‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 127 sur 149 · ET LES RATIONALISTES CHRÉTIENS · texte numérisé non relu

ET LES RATIONALISTES CHRÉTIENS

On voit qae M. Tabbé Duilhé n'a point lu les Armdes; s'il avait seulement consulté la dernière table générale à l'article raison, il y aurait trouvé, dès la première ligne, Pindicalion tfon passage qui lui aurait donné une idée vraie de ce que penseni les Traditionalistes ; le voici :

« Pour nous, avec Mgr Affre et tous les apologistes pour le » fond, nous soutenons que la Raison de l'homme n'a pas pu » inventer Dieu et ses perfections ; que ce n*est pas die qui » a fait les rapports qui unissent^ la créature au Créateur , c'esl- » à-dire que Thomme ne s'est pas inventé pour lui-même ce » qu'il doit croire et ce qu'il doit faire. A part ces deux » points, nous laissons à la Èàison toutes ses forces, toutes ses » prérogatives. Bien loin de diminuer ses qualités, nous les » rendons plus sûres et plus certaines *. »

C'est ce que nous disions en i850 au P. Ctiastel, et ces paroles étaient citées comme celles que nous avions dites en i845 2, à M. l'abbé Maret. Mais aucun n'a fait mention de'ces déclarations répétées à satîétél On a trouvé plus commode de répéter sans preuves, comme le fait ici M. l'abbé Duilhé, que les Traditioilalistes enseignent que ta Raison n*a point de va^ leur réelle, etc.

3** M. l'abbé Duilhé attribue encore aux Traditionalistes cette erreul^ : l'homme est incapable de tout fait intellectuel et moral, sans une révélation primitive, surnaturelle da^ son origine, et transmise humainement par la parole. — Ceci encore est une exposition fauèse, et, coinmè les autres, dénuée de preuves. Que l'homme ait été, dès sa créalîon, un être intelligent et moraZ, c'est-à-dire ayant tout ce qu*W faut pour comprendre et pour mériter,'c^est ce qui n'a jamais été nié fiw personne. Les Annales en particulier l'ont exposé fort au long par la bouche même de Mgr l'évêque de Poitiers promulguant les décisions du concile de Périgueux ^; miais quant à cette Révélation primitive, qu'elles soutiennent d'après la fortnule de saint Augustin, et que M. Tabbé Duilhé et son école rejettent

* Voir ÀnnalnSyX ii, p. 61 (4« série).

^\oirAnnaUsX xi, P- 353 (3* série).

» Voir Annales, t. xviii, p. 406 (4* série).

3ae

Ul MIUMOrBlI nUOmOlfRILLB

parc« qu'elle serait êwmaiurelk ; il est b6a dé loi (àife observer qu'une choae peut être ntmatUrtlU de trois matiièted :

V Une chose peut être mrrMureUe par rapport à cdui fUi ta fait. ^ En ce sens toute révélation divine est sumatursUe ; mais au même titre que Thomnie, les astres, toute la ^réatiofl natureUe est surnaturelle, parce qne c'est Dieu qui a fait tout cela; et quant à Tbomme, il a pris la peine de le former de un propr^i matnfi selon le langage énei^ ique de rEcriture. Eb bien l MM» les lîationalistes chrétiens et autres, diront^ils^ à cause de cela, que rhomine est un être iurfuUurelf Pourquoi alors disenUiU que la révélation primitive des traditionalistei f^ surnaturelle, parce que G*est Dieu qui Ta fkitet

t" Une cbose peut être $urmmur$U$ par rapport mat dkam mêmes ; or, en disant que Dieu a révélé certainee vérités soi bommes, ces vérités ne restent-elles pas ce qu'elles sonii ou mUtn/r^Us ou sumolurelies, comme le corps d'Adam qui reste %uilwriA et le corps du Christ, dans rEucbarisUe^ qui reste M" fMUwîl, quoique l'œuvre du même Dieu»

3"* Une cbose peut étrt natureUe ou surnaturelle par rapport

au mode et au moyen par lesquels elle est opérée, Or, c'eut ici

que les Traditionalistes seuls conservent la notion du naturel*

Car en disant avec 8. Augustin « que Dieu a p^irlé à Tbomme

o par la parole, sous upe certaine forme corporelle, sub quadm

» specie corporali S » ils ne parlent que d*un ineysti naturel,

tandis que tous les Ontolggistes, tous les Rationalistes, en di^

sant que Dieu donne les idées, les connaissances par irradisr

tion, par écoulement, par participation, par idées innées ou

gravées, par vue immédiate et directe de Dieu, par mtuitm

immédiate de Vétre^ comme le dit M. thiUhé, ils se servent

d'un moyen surnaiurel : Voilà où en sont les Traditionalistes

et les Rationalistes chrétiens ou autres, sur la question du oa-»

turel et du surnaturel. — Reprenons maintenant Texposé de

M^ Duilbé.

ce Poussés à' leurs dernières conséquences , ces systèmes | peuvent constituer une erreur. Les doctrines de Luther, de

* Voir ce texte dans les Annales, t. vu, p. IIO ; viii, p. 3SI \ ivii, p. 376, et qui n'a jamais été cité par aucun Raticnaliste clurétien.

