ENCYCLIQUE DE 8. S. PIE IX
» ce soit, puisse troubler et diminuer, même légèrement, » Tunion. Voilà pourquoi, sans porter aucune espèce de décision i> touchant le mérite des doctrines qui ont soulevé la présente » controverse, et dont l'examen définitif et le jugement appar- D tiennent exclusivement à ce Siège Apostolique, Nous voulons » et ordonnons que les fauteurs comme les adversaires de ces doctrines, jusqu'à ce que ce Saint-Siège ait cru à propos » d'en porter un jugement définitif, s'abstiennent soit en en- » seignant, soit en répandant des écrits de quelque nature » quMls soient, ou imprimés, ou autrement publiés et distri- » bues, avec ou sans nom d'auteur, de produire ou de défendre » soit par actes, soit par conseils, quelqu'une de ces doctrines » philosophiques et théologiques, comme l'unique, la vraie et la » seule admissible, et comme propre à l'Université catholique. De )» plus. Nous ordonnons que, sous quelque prétexte que ce soit, » ils s'abstiennent de soulever en cette matière de nouvelles » questions, très-contraires à la charité chrétienne et au salut ïi des âmes.
» Il vous appartiendra. Cher Fils et Vénérables Frères, de » porter à la connaissance des fidèles confiés à vos soins, cette » disposition et cet ordre de Notre autorité Pontificale, qui, » nous en avons la confiance, sera très-propre à procurer, » avec le secours de Dieu, la tranquillité des esprits, à con-
coDCordiam ipsam qaovis modo vel leviter tarbet et imminuat. Quocirca DttUam prorsus proferentes sententiam de doctrinarum meilto, quœ prssentem etcitarant controversiam, et quarum deflnltlyum examen et Jadlcium ad hanc Apostolicam Sedem unice pertinet, yolumus atque mandamus, ut earumdem doctrinaram tum fautores , tum oppugnatores , donec definitivum de ipgis doctrinifl judicium hsc Sancta Sedes proferre existimaTeiit, se omnino alMUneant sive docendo, sive cujusque gcneris scriptis vel in locem typis edendis, vel alla quavis raUone vulgandls, djstribaendis, tam cum auctoris nomine, qaam sine nomine auctoris, ac sive factis, sive consilils atiquam ex prsedictis phUosophlcls ac theologicis doctrinam exhibere ac tueri, tbIuU unicam, veram, et solam admittendam, ac veluti cathoHcs Universitati propriam. Insuper prsecipimus, ut sub quoYis prœtextu se abstineant noyas de bao re iterum excitare quasstiones, quœ Christian» caritati, et animamm saluti ^el maxime adversantur. — Vestrum autem ertt, Dilecte Fili Noster ac Veoerabiles Fratres, istis fldelibus curs vestr» eom*nissis hanc Nostram Pontiflciam ordi* nationem voluntatemque signiûcare, quœ, uti conûdimus, ad cxoptatam anlmorum tranquUUtatem et concordiam servandam ac fovendam, Deo bene
AUX ÉVÊQIIBS BELGES. 487
server et à augmenter la concorde. Nous sommes certain » qu'avec celte sollicitude pastorale qui vous distingue, vous consacrerez tous vos soins et toutes vos pensées à atteindre d ce même but^ et qu'avec une grande vigilance^ s'il en est » besoin^ vous prendrez tous de concert^ avec prévoyance et » sagesse^ des décisions opportunes en ce qui regarde la mé- » thode d'enseignement dans TUniversité de Louvain^ et que x> chacun de vous s'appliquera au même soin dans son diocèse. » Nous sommes assurément animé de Fespoir que le clergé de à Belgique^ avec ce respect et cette vénération envers Nous et » ce Saint-Siège qui Ta toujours distingué, recevra en toute doci- » lité et soumission cet ordre que Nous avons cru devoir donner )) po!ir les motifs les plus graves, et les circonstances particu- » lières des temps et des choses, pour le plus grand avantage » de Notre sainte religion dans ce royaume. Enfin, Nous pro- » fitons de grand cœur de cette occasion pour vous donner de » nouveau et vous confirmer le témoignage de Notre particu- » lière bienveillance. Et Nous voulons vous en donner le gage » très-certain dans la Bénédiction Apostolique que, du plus » profond de Notre cœur et en y joignant le vœu de toute » félicité. Nous vous accordons avec amour à vous. Cher Fils » et Vénérables Frères, à tout le clergé et à tous les fidèles » confiera la vigilance de chacun de vous.
