‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 17 sur 149 · Observations préliminaires · texte numérisé non relu

Observations préliminaires

Parmi les sources maintenant ouvertes des connaissances à acquérir sur le monde nouveau et véritablement immense, par son importance et son étendue, que les études orientales ont donné à l'Europe depuis un demi-siècle, il en est qui, d'assez modeste apparence, ne sont peut-être pas les moins fécondes pour la propagation des connaissances sérieuses : ce sont les Aemes spéciales destinées à reproduire les découvertes {ournalieras, dans les divers ordres de faits qui se rattachent à ces grandes et difficiles matières. Outre que les grands ouvrages sont souvent, à cause de leur prix, peu accessibles à beaucoup de sincères amis de la science, les plus favorisésde ceux-^ci doii^ent se borner à Tétude des plus importants ou de ceux qui tiennent au filon qu'ils ont choisi. Or , dans une science qui se fait, il semble qu'il faille tout connaître, et que, pour rappeler le sens vrai d'un axiome philosophi(|ue dont on a bien abusé dans l'école de Bacon, la synthèse, n'est légitime qu'en présence d'une analyse suffisamment étendue. D'autre part ces études sont assez avancées pour démontrer que les différentes branches des antiquités orientales sont souvent solidaires entre elles. On ne peut plus croire aujourd'hui que l'Egypte soit restée pendant viugt siècles dans un perpétuel isolement. On ne nierait pas que les Sémites et les Chamites de TAsie antérieure se sont profondément pénétrés sur plusieurs points; et nulle part on n'a la pensée de mettre en doute que ks populations Aryennes aient étendu leur action, leurs

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croyances, leurs mœurs chez des populations plus anciennement fixées sur le théâtre de leur histoire^ et Paient portée jusque sur les limites du monde orientalet du monde occidental. Les Hellènes f les Perses leurs rivaux acharnés^ et les populations pour eux toutes mythologiques qui vivaient au delà de l'Indus ne peuvent plus se séparer dans l'histoire de leurs origines ou rinterprétation de leurs anciennes croyances. Or, le mode de publication dont je parlais tout à Theure est éminemment propre à amener cette diffusion de connaissances^ à la fois générales et précises^ qui aide les savants dans leurs investigations, en les tenant au courant de la marche parallèle d'études diverses et solidaires; il peut aussi faire participer le public instruit à des études dont les résultats principaux semblent aujourd'hui sur le point de devenir le complément indispensable d'une éducation vraiment sérieuse.

Les Annales de philosophie chrétienne «remplissent depuis longtemps ce rôle et le partagent, auprès du public français, avec d'autres recueils ; mais il est utile peut-être qu'elles ne se bornent pas à faire connaître les grands travaux ou les grands résultats ; elles peuvent aussi servir d'interprètes chez BOUS aux Remues étrangères, surtout à celles des contrées où ces travaux ont trouvé jusqu'ici le plus d'auxiliaires et d'adeptes. M. le Directeur m'autorise à débuter aujourd'hui dans cet ordre de travaux pour le Zeiticharift der deiUschen Morgenlandischen GeselUchaft (Journal de la société orientale allemande), par l'analyse de ses livraisons de l'année 1860 (xiv* volume de la collection).

2, — Dernier voyage de M. Bragsch en Egypte.

(i'est d'abord* pour suivre autant que possible l'ordre chronologique, une lettre de M. Brugsch sur les résultats de son voyage en Egypte, dans l'hiver de 1857 à i858, dont j'ai à résumer les indications. D'intéressants résultats, véritables eonquêtes scientifiques de ce voyage, se trouvent reproduites, il est vrai, dans le 3* volume de sa Géographie des anciens Egyptiens, mais Fensemble en est indiqué ici dans un petit nombre de pages et accompagné d'une étude spéciale dont je devrai dire quelques mots.

TRAVAUX DE BRUGSGH. 31

L'auteur débute par le compte-rendu sommaire de sa visite au Musée de Vienne^ où une stèle lui a offert le nom de la a Mère royale^ » Chu chet Mu, qu'il avait déjà trouvé sur un scarabée, en rapport avec le nom de Set^ekhopt ^ Dans la disette assez grande où nous sommes de documents sur la 1 3* dynastie, j'ai cru qu*il n'était pas indifférent de noter ce tait^ dont quelque lecteur pourrait tirer profit à Toccasion. La même stèle donne le nom de fUs royal à un particulier, fils d'un prêtre , soit que cette famille se rattachât originairement à la maison régnante, soit qu'il s'agtt d'un simple titre honorifique, analogue à celui de mrfywti^ de l'époque ptolémaïque*.

