PREUVES QUE MARGUERITE D'ANGOULÉME
Sœur de François P% 'Br*£ST PAS nORTE PROTEST ARTTi:.
Les Annales ont déjà donné de nombreuses preuves des rectifications qu'une élude plus consciencieuse de Thistoire amène tous les jours en faveur de l'Eglise. Il y a peu de livres^ pourvu qu'ils soient faits avec impartialité^ et en remontant aux sources^ qui ne nous fassent connaître quelque circonstance^ quelque document nouveau^ qui ne viennent combler une lacune^ éclaircir un fait obscur, démentir un témoignage calomnieux.
Nous en avons une nouvelle preuve dans un charmant volume que vient de publier M. le comte de Laferrière-Percy; ayant pour titre :
Margtwrite d'Angouïéme, sœur de François /•'; son livre de dépenses; 1540-1549 , étude sur ses dernières années ^
Gomme on le voit dans ce titre^ la partie la plus neuve de ce volume consiste dans la découverte du livre de ses dépenses, tenu sous ses ordres, par Jehan de Frotté, son secrétaire et Contrôleur général des dépenses. Ce livre conservé dans la famille a été communiqué à M. deLaferrière par M. le marquis de Frotté^ Tun des descendants en ligne directe du secrétaire de Marguerite. Ceux qui étudient l'histoire de France trouveront dans ce livre des détails nouveaux et très-curieux sur la plupart des personnages qui ont figuré dans les affaires civiles ou religieuses. On y verra surtout avec profit, le grand intérêt que Marguerite^ lettrée elle-même, portait aux hommes de lettres. Pour le plan et le but des Annales , nous publions ici le récit de ses derniers moments, où se trouvent les preuves les plus démonstratives que Marguerite n'a vécu ni n'est morte protestante, comme quelques auteurs l'ont avancé. C'est une page à rectifier dans les histoires de l'Eglise de cette époque. A. B.
I Vol. in-12 de tiu, 236 p.^Paris, chez Anbry, me Dauphine, 16 ; prix : 8 fr.
466 rBBOvn Que iIargubhitk d'a^goulémë
« Nous touchons au 31 août 1549. Ce jour-là, Marguerite sigoe un dernier ordre : elle &it remettre à madame d'Orson- YÎlliers un supplément de trente livres pour les-étrennes du rpl dé Navarre, puis le livre de Dépense se referme sur cette dernière pensée pour celui auquel elle avait engagé sa vie K
D Depuis quelques mois sa santé ^lait s'affaibliasant. Un songe lui révéla le danger de sa position. Gomme elle dormait, une très-belle femme lui apparut ; elle tenait à la maio une couronne de fleurs, et la lui montrant : « Bientôt sera » vôtre^ » murmurait-elle. Celle couronne ne pouvait être que celle réservée aux élus; Marguerite le comprit ainsi, elle y vit raverlissement de sa mort prochaine.
» Dès ce moment 1a vie mondaine cesse pour* elle; elle abandonne l'administration de ses biens au roi de Navarre; elle renonœ à ses occupations domestiques; elle ne veut plus entendre parler des affaires de personne. Ses pensées sont ailleurs, elles se tournent toutes du côté du ciel. Nous ne pouvons admettre ce que dit Brantôme des appréhensions exagérées qu'elle eut de la mort; sa vie entière le dément. Dès ses jeunes années, au moment qù l'avenir s'ouvrait devant elle avec tes promesses les plus riantes, elle se familiarisait déjà avec l'idée de la mort. Seigneur, s'écriait-elle :
Seigneur/quand viendra le jour
Tant désiré Qaeje serai par amour
A TOUS tiré; .
€e Jour d«i aopcest Seigneur,
Me tarde tant!
Que de nul I>ien ni honneur
Ne suis content.
Essuyez des tristes yeux
Le long gémir, Bt me donnet pour le mieux
Un doux dormir '.
9 A chaque page de ses poésies spirituelles , cette pensée revient. La mort, c'^t a le vrai dormir, c'est le très-doui » sommeiller ^« » Jusqu'à la fin> elle l'envisage avec calme et
> Registre dé JOun de Frotié,
^ Let Marguerites de la Marguerite, édit. de J. détournes, p. 513.
^ Manuscrit de l'Arsenal, n* 108.
n'est pas morte PROTBSTAilTE. 467
résignation* Dans les moments de Irêve que lui laisse sa douloureuse maladie^^ elle écFiyait d'une main affaiblie :
Je cherche auItaDt la croix et la désire Gomme aultrefoys je Vay voulu fuir :
Je cherche aultant par tourment d'en jouir Comme aultrefois j'ay craint son dur martyre ; Car cette croli mon âme à nieu attire t G^est le chemin très seur pour Faller Yoir, Par quoy les biens qu'au monde puis avoir Quitter je veux, la croix me doibt suf&re K
» Elle accepte ses souffrances comme Tannonce de la délivrance ^, et quand elle de^iande que le moment en i^oit hâté^ son fidèle Frotté est là pour lui répondre :
Fault demourer quoique vos maux vous crient ^.
» Une imprudence avança ses jours. Elle était venue habiter sa maison d'Odos en Bigorre. Une comète se' montrait alors, elle voulut lavoir; le froid la prit, et la bouche lui vint un pei; de travers. Son médecin, M* Scuronis, qui se trouvait auprès d'elle, la. fit retirer et mettre au lit *. La gravité ^u mal ne parut pas tout d'abord; les médecins ne pouvaient croire à une si prochaîne catastrophe ; elle-même espérait et faisait partager sa confiance à tous ceux qui l'entouraient ^. A l'heure du danger son courage ne faiblit pas, elle eut des paroles d'encouragement pour tous ses serviteurs qui fondaient en larmes. Un cordelier, frère Gilles Caillau, l'assista dans ses derniers moments et lui administra l'extrême-onction ^. Elle protesta « qu'elle ne s^était jamais séparée de TEglisa caiho-
^ Bibliothèque impér., suppl, franc., n» 2286, fol. 119. 2 i&td, tupp, ffonç., dlxain adressé à Frotté, fol. 118.
3 ma.
* V. Brantôme.
^ Quam mofbus fuerit gravis,
Que vextta fait Margaris» axitus \ Ostendit oatls omnibus,
Atqui nec medicis (sint licet optimi).
Morç hœc nota fuit prlus.
Nec se crediderat tam brevlter mori, Verum se incolumem suis Regina impavide pectore dixerat*
(Oraison funèbre. Épitaphe par Pmn Mwrtel^ p. Ut.)
* Frère Louis Cailktu^ religieux de Tordre de Saint-François, fut envoyé par Marguerite, en 1546, vers l'abbé de Gimout {Begittre et Jehan di Frefttf).