joYante, maxime conducet. Gerti vero sumus. Vos pro eximla Yestra pastoral! soUicitQdine omnes caras cogitationesque ad eamdem assequendam finem esse
. coUaturos, ac summa vlgilantia, ubi opus fuerit, opportuna consUia commun! yestrum omnium consensu provide sapienterque esse suscepturos quoad do< cendi rationem in Lovaniensi Universitate, et unumquemque vestrum idem omni stadio in propria Diœcesi es&e curaturum. In eam profecto spem erigimur fore, ut Belgii Clerus ob egregiam iJIam, qua semper eminuit erga Nos et tianc Sanctam Sedem observantiam et venerationem, omni docilitate et obseqnio nanc Nostram ordinationem sit excepturus, quam propter gravissimas causas et peculiaria rerum ac temporum adjuncta dandam esse censulmus ad majorBm sanclissimae nostrae Religionis utilitatem in isto regno procurandam. Denique hac etiam, occasione libentissime utimur, ut iterum testemur et contitmemus prœcipuam Nostram erga Vos benevolentiam. Gujus quoque certissi-
• mum pignus esse v»lumus Apostolicam Benedictionem, quam ex imo corde profectam, et cxbû omnis vers felicitatis YOto conjnnctam Vobls ipsis, Dilerte Fili Noster ac Venerabiles Fratres, cunctisque Clericis Laicisque fldelibus cu- Josque vestrum vigilantisB concreditis peramanter impertimus.
i8S ENGYaiQUE PB 8. S. PIE IX
» Dopné à Rome auprès de saint Pierre^ le 19 décembre de 9 l'année 1861, de notre Pontificat, la 16«.
» PIE IX, pape. »
11 nous reste maintenant à faire connaître comment les diverses Revues ont accepté cette décision solennelle. Voici les paroles respectueuses et soumises des professeurs de VVniversite de louvain.
« Le SouTeraln-Pontlfe vient d'adresser à S. Em. le Cardinal-ArohevéiiQe de Malines, et à ses vénérables salfragants, une 7>l(re destinée à mettre fin aux discussions qui, dans ces derniers temps, ont été agitées en Belgique concernant let forces naturellet de la raison humaine,
» On sait qae dès le début, et durant le cours entier de cette controverse, nous avons présraté et soutenu notre doctrine comme une simple opinion^ i notre avis très-fondée en raison, mais tout eh reconnaissant à nos adversaires catholiques le droit de penser autrement que nous à cet égard. Aussi, jamais nous ne nous sommes permis d'accuser d'hétérodoxie ou d*erreur théohgiqus le sentiment opposé au nôtre. Plusieurs fois nous avons dit combien nous regrettions de nous voir obligés, par la gravité des accusations dont nous étions robjet, de prendre part à une discussion irritante et propre à fomenter la division, dans un moment où il serait si désirable que tous les catholiques fussent unis pour repousser avec plus de succès les coups que le Bationdlisme et la Démagogie révolutionnaire portent sans trêve ni cesse au majestueux édifice de nos croyances chrétiennes. Aussi, depuis près de deux années, nous nous sommes abstenus d^ répondre à de nouvelles attaques. La Revue catholique a gardé un siiénce absolu sur ce sujet depuis le mois d'avril 1860, époque où elle a publié, avec VExposé de doctrine soumis par nous à la sacrée Congrégation de l'Index, la réponse qui nous fut adressée par le Cardinal Préfet de cette Congrégation.
» Dans la Lettre apostolique que nous publions, notre Saint-Père le Pape, à qui seul 11 appartient de porter un jugement définitif en cette matière, déclire ' ne vouloir rien définir sur le mérite des opinions opposées qui ont donné lieu à la controverse. Mais Sa Saintet^ ordonne, dans Tintérét de riinlon et de la paix, que toute discussion cesse. Elle veut qye, aussi longtemps que la question ne sera pas décidée par le Saint- Siége^ les partisans et les adversaires de l'une ou de l'autre des doctrines controversées s'abstiennent de donner leii^ opinion comme la seule vraie et la seule qu'on puisse admettre et comme la seule qui soit aïOorisée à VUniversilé catholique^
» Nous sonunes heureux de voir termiuer une controverse souveraMkneat regrettable. Mais cette discussion a aifligé Pie IX; elle a ajouté aux tristesses de toute nature dont la divine Providence, en ses incrust^les desseins, permet ,
Datum Roma^apud S. Petrum die 19 decembris anno ikfil, PonUflcatns Nmtri anno decimo sexto.
