‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 144 sur 149 · PHILOSOPHIE TRADITI0NN1UXB · texte numérisé non relu

PHILOSOPHIE TRADITI0NN1UXB

engendrée par le combat, est favorable à la grandeur des individus et des nations. L'histoire entière et rexpérience le prouvent. Pourquoi en est-il ainsi! Nous ne cbercherons pas à l'expliquer; nous dirons seulement qu'il en est ainsi^ et toutes les criailleries du monde ne sauraient faire qu'il en soit autrement. Dans Tordre même spirituel en ce monde, Texpérience prouve que la persécution la plus violente n'est point aussi fatale qu'une longue paix , non interrompue et une apparente prospérité. Le Catholicisme en France est infiniment plus vigoureux et plus prospère aujourd'hui qu'il ne l'était sous Louis XIV, quand ce célèbre monarque contraignait par les dragonnadu les huguenots à devenir orthodoxes, et il n'a jamais été plus fort et plus florissant qpe sous la derr nière République. Nous ne doutons pas un seul instant que les présentes persécutions des évoques et des prêtres en Italie ne contribuent à rendre les Italiens bien mdlleurs catholiques qu'ils ne l'avaient été depuis l'époque des Médicis Une petite persécution chez nous ne nous ferait pas de mal. Sans elle il est à craindre que nous ne tombions dans l'état d'inertie dans lequel se trouvent les populations catholiques du vieux monde. Ce que nous combattons surtout, cest le parti pris de nous Wtreindre à une Philosophie par autoritéy et de nous assujétir ainsi dans l'ordre naturel comme dans Tordre surnaturel , à un ei^seignement dogmatique. La Philosophie traditionnelie est une erreur de nom. Ce qui repose sur toute autre autorité qtu la Raison n'est pas la philosophie. Ce peut être la foi, ce peutêtre ThiMiOirei ce peut être la théologie, il est vrai ; mais ce n'est point la philosophie dans le sens moderne que nous donnons à cette expression , car la Philosophie est une science purement rationnelle» et qui repose seulement sur la raison naturelle comme sur son principe^ ou est du ressort- de la raison naturelle, et peut être renfermée %a elle. La philosophie est la science des principes dans l'ordre naturel, du ressort de )a raison naturelle, ou de la raison commune à tous les hotmmes» Ce qui appartient à Tordre surnaturel, ou peut être connu seulement par la Révélation surnaturelle, peut jeter de la lumière sur le naturel , et nous aider à l'expliquer et à l'établir d'une manière juste^ mais cela est lui-même au-dessus

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de la philosophie^ et n'en fait partie d'aucune sorte. Les Traditiotialisles cofnmencèrent par soutenir Vimpuissance de la raison à connaître par sa lumière propre les premiers principes ou les vérités nicessaires^ sans lesquels il n'y a et ne peut y at^otr de science. Ils nous disent que l'homme connaît et peut coa^ naître les premiers principes ouïes vérités nécessaires seulement êi on les lui enseigne, et que Dieu seul ou la révélation sumcUttrelie peut les enseigner. Par là ils fondaient la foi sur le scepticisme et la science sur la foi. Ils niaient toute science ration^ nelleet plaçaient ainsi l'homme hors de la condition même indispensable pour recevoir l'instruction surnaturelle^ puisque te surnaturel suppose nécessairement le naturel. En réduisant toute science à la foi^ ils rendaient la foi eUe-méme impossible> et détruisaient précisément ce qu'ils désiraient le plus ardemment retenir et exalter. Ils fondaient leur théorie ^ur Vimpuissance alléguée de la raison, et sur ce fait , que, dans chaque siècle et chaque nation^ Dieu s'est fait lui-même le maître du genre humain^ par le moyen de ses communications surnaturelles faites immédiatement aux individus, ou transmises de génération en génération par la tradition.

Observations de M. Bonnetty.

