‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 16 sur 149 · DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES JUIFS · texte numérisé non relu

DANS LEURS RAPPORTS AVEC LES JUIFS

» sulat^ avait défendu^ sous les peines les plus sévères^ de » transporter de For. Il y a de la sagesse à rompre le cours » d'une superstition barbare; il y a de la fermeté à braver ft pour le bien de la république^ cette multitude de Juifs, dé » caractères turbulents, qui troublent quelquefois nos assem* » bUes*. »

Lelius avait sans doute fait valoir la conduite de Pompée à regard des Juifs. Gicéron lui répond eu convenant du fait^t en le louant.

« Mais, dit-on, Pompée, vainqueur et mattre de Jérusalem, « n'a touché à rien dans le temple. C/est de sa part, entre » mille autres, un trait de sagesse, de n'avoir point donné t> lieu aux discours de la calomiiie dans une ville aussi soup- » çonneuse que la nôtre et aussi médisante. Car, je crois, ce » n'est pas la religion des Juifs, d'un peuple ennemi, mais sa » propre modération qui a retenu cet illustre général ^. »

Il faut ensuite que Lelius eût fait l'éloge de la religion des Juifs; car Gicéron lui fait la réponse suivante, curieuse en ce qu'elle nous donne la pensée de Gicéron sur la religion véritable. On remar(|uera qu'il n'y a aucun reproche, aucune accusation ; seulement on y voit une indifférence complète, et ce mot répété encore de nos jours par tous les dissidents :

' Sequitur auri illa inTidia Jadaici. Hoc nimlrum est iUnd, quod non longie a gradibus Aureliis hœc causa dicitur : ob hoc crtmeo hiclocus abs te, LffiU, atque illa turba qussita est. Scis , quanta sit manus, quanta concordia, quantum valeat in concionibus. Summissa voce agam, tantum ut judices audiant. Neqùe enim desunt, qui istos in me, atque in optimum quemque incitent : quos ego^ que id facilius faciant, non adjuvabo. Gum aurum, Judœonim nomine, quotannis ex jitalia, et ex omnibus provinciis Hierosolyma exportari soleret, Flacons sanxit edieto, ne ex Asia exportari liceret. Quis est, judices, qui boc non vere laudare possit?. Exportari aurum non oportere, cum saepe antea senatus, tum, me consule, gravissime judicavit. Huic auteœ barbarae superstitioni resistere, seyeritatis : muititu^linem Judseorum, flagrantem nonnunquam in concionibus, pro republica contemnere, grayltatis Bummœ fuit (Cteero, prô Flaceo, n.2S).

' At Gn. Pompeius, captis Hierosolymis, yictor ex illo fano nlhil attigit. In primis boc, ut multa alla, sapienter, quod in tam suspiciosa ac maledlca civitate locum sermoni obtrectatonim non reliquit. Non enim, credo, religionem et Judaeorum, et hostium, impedimento prœstantissimo imperatori, sed pudorem, fuisse. [îbid.)

28 LES nOMAlKS ONT CONNU LES T&ADITIOKS BIBLIQUES.

c'est que chacun doit conserver la religion qu'il a eue par le hasard delà naissance.

a Chaque ville a son culte^ Lelius ; nous avons le nôtre. » Lorsque les Juifs étaient en paix avec nous, et Jérusalem flo- » rissante^ nous trouvions cependant les cérémonies de leurs » sacrifices trop peu dignes de la majesté de notre Empire, de » la splendeur de notre nom^ trop contraires aux usages de » nos ancêtres ; elles le sont encore plus à présent que cette » nation a fait connaître, en prenant les armes contre, nous, » ses sentiments pour notre république K »

Il faut enfin que Lelius eût parlé de la protection particulière que le Dieu des Juifs accordait à ce peuple, puisque Cicéron lui répond ironiquement :

« Quant à la manière dont cette nation est chérie des Dieux V immortelle, nous en avons la preuve en ce que, en ce mo- » ment, elle est vaincue, dispersée et esclave^. »

Qui pourra assurer que, à cette occasion, Cicéron qui soigna si fort cette cause, n'avait pas étudié quelque peu cette religion juive contre laquelle il lui était si avantageux de plaider s'il avait trouvé qu'elle pût prêter à ses critiques?

On ne saurait avoir un témoignage plus authentique de l'influence des Juifs à Rome même, et quand on connaît leur ardent prosélytisme, on conviendra que leur religion et surtout leur aUente d'un Libérateur et d'un Messie, devait être connue du i^uple et des gens instruits.

Dans un second article, nous donnerons des preuves nouvelles de l'influence des Juifs sur les croyances et les affaires des Romains.

A. BONNETTY.

' Sua cuique civltaU religio, Lœli, e8t;nostra nobis. Stantibus Hierosolymis, pacatisque Judœis, tamen istorum religio sacrorum a pplendore hujus Imperii, gravitate nominls nostri, majorum insUlutis, al)horrebat ; nanc vero boe magis, quod illa gens, quld de Imperio nosUx) sentiret, ostendit armis. (Ihid.)

2 Quam cara Diis immortalibus esset, docuit, quod est victa, quod elocata, quod servAr (Ibid,)

D^/^OUYEETES ALLEMANDES EN ORIENT, TRAVAUX RE.ritUGSCII. 29

^xaiitiom ptmitms.

COMPTE RENDU

Page 1