‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 21 sur 149 · L'HONOVER, LE VERBE CRÉATEUR DE Z0R0A8TRE · texte numérisé non relu

L'HONOVER, LE VERBE CRÉATEUR DE Z0R0A8TRE

Parmi les différentes croyances religieuses de TAsie, il en est peu qui mérilent l'intérêt de rhislorîen à un degré plus élevé que le dogme de Zoroaslre. C'était le culte antique de la Perse au temps de sa splendeur et nous ne saurions oublier que^ les peuples classiques et les Juifs exceptés, Thistoire d'aucun peuple de l'antiquité ne nous a plus occupés dès notre enfance que la nation des Gvrus et des Darius, à cause même des relations qu'elle eut avec les Grecs et les Hébreux. Cet intérêt s'accroît si, à ces questions d'histoire ancienne, se joint celle de l'actualité, caria religion des Perses, bien que faiblement représentée par les populations parsies de la Perse et de l'Inde, est également la seule des antiques croyances de l'Asie occidentale qui soit encore vivante aujourd'hui; et ses sectaleurs, de tous les Orientaux, non monothéistes, sont le plus portés à reconnaître la supériorité de la civilisation européenne.

J'ai dit de toutes les religions non-monothéistes; c'est pour m'élever justement contre la tendance qui voudrait reconnaître dans l'ancienne croyance de Zoroaslre les caractères de l'adoration d'un seul Dieu ; car je crois pouvoir montrer que la doctrine du grand prophète bactrien n'a jamais eu ce caractère, quoique parmi touties les religions de l'antiquité, le Zoroastrisme soit celle qui se rapproche le plus de la croyance à un seul Dieu. Ce fait a [»ermis aux penseurs Parsis depuis les temps du néoplatonisme , de se modeler sur les religions du monothéisme, et si aujourd'hui dans les livres des Parsis* on proclame l'existence d'un seul Dieu, ce progrès est dû à l'influence des sectes orientales du Christianisme d'abord, et ensuite aux doctrines musulmanes. Si aujourd'hui on lit en tête des livres zends la phrase parsie : fa nâm i yazdan

' On peat en Juger, dans le Pend nameh du Molah Firouz, édité par M. La* touche.

42 RBLIGIOH PEftSAKE.

dâdgar, ou en persan Be nâm-i-ized dadger : au nom de Dieu juste, nous n'y voyons autre chose qu'une imitation de la phrase arabe : au nom de Dieu clément et miséricordieux, et cetle phrase monothéiste contraste singulièrement avec les idées contenues dans les livres zends^ où ce même terme se retrouve comme expression des dieux inférieurs.

Mais le contenu de ces textes est- il bien connu et surtout bien compris des derniers disciples de Zoroastre? On sait cpi'ils prononcent leurs prières en zend sans comprendre un seul mot de leurs invocations. La langue sacrée est perdue, et dans beaucoup de cas, on rencontre pour la reconstruire des difficultés plus grandes que celles qui peuvent entraver l'interprétation des inscriptions Assyriennes. Les Guèbres distingués le savent^ et en 1859 un jeune parsi très-intelligent vint à Paris^ pour étudier le sens des prières que personne ne pouvait lui expliquer dans son propre pays. C'est l'auteur de ces pages qui a eu le bonheur, préparé qu'il était par les ouvrages et l'enseignement de notre regretté maître Eugène Burnouf, de pouvoir l'initier dans la connaissance de sa langue sacrée. Le voile qui recouvre encore le sens çle beaucoup de ces textes^ ne sera levé que par l'application des principes de la philologie tomparée.