Voilà les reproches faits à la Philosophie traditionnelle et aux Annales de philosophie en particulier^ par M. Brownson. Nous lui répondons :

V Est-ce bien d'un homme d'honneur, d'un chrétien, d'accuser des écrivains en ces termes : Us disent, ils posent en principCy etc., et de ne citer ni leurs paroles, ni le livre et la page où elles se trouvent ? C'est ce que fait M. Brownson, à l'exemple de tous les Semi-rationalistes, qui ont inauguré cette polémique, qui, il faut l'avouer, leur a parfaitement réussi.

â*" Est-ce une chose loyale que de leur attribuer une doc* trine qui est le contre-pied de celle qu'ils soutiennent ?

Or, c'est précisément ce qu'a tait M. Brownson. Et, pour le cpnvaincre d'accusation fausse , et par conséquent de calom"^ nie, nous alloos répéter ici pour la 3* et 4« fois les bases mêmes de la Philosophie des Annales,

En 1853, nous disions a la CivUtà catlolica ^ :

* Annales^ t. ?in, p« 376 (4* série).

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« Pour nouS; avec Mgr Affre^ et tous les apologistes pour le » fond, nous soutenons que la Raison de Thomme n'a pas pu » inventer Dieu et ses perfections ; que ce n'est pas elle qui a fait » les rapports qui unissent la créature au Créateur^ c'est-à-dire » que l'homme ne s'est pas inventé pour lui-même ce qu'il doit » croire et ce qu'il doit faire. A part ce$.deux points, nous lais* » sons à la Raison toutes ses prérogatives (t. vin. p. i08). i

» Estrce là nier que la Raison ne peut rechercher et trouver beaucot^p de vérités? Et notez que ces phrases sont prises d*une déclaration faite déjà en 1845 (t. xi^ p. 4i0^ 3« série).

9 Si nous remontons à notre volume précédent^ dans l'article même où nous avons mis les paroles adressées à la Civiltà eattolica (t. vn^ p. 469), nous circonscrivions ce que nous refusons à la Philosophie, dans le droit de trouver Dieu. Vliomme, wn origine, sa fin, ses devoirs. Pourquoi la Civiltà eattolica élargit-elle cette question, renfermée par nous dans un cercle si sévèrement restreint, et la transforme- t-elle en celle de savoir si, en général, la Raison peut trouver quelques vérités F

» Comment surtout ne tenir aucun compte des déclarations si expresses que nous avons faites dans l'examen que nous avons publié de la théorie de M. l'abbé Bouix, sous ce titre : Le vrai et le faux traditionalisme f C'est là, en effet, que nous disions :

« Les Traditionalistes reconnaissent toutes les forces de la » Raison pour juger les notions perçues. Elles ont les mêmes » motifs de jugement que vous pour les notions communes, » 2 et S font 4. Ils ajoutent seulement que> lorsqu'il s'agit de » dogme et de morale obligatoires : V ils n'ont pas inventé ces » notions, mais qu'elles leur ont été enseignées; 2** qu'en cas de » dispute, il n'y aura de vrai dogme et de véritable morale que » ce qui aura été imposé de Dieu. Vous le voyez, je mets ici les » points sur les i, j'espère que vous connaîtrez ainsi les prin- » cipes des Traditionalistes, et que s'ils avancent quelque prin- » cipe faux, au moins vous le repousserez et le combattrez tel » qu'il est (t. vn, p. lèo). »

» Pourquoi la Civiltà n'a-t-elle pas fait attention à cette ex- 9 position de nos pensées ? ^

» Et pour preuve que ce n'est pas seulement dans ces der-

niers tenips^ et, pour répondre à des attaques récentes^ que nous soutenons cette opinion, nous pouTons encore citer des passages plus anciens.

» En 1850^ nous répondions à M. l'abbé Freppel :

« Nous ayons répété à satiété^ que lorsque nous refusions à » l'homme Vinvmtion des vérités, nous entendions seulement » et expressément le dogme et la morale, ce qu'il fcmt croire et » ce qu'il faut faire. Et maintenant M. Freppel fait consister la philosophie dans la logique, la dialectique, le syllogisme, tous 9 ces petits amusements inventés par les hommes. Nous réi> pondons donc nettement : Oui^ l'homme a pu inventer tout » cela; oui^ la philosophie a pu inventer tout cela; oui^ cela » peut être séparé de la théologie. — Mais vous, revenez à la j» question, revenez au dogme et à Immorale, etc. (t. ii, p. 473). »

