LE DOGME DE U CHUTE ET LA MÉTEMPSYCOSE
De m. Jeaï* REYNAUD.
L'Eglise est en possession de la vérité. Or la Térité, si mystérieuse qu'elle soit pour nous dans notre condition présente^ jette cependant^ à travers le voile derrière lequel la foi doit la saisir^ des clartés tellement pures^ que les esprits les plus dévoyés en sont quelquefois él)louis et séduits. De là, ces aveux qui échappent de loin en loin aux ennemis de l'Eglise^ et qui sont surtout remarquables parce qu'ils se dégagent du milieu d'un torrent de bile et d'un déluge d'impiétés. Dans un livre célèbre, dirigé tout entier ccmtre l'Eglise^ M. P. J. Primdhm culbutait naguère le Protestantisme et lui disait avec dédain : « Ce n'est pas a vous que j'en veux ^ vous n'êtes pas chrétien; » il n'y a de Christianisme que dans l'Eglise catholique; c'est » là que je vais le frapper. » Nous avons pris bonne note de cette boutade que la logique arrachait à une intelligence élevée mais trop superbe pour reconnaître que nos mystères sont beaucoup plus rationnels^ plus clairs et plus moraux que sa métaphysique. Aujourd'hui, nous nous sentons pressé de mettre en lumière l'opinion de M. Jean ReynatAdsnT le dogme de la chute.
M. Reynaud n'est point un rationaliste vulgaire. Ce n'est pas lui qui nierait la dégradation humaine et qui verrait dans là lutte dont notre nature est le théâtre Vétat normal de Thumanité : il laisse cette invention de haute philosophie à MM. Damiron, Jouffroy, Jules Simon et à toute l'école des Eclectiques. Bien moins encore serait-il capable de dire avec Fburier que les tendances de Thumanité étant excellentes, elle doit laisser un libre cours au développement de ses passions : cette brutale apothéose du vice n'est pas de* sou goût, il admet sans hésiter le dogme d'une chute; il est convaincu que la condition actuelle de l'homme est anormale et qu'elle ne s'explique
£T LA MÉTEMPSYCOSE DE M. JEAN REYNAUD. â9d
point sans un péché d'origine. Maïs, ce péché d'origine, quel est-il ? Un philososophe se trouve ici en face d'une redoutable alternative : ou il doit professer avec l'Eglise que tous les faommeit ont péché dans un seul; ou il doit admettre avec Platon et Àri$tote que tous ont péché individuellement dans une vie antérieure. M. Jean Reynaud embrasse cette dernière hypothèse. C'est-à-dire, qu'il préfère à la tradition historique, au bon sens, à la saine orthodoxie, une opinion absurde et immorale.
Nos âmes ont commis, d'après lui, dans une vie antérieure, des fautes actuelles et personnelles qui sont la véritable cause de notre dégradation physique et morale; de sorte que dhaeun de nous est ici-bas traité selon ses mérites, et qu'il y a une proportion rigoureuse entre notice condition actuelle et notre culpabilité.
M. Reynaud a-t-il calculé l'invraisemblance de cette supposition ? n y a lieu d'en douter, lorsqu'on le voit donner hardiment carrière à toutes ses rêveries, ressusciter, au oiilieu des splendeurs de la civilisation chrétienne, le vieux dogme de la méêempiyeosêy et outrager sans remords les lois de la logique et celles du sens commtin.
Dans le dogme de l'Eglise tout s'explique^ tout est harmonique avec les Traditions de l'humanité^ tout s'accorde avec les notions que noud avons de Dieu et de ses attributs. Dans la métempsycose de M. Reynaud, l'esprit se heuHe contre des difficultés inextricables et se perd dans des abîmes sans fin.
Qu'est-ce que cette vie antérieure dont aucun de nous ne peut se rendre compte? Qu'est-ce que cette faute que nous ne connaissons pas et dont nous subissons les douloureuses conséquences? Ou notre âme est aujourd'hui ce qu'elle était dans la vie antérieure, ou elle a été changée, transformée : dans le premier cas, elle doit^ outre son intelligence et sa volonté, conserver aussi sa mémoire; elle devrait donc se souvenir des actes qu'elle a librement et volontairement posés; dans le second cas, on ne peut affirmer ni sa personnalité morale ni sa responsabilité. Nous défions M. Jean Reynaud d'échapper à ce dilemme.
Il est possible qu'on trouve à Charenton ou a Bicétre des