Cet idiome qu'on appelle d'un nom impropre le zend, devrait porter celui de bactrien. Il appartient à la grande famille Indo-européenne, et est le représentant le plus antique de la branche Iranienne; il a dans sa grammaire, moins déjà dans le lexique, une grande analogie avec le perse, ou langue des Perses, laquelle est la mère du parsi et du persan moderne. Le zend se rapproche beaucoup du sanscrit védique et du grec, aussi du latin, du lithuanien et du gotb. C'est àVaide du sanscrit, et du persan surtout qu'on contrôle la réalité de l'interprétation traditionnelle que fournissent les traditions que les Guèbres de nos jours piésentent. Car déjà du temps des Sassanides (226-651 après J.-C.) qui rétablirent l'ancienne croyance de Zoroastre, on traduisit les livres zends en pehlevi, langue mélangée d'éléments ariens et sémitiques; et cet idiome, aujourd'hui perdu, a servi pour base aux traductions sanscrites de Nériosengh, qui a permis à Burnouf et à ses successeursd'en-

l'HONOVER^ LB V8RBE CUfeàTBUB DE Z0R0A6TRE. 43

treprendre les premici^ une interprétation des restes des livres de Zoroastre. Burnonf et le savant professeur d'Erlan** gén, M. Spiegel, ont pour principe^ de suivre la tradition le plus scrupuleusement possible; un autre érudit^ M. Haug> veut presque complètement abandonner cette ressource (}ue nous offrent les Parsis mêmes. Je me range plutôt de Tavis de rémînent auteur du Comfnentaire sur le Yaçffia, car en matière religieuse il est dangereux de négliger la tradition qui souvent est la seul moyen de propager d'anciennes idées; néau'moÎQs^ il est d^ cas où la science oe peut accepter les données transmises par les Guèbres qu'avec une extrême réserve.

On sait que nous devons la connaissance des livres sacrés de riran au courage d'Anquetil du Perron; il parvint au péril de sa vie à rapporter de l'Inde ces précieux manuscrits et il en publia la première traduction qui ait paru dans une langue européenne. Cette traduction était écrite sous la dictée des prêtres parsis; elle renferme des erreurs^ je n'bésite pas à le dire dès le début. Et quelles que soient les erreurs que je pourrai signaler dans cette première version^ je le ferai avec l'indépendance que l'on doit avoir pour juger les œuvres de ses devanciers^ mais avec le respect que méritent le sentiment profond des difficultés qu'ils ont eu à vaincre, du talent dont ils ont fait preuve et de la bonne foi qui a présidé à leurs re« cherches. Notre science encore imparfaite sans doute doit acce|N ter avec reconnaissance ces premières données qui nous ont misa même d'exercer notre sagacité philologique, et ces erreurs mêmes nousdoivent apprendre à accorder une indulgence, que nous serons peut-être heureux de réclamer un jour pour nos propres œuvres. Du reste, rien n'a été épargné au courage d'Anquetil, ni les périls d'une entreprise sans précédents, ni les ingratitudes des siens, ni les calomnies d'une rivalité envieuse.

Mais, au moins, cette apparente ingratitude a noblement vengé Anquetil des attaques des Anglais qui l'accusaient d'avoir fabriqué des livres zends ; personne ne doute pins de l'authenticité de ces textes, et de la haute antiquité qu'il faut leur assigner. Car la science a justement infirmé les vues historiques de ces critiques britanniques qui, dans leur savoir borné , voulaient , pour la nécessité de leur

4^ RELIGION FERSAIIB.

thèse, refaire Thistoire de la Perse ancienne d'après les données des Musulmans; ils accusèrent dans ce but, dlgnorance , les Grecs et les Juifs contem{>orains , dont la véracité a été si grandement mise en lumière par les découvertes du i 9* siècle. x

Qui était donc Zoroastre ?