» En 1847, nous disions, en réponse à dom Gardereau :

a S'il y a une chose que nous ayons dite et redite, c'est la » part que nous faisons à la Philosophie ; nous avons dit (t. xi, ï> p. 253), et nous répétons encore, que la Philosophie ne peut » pastm^mter les dogmes ni la morale, mais qu'elle peut et doit » les commenter, les prouver, en tirer les conséquences, etc. j> D'où suit la néctessité de poser d'abord en principe et d'en- » seigner ccftte obligation où elle est d'avoir recours à la tra- » dition, à la révélation, pour entrer en possession de ces do- » gmes, qui, comme le dit M. Cousin, servent ensuite d'étoffe n à ses pensées (t. xvi, p. 389). x>

X» En i847, dans un article sur notre ligne philosophique et théolagique, nous précisions en ces termes tout notre système:

Nous disons aux Rationalistes :

« Vous voulez tirer de la Raison seule les dogmes et la mo- » raie, et vous les tirez de la Raison parce que cette Raison » est une incarnation duVerbe, parce que vous croyez que » c^est un écoulement, une émanation de la divinité, parce que » vous croyez que votre Raison est naturellement, nécessaire- » ment, réellement unie à la Raison divine, dont elle est une vé- » ritable participation. Or, s'il en est ainsi, il s'en suit que » votre Raison est de la même nature que celle de Dieu , parti- » cipe à la ncUure de Dieu; en un mot, votre Raison est IHeu; j> et c'est ce que nous appelons Panthéisme (t. xv, p. 455). »

iS8 PHILOSOPHIE TRABITIOnNELLE

» El un peu plus loin nous donnions plus de précision à 006 principes^ en ajoutant :

« Dans un de nos précédents cahiers^ nous avons exposé i> tout au long les droits que M* Saisset reconnaît à la Raisoû 9 ttt nous avons dit que nous les admettions TOUS^ entendez

* bien y TOUS, excepté que la Raison peut inventer ce qu'il faut » croire et ce qu'il faut faire. »

• Cette opinion, nous Tavons répétée dans presque tous nos cahiers, nous Tavons exprimée encore très^^explicitement dans notre dernière discussion avec la Rei>ue de l'Inetruclion pubU-^ que. Nous lui disions : < Non, non, mille fois non; nous lai$- » sons a la Philosophie la part que M. Cousin lui-même fait à » Platon, celle de trnvatifer sur les premières vérités essentielles,

• de les étendre, de chercher à les comprendre , de les sépa* I» rer de Terreur qui les obscurcit; enfin nous ne supprimons »,RIEN des opérations de la Raison humaine, absolument m RIEN, excepté d'être par elle-même et de son fonds prophète, » rivélateurp Messie, Verbe incamé. Voilà ce que nous refu* » sons à la Philosophie; qu'elle le dise nettement; ces quatre » qualités entrent<-elles dans sa définition, et faut-il recevoir » cette définition sans preuves? Tel est notre dernier mot, et » c'est aussi celui de toute la polémique entre TEglise et la » Philosophie {ibid. p. 459). d

Enfin, en 1849, dès le début de la discussion, dans un article intitulé : Quelques idées sur un cour» de philosophie eatha^ lique, nous disions :

» Et cependant conseillons-nous aux catholiques de rester » étrangers aux travaux et aux découvertes de Tesprit humain ? -» Doivent-ils excommunier la Philosophie et les philosophes? 3» A Dieu ne plaise» etc. (t. xi, p. 344). s>

» Après toutes ces explications , est-il juste de venir nous dire que la Civiltà est séparée de nous parce qu'elle reconnaît que la Philosophie peut découvrir beaucoup de vérités ? Vous voyez que nous l'avons dit nous-même, et bien avant vous.

n Et.pour en ûnir,en ce moment, nous ajouterons :La question, telle que nous l'avons posée, c'est^-à-dire de savoir» si l'esprit, humain a découvert ou inventé seul, les dogmes et la morcUe enseignés enphUosophie, est une question capitale; c'est

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layie ou la mort de la religion dite naturelle ^ que l'on oppose en ce moment à la religion révélée.

