‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 42 sur 149 · H 8 DÉCOUVERTES ALLEMANDES EN OBIENT · texte numérisé non relu

H 8 DÉCOUVERTES ALLEMANDES EN OBIENT

offrandes de la gentilité, les rapports entre les mystères de TÉtoile et des esprits, signalés au livre d'Hénoch, et le commen- ^ cernent de la Kabbale*. «Ce livre est, dit-il, une imitation » manifeste du livre de Daniel, mais datée par le texte même » de la i^' année de Bar Cochba, 132' après Tère chrétienne, » immédiatement après la jonction d'Akiba avec ce parti » (p. 100). »

yauteur du livre, en effet, après avoir exposé à sa manière les protondeurs de la sagesse divine, en racontant toute rœuvre créatrice du « Seigneur des esprits, » jette un coup d'œil prétendu prophétique sur l'histoire du peuple de Dieu depuis son origine jusqu'à la ruine de Jérusalem et du l**^ temple. Alors commence la période de servitude divisée en deux parties symbolisées Tune par 70, Tautre par 12 pasteurs qui tyrannisent le troupeau : ces derniers égorgent plus de brebis que tous leurs prédécesseurs. Or, M. Volkmar fait observer que, depuis la réductioù de la Judée en province romaine jusqu'au règne d'Adrien, il y a tout juste 12 empereurs en ne tenant pas compte des trois princes éphémères, Galba, Othon, Vilellius, dont en effet le règne ne put se faire sentir en Judée, la guerre commencée du temps de Néron, s'étant continuée sous les ordres de Yespasim, jusqu'à ce que celui-ci fût devenu empereur à son tour. Il est vrai, d'ailleurs, que la Judée ne fut jamais si malheureuse que sous la domination romaine, à partir du soulèvement de Judas le Galiléen. La guerre de Néron et de Vespasien fut effroyable, tout le monde le sait. Le témoignage de l'histoire est terrible en ce qui concerne le règne de Trajan en Palestine, et, aq début de la guerre de Bar Cochba, le lieutenant d'Adrien dans ce pays, avait fait massacrer une multitude d'hommes, de feujmes et d'enfants. C'est jusque-là que le livre d'Hénoch poursuit sa revue rétrospective, et il annonce qu'Adrien sera le dernier maître païen du peuple de Dieu ^

Quant à la période des 70 pasteurs sur laquelle s'étend l'auteur du livre, évidemment ce ne sont pas les 70 années de captivité à Babylone^ puisqu'il est question d'une captivité

t Zeitsehrift, p. 99.

^ Voir p. 100*161 pour eette histoire de la Palestine romaine.

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continue, sous la souveraineté ou la suzeraineté d'étrangers, depuis le règne de Nabuchodonosor jusqu'k celui d'Adrien. Ce ne sont pas non plus les 70 semaines de Daniel : il n'en peut être question chez un Juif aussi opposé au christianisme. D'ailleurs, celles-ci ne parlent pas de Nabuchodonosor. M. Volkmara donc pensé que l'auteur avait compté par lO** d'années; or, on trouve, en nombres ronds, 7 siècles de la fin de Sédicias au principal à* Adrien^ (p. 102). L'auxiliaire de Bar Cochba subdivise encore cette période : la r* partie, 37 pasteurs ou 370 ans, nous conduisent, comme le fait observer l'auteur de l'article, au commencement des Sélemides, non pas bien entendu à l'ère d'Antioche, mais à l'invasion de la Palestine, lorsque les rois de Syrie l'enlevèrent pour la T' fois aux Ptolémées (p. 100).