Zoroastre, en zend ZarathuUra (splendeur d'or), vivait à une époque très-reciulée, selon nous, vers îaoo av. J.-C. en Bactrîane du temps du roi Hystaspe (zend Vùtâçpa, perse Gnstasp). Les auteurs anciens confirment cette haute antiquité. Pline ^ le place iOOO ans avant Moyse, Hermippus qui traduisit ses livres, SODO ans avant la prise de Troie, Eudoxuis 6000 ans avant la mort de Platon, Xanthus de Lydie 600 avant Darius I. Trogue Pompée qui puisait dans les sources les plus authentiques, en fait un contemporain du premier roi d'Assyrie, Ninus, qui selon cet historien, tua le prophète de Bactriane. Aucun auteur de Tantiquité ne place Zoroastre du temps de Darius tils d'Hystaspe, comme le firent les Anglais, et Agathias qui nomme directement ce roi Hyslaspe dit expressément qu'il n'est pas probable que ce soit le père de Darius^. Ce dernier n'a jamais été roi; d'ailleurs le nom même de Cyrus, Knms, qui réinstitua pourtant le culte de Zoroastre, est inconnu au Zendavesta. Le roi Hystaspe était fils de Lohrasp (zend Autvadaçpa), fils de Kai Khosrou (z. Kava Uçrava), fils de Kai Kaous (z. Kam us), fils de Kat-Kobad (z. Kavakaoâta), le premier Kéanien ^ Hérodote qui fait une description très- exacte du culte des Perses, ne mentionne d'aucun mot le prophète, quMl n'aurait certes pas omis de nommer, si ce dernier avait vécu dans une époque aussi rapprochée de son propre temps.

Zoroastre surgit donc à une époque antérieure même à Moyse, et sa doctrine ne porta pas ce caractère monothéiste qu'on voulut lui supposer plus tard. Néanmoins, ses opinions

» Hist, fiât, 1. XXX, cl. i *' r*^

2 Un savant mieur {Annales de philosophie, t. m, p. 277, b* série) dit, à tort, sur Tautorlté da Par«i Dosabhoy, que cela concorde avec le témoignage des aueurs grecs.

3 Ces noms se trouvent dans le lesht-Sadé , surtout dans le lesht Fanrardin cardeh 29.

l'bonover^ le verbe créatecr de ZOBOASTRE, 4S

témoignent de son génie^ et certes, ce fut un des hommes les plus exfa^ordinaîres qui aient jamais paru. Sa croyance fut une réaction contre la mythologie ancienne primitive^ et les VédaS; dont la conception remonte déjà si haut^ nous le montrent comme Tun de leurs plus ardents adversaires. Il paraît dans le Rigveda sous le nom de Djaradashiiy comme ennemi des institutions indiennes. Il conserva quelques notions sur les divinités des Aryas; mais elles reparaissent changées^ ainsi les Dévas deviennent les mauvais génies^ les daéwi (dîo en persan) Indra, Nâsatya, surgissent comme les ennemis du CFéateor, et ce qu'on a depuis longtemps remarqué, les divinités jouent dans la Bactriane un rôle opposé. Toutes les forces de la nature, adorées dans les Vidas, surtout au point de vue de la fertilité et de la fécondité, sont soumises à deux esprits, dont Tun est le créateur [dâlâr), l'autre le destructeur (paurur marka, léthifère), Tun Tesprit saint (Çpenta mainyus), l'autre Tesprit mauvais (z. Arûira mainpuSy perse Ahra maniyui, d'où rApÊtfAavtoç de Théopompe) Ahriman. C'est ainsi que s'exprime un passage du Yaçna < (xxx, Ha, 3).

Aat ta mainyû yâ yamâqafnd açravàtem mmnhicà

At Uli (duo) spiritos (faere) qui et in mente

voùahieà sy<iothnaécâ hyà vahyô akemca.

et in verbo et in actid, illi (fuere) Melius Deteriusqoe.

Le bon esprit, nommé surtout Ahurô Mazdâo (perse Aura-mazdâ, d'où Ormuzd), l'être créateur, a sous ses ordres six êtres immortels-saints (zend amesâo çpentâo , perse amartâ çpantà, Amshaspands} qui sont en langue zende : i. Vôhùmanô, le bon esprit (perse Vahumana, persan Bahman).

