‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 41 sur 149 · Origine du prétendu livre d'Hënoch · texte numérisé non relu

Origine du prétendu livre d'Hënoch

' Les Annales ont déjà parlé plusieurs fois du lirre d'Hénoch. Dès 1838 elles ont publié la notice qui en avait été donnée par M. de Sacy, et la traduction française des premiers chapitres qui n'avaient été traduits qu'en latin par ce savant. Elles ont ajouté à cette notice celle où le voyageur Bruce raconte la découverte de ce livre en Abyssinie. Puis, dans un 2* article, elles ont donné la traduction ou l'analyse de tout Fouvrage d'après la traduction anglaise qu'en avait faite M. Laurence ^.

Mais les savants allemands se sont depuis lors beaucoup occupés de ce livre, et c'est l'analyse de ce travail que va nous olTrir M. Robiou. Nos lecteurs y verront par quelles conjectures on a espéré avoir découvert l'origine de ce livre.

Nous devons ajouter que M. Migne en a donné une traduction française com* plète dans le premier volume de son Dictionnaire des apocryphes ^,

Les lecteurs des Annales trouveront utile que je parle ici d'une question qui a rarement occupé les savants de rEarope, et sur laquelle M. Volkmar m'a paru donner^ dans ce volume du Zeitschriftj des éclaircissements capables de satisfaire la critique. Il s'agit de l'origine d'un écrit mystique, appelé vulgairement livre d'Bénoch, et qui n'est plus aujourd'hui conservé que dans une version éthiopienne.

Avant d'entrer dans l'examen du livre et d'aborder les faits historiques fort graves et fort intéressants que sa composition rappelle, il est une difflculté préjudicielle à écarter. M. YoïkmaVy comme plusieurs autres critiques hétérodoxes ou orthodoxes, a le malheur de croire que cette bizarre composition

* Voir le V article au N» précédent, ci-dessus, p. 29.

* Voir Annales, t. xviir, p. 161 et 401 (2« sériel.

' Dans le t. xui de la 3* Encyclop, théolog,^ pag. 393-614 ; 2 vol. prix 14 fr.

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est citée dans VÉpître de saint Jude, et il se plaint de la prétendue contradiction de l'Église, qui rejette le Kt?rc d'Bénoch et range au nombre des livres canoniques VÉpître où il croit voir invoquée son autorité. Il n'est pourtant pas difficile de débarrasser de cette question le terrain de la critique sérieuse^ où ncms allons suivre M. Volltmar, ou plutôt, à vrai dire, il n'y a point là de question* à éclaircir, attendu que l'apôtre ne cite point de livre, mais une prophétie du patriarche Hénoch *, évidemment conservée par la tradition chez les Hébreux; il n'a nullement songé à se croire en possession d'un ouvrage écrit avant le déluge. Les termes de l'apôtre sont clairs : il n'y a qu'à les lire pour s'en assurer 2. Si maintenant, ce que j'ignore, mais ce qui n'a rien d'invraisemblable, les termes de cette prophétie se retrouvent dans le volume éthiopien, j'y verrais un témoignage de plus attestant que cette tradition était vivante chez les Juifs, mais assurément rien autre chose. Cela dit, je quitte les chimères et je viens au fait.

Après quelques observations où je ne le suivrai pas, et pour cause, sur le texte éthiopien de certains passages^ l'auteur aborde l'histoire, et, dès l'abord, énonce son opinion sur l'origine de l'ouvrage. « C'était, dit-il, une composition apocryphe » destinée à échauffer le zèle du peuple juif, lors de la grande » insurrection de Bar Cochba {le fils de rétoile) contre l'empe- » reur Adrien. » M. Volkmar cite parmi ses preuves, avant d'entrer dans le détail, la menace de l'enfer pour ceux qui ne prendront pas les armes contre les ennemis de la loi, la mention dédaigneuse du nouveau temple, élevé avec l'aide des

' Prophetavit autem et de his septimus ab Adam, finoch, dicens : Ecce venit Domious in sanctis miUibus suis, facere juâicii|iD contra omnes, et arguere omDes linpios de omnibus operibus impietatis eonim, quibus impie egerunt, et de omnibus duris, quselocuti sunt contra Deum peccatores impii. Hi sunt mur-» maratores querulosi, secundam desideria sua ambulantes, et os eorum lo* qoitur snperba, mirantes personas questûs causa {Epist, caih. B ind», v. 14- 16.) ^ Voici d'aOIeurs le commentaire de Menocbius sur ce passage : Probat quod impiis bsreticis'procella tenebrarum reservata sit testimonio Hénoch, cujus prophetiam vel tradiUone majorum accepit Judas, yel ex libro aitquOf qui tune exstaret cum haec scribebat apostolus. — Septimus, ipsis Adam et Henoch computatis.

V SÉRIE. TOME V. — N« 26 ; 1862. (64* vol. de la coll.) 8

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