Plus PP. IX.
AUX ÉViQUES BBL6B8. 199
ifMtan tforieox pontificat soit abreuvé. Nons ëprouTons le besoin d'eiprimer pobliqaement le regret d'avoir contribué, en prenant part à cette déplorable controverse, à contrister rame du saint )tH)ntife qui gouverne aujourd'hui, d'une main si sage et si ferme, l'Eglise de Jésus-Christ. Certes, si nous avions prévu qoe cette discossion affligerait notre bien-aimé Père Pie IX, Tamour nous eût inspiré le courage de soui&rir en silence les aectuatiom ti graves dont notre enseignement et nos écrits étaient l'objet. Puisse le Chef révéré de l'Église universelle trouver une consolation dans l'exacte et rigoureuse observation de ses ordres et de ses conseils ! Il faut que toujours, mais en ce temps surtout où tonte autorité est ébranlée et où la Chaire de Saint-Pierre est si violenunent seeouée, tous les catholiques écoutent^ avec la plus respectueuse et la plus entière soumission, la voix de celui que le dlvih fondateur de l'Eglise a constitué le juge infaillible de la doctrine et le souverain régulateur des consciences.
9 J.-Th. Beelen, camérier éChonneur de S. S. Pie 11, prof. d^Eeriture-Sainte et de langtiee orieKkUet, » J. B. Lbfebve, prof, de tiUolog. dogm.
» G.-C. Ubaghs, prof, de phiiosophie, » N.-J. Lafobet, prof, de philotophie. m
Cette réponse de MM. les professeurs de Louvain nous avait para sage et modérée^ mais elle n'a pas paru telle à leurs adversaires, qui en ont pris occasion de leur adresser une attaque d'une grande vivacité. On y sent une main qui veut détruire en Belgique ÏUmversilé catholique. Fidèles à notre loyauté ordinaire, nous mettons la pièce sous les yeux de nos lecteurs. — Le journal y dont M. Kersten esf propriétaire, cite d'abord ht déclaration de MM. les professeurs, puis il les secoue en ces tejrmes :
Si les directeurs de la Revue eatholiqnef signataires de la déclaration qu'on vient de lire, s'étaient bornés à exprimer leur respect et leur soumission envers 'leâ>averain Pontife, régulateur suprême des choses de la foi, nous n'aurions eu qu'à les féliciter de ces beaux sentiments que leur piété bien connue ne pouvait manquer de leur inspirer en cette ciijconstance. Mais ils ont cru devoir interiiréter la lettre de N. S. P. ef se justifier, de façon à faire retomber sur
. l'opinion contraire à la leur la responsabilité des faits qui ont causé au Père eomnÉn une pénible impression.
Pour nous, nous ne pouvons accepter cette responsabilité ; et nous croyons qae les autres contradicteurs des opinions de la Revue catholique, placés dans la méil^ posiUon que nous, ont droit de décliner comme nous cette* responsabilité. Ce* n'est pohif une discussion sérieuse, calme, modérée et digne, qui a
^ pa affliger 1^ Pape : ^sonne n'en peut douter. Aussi ne rappellerons- nous pas les paroles d'encouragement qui ont été adressées à Vaa de nos collaborateurs, ni le Bref ponitifical envoyé à l'auteur d'un ouvrage important sur la matière controversée, ouvrage entrepris sous les auspices du chef de ce diocèse, et ap-
190 ENGTGilQUB DE 8. 8. PIB IX
prouvé par le savant évéqae de Bniges, comme le S. P. le dit dan^ceBref \ C'est donc à d'autres qu'il faut faire remonter la cause de la douleur du Vicaire de Jésus-Christ. Pour s'en convaincre fl suffit de lire sans préoccupation la lettre du Pape. Le S. Père félicite NN. SS. les évéques de ce qu'ils ont fait pour arrêter la controverse, et écarter tout ,ce qui est de nature à troubler la paix et à nuire à l'édification. Qu'ont donc fait dans ce but NN. SS. les évéques? Ils ont tracé des règles et adressé des conseils au corps académique de leur Université^. Il n'en fallait pas davantage pour ramener la paix et mettre fin à la controverse : le S. Père le dit : Hoc modo eontroversiam finem