2. Asôvàhistô, le pur-meilleur (perse Artaivahtsta, persan Ardibdiecht),

3. Khsatkrô vairyô, le roi puissant (perse KJhsathraioariya , persan shahriver),

4. Çpentà Armàiti, la sainte terre (perse Çpantàrmâti, persan Sapandomad).

0. Haurvatàt, Tunivers (perse Haruvatâti, persan K/iordad). 6. Ameretàt, rinunortalité (perse Amartàti, persan Amerdadj,

* M. Haug a entrepris r interprétation de ces textes dans un livre intitulé le? cinq Gâthdt. Mon explicaUon diffère un peu de la sienne.

' Je fais venir fMtzda de mah et dfut, eréer, n6n pas de gndj savoir, comme le fait M. Haug.

46 MUQION PERSANE.

Mais Ahriman arrive avec ses séides, dont le premier est Akômanô le mauvais esprit, et le second Indra î[Ander), si connu de la myttiologie indienne. Le troisième, Amshaspand, a pour adversaire Çaurm (persan Savet), en sanscrit, Çartxi, nom de Siva, et d'autres génies malfaisants contrecarrent le bien que font aux mortels les serviteurs d'Omnizd.

C'est ainsi que la doctrine de Zoroaslre se développe dans les livres zends. Il parut portant le Àvaçtâ, la réforme, le rétablissement de Tancienne foi S le /amb, la kn. C'est ainsi que j'interprète les deux mots Ave$ta et Zendy dans lesquels les Orientaux voient la Un et le commentaire. Un second com-

> Le mot avettà vient de 04» et tté (stare), qvi i*ea^loie en perse (Bfsoutoun, I), dans le sens de rétablir; il exprime le rétablissement de rancienDO fol, révélée d'abord au roi Djemchid (zend Timakhsaêtay perse Tamakhsaita). Sar ce compte, le Vendidad (Fargard II, au commenc.) s'exprime en ces termes :

Zoroastre demanda à Ahuramazda (Ormusd) :

« Ahuramazda^ esprit le plus saint, créateur des noms des extetaats, véri- » dique ! Qui parmi les hommes antérieurs et autres que mol , est celui à qui » toi qui es Ahupamazda, tu as, sans sa demande, enseigné la loi ahurienne, » zoroastrienne ? »

^ • Alors répondit Ahuramazda :

m C'est à Yima, le fortuné, le riche, 5 véridique Zoroastre! C'est à lui, par- » mi les hommes antérieurs autres que toi, Zoroastre, que moi, qui suis Ahun ramazda, ai sans sa demande enseigné la loi ahurienne zoroastrienne. Je lui » dis, ô Zoroastre, moi qui suis Ahuramazda : « Obéis à moi, ô Yima, fortuné » fils de Vivahana, et sois, parmi les mortels {?), le soutien de ma loi. » Alors » me répondit Yima le fortuné, ô Zoroastre : « Je ne suis pas savant, ni instruit » pour être, parmi les mortels, le soutien de ta loi. r» Alors je lui dis, ô Zo. » roastre, moi qui suis Ahuramazda ; « Puisque parmi les mortels, personne ne » m'obéitet n'est le soutien' de ma loi, instruis pour moi les mondes, rends » heureux par moi les mondes, obéis à moi, et sols le protecteur, le guide, le » roi des mondes. •

Le dieu raconte ensuite les bienfaits dont la terre jouit sous le rogne de Djemchid. Ce long chapitre finit ainsi :

« créateur des mondes existants, véridique! Qui fit disparaître la loi des » Mazdiûaçna des pays que cultiva Yima ? Alors dit Aharamazda : le maître de M l'épaule empoisonnée (Zohak), ô très-pur Zoroastre. créateur des mondes » existants, véridique ! qui est le verbe et l'émanation pour eux ? Alors dit m Aharamazda : Les hommes de l'essence de l'àme, ô Zoroastre, et toi, qui es » Zoroastre. »