» Mais, discuter si Thomme possède une Raison; s'il doit se servir de cette Raisoii pour apprendre lui-^tnémé ou pour enseigner aux autres toutes choses; s'il est susceptible de Raisonnement; si cette Raison est ou n'est pas le moyen mis à sa disposition pour apprendre ; si c'est lui et non un autre qui pense^ qui raisonne^ qui approuve^ et autres questions que les pseudo^Traditionalistes sont venus nous foire^ et pour lesquelles ils se sont érigés en croisés fidèles^ nous diisons que ce sont là des puérilités, ou pour le moins des mutiliiés. Oui< suivant nous ^ ce ne sont pas des questions sérieuses. Et nou» nous étonnons de voir tant de prôtres laissant de côté les questions majeures et vraiment sérieuses que nous avons posées^ s'occuper ainsi de ces amusements dialectiques ^ d

C'est là ce que nous répondions a la Civiltà cattolica , qui^ comme nos abonnés le savent^ après nous avoir attaqué, n'a pas eu la loyauté d'insérier notre réponse. — Nous verrons ce qwe fera M. Brownson.

Nou« avons reproduit sa théorie sur la guerre pour avoiir occasion de lui dire que dans ce moment il doit être satisfait. 8a patrie est inondée du sang que fait couler la guerre civile. Nous doutons qu'elle en devienne plus morale.

Maisjlest temps d'attaquer la question qui concerne Vim^ puissance de la Raison. Par rapport à quoi la Raison est-elle impuissante? Est-ce par rapport à l'ordre naturel, ou par rapport à notre destinée naturelle, en supposant que nous ayons une destinée naturelle ? Nous ne saurions le prétendre. Nous savons , non par la Raison, mais aliunde, que nous ne sommes pas créés pour une destiné^ natu-^ relie , que nous sommes, par le fait, placés soqg une Providence surnaturelle, que nous sommes appelés à nm destinée surnaturelle. Mais le fait, que nous somn^es sou3 une Providence surnaturelle, ne détruit ni ne modifie nullement la juste proportion de nos facultés naturelles pour ce qui aurait été notre destinée naturelle, si nous avions été laissés

' Annales, t. viii, p. 375 ^4" série).

MO PHaOSOPHIB TRADlTIOimiSLLE

SOUS une Providence purement naturelle. Cette juste proportion doit exister^ car la parfaite conception d'une fin naturelle d'une créature est ce à quoi sa puissance et ses facultés naturelles sont adéquates , ou ce à quoi rhomme peut naturellement atteindre. La destinée naturelle reste possible^ car Dieu^ s'il l'avait voulu^ aurait pu nous créer et nous laisser dans cet état que les théologiens appellent de pure nature — status purœ naturm *- et la destinée naturelle^ comme fait^ est pour ainsi dire élevée au degré du surnaturel; les facultés naturelles adaptées à cette destinée ne sont pas plus détruites que la * nature humaîhe de Notre Seigneur n'a été anéantie par l'incarnation du Verbe, c'est-à-dire en prenant notre nature. Notre Seigneur était un homme parfait aussi bien qu'un Dieu parfait, et la nature humaine, sous la Providence surnaturelle, reste aussi complète et aussi entière en elle-même que si elle avait été sous une Providence purement naturelle. Comme tout Tordre naturel est présupposé par le surnaturel, et demeure aussi complet et aussi entier ^ue s'il n'y avait pas eu d'ordre surnaturel, la Raison doit avoir, par rapport à ce qui est purement naturel, tout le pouvoir nécessaire pour connaître et atteindre sa destinée naturelle^ ou pour arriver au bonheur naturel d'une créature du rang et du caractère de l'homme dans la pure nature. Le fait du surnaturel n'affecte donc pas le moins du monde la puissance naturelle d'aucune de nos facultés naturelles par rapport à Tordre naturel.

Observations de M. Bonnettv.