habuisse. C'est bien désigner implicitement, mais d'une manière très- claire, quels sont les auteurs premiers de la controverse et de l'agitation des esprits, puisque ceux-là se taisant et se tenant tranquilles, la polémique cesse et le calme se rétablit : eontroversia finem hahet. Ce n'est point à nous que la lettre des évéques a été adressée : on s'est borné, à notre égard, à une prière, à une invitation à ne point reprendre la polémique. Le S. Père a pu en être informé ; mais il n'en dit rien, conome si les adversaires de la Revue n'étaient pour rien dans la controverse, et parce qu'en effet ils ne sont pour rien dans la cause de sa douleur. Ce n'est donc point pour nous, ni pour les contradicteurs de la Revue catholique que la lettre du 19 décembre a été adressée à NN. SS. les évéques. Le S. Père savait que pour les contradicteurs de la Revue le jugement des évéques, une prière des évéques avait suffi; que nous reconnaissons dans nos évéques les premiers jages des doctrines, comme dans le Pape le juge suprême. D'ailleurs ce n'est point nous ni nos amis contradicteurs de la Revue, qui avons dit que les doctrines dé ce recueil, objet de la controverse, étaient les seules vraies, les seules admissibles : tant s'en faut ! Ce n'est point nous qui avons dit que ces decfiines sont celles de C Université de Louvain : car les facultés de théologie et de philosophie de cet étabiftsement enseignant au nom des évéques, cet établlBsem^nt n'a d'enseignement propre en ces matières, que celui que^ces mêmes évéques reconnaissent comme tel.
. La Revue catholique assure qu'elle n'a fait que se défendre contre des accusations dhétérodoxie, qu'elle n'est descendue dans l'arène qu'après y avoir été provoquée. C'est sur ce prétexte qu'elle s'est appuyée presque chaque fois qu'elle a entamé la lutte; c'est sur ce prétexte que s'appuie la lettre du l*' février 1860 ^. M. Maret écrit à Paris : provocation. Un Ouvrage parait en Belgique : les écrivains de la Revue n'y sont point nonunés, leurs écrits n'y sont point désignés : provocaHon. Le P. Dechamps se fait le champion de l'Exposé des quatre professeurs contre ceux qui le méconnaissent : provocation. Elle a sans doute regardé comme une nouvelle provocation nos observations critiques sur les ouvrages du P. Dechamps et sur l'opuscule du P. Van Loo. C'était apparemment en réponse à une provocation^ que la Revue publiait en août 18ô8)
' Voir ce bref adressé à M. le chanoine Lupus, dans nos Annales, t. m, p. 393 (5* série). ;
' Nous regrettons que cette lettre du 21 juillet dernier, dont 11 est question aussi dans VEneycliquCy n'ait pas été publiée.
* C'est la lettre adressée au préfet de la Congrégation de l'Index.
AUX ÉYÊQUE6 BELGES. i9i
on article si4)Iein de modération, qu'elle n'a pas osé en donner la suite *. G'é* tait bien certainement en réponse à une provocation, que ses directeurs distri- Imaient sous le manteau à leurs affidés, certaine brochure intitulée : Remarques, etc., brochure où la violence est portée, dit* on, à sa plus hau^ expression, et où la sincérité de TExposé du 1*' février est dépassée. C'était encore poarie ménrte motif que la Revue publiait en mars 1860, comme une décision d'une congrégation romaine, un document qu'elle sawnt aussi bien que nous n'avoir ni ce caractère, ni cette valeur : Cuidam documento ilîud pondus attribuere voluerunt, quo documentum idem plane caret, cum illius contextus et mba omnem de eongregationis decisinne ideam evidenter esfeludant. Enfln c'est en conséquence d'une provocation que la Revue, dans sa livraison de janvier dernier, lance quelques traits au P. Dechamps, touche de rechef aux principaux points de la controverse, et affirme qu'eUe est d'accord avec le P. Matignon qui ne s'en doute guère.