Ces premiers adorateurs, les hommes « de la première loi » (paurvyatkaéta) furent persécutés par Zohak; et malgré Feridoun et ses successeurs, l'impiété régna sur la terre jusqu'à la réforme bactrienne.

l'HONOYER^ us VEMB GRÉATBOK de Z0R0A8TRE. 47

mentaire «erail le PwMmiy rexplioation liiui^ique, écrit en langue parsiy très-yoisine du persan moderne. Si ce mot est antique^ il provient d'I/jpozanda, loi secondaire, précisément comme aux Védas se rattachent les Upavidas*

Ce Zend se composait de 21 naçkas ou nosks, dont un seul, le 20*, est parvenu jusqu'à nous. Ce morceau se nomme en zend Yidaévadâiay la loi contre les heys, en persan Vendidad. Il existe des fragments des autres tio^fa, par exemple du premier, SiMîayoitiy la louange (SeUmd^^M); du 5*l>diMdéuiy la loi des créatures Bùmààdy et du 21* Hadaokhia ; dit ici {ffadokhi). Ces fragments forment différentes collections, dont Tune, le Yaçruiy contient dans sa dernière partie les morceaux les plus antiques, les Gàihâs ou ehaats. U est possible que ces morceaux (commençant par le 28* hâ ou chapitre), et se distinguant quelque peu par la langue même, aient dans cette forme même le prophète (lour auteur ; tandis que le reste du Yaçna, ainsi que les Vendidad et les autres parties de la collection zoroastrienne peuvent avoir été rema* niés par les sectateurs du réformateur à une époque qu'il ne nous est plus possible de fixer avec certitude.

En dehors du Vendidad et du Taçua, il se trouve encore une collection d*invocations, nommée Ftspered, en zend FtçparatuSy a tous les temps ^ ; » parce qu'ils contiennent des prières adressées à tous le^ ratus^^. Les Vendidad, Yaçna et Vispered ensuite forment le Vendidad-Sadé.

Une autre partie des fragments des naçkas est conservée dans le Teshl-Sadéy qui contient les Yeshts ou louanges de tous les dieux, les Nyaye^, qui ont le même caractère ; les Afergan, les Patet, sortes de confessions; le livre Sirouze ou les 30 jours du mois. Ensuite on lit en tête de ce recueil, en entier, plusieurs prières qui se trouvent citées par leurs mots initiaux dans tout le Zendavesla; c'est surtout la prière nommée honover par les Parsis, ou le Verbe crioUeur de Zoroastre,

' Dans zanda Je v<^s uoe formation proT«nant de xnd (sanscrit gad^ parler), <iai se trouve souvent en zend et en perse.

' Ce mot est très-difficile à expliquer. On peut y voir le sanscrit rtu, temps ; les commeotaiies Texpliquent par maître et par loi. Nous reTiendrons sur ce sujet.

48 RELIGION PEB8ANE.

contenant 21 mots assimilés aux 21 nosks de sa doclrint;* Nous tâcherons d*expUquer pour 1^ première fois ce Verbe^ qui n'a jamais^ que nous sachions^ été traduit, et qui présenfe des difflcultés sérieuses, mais un intérêt tout particulier.

Ensuite la cosmogonie des Naçkas a été conservée dans un livre pehlevi ou houzwareich, qui date d'un temps relativement moderne. Il s'appelle le Baundehesh.

Ces livres : le Vendidad-Sadé , le Yeêki-Sadé et le Boundeheêh sont tout ce que nous possédons des 21 Naçkas, divisés en trois parties de 7 chacune, et attribués à Zoroastre. Mais il existe encore quelques listes des 21 livres qui en donnent les noms, le nombre des kardéhs ou chapitres et une exposition sommaire de leur contenu. Anquetil du Perron a donné la traduction d'un de ces livres dont M. Mobl a publié le texte persan. Je ne crois pas qu'il faille, ainsi que le fait M. Spiegel, suspecter la tradition sur ce point, d'autant plus que la précision avec laquelle les plus grands détails sont donnés, porte tous les caractères de la vérité. Nous avons tâché de reproduire les noms zends de ces mots transmis en lettres arabes ; et les données, exposées dans l'opuscule persan, s'accordent parfaitement avec la valeur des prototypes bactriens.