Le 46 novembre 1857, le voyageur arrive à Alexandrie, et le 17 il est au Caire, près de M. Mariette, qui l^attendait pour diriger, en sa présence, les premiers de ces magnifiques travaux, qui ont déjà renouvelé sur tant de points les études égyptiennes. Après quelques excursions aux environs de Mempbis, il part le 25 pour le théâtre des fouilles qui devaient précéder le voyage du prince Napoléon. Le Î8, on rencontre les fameuses grottes de Beni-Hassan, et l'on visite le Speos-Artemidos des Grecs, c'est-à-dire le temple-caverne de la déesse Patch, àlatête de lion, temple qui porte les cartouches de Thoutmès III et de Séti I : M. Mariette donne là des ordres pour de nouvelles fouilles. — Le 29, l'auteur découvre à Ossicmt ou Syout (l'ancienne Lycopolis), dans une grotte sacrée, remontant à la 12« dynastie, de remarquables données astronomiques, déterminant, dit-il, /e commencement et la fin de Vannée égyptienne (p. 4). M. Brugsch n'entre ici dans aucun détail; mais, s'il était permis de conclure de ces paroles que l'on doive se flatter de déterminer le rapport de l'année vagv^ à Tannée réelhy pour une époque antérieure à l'arrivée des Pasteurs, on ne saurait trop hâter de ses vœux la publication d'une découverte qui pourrait rendre dix siècles de plus à cette chronologie rigou-

' Page 1 du Zeitschrift* C'est la stèle 6* de la collection.

* V. LetroDne ; Recherches pour servir à l'histoire de V Egypte, 2' parUe, ch. 2-3. Id. Recueil d'inscr., n*' 67, 62, 70, 72-3, 75, 79, 84, 92, 100, et Pap. Tawrin.y i, v, etc.

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reusement scientifique^ dont les limites sont aujourdiiui en Egypte si loin d'atteindre celles de liiistoire.

Enfin les deux voyageurs arrivent au terrain d'Abydos^ où étdient occupés plusieurs centaines d'ouvriers. Lemonumentle plus important à étudier sur ce point était^ ce semble, le temple consacré à Osiris et à sa triade par Séli /, le chef de la dQ" dynastie (p. o). Une cbaoïbre au S.-O. était déjà dégagée et présentait de belles figures^ accompagnées d'inscriptions ; malbeureusement les voûtes du reste de l'édifice étaient lésardées et inspiraient des craintes d'éboulement^ si l'on enlevait le sable qui remplissait l'intérieur du temple.

Cependant une des salles que l'auteur put examiner lui présenta un monument d'un intérêt tout spécial : c'était une liste complète, et de grande im(>ortance à cause de son ancienneté, des nomes ou provinces de l'Egypte au temps de Séti /•% liste dont Tauteur a publié un extrait dans le troisième volume de sa Géographie des anciens Egyptiens (planche li). On y trouve encore la liste des nomes et des villes du Sud, découverte auss par M. Brugschioutiives de là, dans les ruines du temple consacré par Ramsès II, fils de Séti, aux divinités d'Abydos, et qui comble une lacune d'Ëlephantine à Panopolis dans les listes antérieurement connues. — Le 5 décembre, départ pour ThcbeSy et arrivée dans la soirée du même jour.

Là, ils trouvent à Karnak une figure i'Amenophis /F, en Ammon (p. 6 et 7), que je cite parce que les monuments de ce prince sont assez rares. Je cite, pour le môme motif, une inscription de l'ai^Ho/Ais //(22« dynastie), déjà publiée, mais avec quelques erreurs de copiste. Elle se trouvait sur le mur oriental du temple de Tboutmès 111, et fut destinée par M. Mariette à la collection du prince Napoléon ; la liste de Ramsès avait été gracieusement ofi'erte au musée de Berlin.

Dans la vallée des Tombeaux (Biban et Molouk), on a trouvé un temple d'Halhor, commencé par Thoulmès II, puis continué par la régente Ramaka et par Thouimès III {de la i8« dynastie) (pag. 7 et 8). Ici encore l'image de cette reine présente la singularité bizarre d'une femme barbue, destinée, selon ChampoUion (p. 9)^ à maintenir le principe de la sou-

» Vf p. 5 du ^eitschrift^ et p. i JO du 3* volume de In Géographie,

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