Les écrivains de la (ievue catholique ont la plupart une double position : ils sont professeurs, ils sont directeurs d'un recueil mensuel. Les professeurs enseignent et publient des doctrines qui sont, ou que l'on croit être opposées aux doctrines de Vancienne école, Réfute-t-on cet enseignement ou ces publications? les directeurs de la Revue prétendent qu'on les attaque. Répond-on aux directeurs de la Rev^e? les professeurs se plaignent d'être assaillis dans leur enseignement. Qu'en est-il P Voici les faits : l'ancienne école était en possession d'enseigner des doctrines, enseignement dont la S. Congrégation de l'Index a dit : Non Ucet in crimen doctorihus et mcigistris illis vertere, quod methodum hanc, prxsertim adprobante vel saltem taeente ecclesia, usurpaverint. Les professeurs dans leurs écrits combattent ces doctrines et en proposent de nou- ' velles. Qui donc commence la controverse, ouvre la lutte, entame l'attaque? Evidemment ceux qui viennent troubler V école dans son^antique possession,
La Revue catholiqtte ne fait, dit-elle, que se défendre contre les accusations à*hétérodoxie auxquelles elle est en butte. Pour ce qui nous concerne, nous lui avons répendu à satiété sur ce point; quant à ses autres contradicteurs, notamment ceux qui sont mis en cause dans la lettre du 1*' février 1860, il leur serait bien facile de démontrer l'inanité de cette plainte. La Revue a prétendu que le système que ceux-ci ont contredit, n'est pas le sien: dès lors pourquoi se plaint-elle? D'autre part, elle n'est pas nommée dans leurs écrits; il n'y est pas même fait allusion aux livres, ni à l'enseignement de ses directeurs ; les - passages qu'elle s'est appliqués, se rapportaient ei évidemment à Vécole du P. Ventura, qu'il n'y avait point à s'y méprendre; aussi lorsque l'auteur en a fait l'observation à la Revues celle-ci n'a pu en contester l'exactitude; quant à l'école que forment en notre pays, les directeurs de la Revue et quelques-uns de leurs anciens collaborateurs, l'auteur avait déclaré, dans son ouvrage, qu'i^ fabstentiiit de la censurer. Les plaintes de la Revue et des signataires de la lettre du V février 1860, contre la lettre d'un illustre théologien romain, sont d'autant moins fondées, que ni la Revue ni aucun de ses directeurs n'y est
' Il s'agit d'un article de M. le professeur Labis ayant pour titre : Le Raîanisme et ks opinions des écoles catholiques (p. 463), ayant pour but de prouver qu'on ne doit pas proscrire comme hérétiques des opinions libres.
192 ENGYaiQUE DE S. S. PIE IX
nommé. Chose earleuM ! les expressions qui ont prétendument blessé la Berne, dans la susdite lettre, se trouvent littéralement dans les Préeleetiones iheologicês de ce théologien, ouvrage qui est dans les mains des professeurs et des élèves de Louvain depuis quelques vingt-cinq ans, et a été réédité en cette ville. Quelle contradiction !
La Remie affirme n'avoir Jamais taxé ses adversaires à* hétérodoxie. Mais elle oublie que, dans l'exposé du 1" février 1860, ses directeurs disent ouvertement avoir censuré le tradUionalisme français antérieurement et postérieurement aux quatre propositions formulées par la S. Congrégation de T Index (Voir cet Exposé pp. 9 et 10). Elle oublie que dans un ouvrage, publié par l'un des hommes les plus éminents de son école, le système du P. Perrone, c'est-àdire le système de saint Thomas et de toute l'école, est aussi ex professo accusé de favoriser le rationalisme» Est ce que le rationalisme n'est pas une hérésie?... EnSLn la Revue oublie que, dans ses colonnes (année 1857, p. 45), elle a ratifié la censure ^u susdit écrivain contre la doctrine du P. Perrone et de VécoU^ et cela nonobstant la défense formelle de la Congrégation de l'Index : JProindenon Uut in erimen doctoribus et magistris illis vertere, etc. Et l'un des signataires de la déclaration ci-dessus, n'a-t-il pas dit de ses contradicteurs catholiques qui nient la nécessité physique de l'enseignement social, qu'ils ouvrent la porte au rationalisme, {Log, elem. p. 148, Lovan. 1856).