En voici les noms transmis et restitués autant que cela était possible :

i» Setoudyesht, zend Çtaotayastinaçka, livre des invocations, 33 chapitres. '

2. Setoudgttei', zend Çtaotagmunacka, livre des chants sacrés, 22 chapitres.

3. Vehesht-Mcmthre, zend Vahistamanthranaçka, livre de la meilleure parole, 22 chapitres.

4. Bagh, zend Baganaçka, livre de la félicité, 22 chapitres, traitant de la foi et de la résun*ection.

5. Duazdéh Hâmâsty zend Dvadaçahamàçtanaçka, livre des douze malédictions dirigées contre Ahriman, les dêvs et les malfaiteurs ; ils se trouvent Yaçna ce. 61 et 72; 32 chapitres. Ce livre s'appelle aussi Dàmdad, zend Dàmadàtanaçka, livre de la loi des créatures. Il traitait de la nature des êtres, et de la justice entre les bons et les mauvais.

6. Nâder ', zend Anàthranaçka, 35 chapitres, surtout d'un contenu astrologique.

* Les Parsis semblent y voir Tarafoe ndder, rare, qai n'a rien à faire lel.

l'honoyer, le verbe créateur de zoroastre. 49

7. Pàtchùn, zcnd Paçdmanaçha, le livre dernier, qui termioait la première série des zendavesta, 22 chapitres. Il contenait, entre autres, des prescriptions sur les animaux permis ou prohibés.

8. Baiestaif zend Rathaèstânaçka, livre des guerriers, la seconde caste des Ariens, 50 chapitres, dont 10 seulement furent retrouvés après Alexandre.

9. Barashy zend Barsanaçka, livre de (?), traitant de politique et de science, 00 chapitres, dont 12 retrouvés après la conquête macédonienne.

10. K(ntës&usr<mb, zend Kaoi JJçruvcma^, livre de Kai Khosrou, 60 chapitres, dont 1 5 retrouvés après Alexandre, sur radministration, la politique, la science.

il. Vishtàsp, zend Vistàçpanaçkay livre de Gustasp; 00 chapitres, dont 11 retrouvés.

12. KhescUh, zend Khsathranaçha, livre de la royauté, en 6 parties et 22 chapitres, consacré à Fart de gouverner.

13. Séfandj zend Çpentanaçka, livre saint, 60 chapitres, qui racontaient les miracles de la vie du prophète.

14. Djarsaty zend Djarastinaçha, livre de... 22 chapitres; dernier livre de la seconde série; il traite de la prédestination des hommes.

15. Bagân-'Yesht, zend Baganâm yastinaçkat livre des louanges des dieux, 17 chapitres, traitant des anges et de leurs qualités.

16. Nihâdem, zend Nidhàtamanaçka, livre des écotu>mes, 54 chapitres, traitant de l'économie et de la philosophie.

17. JJsparem, zend Uçiparamanaçha^ livi*e de la plus haute intelligence,

64 chapitres, traitant des épreuves contre la tentation et des dispositions judiciaires, spécialement héréditaires.

18. Daoasrovdjidy zend Dvâçraoz'dânaçka, livre des deux traditions,

65 chapitres, traitant de la justice et de l'injustice, de la charité, etc.

