TOPOGRAPHIE DE LA TERRE SAINTE
Seigneur (p. 130); on sait combien les idées du millénarisme trouvèrent de crédit au 2* siècle, même parmi les gens sérieux. Mais bientôt cette impression passa^ ou du moins ne put se maintenir que dans une chrétienté lointaine et ignorante, comme celle de VAbyssinie qui Ta conservée jusqu'à nous.
î. — Topographie de la Terre Sainte.
Il me reste présentement à mentionner quelques recherches de M. Rosen sur la Topographie de Jérusalem et de Naplouse (l'ancienne Sicbem). Elles n'offrent pour la plupart qu'un intérêt secondaire ; mais^ dans leur ensemble, les découvertes faites au milieu des substructions de la Jérusalem actuelle, sont, comme le fait observer l'auteur, le seul moyen de compléter une étude tant de fois reprise et qui paraît épuisée, si Ton s'en tient aux documents écrits ^ Je me bornerais donc peut-être ici à indiquer l'existence de ces fouilles, dont les résultats généraux auront plus d'importance sans doute quand elles auront été poursuivies sur une plus grande échelle, si je n'avais à appeler l'attention du lecteur sur deux points importants. M. Rosen^ en effet, incline à reconnaître le LithostrotoB de l'Évangile dans le dallage en calcaire situé à 4 ou 5 pieds audessous de la Voie douloureuse et qui s'étend' vers le nord en partant de l'arcade de YEcce Homo; quoique en défiance contre les traditions locales, il trouve que c'est là un argument en faveur de celle qui place le prétoire de Pilate dans l'An— tonia, et la route suivie par le Sauveur, dans la rue appelée actuellement la Voie douloureuse.
D'autre part, le même auteur assure ^ que l'on reconnaît assez bien Faspect de l'aire d'Âréuna ou Oman dans l'intérieur de la mosquée qui occupe la place du temple de Salomon. Sans doute on se récriera contre l'idée en apparence inconcevable de reconnaître, après 29 siècles, l'emplacement d'une aire et dans un lieu couvert par des constructions renouvelées ; mais il faut, pour juger M. Rosen, l'entendre juscju'au bout et rap-
« ZeiUchriftj p. 604.
' Voir p. 617. — Deux yisites de Fauteur sur les lieux et Texamen d'une aquareUe envoyée à la reine Victoria Tont confirmé dans cette pensée.
i%A DÉCOUVERTES ALLEMANDES EN ORIENT.
procher de son langage des découvertes plus récentes encore (il écrivait en i 859).
« Parmi les monuments^ dit -il, qui impriment dans ce pays D la trace de l'ancienne civilisation de ses habitants^ se trou- » vent les aires parfaitement conservées quç Ton rencontre B souvent dans les montagnes de Juda. Ce sont des cercles peu » réguliers grossièrement aplanis dans le roc même du flanc » de la montagne^ et mesurant un diamètre de 18 à 22 pieds ; » elles suivent ordinairement l'inclinaison du terrain, et sont » fermées d'un côté par la tranchée du roc (durch dos hôhere » abgeschlagene Gestein), et de l'autre par un mur de pierres et 9 d'argile. L'inclinaison n'est pas telle qu'elle fasse obstacle » au battage qui s'accomplit dans ces montagnes^ en faisant D tourner en cercle de gros bétail sur les gerbes étendues ; » mais elle est suffisante pour procurer un écoulement facile » aux pluies de Thiver^ qui souvent coulent dans une citerne » creusée dans le roc au-dessous de la plate-forme... Si^ abs- » traction faite des témoignages de l'antiquité sur les anciennes constructions de ce pays^ on tire des inductions de la seule » vue des ouvrages en pierre reconnaissables dans ces mon- » tagnesy tels que terrassements, pressoirs creusés dans le roc^ » aires trouvées dans des cantons où aujourd'hui «on ne trai> vaille ni le blé ni le vin^ on jugera que la civilisation est n descendue là d'un degré plus élevé à un état infime^ et Ton ji> jugera que ces objets^ si parfaitement adaptés à leur but^ ne » sont pas une invention nouvelle^ mais le legs d'une antiquité » reculée (p. 647). »
Or, M. JRman, rendant compte de sa mission en Syrie*, après avoir mentionné divers objets d'exploitation agricole^ auges, pressoirs, meules^ etc., découverts dans des fouilles pratiquées à 2 heures de Tyr (§ n), ajoute un peu plus loin (§ ni^ sub init.) :
a Les Phéniciens construisaient un pressoir, une piscine » pour réternité. Dans la région de Tyr, ces restes d'une prt- )) mitive économie rustique se rencontrent presque sur chaque D hauteur et toujours avec le même caractère : vasies travaux
* Moniteur du 11 juillet 1861.
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» dans le roc^ restes de maisons carrées bfities sans st^fle en » belles pierres mal jointes; nombre énorme de citernes^ de » caves^ d'écuries d'une grandeur extraordinaire, sarcophages » de formes imposantes et massives, mais sans inscriptions. »
On le Yoit, c'est une branche nouvelle qui s'ajoute à la science archéologique, celle des antiquités agricoles, et les lecteurs des Annales ne seront pas fâchés devoir que remplacement, sinon les traces de Taire achetée par David et destinée parlai pour élever un temple au Seigneur^ ait des premiers mis sur la voie de découvertes ou du moins de recherches de cette nature.
M. le consul Rosen donne aussi quelques détails sur Naplouse, située au pied du mont fifamim, et où se trouvent encore les imperceptibles restes de la secte samaritaine, qui y possèdent une synagogue. Dans une des mosquées de la ville, est nne inscription samaritaine contenant un abrégé du décalogue. Le sujet d'une seconde inscription trouvée sous des décombres et mieux conservée, est emprunté au premier chapitre de la Genèse et aux paroles de Dieu à Moïse dans le buisson ardent (p. 626). Celle-ci pourrait bien, selon Tauteur, remonter à l'époque où Jnstinien entreprit de détruire le culte samaritain ; quant à l'autre, il rejette l'idée d'en faire un débris du temple même de Garizim. « La fabrication de tables » portatives, dit-il (p. 629), tables qui, avec le temps, devaient » prendre l'aspect des vraies tables de Moïse, peut bien être > attribuée au sacerdoce samaritain ; mais pourquoi placer » dans le temple une inscription murale qui reproduirait le » texte sacré sous une forme abrégée ? Elle parait mieux pro- » portionnée à la synagogue qui remplaça le temple, sans B parler de l'invraisemblance que cette inscription ait échappé B kJean Hirhan, et de la difficulté qu'on aurait eue d'amener \ » au bas d'une hauteur aussi raide que celle de Garizim, une B pierre pesant deux charges de chameaux, d
D'ailleurs, d'après le témoignage que le Kahin-Amram de Naplouse rendit à M. Rosen, les Samaritains eux-mêmes n'attachent point de souvenir sacré à l'existence de cette pierre 2.
» 1 Paralip.^ xxi, 25. Voir H How, xxiv, 24.
' Voir p. 629-30.
426 DÉCOmrERTl» ALL1SMAm>ES EN ORIENT.
Il faut donc renoncer à lui attribuer une antiquité si haute^ aussi bien qu'à y voir une forme différente du décalogue usité chez les Samaritains, le Kahin ayant assuré lui-même à Faateur qu'il n'en connaissait point d'autres termes que ceux qu'il trouvait dans le Pentateuque même ^
FEUX ROBIOU^ ProfesMur agrégé d'histoire.
> Voir p. 625.