.
• Voir quelques fragments dans les Frag, hisU grœc. de Didot» t. m, p. 490. ^ Voir des Frag , ibid., p. 343.
62 ans avant J.-G. HAPPORTS DES ROHAINS AVEC LES JUIFS. 36S
^ Pompée quitte Jérusalem se dirigeant vers le Pont, après avoir réduit la Judée en province romaine, faisant partie de la présidence de la Syrie, confiée à son lieutenant Scaurus. Sous ce Romain, Hyrean reste Grand-Prêtre, pratiquant tons les rites de la religion mosaïque, en présence de la garnison romaine, et Antipater garde le commandement des troupes juives, Aristobule , ses filles et ses deux fils sont emmenés en captivité pour servir au triomphe de Pompée.
A. BONNBTTY.
364 BXPUCATION d'uN YBRBB
SZPIilGATIOll S'UH VEBRE
TROOYÉ DilNS LBS GATAGOIIBES^
Représentont lea apôtres Pften-e et Puni, •« autres sujets bibliiiues.
Le P. Garrucci publia en italien^ il y a quelques années^ un ouvrage remarquable et d'une grande importance au double point de vue de Tart et de la foi. Cet ouvrage est intitulé : Verres ométi de figures en or, trouvés dans les dmetiires des premiers chrétiens à Rome ^ Ces verres ne sont autre chose que les fonds de tasses ou verres à boire^ composés avec une si grande habileté^ qu'une petite lame d'or, ornée d'élégantes peintures^ se trouve enfermée entre deux disques ou plaques de verre soudés au feu, de telle sorte qu'elle parait ne former avec le tout qu'un seul corps. Parmi les 3i8 verres que le savant archéologue italien a publiés et interprétés, il en est un qui offre un intérêt tout particulier, parce qu'il représente des traits bibliques qui se rattacheni par leur symbolisme aux principaux dogmes de notre foi. L'auteur ayant pu se procurer quelques fragments de ce verre, qui lui étaient inconnus à répoque où il fit paraître son livre, vient de donner de ce précieux monument une explication plus satisfaisante et plus complète que celle qu'il avait donnée d'après un calque très-incorrect fait 3ur l'original. L'artiste, dans les six tableaux qui forment l'ensemMe de la composition, n'aurait voulu exprimer qu'une idée principale, dont le P. Garrucci suit le développement, en fournissant des preuves qui révèlent l'étendue de son érudition et la sagacité de son esprit. Le sujet de ces peintures serait la prédication du mystère de la Rédemption par les saints apôtres Pierre et Paul. Toutefois, comme son interprétation, dans certains détails, nous a paru offrir quelques difficultés, nous nous sommes permis d'accompagner son remarquable travail de quelques notes ou observations^que nous soumettons timidement à l'habile et savant archéologue
' Rome, typographie de Salviacd, 1S58 ; magnifîqae vol. in-foUo.