V. — Rationalisme chrétien
a Les philosophes catholiques^ qui appartiennent à celte grande école, pensent qu'il est également dangereux d'exalter et d'abaisser outre mesure la faculté naturelle de conuaitre. Ils regardent comme possible d*unir la Foi la plus humble^ la plus profonde à toutes les exigences de la Raison. Pour eux, la démonstration religieuse se confond, au départ^ avec la démonstration philosophique; elle Ta plus loin sans doute puisqu'elle arrive à la vérité complète^ mais elle y arrive en suivant toujours la méthode scientifique.
Le Rationalisme chrétien, tel qu'il est représenté aujourd'hui en France^ peut être subdivisé en deux groupes de philosophes^ qui diffèrent entre eux par le point de départ. Pour tous^ l'élément primitif de la connaissance est indépendant de Venseigne)nent extérieur, de la tradition, c'est là ce qui les unit; mais tandis que pour les uns cet élément fondamental consiste dans un fait individuel., subjectif, pour les autres^ il est une intuition essentiellement objective; et cVst là ce qui les sépare. Les premiers acceptent, dans ses caractères constitutifs^ la philosophie de Descartes, de Bossuet, de Fénelon, du iv siècle. Ils soutiennent que, dans l'ordre logique, on peut regarder comme fondement inébranlable de la Certitude, l'existence da Moi, manifestée par le fait de la pensée humaine, et, en général^ les vérités premières, nécessaires; qu'on ne peut avoir une idée claire de Fêtre qu'en se saisissant soi-même parla pensée; que nier la puissance de la raison théorique pour atteindre la réalité objective, c'est faire une concession funeste au kantisme, c'est presque ouvrir la porte au scepticisme allemand. »
Observations de M. Bonnetty.
Pourquoi M. l'abbé Duilhé, chrétien et prêtre, ne dit-il rien de la réprobation solennelle infligée à la philosophie de Descartes par là mise à l'index de tous ses ouvrages philosophiques ? Quel guide suit-il en philosophie ? Quels guides donnet-îl à suivre aux nombreux laïques qui veulent rester chrétiens, tout en étudiant la philosophie ? — - Poursuivons.
« Pour les Ontologistes, l'intuition immédiate de Vétre doit précéder l'affirmation de Descartes : Je pense^ donc je suis, lis
6T LES 1UT10NALI6T£S CfiRÉTIGKS. à^i
prétendent que cette affirmation est trop individuelle pour atteindre la réalité objectÎTe^ que sans Viàée de l'être iimpkment dit, absolu, qui est Dieu même présent dans les faits de la pensée, toute démonstration d posfcrton est impuissante *.
» VOntologisme occupe une grande place dans les écoles catholiques. Il s'est produit^ daos ces dernières années^ sous le patronage de quelque prêins éminents de Saint-Sulpice, il a été exposé et défendu par un écriTain distingué^ M. Tabbé Hugonrn. Celte école, pleine de vie et de grandeur^ reconnaît pour son chef Mgr Baudry, évêque de Périgueux. Nous devons ajouter que VOntologisme est la doctrine philosophique de Tuniversité de Louvaîn 2. Et, comme on Ta dit avec raison, il n'est pas étranger à la manifestation d'une phase nouvelle dans le Traditionalisme, dont nous parlons plus bas. »
Obserrations de M. Bonnetty.
Ceci est la partie la plus importante de Tarticle de M. Tabbé Duilhé. Nous avions bien entendu dire que Touvrage de M. l'abbé Hugonin, celui de M. l'abbé Maret, aujourd'hui évêque in partibus infidelium de Sura sur l'Euphrate , sur la dignité de la raison humaine, représentaient les doctrines philosophiques du séminaire de Saint-Sulpice, mais nous n'en étions pas certains, et nous n'aurions osé l'imprimer. M. l'abbé Duîlhé l'affirme, et il n'a pas été contredit, non plus que dans ce qu'il dit que M. l'abbé jffaudry, récent évêque de Périgueux, est le chef de cette école. Nous n'avons qu'à constater ces déclarations. Seulement nous nous permettrons de mettre en parallèle avec deux des propositions condamnées par le Saint- Office, la proposition suivante que M. Tabbé Duilhé attribue à M. Tabbé Hugonin, directeur de l'Ecole ecclésiastique des Cannes :
Théorie de M. Tabbé Hugonin.
Poar les Ontologistes^ VitUuition im^
médiate de Vêtre doit précéder Taffir* xnation de Descartes : Je pense: donc Je suis. Ils prétendent que cette affirmation est trop individuelle pour at-
Propositions condamnées.
» La connaissance immédiate de Dieu, au moins habituelle, est essentielle à Tintellect humain, de telle manière que, sans elle, on ne peut rien connaître, puisqu'elle est la lumière
< Voir YOntologie de M. Fabbé F. Hugonin. (Note d« M. Duilhé). 2 Un des professeurs les plus connus de l'Université de Louvain, M. Uijaghsy a publié, cette année, ub Essai d^ idéologie ontologique.,, etc. (Note de M. Duilhé).
392 LA PBaOSOPHIB TRADITIONNELLE
teindre la réaliti objective^ que sans Vidée de VÉire prajpremefU dit, ahsolUy qui ni Dieu méme^ présent dans les faits de la pensée, toute démonstration a poiteriori est impuissante.
intellectnelie elle-même {!'* propotit.).
La notion innée de Dieu^ en tant que simpkment Être^ renferm3 d'une manière émineote toute autre connais»
sance, de manière que, par elle, tout Être nous est implicitement connai soos quelque aspect qu'il soit connaissable (4* propotit.).
Nous ne ferons aucune observation sur ces deux théories; nous nous bornons à les mettre sous les yeux de nos lecteurs.