Kous regrettons de rappeler ces faits ; mais la Revue catholique nous y oblige, en nous imputant, contre toute évidence et contre toute justice, une responsor hilité que la lettre du S. Père ne fait remonter, ni jusqu'à nous, ni jusqu'aux écrivains auxquels nous faisons aUusion. Nous ne répondrons pas à ce passage où la Revue affirme n'avoir jamais présenté son système comme le seul vrai, le seul admissible; nous ne lui demanderons même pas si elle considérait comme vrai le système de V école, lorsqu'elle le disait fondé sur le principe du Rationalisme, et sur l'ignorance de la nature de l'âme ou de la fameuse loi psychologique découverte par le Traditionalisme : nous la renverrons à la lettre des évéques du 31 juillet 1861, et au besoin au dernier ouvrage du R, P. Dechamps.
Nous n'avons pas besoin de faire remarquer que les explications données ici, ne touchent en rien aux doctrines mêmes sur lesquelles NN. SS. les évéques demandent et le S. Père exige que Von s^àbstienne de discuter» Il s'agit ici de faits que la Revue catholique a tus ou présentés inexactement, et que nous rappelons ou auxquels nous rendons leur véritable signification. En le faisant, nous avons la conscience de n'aller ni contre le désir de NN. SS. les évéques, ni contre la volonté du Souverain-Pontife (Journal hist, du ]*'mar8 1863, p. 553).
Nous n'adoptons pas en tout la philosophie de MM. de Loavain; les Annales même ont eu à se plaindre d'eux/ car ils les ont souvent attaquées sans citation aucune , et affreusement travesties ; et quand nous leur avons adressé nos rectifications^ ils nous ont fait répondre^ en termes peu polis^ qu'ils
AUX ÉYÊQUES BELGES. 193
ne voulaient pas les admettre. Mais nous devons dire ici que cette attaque nous paraît d'une injustice extrême et tout à fait contraire à cette prescription de VEncyclique, qui défend nov<is de hoc re iterum exdtare quœsiiones.
D'abord il est certain que dans leur déclaration^ MM. de Lou- \ain renonçaient à des avantages légitimes ; car si VEnq/cligue ôte à la réponse du cardinal d'Andréa Fautorité d'une décision Pontificale, elle ne fait pas perdre aux professeurs le bénéfice de l'opinion des 16 consulteurs de l'Index sur 18^ ni de celle des cardinaux qui Favaient approuvée, ni de celle des évêques belges qui la soutenaient. En second lieu^ c'est une vraie plaisanterie que de dire que l'ouvrage de M. le chanoine Lupus^ et la lettre du P. Péroné^ ne s'adressaient pas à eux et ne provoquaient pas une réponse. En troisième lieu^ on reproche à MM. de Louvain de venir troubler l'école dans son ancienne possession, ce qui veut dire^ sans doute^ qu'il ne faut rien changer à la polémique^ ni à l'apologétique, ni à l'enseignement de la philosophie. On dirait que ces messieurs ne se doutent pas que le Cartésianisme et le Malebranchisme, condamnés par l'Eglise^ sont vivants dans la plupart des cours de philosophie. Le reproche de vouloir troubler Vécole peut aussi s'adresser aux Annales. Mais ce ne sont pas les Annales ni MM. de Louvain seuls qui reconnaissent la nécessité de ces changements; bien d'autres personnes aussi sensées^ aussi instruites^ aussi dévouées à l'Eglise changent en ce moment l'antique méthode de l'école. Pour notre part, nous \oudrions bien savoir ce que pense le défenseur anonyme de l'École, du changement que les RR. PP. Jésuites ont fait subir à leur méthode d'enseigner la philosophie morale ?
Dans leur Ratio studiorum, en vigueur dans leurs écoles depuis 1616, on lisait la règle suivante :
Qoe le professeur de philosophie morale comprenne qu'il ne lui appartient en ancune manière de faire des Agressions dans les questions tliéologiqties; mais qa'en avançant dans son texte, il explique brièvement, doctement et gravement, les principaux chapitres de la science morale, qui se trouvent dans les dix livres des Ethiques d'Âristote.
Cette règle a été modifiée, dans l'édition de 1850, par les termes suivants :
id4 ENCYGJLIQUE DE S. S. PIE IX
Gomme le propre de cette chaire est d'expliquer doctement -et graTementla science morale d'après les arguments de la raison, qu'il ne fasse aucune digression vers les questions purement théologiques; bien plus, à cause de cela, il ne sera pas hors de propos de confirmer certains points, avec discernement et hrièvetéj par la Révélation K
C'est encore là qu^il est dit aux professeurs de philosophie^ que dans le choix des opinions ils doivent se souvenir que cest la théologie qui doit précéder en portant le flambeau ^.
