‹ Annales de philosophie chrétienne (volume 2)Chapitre 64 sur 149 · ENCYCLIQUE DE S. S. PIE IX AUX ÉYÊQUES BELGES · texte numérisé non relu

ENCYCLIQUE DE S. S. PIE IX AUX ÉYÊQUES BELGES

SUR LES DISCUSSIONS PHILOSOPHIQUES DE CE PAYS, ET DIVEBSES PIÈGES OFFICIELLES SUR LE TRADITIONALISME.

Une EncycUqvs relative aux dissidences qui partagent les évêques et les professeurs Belges sur renseignement théologique et philosophique de VUniversilé catholique de Louvain, ifient d'être publiée. Une chose importante ressort de cette encycliquey c'est que la réponse donnée par le cardinal d'Andréa, et que nous avons insérée dans notre cahier d'avril de l'année dernière S comme une réponse émanée de la Congre^ gatùm de l'Index, n'a ni l'autorité, ni le caractère d'une décision pontificale. Les Annales n'auraient pas dû lui attacher ce caractère ; mais elles n'ont fait que copier les expressions mêmes de la Revue catholique de Louvain. Les Annales regrettent donc cette publication^ car elles ont toujours regardé comme une chose honteuse de se servir d'une pièce fausse ou de donner à une pièce vraie une portée et une autorité qu'elle n'a pas. Elles n'ont jamais mis ni duplicité, ni habileté dans leur polémique ; elles n'ont jamais cacbé aucune décision ; et quant aux documents officiels, elles les ont toujours publiés in exiemo^ sans altération, sans diminution, sans déviation quelconque. EUes peuvent se tromper ou être trompées, mais elles ne veulent tromper personne, ni en publiant les pièces, ni en les cachant.

C'est ce qu'elles vont faire en ce moment en donnant toutes les pièces qui ont rapport à la philosophie traditionnelle ; elles sont toutes importantes, et toutes elles préparent l'examen et

* Voir Àtmalesy 1. 1, p. 276 (5* série).

r 8ÉR0I. TOME V. — N"* 27; 1862. (64« vol. de la coU.) 11

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la solution de cette questioti isëei sitnple en elle-même^ mais étrangement obscurcie et dévoyée par les diverses polémiques qui ont eu lieu.

Parlons d^abord de la manière dont les divers journaux ont envisagé les 7 propositions ontologiques, qui ont été condamnées par le Saint -Office^ et que nous avons publiées dans notre catiier de décembre dernier.

Les sept propositions ontologiques et le Journal historique et littéraite

de Liège.

Nous avions toujours cru que le journal de M. Kerslen était Ontologique^ et qu*en cela il donnait la main à la Revue catholique de Louvain. 11 paraît qu'il n'en est rien. En effets i) se borne à donner les 7 propositions en latin^ sans traduction au* cune; puis il les fait suivre de la note suivante destinée à appliquer les propositions à son adversaire^ la Revue catholique :

Quelques Joumauxi dans Tintention charitable de consoler les Ontologùitt d'en deçà des monts, se hasardent de dire que ces propositions ne concernent point rontologisme, knals bien le t^anthéisme, dont elles formulent l'une des théories. Nous n'avons pas besoin de le dire» le lecteur le plus novice en fait de philosophie le reconnaîtra, la censure de ces proposiUohs frappe VOntoVogiMe au cœur; et le coup est si bien mortd, qu'il est impossible que TOntologiime s'en relève. Si Ton i^oute que le Panthéisme est atteint par cette censure, on a raison; mais on fait aussi par là comprendre combien l'Ontologisme est un système dangereux *.

C'est bien dit; mais alors pourquoi ne pas traduire cette pièce qui condamne deux systèmes dangereux^ l'Ontologisme et le Panthéisme? M. Kersîen croit-il que tous ses lecteurs savent le latin? Et si tous ne le savent pas^ pourquoi ne pds i'eur faire connaître cette décision souveraine? L'Ontologisme et le Panthéisme dominent la plupart des esptils ; on les trouve partout, même dans des auteurs réputés orthodoxes, et les pièces les plus légères en sont tout imprégnées : pourquoi ne pas répandre le plus possible une condamnation qui frappe tant d'opinions et qui pourrait éclairer un si grand ûombre d'esprits? Ne pourrait-on pas croire que ceux qui ne

< Journal hUtoriqiuet etc.; n« de Janvier, t. xivm, p. 441.

