‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 37 sur 149 · ET LA TRÊVE DB DUSU · texte numérisé non relu

ET LA TRÊVE DB DUSU

saDctioûoaient de leur propre autorité les Communes qui s'étaient établies dans leurs Ëtats ; ils n'auraient jamais permis au roi de se mêler de leur institution.

» Ce ne fut donc que dans les villes où la seigneurie était partagée^ et où^ par conséquent^ le comte ou Tévéque ne pouvaient point donner une suffisante garantie^ que les bourgeois songèrent à recourir au roi, comme à l'arbitre commun entre des pouvoirs égaux ; alors ils achetèrent de lui une charte de protection, dont la concession ne se présenta aux yeux de Louis le Gros, que comme lui apportant un simple avantage pécuniaire. Cette transaction fut d'ailleurs loin d'être fréquente : on ne trouve dans la durée de son règne, de documents certains que sur huit Communes ^ établies dans les villes, qui furent confirmées par lui \ »

Dans le passage que nous venons de citer, Sismondi reconnaît bien nettement que Louis F/ n'a pas créé la Commune, il n'a fait qu^en confirmer l'existence dans quelques villes, et en donner à diverses autres. L'auteur constate en outre ici et ailleurs, que diverses Communes ont été dues à Tinitiative du dergé, et notamment celles de Beauvais, de Saint-Riquier, etc. Quelques pages plus haut ^, il avait cité un passage d'Orderie Vital qui atteste que Louis le Gros, a pour réprimer la tyran- » nie des brigands et des séditieux, fut obligé de demander » les secours des évêques dans toutes les Gaules ; alors la Comn mune populaire fut établie en France par les prélats, pour )> que les prêtres accompagnassent le roi dans les sièges et les » combats^ avec leurs drapeaux et tous leurs paroissiens *. »

11 semble que M. de Sismondi, quoique protestant, ait rendu plus de justice à l'Église que MM. Augustin Thierry et GuizoL Ces deux illustres historiens attribuent à Tinsurrection populaire la fondation des Communes. M. Guizot, cependant, leur prête une cause première bien honorable pour

* Beauvais, Noyon, Sol8SOD8,Laoo, Saint-Quentin, Amiens, Âl)beTiUe etSaint- Blquier.

^ J. G. L. Simonde de Sismondi, Histoire des Français^ t.T,p. 120-123; Pari?^ 1S23.

'IMd. p. 87-88.

* Orddrici Vitaiis //ifforta eeektiastiea, lib. xi, <*. 18, p. 836 ; dans la Patrologia latiha, de Mîgne, 1. 188, p. 8â8.

104 iTUDS Sun LA PAIX

l'Église, puisqu'elle reposait sur une immuniié de sûreté et d'inyiolabilité^ résultat de Finstitution de la Trê^e de Dieu. L'ancien professeur de Sorbonne constate le fait sans en rappeler la cause et Torigine ; yoici ce passage :

« Parmi les circonstances qui ont pu contribuer à rétablissement des Communes^ dit H. Guizot^ ce beau génie chrétien égaré dans les rangs du protestantisme , il y en a une , à mon avis , trop peu remarquée : c'est le droit d'asile des églises. Avant que les Communes se fussent constituées, avant que, par leur force, leurs remparts, elles pussent offrir un asile à la population désolée des campagnes ^ quand il n'y avait encore de sûreté que dans Téglise , cela suffisait [lour attirer dans les villes beaucoup de malheureux^ de fugitifs. Us venaient se réfugier soit dans Téglise méme^ soit autour de réglise ; et c'étaient non-seulement des hommes de la classe inférieure^ des serfs, des colons, qui cherchaient un peu de sûreté^ mais souvent des hommes considérables, des proscrits riches. Les chroniques du temps sont pleines de tels exemples. On voit des hommes naguère puissants, poursuivis par un voisin plus puissant ou par le roi lui-même qui abandonnent leurs domaines^ emportant tout ce qu'ils peuvent emporter, et .vont s'enfermer dans une ville et se mettre sous la proleietion d'une église; ils deviennent des bourgeois. Les refuges de cette sorte n'ont pas été, je crois, sans influence sur le progrès des villes; ils y ont introduit quelque richesse et quelques éléments d'une population supérieure à la masse de leurs habitants. Qui ne sait, d'ailleurs, que quand une fois un rassemblement un peu considérable s'est formé quelque part, les hommes y affluent, soit parce qu'ils y trouvent plus de sûreté, soit par le seul effet de cette sociabilité qui ne les aban • donne jamais * ? »

Nous ne rapporterons pas ici l'opinion de M. Henri Martin, attendu qu'elle n'est autre que celle de MM. Augustin Thierry et Guizot : insurrection populaire. Voici venir un historien catholique, connu depuis longues années par des travaux sérieux.

* Histoire générale de la milisaiion en Europe depuis la chute de Vempireromain jusqu'à la révolution française, p. 208-209, 1 vol. in-8«, &• édit. Paris 1842.

Page 1