Nous le demandons^ n'est-ce pas là modifier la méthode^ et par conséquent troubler l'école dans son antique possession ? Voilà, ce nous semble^ c^ que peuvent répondre les MM. de Louvain^ dont au reste nous n'approuvons pas la partie oniologique de la méthode qu'ils suivent.
xn
ConcluBion.
Tout ce que nous venons de dire démontre combien est sage et prudente la décision du Souverain-Pontife. Comme Sa Sainteté le déclare en termes exprès, 1** elle ne prononce aucune sentence sur le mérite des doctrines qui ont excité la présente cmtroverse, dont Vexamen définitif et le jugement appartiennent urUquement au Siège apostolique. 2« Elle défend d'enseigner une doctrine fondée sur les susdits principes philosophiques et théologiques, comme runiqtte, vraie et seule quil faiUe admettre, et comme propre à l'Université catholique^.
Ce sont à peu près les propres termes dans lesquels s'est exprimé le R. Secrétaire de la Congrégation de Flndex dans la lettre où elle offrait à notre signature les é propositions. Cette lettre porte en termes exprès :
c( On a voulu user des égards bienveillants et distingués> » pratiqués d'autres fois, dans des cas semblables, envers des » écrivains éminemment catholiques, en ne promulguamJt, au » détriment dé leur réputation, aticun jugement qui déclare m erronées y ou suspectes you dangereuses leurs opinions; pde plus,
^ Voir le texte de ces passages dans les Annales y t. vi, p. 241 (4e série).
2 Ibid, p. 242.
» Voir le texte ci-dessus, p. 186. Aussi il nous semble que M. l'abbé Bouix a dépassé la portée des paroles de VEncyclique, quand il a dit qu'elle défend d^écrire encore sur la queitùm du traditionalisme (Rewie^ &" de janvier^ p. 96).
AUX ÉVÉQUES BELGES. 195
le décret de Tlndex ajoutait ces paroles : « sauf toujours le » jugement ultérieur du Siège apostolique sur la totalité de » Touvrage *. »
Les conclusions à tirer des sages paroles du Pontife^ c'est que tous ceux qui ont pris part à ces discussions^ rationalistes^ semi-rationalistes^ ontologistes^ traditionalistes de toutes sortes^ doivent encore mûrement réfléchir sur les principes qu'ils enseignent et sur ceux que défendent leurs adversaires. Il y a erreur et vérité dans les deux partis; il y a excès et défaut de part et d'autre. Au Saint Siège appartient de les démêler. Ainsi il nous parait à nous qu'il est dangereux d'émettre des principes comme ceux qu'émet en ce moment même^ M. l'abbé Ubaghs, professeur de philosophie à l'Université de Louvain.
> La lumière intelligible des Ontologistes, dit-il« lumière qui éclaire notre esprit dans la conception de toute vérité métaphysique, cette lumière, tout eh étant Quelque chose cP identique avec Dieu, et quoique toujours présente à notre esprit, n'est cependant rien d*identique à notre esprit; elle en diffère au moins autant que la lumière physique est différente de notre œil et de notre faculté de voir^.
On peut demander à M. Tabbé Ubaghs ce que c'est que ce Quelque chose qui est identique à Dieu, Y a-t-il Quelque chose d'identique à Dieu que lui-même? Sa phrase revient donc à ceci : a La lumière intelligible qui éclaire notre esprit^ dans » la conception de toute vérité métaphysique, est Dieu iden- » tique à Dieu, d C'est une tautologie qui n'a pas de sens. Elle n'a de sens que dans la bouche des Rationalistes qui, en parlant de ce Qmlque chose, ne l'identiâent pas avec Vesprit de l'homme, mais avec sa raison.
C'est là une partie de l'enseignement de la philosophie de Louvain, que nous sommes bien aises d'apprendre qu'elle n'a pas été approuvée par le Souverain-Pontife.
D'ailleurs, amis et adversaires du Traditionalisme doivent 6a ce moment, ce nous semble, abandonner la discussion de ces questions métaphysiques abstraites. Ce n'est plus le temps ou ces disputes ne passaient pas l'école, non plus que les métliodes dont l'école était en possession. La question est en ce
' Voir le texte entier de cea pièces dans les Annales, t. xii, p. 33S, 830 (4«
série).
' Jiime^ Janvier, p. 17»