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doûiient pas la traduction de cette décision favorisent plus ou moins les doctrines qu*elle condamne ?

Lea sept propositions ontologiques, et la Sevue catholique de louvain.

La Revue de Lowain ne pouvait pas prétendre n'être pas Ontologique. C'est un système qu'elle admet et pratique sous la direction de M. Tabbé Ubaghs^ professeur de philosophie à lllniversité^ et auteur de plusieurs Éléments d'ontologie; aussi étions-nous curieux de savoir comment elle parlerait de cette condamnation solennelle. D'abord elle publie les propositions Mn$ les traduire; puis^ dans un long article de 9 pages^ elle soutient que ces articles ne regardent en aucune manière rOntologisme. Nous ne pouvons citer tout cet article, remarquable par son obscurité, mais nous allons en citer quelques extraits.

Voici d'abord l'opinion de M. l'abbé Ubaghs sur l'ensemble de ces propositions :

Quel est le sent? quelle est la portée de ces propositions ? ' Quelques personnes peu familiarisées avec les systèmes philosophiques modernes» et particulièrement aveo le patUhéiemef ont cru que oee propositions se rapportaient à YOntùhgitm^ et que leur rejet par le Saint-Office atteignait» au moins d'une manière éloignée, la doctrine Ontologique. Il en est même qui^ dans cette persuasion, se sont empressées de publier séparément trois de ces propositions réprouvées, en insinuant que YOntologisme et, ce qui est plus encore, toute doctrine des idées ^ innées venaient d^étre firappés parle Saint- Siège.

Or» qu'on les examine dans leur ensemble ou chacune d'elles à part, et Ton se convaincra sans peine que ce ne sont pas des propositions ontologiques et qu'elles n'ont aucun rapport avec VOntologisme,

En effet, considérées en elles-mêmes et indépendamment de tout rapport avec les autres, trois de ces propositions sont évideminerU absurdes, et quatre lont manifestement patttii^tef K

Puis^ dans la discussion où il se livre^ M. Tabbé Ubaghs émet les propositions suivantes :

Ce pur être du panthéisme, cet être sans rien de plus, ens in génère^ quelle que soit la ressemblance des termes, n'a rien de commun avec i'^^re pur^ Vens simpUciiery ou Vens simplex^ des scolastiques. Voir, sur la différence entre Tétre en général, pur être, et Y être pur, mes Ontologies elementa (pag. 13 et 3d), et sur la différence entre Yétre logique, l'infini négatif, et Yétre réel ou onêoioiique, l'ii^ni positif (tdtU p. 13-20) (p. 7)»

* Revue catholique, n* de Janvier 186)1, p. 6*

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En dehors de ce point de vue, ces propositions ne sont qu'an mélange impv d'assertions équivoques, propres à égarer le lecteur et tCappartenant à aucune philosophie qvi ait tin nom ^

Et qu'on ne Tienne pas nous arrêter au délmt en prétendant que le mot éire tfi général ne se trouve dans aucune des sept propositions ; car l'idée expriiaée par ce terme est apparente dans chacune d'elles, elle les domine tontes et en forme la lase et la def de voûte; le terme ens simpliciter n*y signifie mit é^autre. Aussi pourrions-nous, s'il était nécessaire, citer des maitres catholiques qui ont enseigné de nos jours, de bonne foi, Je n'en doute point, les plus répréhensibles de ces propositions d'une manière plus claire, en disant en termes exprès :

ff Que l'idée de Dieu est identique avec l'idée de l'être en général, enssimpU- • citer, ens in génère^ genus supremum entium ; que cette idée de Dieu est la » seule idée immédiate de notre esprit, qu'elle entre comme premier élément 9 dans toutes les autres idées et les renferme comme le genre suprême les » genres inférieurs ; en disant encore, en d'autres termes, que l'être iufini et » omne esse sont identiques; que Dieu, l'être infini, en créant les êtres finis, » ne communique à ceux-ci que l'être qu'il est lui-même, sa propre essence, » et que cette essence communiquée ainsi aux créatures, où elle se trouve re- » vêtue de modifications déterminées qui en font des êtres particuliers, fait »« que ces êtres sont tous identiques quant à leur estence, et peuvent être dits » infinis et finis à la fois, InQnis quant à l'être ou à l'essence, et finis par rap- » port aux autres et à l'être infini... » Quel Dieu ! et quelle création !