ET IM BATIOHA^ai^ CQRSflENS, 3§7

Calvin ^t de Baïus touchant les forces de la rat^oB^ et plus tard OiUfiSf de Lamena4is> d'Hermès ei de Gûnther^ ont été ecode^mnée^ par, VËgUsç. Il n'est plus permis de soutenir les contrsidictoires des propositions énoanées du tribunal de lindex, et approuvéiçs par Pie IX -•

» Contenu dan^ certaines limites^ le Traditionalùme est à Tabri de tout^ censure; mais nous ne croyons pas qu'il jouisse en France d'unp très-grande faveur. Il aura sans doute le sort de toutes les réacUons violentes^ et les phil<^ophes oatbdiques ne tarderont pas à se réunir dans une meilleure' et (dus large voie.

» Le Traditionalisme a pour chef le P. Yentura^ et pour organe avoué les Annaie$ de philosophie, que le célèbre théatin a surnommées le joun^al d^ la TradUion. Peut-être le recueil de M. Bonnetty devrait-il partager ce titre avec le Monde, avec raucîen Umven, dont les principaux écrivaios ont successi* vement défendu^ et non sans éclat, les divers systèmes traditionalistes mitigés. Il faut excepter toutefois le théologien publiciste Dota Guéronger, qui n'a pas craint sur ce pQint> de se séparer de ses collaboratisurs.

1^ Si nous avons bien compris quelques rar^s articles de phhlosophie^ publiés par la Revue de$ sciences eccl^astiqm^, c'est à fécale tradHionnelle que M. Bouix se rattache; c'est du moins le RQ$iomli$J^ chrétien» qu'il s'efforce de combattre^ et qu'il désigne sous le nom de Philosophie sq^r^iMe, pour éviter^ dit-il, une périphrase.

lui Le says^nt canonistç ne comprend pas qu'on puisse fairei de la philosophie pure sans y mêler un peu de théologie.

« Si If projet de se mettre à la reet^erche de la yérité^ nvee le linoigii^n iselé de riQtelli^ence naturelle, était formé par l'homme delà peMplade sauvée, ou n'aurait pas à le blâmer. N'ayant point d'autre lumière, on ne j^eut lui reprocher de n'utiliser que celle-là. Mais les partisans du système séparatiste sont des hommes sur lesquels le soleil de l^nseignemeDt chrétien a répandu ses flots de Iwvière ; e| ïki dMwt : Pour faice ^ la fine phUoeophlt, garoos-noos à» ce soleil ! La méthode séT^ratùte a i^ne aptitude malheureusement réelle) k déc^**» tholiciser '. »

D Nous croyons devoir rappeler^ sinon les aptitudes du moiw

'fi^cr^daUaTTiliaâ^.

^ Revue dfif sciences ecclésiasHqvi^i 1. 1, p. 63.

388 LA PHILOSOPHIE TRADITIOIflfELLE

les dangers du Traditionalisme. Il favorise plus qu'on ne pense les théories maUrialistes^ en faisant trop grande la part des sens et des circonstances extérieures dans Torigine et la formation des idée6. — Il ouvre une large voie au scepticisme, en refusant toute certitude immédiate aux révélations du sens intime^ au témoignage des facultés personnelles. — Sous prétexte de sauvegarder les intérêts de la foi^ il peut conduire jusqu'aux erreurs de Lamennais et même jusqu'à celles de Baïus. En abaissant outre mesure la raison naturelle, il coupe le chemin qui conduit logiquement tout rationaliste sincère, des , vérités naturelles aux vérités révélées.

j» Nous renvoyons les trop fidèles partisans du Traditionalisme à une autorité qui ne leur paraîtra pas suspecte. Qu'ils ouvrent le beau volume des Discours et Instructions pastorales^ publié^ cette année même, par Mgr l'évêque de Poitiers, et qu'ils méditent la Seconde Instruction synodale, sur les principales erreurs du temps présent. Ce remarquable écrit est surtout consacré à combattre le Rationalisme philosophique indépendant celui qui avance et se montre l'adversaire du Christianisme, celui qui recule et se cache sous des apparences respectueuses et polies. A chaque page^ à chaque ligne, on s'aperçoit que la pensée constante de Tévêque est de donner à la Foi le pas sur la Raison, à la théologie l'autorité sur la philosophie, à la lumière incréée la prééminence sur la faculté créée de connaître; et pourtant, quelle large place est laissée à la philosophie pure, soit qu*on la considère en ellemême, soit qu'on l'envisage dans ses rapports avec là foi. Mgr de Poitiers rappelle à ce sujet le mot de saint Thomas: n La Raison ne croirait pas, si elle ne voyait pas qu'il faut » croire, d Et il ajoute : a L'usage de la Raison se trouve donc » nécessairement à labase de tout acte de foi ^ »

ObservaUoDs de M. Bonnétty.

Nous accordons à M. Duilhé que le P. Ventura est un des défenseurs du Traditionalisme, mais il n'est pas le seul. Nouslui accordons aussi que les Annales soutiennent le Traditiona-

\ lisme, non celui qu'il a formé, mais celui que nous venons

d'exposer. Nous lui accordoris encore que dom Guérangér a

i t tUcovLfi et Instr, Pattoralet de Mgr de Poitiers, t m, p. 202 et 203.

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