‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 20 sur 149 · InscriptioBs phénicienneB · texte numérisé non relu

InscriptioBs phénicienneB

Sous le nom à'Anakctes phéniciennes, M. le docteur Blau a publié et analysé, dans le même volume, deux inscriptions

* V. dans les Annales mes articles de sept, et oct. 1859, t. xx, p. 165 et 271. ^ Diod., 1, eh. 53.

V SÉRIE. TOME V. — N» 25; 1862. (64* toi. de la colL) 3

9S DÉC0IJYK1ITS8 ALLKUANNS KN ORIENT.

auxquelleft on accordera une certaine importance^ si Voa considère combien il reste à faire dans l'étude des antiquités de cette nation. La première, trouvée à Malte, et dont M- Blau donne le texte, la transcription en caractères hébreux et la traduction allemande, constate que la communauté des Gau- Hte$y c'est-à-dire des habitants de l'île de Gozzo, a contribué pour un tiers à reconstruire le sanctuaire du temple de Sadambaai, pour la moitié à celui d'Astarté, et a relevé celui d'Hathor. Suivent les noms et ascendants de l'administrateur do temple et de celui qui présentait les offrandes (page 6S0). La présence simultanée et distincte d'Astarté et d'Haihar K dans la présente inscription^ me semble indiquer, non pas sans doute la date du monument, mais une époque relative dans rhistoire de la mythologie, celle où la divinité égyptienne est adorée par des Phéniciens, qui n'ont plus une foi exclusive dans leurs divinités nationales, mais ou ils ne songent pas encore à la confondre avec Astarliy en pratiquant ce syncrétisme qui marque la transformation radicale et la décadence complète des cultes païens, syncrétisme qui ne semblerait pas trop difficile à établir entre ces deux divinités K Or, selon M. Blau, le caractère paléographique de l'inscription indique l'époque de la deuxième guerre punique. Sadambaal ou Salambas était aussi une déesse qui, d'après VEtymotogicum Magnvm cité par l'auteur de-l'article, se promenait en pieurant Adonis (page 650). M. Blau rapproche cette fable de celle d'/sia cherchant OsiriSy et ici le syncrétisme ultérieur des deux mythes est d'autant plus vraisemblable qu'une autre inscription, sans parler de la numismatique, nous apprend que le culte d'Osiris fut célébré à Malte (ibid.) ; on n'oubliei*a pas non plus que, dans le traité d'Isis et d'Osiris attribué à Piutarque, c'est en Phénicie (à Byblos) qu'lsis séjourne pen-

* Le mot n2 ayant déjà été deux fois éctit dans les lignes précédentes, le 3 qui précède ici le nom de TSf est sans doute, comme le dit M. Blau, une abréYlation, et le nom de la déesse égyptienne doit se lire à la suite.

* V. dans le Mémoire de M. Lajard, sur le bas-relief raithriaque de Vienne (Itère), ses ebeervations sur Hathor et Astarté, assimilées à Vénus {Mém. de CAe. de* Inscr,, t. xv). M. Blau (p. 6â2i dit que Héra-Astarté avait un temple à Malte.

llfSCRIPTlONS PHÊNIGIKRNES. 39

dant son deuil ^ L'étymologie du nom de Sadambêal ottv^ à M* Blau ^occasion d'exposer de curieux rapports avec celle d'autres noms mythologiques de la même contrée, dans les^ quels figure aussi le nom de Baal dieu suprême des Phéni*' ciefis ^ et qui signifiaient face de Boal^ MolGChrBtl, Révéla-- (tofi de Bel ou Ange de Baal, ou enfln^ comme celui qui non» occupe» Imûge de BaeU. Dans cette origine commune, nous surprenons, en quelque sorte, la transformation accomplie, durant le cours des vieux âges, d'un attribut divin en dîvi^ nité spéciale de ce polythéisme vers lequel inclinaient l'esprit grossier, le cœur allourdi des peuples préoccupés de passions matérialistes. Le nom de Baah-SchUltà figure une fois et celui de Baal-Aschmoun deux fois dans les listes de noms qui sui* vent. On se rappelle que le roi dont le sarcophage a été trouvé il y a peu d'années portait le nom ù'Aschmoun-Azar.

L'autre document, dont la Revue n'a pu donner le facsimile, parce que l'original en est aujourd'hui perdu et qu'il n'en existe pas de copie irréprochable, n'est pas non plus de provenance phénicienne proprement dite : on l'a trouvé dans la nécropole de Ciiium en Chypre, Il a quelque importance historique, parce qu'il corrobore ou complète, sur un fait assez curieux et peu connu le témoignage de Diodore et d'Isocrate : c'est la réunion temporaire en un seul état de Tyr et de sa colonie Cypriote , au 4* siècle avant Jésus-Christ ; le siège de celte petite monarchie se trouvant établi dans l'ile* Cette inscription est surtout précieuse pour la paléographie, si les caractères, auxquels elle donne une date précise (379), sont passablement reproduits dans les copies existantes.

lie personnage qu'elle rappelle est nommé « Itany roi de » Citium et de Tyr, roi de Lapethos, roi des Grecs de Citium » et de Tyr, roi de Hamat ; >» il avait régné 37 ans quand il ordonna de construire son sépulcre ^. Or M. Blau fait observer qu'Âbdemon, fondateur de cette double domination sur le continent et dans l'île, régna de 427 à 366. Alors Evagoras, roi de Salamine, s'empara de plusieurs villes insulaires

^ bit et OsiriSy ch. xt, 6.

' V. Hœfer, P/»^tcte, p. 65.

' V. la traduction de rinacr., p. 656.

40 DËC0UYBHTE8 ALLEU ANIMES EN ORIENT.

et même de Tyr; mais Citium^ avec Amatbonte et Soli^ resta liée à la cause des Perses. En 382 seulement, Evagoras s'en empara ; deux ans plus tard il fit la paix et renonça à ses conquêtes^ pour mourir en 375. Le royaume de Citium et de Tyr, comprenant aussi Amatbonte et Lapethos, peut-être la même que Soli (page 659), était donc rétabli en 379, c'est-à-dire juste 37 ans après l'inauguration du successeur d'Abdemon, et cet état de cboses ne subsista pas longtemps désormais (page 657). La présence des Grecs à Citium et à Tyr, prévient d'ailleurs la pensée qu'il s'agisse d'un royaume antérieur à la domination des Perses. L'épitaphe ne contient, ayec les titres du roi et la date du monument, que le vœu d'un i^pos durable auprès du temple de sa dame Astarté.

Félix Robiou,

Profeasear agrégé d'histoire.

L'RONOVBR, le VEimE CRÉATEUR DE Z0R0A8TRE. 4i

Page 1