‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 132 sur 149 · LE DOGME DE LA CHUTE · texte numérisé non relu

LE DOGME DE LA CHUTE

hommes qui prétendent se rappeler ce qu'ils ont fait dans une vie antérieure ; mais^ à coup sûr^ on ne constatera jamais cette prétention chez ceux qui jouissent du libre usage de leurs facultés. Or, comment expliquera-t-on» dans rhypolhèse de la préexistence des âmes, cette absence de mémoire, véritable mutilation de l'être spirituel? On ne pourrait le taire que par Tintervention constante de la Divinité^ la dérogation aux lois ordinaires, le miracle perpétuel, en un mot. Mais qui pourra admettre ce miracle? Quoi! nous serions condamnés à souffrir ici-bas parce que nous aurions préi^ariqué dans une Tie antérieure, et Dieu se servirait de sa puissance pour nous enlever le souvenir et la conscience de nos prévarications ! Notre vie actuelle^ traversée par toutes sortes de douleurs physiques et morales, serait pour notre âme une expiation^ un creuset; une discipline laborieuse, le temps d'épreaye pendant lequel^ d'après M. Reynaud^ nous serions appelés à nous corriger de nos erreurs et de nos vices, à nous amender, à nous perfectionner ; et Dieu nous oterait^ et cela par mirade, le seul moyen efficace d'expiation et de correction, en nous laissant ignorer les fautes que nous aurions commises ! De pareils procédés ne nous autoriseraient*ils pas à accuser Dieu d'inconséquence et d'injustice? Ne pourrions-nous pas dire de lui qu'il se sert de sa puissance pour torturer inutilement ses pauvres créatures ; qu'il les froisse et les déchire impitoyablement pour s'amuser du spectacle de leurs douleurs? C'est à ce blasphème contre la Divinité que nous conduit tout d'abord l'étrange théorie de M. Jean Reynaud. On va voir qu'elle ne respecte pas mieux les lois du monde moral.

Si notre âme a été changée^ transformée, en passant d'un ordre d'existence dans un autre, et qu^elle ait perdu dans cette transmigration le souvenir de ce qu'elle avait fait dans une vie antérieure, comment constater son identité? La conscience seule d'une vie persistante l'établit indubitablement. On ne peut pas dire que l'âme qui vit aujourd'hui est la même qui a vécU; connu, aimé, agi auparavant, si, dans une transmigration quelconque, elle a subi une modification telle que tout souvenir lui ait été enlevé de ce qu'elle avait fait précé-

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