Toutefois,, pour qu'on s'abstienne d'attribuer ces extravagances à l'Ontotogisme, il importe de noter que ces maitres n'appartiennent pas aux défensears, mais aux adversaires directs du système ontologique, qui certes n'a rien de commun avec de pareilles doctrines (p. 7 et 8).

Il nous semble que M. Fabbé Ubaghs eût bien fait de signaler à Tattention de ses lecteurs ces Maîtres catholiques, ces adversaires directs du système ontologique, qui soutiennent le système qui est exposé ici. Il aurait été utile à ses lecteurs et il aurait prouvé que la décision du Saint-Office était très-opportune et même nécessaire.

Voici ensuite comment il s'explique sur les universaux :

La doctrine des universalia a parte rei est ce qu'on appelle communément le réalisme dans la naturCj et si ce système présentait les universaux coouns n'étant pas réellement distincts de Dieu, il serait certainement condamnable et condanmé. (Voir mon Problème ontologique des universaux, 2' édit. Lonvain 1861.) Parfois on entend aussi par là le réalisme des idées, ou la doctrine qui admet qu'il y a en Dieu des idées universelles^ types éternels des êtres créés^ et qui regarde ces idées comme Quelque chose de réellement identique avec Dieu.

* En sorte que le Saint-Office s'est amusé à frapper des propositions n'appartenant à aucune philosophie qui ait un nom 1 Gomme c'est respectueux dans la bouche d'un prêtre» professeur de philosophie I

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Or 8i, ce qu'il ett impostihle <VadmeUrêy la Congrégation du Saint-Office avait voulu atteindre cette doctrine, il faudrait dire que sa censure frappe les docteurs chrétiens les plus illustres et nonunément S. Thomas d'Aquin. Supposition tout à fait absurde (p. 9).

Nous ferons remarquer ce Quelque chose , qui reviendra plus loin^ et que M. Ubaghs déclare identique avec Dieu. Qu'est-ce que c'est que ce Quelque chose ? Ah ! c'est que le professeur ontologiste a reculé devant Texpression : Les idées universelles sorU Dieu.

Après avoir exposé les 7 propositions à son point de vue^ M. Tçibbé Ubaghs ajoute :

Après ces explications, il est inutile de montrer à ceux qui connaissent ïontologisine que ces sept propositions n*ont aucun rapport avec ce système »

Quelqu'un me dira peut-être : Mais si ces propositions exprimaient une doctrine aussi monstrueuse que celle que vous venez d'exposer, comment la Congrégation du Saint-Office se serait-elle hornée à dire qu'elles ne peuvent pas être enseignées sûrement?

Je pourrais répliquer à cette objection que je ne suis pas compétent pour répondre à la question qu'elle renferme; mais je puis aussi exprimer là-dessos mon opinion comme une simple conjecture. Or« il se peut, dirai-je, que la S. Congrégation, après avoir examiné ces propositions non-seulément dans leur ensemble, mais aussi le sens que présente chacune d'elles prise à part et en dehors de leur connexion mutuelle, ait voulu appliquer à toutes in ghho la censure qui convient à la moins répréhensible d'entre elles. Mais, ce qui me parait plus probable, c'est que ces propositions, qui ont été envoyées de VAllema" gne, dit-on, pour être soumises au jugement du Saint-Siège, auront été extraites de l'ouvrage d'un écrivain catholique qui, comme quelques autres, les aura insérées dans son livre sans en comprendre la portée, et que la S. Congrégation aura voulu, par une sage condescendance, ménager l'imprudent auteur de ces tristes thèses. Ajoutons enfin que la Congrégation du Saint-Office pouvait se borner à répondre simplement à la question telle qu'elle lui était posée. On lui demande de décider si ces propositions peuvent être enseignées tuto? elle répond : Négative (p. 12 et 13).

Tel est Tensemble des applications que M. Tabbé Ubaghs a faites des 7 propositions condamnées par le Saint-Office.

Aucun autre des journaux étrangers que nous recevons n*a publié cette décision doctrinale, et la Civiltà catlolica de Rome garde sur cette pièce un silence complet. Voici comment les quelques journaux français en ont parlé.

* Voyez mon Essai d^ idéologie ontologique. Louvain, 1860.

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