La théorie du naturel et du surnaturel a été plusieurs fois exposée dans les Annales dans des termes qui sont presque identiques à ceux de M. Browson K Voir en particulier les citations qu'elles ont faites des explications données par le concile de Périgueux à ces paroles : Vusage de ta raison précède la foi *. Nous ferons de plus observer que, même dans Tordre naturel , c*est Dieu qui a créé l'homme, qui Ta formé de ses mains, qui lui a parlé avant la chute, et qui, suivant la commune opinion, luiarévélé sa fin surnaturelle dès le commen-

* Voir en particulier la réponse à une lettre des élèves du séminaire de Langres^ t. m, p. 291 (4* série}, et ci-dessus, p. 386. ^ Annales^ t. xviii, p. 40T (4* série).

cément. M. Brownson passe toutes ces queslions sous silence; ce sont les Traditionalistes seuls qui les distinguent^ laissant à chaque ordre sa place propre.

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L'homme, par la chute^ n'a rien perdu de ce qui est essen* tiel à sa nature^ comme pure nature^ car l'Eglise a décidé que Dieu aurait pu créer Thomme au commencement tel qu'il naît maintenant^ car elle a condamné la 55* proposition de Baïus : Deu$ non potuisset ab initio tahm creare hominem, qualis nunc noicitur. Il perdit^ il est vrai, l'intégrité de sa nature^ aussi bien que la justice surnaturelle dans laquelle il avait été établi ; mais ce qui est entendu par l'intégrité de sa nature est un certain don ou une certaine qualité ^ qui^ sans élever l'homme au*dessus de Tordre de nature, est cependant indebitaj ou non due à la nature comme pure nature. La proposition contraire qui affirme que cela lui était dû , la 26* de fiaïus : Integritas primœ creationis non fuit indebita humanœ naiurœ exaliatio, sed naluralis $jm condition a été condamnée, et ne pourrait être soutenue. Certainement nous avons été blesséis par la chute, mais la blessure que nous avons reçue était dans la perte de la justice surnaturelle et dans le dépouillement de son intégrité, et ce n'est point une blessure dans noire nature elle-même comme pure nature; ni l'une ni Vautre de ces choses ne lui appartenait en tant que pure nature. Maintenant, comme l'on doit nécessairement en convenir, tout ce qui est nécessaire pour que la créature atteigne sa fin dans l'ordre dans lequel elle est créée, est dû à cette créature, et son Créateur ne saurait le lui refuser; ainsi Dieii n'aurait pu créer l'homme sans lui donner une Raison adéquate à sa fin dans l'ordre naturel ; et comme cette raison doit encore rester substantiellement la même sans changement, nous nions et nous devons nier l'impuissance, et soutenir la suffisance de la raison dans l'ordre naturel , c'est-à-dire sa suffisance pour nos besoins purement naturels. Saint Thomas, dans le passage le plus fort qu'il ait sur cette matière, fait cette concession, car il dit que Vélite de la race humaine peut connaître la loi naturelle sans le secours de la révélation , et il n'admet la nécessité de la révélation de la loi naturelle que

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pour les ignorants f ou pour en rendre la connaissance plus facile et plus prompte. C'est en principe la doctrine enseignée par Pelage par rapport à la grâce^ seulement Pelage commettait l'erreur capitale de l'appliquer à Tordre surnaturel^ ou à la régénération^ tandis que saint Thomas se borne à l'appliquer seulement à l'ordre naturel.

ObMrvations de M. Bofmetty.

Tout ce qui est dit ici sur le Baianisme ne touche pas même à la question présente.

Quant à saint Thomas, nous demandons à M. Brownson, si c*est seulement Yélitede la race humaine qui est douée de la Raison complète^ et, dans ce cas, que fait-il de ces ignoranU pour lesquels la Réirélation de la loi naturelle est nécessaire. Du moins il devrait conclure que le Traditionalisme est nécessaire [tonv la plus grande partie du genre humain. Vélitê $mle peut s'en passer; c'est la théorie des Rationalistes.