Les efforts entrepris pour la reconstruction des murs de Jérusalem, les obstacles qu'ils rencontrèrent sont assez clairement indiqués par l'emblème de trois brebis qui veulent relever une tour, ce que des sangliers tentent inutilement d'empêcher. « Mais, ajoute l'auteur hébreu, le pain qu'on y offrait 2» était souillé, et les brebis étaient maintenant aveugles comme » leurs pasteurs (p. 10-4). » Ici, et dans le développement donné à cette doctrine, gît surtout le mystère du livre et la pensée de l'auteur. Dieu, selon lui, rejette toute offrande qui ne lui est pas présentée par un peuple entièrement libre de la domination des païens (p. 104), et le gouvernement des Juifs, sous les rois de Perse, d'Egypte et de Syrie, était entaché par cette subordination •

Aussi récrivain s'étend-il avec une complaisance farouche sur les malheurs de sa nation pendant cette longue période. Il présente comme aveuglés, tous les Hébreux, même les meilleurs, tels qu'Esdras. 11 va, dans le transport de son fanatisme, jusqu'à oublier la lutte sublime et les triomphants succès des Macchabées, sansdoute parce que celte famille consentit à des traités politiques avec des peuples païens ^ Faut-il maintenant, avec le commentateur allemand, reconnaître des peupks distincts et bien déterminés dans les divers oiseaux de proie qui déchirent les infortunées brebis/ Les Romains

'Voirp. 106,110, 111.

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dans les aigles, les Égyptiens dans les milans^ les Syriens dans les corbeaux, les peuples d'Asie Mineure^ sujets d'Antiochus^ puis de Roine^ dans les vautours ^ C'est possible^ et^ pour les premiers^ c'est probable; mais cela importe peu à Tesprit et au but de l'ouvrage : je n'entrerai donc point dans cette discussion d'ailleurs peu étendue^ et j'arrive aux derniers termes de la prétendue prophétie :

« Et je vis les brebis dévorées par les chiens^ par les aigles » et les vautours. Leur chair^ leur peau^ leurs muscles, tout x> était consommé ; il ne leur restait que les os qui tombaient » à terre ^. »

Ces chiens, ce sont^ dit M. Volkmar^ les rois indigènes, mais dirigés par l'autorité supérieure des Romains ; enfin le squelette tombe : Tombre de l'indépendance s'évanouit. C'est alors que commence la période des là pasteurs (après le règne d'Archélaûs.)

« Alors, les agneaux furent mis au monde par les brebis B blanches, et ils commencèrent à ouvrir les yeux, et à voir et » à appeler leurs mères. Mais les brebis ne répondaient pas, » n'écoutaient point leurs plaintes ; mais elles étaient sourdes, » aveugles et endurcies ^. »

Le sens est clair : il s'agit des premiers mouvements contre la domination romaine qui restèrent isolés (p. 113). Les carbeaux, c'est-à-dire l'armée de Syrie, volent sur ces agneaux, en enlèvent un et dévorent les brebis, qui n'avaient point entendu leurs cris. Les corbeaux brisent les cornes naissantes des agneaux. Les excès des gouverneurs font ouvrir les yeux à un nombre croissant de brebis ; au temps de Néron, l'on commence de toutes parts à lever la tête; et, si les cornes sont brisées par les légions de Syrie, elles repoussent de plus en plus. Dans la guerre de Trajan, elles n'ont pas suffi encore ; elles suffiront maintenant que les yeux de tous sont ouverts (p. 114).

Enfin une grande corne s'élève sur le front de l'une des brebis, et les jeunes béliers accourent.

> Voir p. 110. Les fragments d'une version latine, faite sur rëthiopien, se trouvent dans Tarticle du Zeitschrift,

^ Le livre à^Henoch, c. lxxxix, v. 6 ; dans Migne, 1. 1, p. 495.

> Ihid. V. 8, et Zeitsch,, p, 113.

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L'homme de Cosiba se présente; la jeunesse se joint à lui en présence des insultes adressées au culte des Juifs; une association se forme sons le nom de Chéberim, pour se lever au premier signal contre le pouvoir, impérial (p. 116). Les brebis se sont tues encore : des hommes tels que R. Jochanan hm Torta ne \eulent point entendre parler de soulèvement. Néanmoins les corbeaux ne peuvent abattre cette corne menaçante: Ben Cosiba tient bon contre les légions de Syrie et conduit habilement la guerre en évitant les batailles rangées. Pasteurs^ aigles^ vautours et milans arrivent^ et Bar Cochba demande du secours (p. 118).

a Alors^ je vis venir Thomme qui avait inscrit les noms des » pasteurs et qui les présentait au Seigneur des brebis. — ILvint » porter du secours au jeune bélier et annonça à tous qu'il lui » était descendu un secours en toute chose *. »

C'est alors que le grand Akiba, l'idéal qui résume toute la science de la loi^ le sage blanchi au service du Seigneur des esprits^ semble descendre du ciel et présente Bar Cochba comme le roi messianique (p. lâO). Malgré quelques résis-^ tances^ l'immense popularité d'Akiba détermine un mouvement général pour la guerre sainte.