19. Ashharem, zend Asakaremanaçka, livre des vraies œuvres, 52 chapitres, prêchant Tadministration d'une bonne justice.

20. Vendidâdy zend Vidaévadâtanaçkay livre de la loi antidémoniaque, 22 chapitres.

21. Hadokht, zend Hadaokhtanaçka, livre de la parole prononcée icibas, 30 chapitres.

Voilà les données de ces listes persanes des revaëts, qui sont les seules que nous possédions sur les ouvrages nombreux attribués à Zoroastre et dont nous ne pourrions, justement à cause de la précision des détails, suspecter Tauthenticité. Les rédacteurs de ces notices ne semblent pas avoir connu le zend; et pourtant les renseignements qu'ils fournissent sur le con-

50 RELIGION PEB8ANB.

tenu des lîTres cadrent avec la signification des mots zends restitués. Il est possible que les textes persans soient la traduction d'un catalogue pehlevi^ actuellement perdu ; et il doit être remarqué qu'à l'occasion de Vendidad^ les revaëts se taisent sur la circonstance capitale qui distingue le 20* nosli des autres; ils ne disent pas que le Vendidad seul soit conservé. Us ne parlent pas non plus des autres recueils que les Parsis ont formés en réunissant les fragments des nosks perdus ; ainsi nulle mention n'est faite des Yaçfka, Vûpered, Yesht, Afergan, Nyayech, PaUet et d'autres, qui, au dire même des Parsis, sont des fragments des n«* i*', 2% 5% 41% I6* et »!•. Ainsi le livre des TeêUs semble être la plus grande partie du dernier nosk, ainsi que les Nyayesh, Palet et d'autres petits écrits doivent avoir appartenu au premier.

Le grand volume des œuvres zoroastriennes nous est déjà attesté [mr l'antiquité^ et sans vouloir voir autre chose qu'une exagération dans la donnée de Pline S que Zoroastre ait écrit quelques millions de lignes, il n'en est pas moins avéré que la collection des livres saints des anciens Perses i-enfermait des renseignements de toute nature. La plupart de ces livres semblent avoir été anéantis par les Arabes; car je ne vois aucune raison pour rendre^ ainsi que le fait M. Haug, Alexandre et ses successeurs responsables de ce vandalisme littéraire. Les Parthes,qui régnèrent sur l'Asie pendant 400 ans, étaient propagateurs zélés de la civilisation hellénique, et ce ne fut qu'à l'avénement des Sassanides (228 ans après Jésus-Christ) que la foi ancienne fut réintégrée comme religion d'État par une race qui prétendait descendre des Acbéménides. Rien ne nous autorise à ne pas présumer que les Artaxerxès, les Sapor, les Ghosrew ne connussent pas plus de livres zends que nousmêmes; car le philbellénisme des Arsacides était beaucoup moins destructeur que le zèle des adhérents du Koran. Et quand nous considérons que, malgré les persécutions, la Perse compta pendant tout le moyen âge de$pyrées (ateshgâhs) dans des endroits nombreux dont ils ont disparu depuis, nous ne de* vous pas hésiter à croire que la destruction des livres parsis a eu lieu à une époque relativement assez rapprochée de nous.

* Sitt, fuH., U zu, e. 3» 1.

l'honoyer^ le vbbbe crbatbua de zoroastre. 51

Mais ce grand nom bre de livres n'a f ms suffi aux Parsis; les trois prophètes qui prépareront et achèveront la conversion de Taniwrs au Mazdéisme^ en apporteront encore trois autres nosks de sorte qu'au jour de la victoire d'Ormuzd le monde comptera 24 livres de TAvesta. Car de Zoroastre et de sa femme Houo (zend Hvôvi) naîtront, enfi^ntés par d'aulres femmes, trois prophètes qui révéleront successivement les 2î% ft3« et W nosks. Selon la légende dont la trace se retrouve dans les livres zends, 99i)99 fervers veillent sur le germe de Zoroastre (Yesht Farvardin carde 20, Eksudram Zaraihuêirahé) et de ce germe surgiront dans Tordre suivant les prophètes ainsi nommés : De Vanhufedhri (mère du bien) surgira Vkhst/ad-ereta 6u Vahmya (la

vérité croissante ou le respectable, persan Oschder^Bahmt). ÏÏEredadfedhri (mère du sublme) naîtra Uhhsyad-^emàs (la lumière

croissante, persan Oschder^Mah), De Çrutadfedhri (mère de la tradition) ou Viçpatervaiti (celle qui

Taînc tout) naîtra Aç^vad-ereto Ja vérité existante), nommé le Çaosyans

(celui qui sauvera, persan Sosiosch) «.