On peut soutenir l'impuissance de la Raison seulement par rapport à notre ordre sumatureli Aucun des Pères ou des grands docteurs de l'Eglise n'a jamais prétendu qu'elle fût impuissante ou insuffisante sous quelque autre rapport. A l'é^ poque où nous nous sentions entraînés vers je ne sais quel vague TradHionalisme, nous entreprimes, dans un des derniers volumes de cette Bévue, de prouver que la Raison est insuf^ santé par elle-même, et qu'elle est inadéquate aux besoins de la raison; mais nous nous trouvâmes bientôt arrêté, et dans l'impuissance d'aller en avant, sans heurter de front quelque décision de l'Église ; et après un nouvel examen et une étude plus approfondie des écrits des Pères et des théologiens , nous nous convainquîmes qu'ils n'admettaient pas l'insuffisance de laRaison, comme nous Tarions supposé, dans son ordre propre, mais seulement dans Tordre surnaturel. L'homme, par la rai* son, ne saurait accomplir ou atteindre sa destinée surnaturelle, et si elle est un guide inadéquat daus noire étal présent, comme nous sommes prêts à accorder qu'elle Test, ce n'est pas parce que la liaison naturelle eçt. inadéquate aux besoins de la raison naturelle; mais parce que l'homme^ dans soa état présent, n'est pas restreint dam ses besoins à l'ordre pure^

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ment naturel. Dans toutes les nations, dans tous les figes, dans tous les temps > chez tous les hommes, nous trouvons des traces de taprimitiveBénilationBumahirelle, Quoique cette révélation ait pu être obscurcie, mutilée, travestie, elle n'a jamais été entièrement perdue, et même, chez le sauvage le plus dégradé> nous trouvons des conceptions qui sont au-dessus du naturel,--* preuve irréfragable de ce fait> que la race humaine a reçu au commencement, du Créateur, um Bévélation et des connaiMonoee âwnaturelles. Cet élément surnaturel , qui entre sous quelque forme et dans une certaine étendue dans la vie actuelle de la race humaine, puis(|ue l'on trouve qu'il est commun à tous les hommes, est souvent confondu avec la nature, et c'est sur lui que sont fondées quelques théories^ modernes, — quelquefois avec une disposition favorable, quelquefois avec une disposition hostile à la religion, — dans Tintention de prouver que toutes les religions et toutes les superstitions ont une origine commune, et sont la production spontanée de la nature humaine, le résultat des efforts spontanés de l'homme pour donner issue à ce qui s'est passé dans son intérieur. Par rapport à cette classe de conceptions, de convictions, de croyances ou réminiscences, la Raison est indubitablement impuissante, et en les confondant avec la nature, nous arrivons aisément à cette conclusion, que la Raison est insuffisante pour la raison dans son ordre propre. C'est l'erreur commune des luthériens, des calvinistes et jansénistes, de Baïus , de Jansénius, de Pascal, et même du savant Huet, évêque d'Avranches. C'est cette erreur qui gâte les raisonnements de la plupart de nos ouvrages en faveur de Ihdémonstrationévangéliqus, des catholiques comme des non-catholiques.

ObservatiODS de M. Bonnetty.

Nous prenons note ici des principes posés par M. Brownson, sur l'universalité des traces de la Révélation primitive. C'est une des premières bases du Traditionalisme et nous pouvons dire que les Annales, seules, en ont recherché les preuves et les ont consignées dans leurs pages. Nous sommes aussi d'accord avec M. Browson quand il dit que la Raison est suffisante pour son ordre propre; seulement nous lui reprochons de ne pas essayer même de définir quel est cet ordre propre. Les Anna-

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les l'ont défini; comme nous Tavons déjà tq. Elles disent : la Raison humaine n'a pas invmêé ce que Fkomme est obligé de croire et de pratiquer; par conséquent dogmes et inarah oftiigaUrires , Toilà ce qu'elle a reçu du Créateur; pour tout le resle^ c'est son domaine.

Dans un prochain cahier nous donnerons la 2* partie do travail de M. Brownson, où malheureusement nous le verrons se rapprocher de Tabbé Gioberii et d'autres auteurs condamnéS; en établissant son système de Fintuition directe H immédiaie.

Brownson. â. Bonnbtty.

Traduit par M. rabbé Blanc.

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