Mais^ si l'adhésion d'Akiba et de ses milliers de disciples donnait à la guerre une nouvelle énergie^ on doit reconnaître aussi que la coïncidence de la publication d'un livre attribué à un patriarche annonçant la guerre actuelle et en prédisant le succès éclatant et définitif^ avec les déclarations publiques d'un homme que l'on croyait admis à partager les mystères du monde des esprits et les secrets du Très-Haut, dut porter le fanatisme à son comble (p. 121). Sans doute, le texte annonçait que les ennemis du peuple de Dieu allaient réunir leurs forces, mais il fallait tenir ferme contre d'extrêmes et impuissantes menaces : le temps des pasteurs meurtriers était arrivé à son terme ; les animaux acharnés à la perte des brebis allaient être engloutis dans la terre, ouverte par le coup qu'allait frapper le sceptre du Seigneur ; les brebis aveugles allaient être condamnées; l'empire de Jérusalem allait commencer pour toujours (p. 123).

* Le livre d'Hemch, v. 21.

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L'impulsion donnée était vigoureuse^ habile même^ si l'on tient compte des dispositions du peuple juif^ et le succès fut d'abord complet. 11 parait que les Romains furent entièrement expulsés de ta Judée^ de la Samarie, de la Galilée même, el Bar Cochba fit frapper une monnaie avec cette légende : Pour la liberté de Jérusalem^. Les Samaritains eux-mêmes reconnaissaient le lever de l'étoile de Jacob ^ ; les Juifs accouraient de toutes parts ^; et, d'après les sources de leur nation, l'insurrection compta 400,000 défenseurs; Dion Gassius élève ce chiffre jusqu'à S80,000. Cet écrivain parle d'un général, Julius SeveruSy appelé par les Romains jusque de la Grande-Bretagne, et une inscription publiée par Mommsen mentionne un autre chet, Vrbicus, transporté de la Germanie en Orient. Le succès et la lutte étaient également enivrants, mais le réveil fut terrible.

Imitant^ en présence de ce torrent furieux, la tactique que les Juifs avaient suivie d'abord contre la puissance de Rome , Severus évita les batailles et emporta l'un après l'autre les retranchements des insurgés. L'une de leurs garnisons résista pendant six mois^ comptant toujours sur Tinter* vention divine et sur Yétoile d'AIHba : la faim Tanéantit. La mort et les tortures atteignirent bientôt ceux qui s'étaient proclamés les maîtres du monde, et Akiba lui-même. Le silence et le désespoir régnèrent partout (p. 129).

Le livre qui fait l'objet de ce travail fut oublié des Juifs euxmêmes en présence du démenti sévère que lui avaient donné les faits; mais il avait été répandu en grec, comme langue plus généralement connue dans les provinces orientales de Tempire ; c'est du moins ainsi que M. Yolkmar explique les ti;aces, selon lui manifestes, de ce fait que Véthiopien est traduit sur un original grec. Dans une langue si répandue et parlée par des populations étrangères à cette guerre, le livre se conserva mieux ; d'ailleurs il ne déplaisait pas à certains chrétiens, qui croyaient y voir l'annonce du second avènement de Notre

1 Voir p. 127-09 : Fauteur cite Dion Casaius : il paraît que cette médaille existe encore.

2 Liber Josue SaToaritanorumy traduit dans les Apocryphes de Migne, 1. 1, p. 439. ' Voir Dion Gassius. Hist, Romaine, t. lxix, c. 13, p. 1161, édit. de Reimams.

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