En attendant, nous ne pouvons pas même nous prévaloir des Si nosks de l'Avesta que connaissaient les anciens Perses, et dont ils mirent le nombre de trois fois sept en rapport avec la prière la plus sacrée du Mazdéisçie, le verbe de Zoroastre, que les Parsis nomment Honorer, et qui contient, par une bizarre coïncidence, 21 mots. Cette prière, peut-être antérieure à Zoroastre, est citée à chaque page plusieurs fois, par les trois premiers mots, yaihâ ahû vairyô. Les Parsis disent aujourd'hui que le premier nosk s'appelle en pehlevi Setoudyesht, mais yathâen zend, le second Setoudgher en pehlevi, et ahû en zend, et ainsi de suite; et on voit qu'ils ont réellement oublié le sens

' Yescht Farvardin, eh. 27, 2S : « Nous célébrons le ferver de Açtvad-ereta, dont le nom est aussi Çaosyans, le victorieux. 11 est nommé Çaosyans (le sauveur), parce qu'il sauvera tout l'univers existant. Il est nommé Açtvad-ereta, parce que, existant {actvdoU et ayant acquis sa réalité, il dominera ses ennemis, par l'expulsion du mensonge (dru^) d'origine bipède, par l'expulsion de la haine qui détruit le véridique.. » Quant au mot Çaoêyans, il est le nomina^ lif du participe futur de pw, sauver, le grec cw, de sorte qu'il correspondrait pour la forme et pour Vidée au grec 2ci(rw». Ce nom est employé anssi au pluriel Çaoiyantô (pour Çaosyantas, grec «roiTOvrs^), pour désigner les trois prophètes de Taveoir, dont le dernier sera nommé vereihradid le victorieux, parce qu'il anéantira les dêvs, et convertira Abrbuan lors de la grande oonOagratiou anale.

î^2 RSU6I0N PEBgAKi:.

de leur prière la plus sacrée. Nulle part du reste^ le Verbe créateur de Zoroastre n'a été traduit jusqu'ici d'une manière satisfaisante^ et celte question est Tun des problèmes les plus difficiles de la philologie^ auquel j'ai travaillé pendant longtemps. Dans ces matières difficiles, le rôle de la gramnniaire est très-considérable^ car avant d'avoir éclairci les questions de cet ordre philologique^ en apparence si humble^ oo ne peut raisonnablement penser à la résolution de la partie philosophique du problème. Je demande donc pardon au lecteur des détails que nécessitera mon exposition.

La seule version qui existe des 21 mots de Vhanover est celle d'Anquetil *; elle est ainsi conçue :

c( (rest le désir d'Ormuzd^ que le chef (de la loi) fasse des D œuvres saintes et pures. Bahman donne (l'abondance) à » celui qui agit saintement dans le monde. Vous établissez » roi, ô Ormuzd, celui qui soulage et nourrit le pauvre! »

Tel, selon Anquetil, est le sens de la prière que les Parsis répètent cent fois tous les jours, et qu'ils doivent prononcer à chaque action, chaque fonction vitale, sans en excepter une, des douzaines de fois. Mais la philologie ne peut pas s'accommoder de cette version, où les Parsis ont introduit une idée de charité qui n'est pas du tout dans le Verbe par lequel Ormuzd créa le monde, et qui fut, selon le passage que nous citerons tout à l'heure, avant le monde existant. Le 19* chapitre du yaçna qui donne un commentaire, la divise en cinq parties :

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